CHAPITRE VIII
LE COURS DE L'OUTAOUAIS
Devant Mattawa, la rivière Outaouais à une largour de quinze cents pieds et une profendeur eonsidérable.
Immédiatement au-dessous de l'embouchure de la Mattawan, se trouve un rapide offrant une pente légère de cinq pieds, que l'on appelle le rapide de Mattawan, puis l'Outaouais continue sa course, dans un it profond que bordent de chaque côté des falaises hardies, d'un aspect imposant.
Dix-neuf milles plus bas que le rapide de Mattawan, on arrive à la tête d'une série de trois grands rapides qui couvrent un espace de trois milles. Ce sont les rapides de la Vallée, du Trou et des Deux- Rivières, dont l'emsemble forme une pente de trentedeux pieds.
A partir du rapide des Deux-Rivières s'étend une antre nappe d'ean profonde, de dix milles de lon
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gueur; elle conduit an Rocher-Capitaine, le plus grandiose des rapides de l'Outaouais, et dont la chute ne mesure pas moins de quarante-cinq pieds.
Une fois ce rapide franchi, on se trouve de nouveau sur le large sein de l'Outaouais libre, et l'on a devant soi seize milles d'une mavigation continue, jusqu'aux rapides des Deux-Joachims qui ont, sur une étendue de deux milles à peine, une chute de vingt-huit pieds.
Dès que l'on a atteint le pied des Jonchins, on entre dans la rivière Creuse, nom donné à une portion de la rivière Outaouais, immobile en apparence, large et profonde, qui présente un cours uniforme de vingt-huit milles.
L'aspect général du terrain, sur la rive sud de cette magnifique pièce d'eau, est celle d'un plateau élevé et comparativement horizontal. Le sol y est la plupart du temps sec et sublonneux, la forêt presque entièrement composée de pins rouges et de bouleaux. La rive nord est montagneuse. D'énormes rochers, de formation syénitique, dressent leurs masses formidables perpendiculairement à l'eau profonde.
La rivière Creuse finit au fort William, poste de la Compagnie de la baie d'Hudson, où un groupe d'îles semées dans la rivière la partage en un certain nombre de chemaux et rend la navigation assez diff
aile. Nous entrons ici dans une partie de l'Outaouais, entre le fort William et Portage-dn-Fort, à l'entrée du lac des Chats, qni est, sur une longueur de soixante milles, la section de beaucoup la plus embarrassée et la plus obstruée de toute la rivière.
A partir de Mattawa, l'Outaouais a descendu de cet trente-quatre pieds par les rapides qui se suivent sur son cours ; en sorte que, parvenue au fort William, il n'est plus qu'à me hauteur de trois cent cinquante et un pieds au-dessus du niveau de la mer.
Six milles en avant du fort William, l'île des Allumettes, longue de six milles et large de quatre, semble partager l'Outaouais en deux rivières distinctes, où
deux branches dont la principale pasee au sud, par le chenal de Pembroke et le lac des Allumettes, et n'est guère qu’un chapelet de rapides
Le chenal du nord, beaucoup plus étroit que le yant rarement moins d'un quart de mille de largeur, débute par deux cascades, dont Ja longueur est de deux willes et la descente de dixhuit pieds; ensuite il coule régulièrement, sans obstacles, jusqu'au bout inférieur de l'île.
premier, quoique
Au pied de l'ile des Allumettes, les deux bras de la rivière se rejoignent ct forment le lac Coulonge,
sur lequel nous avons encore onze milles de navigation libre.
Le lac Coulonge finit à la tête de l'île du Calumet, où l'Outaouais se divise encore une fois en deux, le chenal principal suivant la rive sud et passant à tra vers Je long et redoutable rapide du Rocher-Fendu.
Depuis le lac Coulonge jusqu'en bas du Portage. du-Fort, distance de vingt-sept milles, la rivière a une descente de cent deux pieds.
Sur la rive nord de l'ile du Calumet, depuis son extrémité supérieure jusqu'à la chute du Grand Calumet, dix-sept milles plus bas, l'Outaouais ne descend que de quatre pieds. Cette partie de la rivière, connue sous le nom de chenal du Calumet,
ressemble à un grand canal naturel Jarge d'environ six cents pieds et n'ayant jamais moins de sept pieds de profondeur,
C'est entre la chute du Grand-Calumet et Portagedu-Fort, intervalle d'une dizaine de milles seule ment, que se fait la descente la plus considérable de toute la rivière Outaouais, puisq'elle atteint quatre. vingt-dix-huit pieds, ce qui donne une chute totale de cent-vingt-trois pieds, pendant cinquante-quatre milles, entre la tête de l'île des Allumettes et l'en droit où nous sommes parvenus en ee moment.
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Portage-du-Fort s'élève au fond d'une baie, à l'entrée du lac des Chats. Ce lac, qui offre dix-huit milles de navigation libre, se termine brusquement au rapide des Chats, le long duquel a été construit un canal de trois milles pour éviter le rapide, qui n'a pas moins de cinquante pieds de chute. À cet endroit la rivière Outaouais n'est plus qu'à cent soixante seize pieds au-dessus du niveau de la mer. (1)
Le canal des Chats conduit au lac des Chênes, large et profonde nappe d'eau, longue de vingt-sept milles, aboutissant à la tête du rapide des Chaudières.… Ce dernier rapide, sur les flancs duquel on a
(0) das, sous le régime français, on donnait un soin tout spécial eux explorations et à l'exploitation minéralogiques. Entre autres découvertes, on en avait fait une d'une mine de plonb au lac des Chats, d'après ce qu'en témoïgnent les doeuments de Vépoque. L'intendant Hocquart avait chargé d'y aller faire des recherchesl'arpenteur Boiselere, lequel a denné son nom, coume on l'a vu précédemment, à un canton qui a été récemment délimité, sur la rive orientale de l'Outaonsis, en face de Mattawa.
fous ercyous intéressant pour le lecteur de reproduire ci le mémoire adressé à Boisclere par l'intendant Hocquart, parce que c'est nue pièce curieuse et qui était menacée de l'oubli, sion ne avait inopinément exhamée, il y à quelques mois à peine. Mémoire pour M. de Boislare dans le voyage qu'il doit faire
jusques au portage des Chats pour y faire la. découverte d'une
mine de plomb qui s'y trouve.
I partira le 12 ou 15 du mois prochain avee un canot d'écorce
ete nombre d'homues nécessaire pour le conduire jusqu'au lieu
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creusé un canal de quatre milles de longueur, précipite les eaux de l'Outaouais, par une chute de soixante. sept pieds, dans l'udmirable bassin où se mirent les édifices publics, le palais législatif, les pares et les jardins de la capitale des provinces confédérées de TAmérique britanni que.
Depuis l'embouchure de la Mattawan jusqu'à 18 capitale fédérale, le voyageur à parcouru une distance de cent quatre-vingtquinze milles, marquée par de nombreux et pittoresques rapides, qui ont fait descendre l'Outaouais de quatre cent huit pieds et V'ont amené graduellement à nue altitude de soixante. dix-sept pieds à peine au-dessus du niveau de la mer,
del mar. Et lorqu'il ere rend, iL examiner le coursd ea veneqni a jh découverte et que l'on prétend este sous l'eau, et à Pemboushure d'me qerite rivière qui se décharge dans Ta grande nvicr des utnoufis
est à présuner que eee veine es pas sule et qu'il s'en trouvera d'autres aux environs ; cet ce qu'il eonvient de chercher taire chercher avec soin, ar l'on ne pent tirer aneun. avantage d'une mie qui est dans Ven. Pour faire cette mcherch avec secs, M. de Bosclere rmport:rs avec lo 4 barres à mine, quel. ques poches et langnes-de-boraf + ai tres mile nécessaires, cent Bivres de pondre pour faire Jour des mines, il ext bein, et emmène avec luy deux bons canoÿeuns, qu'il emploiers et qui feront parie de équipage de son canot
Le Se Guillet a quelques connais: ces de la situation du lieu où extla mine est à propos que ls Sr Boisclero s'enteude avec Ty, et en tant jour le voyase qu'ils feront eamemble, que pour Les * autres mesures à prendre pour réussir dans la découverte en ques.
L'OUTAOTAIS SUPÉRIEUR
I1 ne nous reste”"maintenant qu'à examiner la patie de l'Outaouais qui s'étend sur une longueur de cent milles entre Ottawa et Montréal, et qui n’est interrompue que par trois rapides, à Carillon, à Sainte-Anne et à Lachine,
Le rapide Caillou, qui commence à cinquante-six milles d'Ottawa, opère une descente de quarante-huit pieds en dix milles. Vingt milles plus bas, on atteint le rapide de Sainte-Anne, lequel, sur un demi-mille de longueur, fait une chute de trois pieds ; et enfin,
après une navigation de quinze milles sur le lac Saint
sion. Le 8e Gillet doit partir pour Témisenmingne dans le temps ey-devant marqué ; le mine se trouve sur la route.
Le Sr Boiselere dresser un procès verbal exact de tout ce qu'il fers aux Les lieux et de toutes les circonstances de ses découvertes, s'il en fuit quelques-unes ; le situation de la mine, la longueur et 1 largeur de ses veines, a facilité ou le difficulté ‘de l'extraction de la dite mine, son éloignement de la rivière, la qualité du ter. rain, SL eu trouve de quijue ju0r le ouiture des terres, a on peut faire des chemins pratiquables, Si &e teur. «es bus pour charpente, où propres à faire du charbon, s'ilse trouve des prairies, en un mot, tout ce qui peut tendre à faire conuoistre l'avantage où le désavautage pour l'exploitation.
IL w'informers aussy et marquera dans son procès verbal la
Louis, on entre dans le canal Lachine, long de huit milles et demi, qui aboutit au pied même de la grande métropole commerciale du Canada, après avoir eflèctué une descente de querante-cinq pieds.
11 faut se rappeler qu'à quelques milles au-dessous de Sainte-Anne, dans le lac Saint-Louis, les eaux de l'Outaouais rencontrent celles du Saint-Laurent, sans toutefois se mêler avec elles. C'est au point que, par un beau jour d'été, lorsque la surface du lac est parfaitement calme, on peut voir nettement établie la ligne de démareation entre les eaux sombres de l'Outaouais et celles relativement pâles que les vastes lacs de l'Ouest versent dans le sein du grand fleuve.
Au-dessus du rapide de Sainte-Anne, l'Outaouais s'est divisé; un de ses bras longe le côté sud de l'ile de Montréal jusqu’à sa rencontre avec le Saint-Lau-
longueur des portages at leur nombre et leurs dificultés, depuis le Jieu de 1e mine jusques à Montrénl.
IL demandera à M, Michel lea vivres et ustensiles et équipages nécessaires pour ce voyage ; le Sr Foublanche peut Iny estre ausey utile; il à counoissance de cette mine, et d'une autre dans le même voisinage, qui peut estre du euivre. Il emmènera ce partie ulier avec luy
I tâchera de faire des épreuves su Le lieu de la mine de plomb et en fers fondre, examiners les déchets, à l'effet de quoy il se pourvoira d'une balance et de poids sufisants,
11 nous apportera ausey 40 on 50 Hv. de mine eu moins, et méme si
de huit grande r effec-
wu-desis, les t-Lauest au surfac
nette- ; eaux : pâles ein du
aouais de l'île t-Lau-
lepuis le
quipages re aussy
das le ce partie
le plomb noy il se
raëme si
rent, et l'autre;a formé, du eôté nord, la rivière des Praities, qui passe au Sault-au-Récollet et viert se perdre enfin dans le Saint-Laurent, à l'extrémité in férieure de l'ile.
Le lecteur a dû être frappé, ‘en suivant le cours de l'Outaouais, d'un trait caractéristique, particulier à cette rivière et à son affluent la Mattawan; c'est la concentration, en quelque sorte, de sa descente dans des rapides courts et abruptes ou des chutes presque perpendiculaires, qui interviennent à des intervalles de quinze à cinquante mille, et forment chaque fois des pouvoirs hydrauliques d'une capacité presque illimitée, dont l'industie pourrait tirer avantage le plus citer que la chute des
aisément du monde. Pour 2
4 abondante, il pent en apporter ane bien pl ra aux ordres de M, Michel pou
le quantité, qu'il eme
grande
rayer à Quebec.
Ce sont deux sauve sissances de ertte découverte; il seroÏt bon,
ges nepissimgnes qui ont donné Les premières co ue ML. de Boisclero
Les eust avec luy pour travailler plus seurement
L'importance de cette découverte se foie usez sentir, et nous sommes persnades que le Sr Boiseiere Fait à Montréal le vingt-deux juillet 1784.
uégligers rien pour
Lu présente instruction ; nous le luy recommandons.
Hocqvarr
Chaudières, à Ottawa, le pouvoir hydraulique ntilisable y dépasse tous les calculs possibles. Lo volume tout entier de l'énorme rivière s'y précipite du haut d'un barrage naturel de quarante pieds, en même temps que le bassin qui s’épanche au bas de la cataracte reçoit leseaux de deux grands affluents: au sud larivière Rideau, qui tombe d’une hauteur de cinquante-quatre pieds, et, au nord, la Gatineau qui, dès son embouchure, n'est que rapides et que cascades.
Faisons remarquer, en passant, que si l'Outaouais et la rivière dés Français, tributaire du lac Huron, étaient rendues navigables sur tout leur parcours, la capitale de l'Amérique britannique se trouverait à cent milles plus près de Chicago que ne l'est la ville américaine de ‘Buffalo elle-même, située sur le lac Erié.
Quelque éloignée et inaccessible qu'ait pu paraître avant la construction du Pacifique canadien, la régiou de la Mattawran, du lae Nipissingue et de la rivière des Français, elle est en réalité bien plus accessible aujourd'hui que ne l'était la région sauvage s'étendant entre Ottawa et Kingston, quand, il y a soixante ans, le colonel By entreprit de l'ouvrir de part en part au moyen du canal Rideau ; et, toute proportion gardée, la canalisation de l'Outaouais et de la rivière des Français est pou de chose aujourd'hui, en regard
de la grandeur de l'entreprise conçue ot si vaillamment exécutée par cet homme remarquable.
La contrée qui borde la Mattawan, le lac Nipissingue et la rivière des Français présente À peu près uniformément le même caractère que le pays riverain de l'Outaouais supérieur. Les bords, aussi loin que le regard peut atteindre, semblent stériles et impropres à toute culture; mais, dans l'intérieur, il y a de vastes espaces de terre arable. Tout le pays est admirablement arrosé et d'une rare salubrité. Les fiuvres intermittentes, cette plais des établissements nouveaux dans la fertile région alluviale qui descend vers les grands lacs, y sont entièrement inconnues. Le climat n'y est pas sensiblement différent de celui de la vallée du Saint-Laurent, et l'on y à vu la saison de navigation durer sept mois entiers, comme en 1848, année où la navigation sur l'Outaouais s'ouvrit le 18 avril, et en 1854, année où les bateaux à vapeur ne cessèrent leurs voyages que le ler décembre.
En termes généraux, on peut dire que la navigation sur l'Outaouais dure depuis le 27 avril jusqu'au 27 novembre.
La glace, sur la rivière des Français, n'est jamais bien forte. Cette rivière est ordinairement. libre avant le 1er mai, et prend rarement avaut le 10 ou le 15 décembre. Le lac Nipissingue est toujours libre
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durant le mois de novembre, et la glace n'y est assez fotte pour porter des voitures ou des fardeaux que vers la fin de décembre; mais ensuite elle se maintient ferme jusqu'au eoinmencement de mai, Cette dernière date est celle qui correspond à l'ouverture de la navigation dans la rivière Mattawan,
Sans doute la vallée de l'Outaouais n'est pas l'égale, en valeur et en importance, de celle du Saint. Laurent, ave son fertile sol d'alluvion et 803 vastes étendues propres à la culture de toutes les céréales ; mais celui qui a foi dans l'avenir de son pays ne peut manquer d'y découvrir les splendides destinées qui attendent la vallée arrosée par la bellu rivière du Nord, Cette vallée, en effet, par sa position géographique, sa forme et son étendue, donne à la province de Québec l'équilibre qui lui faisait défaut. Sans le nord eu effet, et surtout sans la vallée de l'Outaouais qui complète sa charpente, qui est une partie, essentielle de sa membrure, la province ne serait qu'une longue lisière étroite, que ne protège aucune barrière naturelle, sur les bords du Saint- Laurent, Mais, grâce au nord illimité, sur lequel nous nous appuyous jusqu'aux confins de la terre habitable, nous pouvons dire que nous sommes les véritables “ hommes du Nord” de l'Amérique, les “ Northmen” ou comme on disait au moyen âge, les “northans,” pour désigner cette race hardie et aven-
turouse de Seandinaves, dont les barques a promenaient victorieuses sur presque toutes les mers de Y'Europe.
Tout homme qui étudie les lois qui gouvernent le mouvement des populations et du commerce de
Y'Ouest-Amérique, ne tarde pas à voir grandir et se développer sans cesse devant lui un admirable spa tacle, celui que devra offrir, dans un avenir prochain, da route fluviale pénétrant au cœur même du Domimion, et faite pour raccourcir de plusieurs centaines do milles la distance entre l'Atlantique et le vaste Nord-Ouest.
Avec le commerce de tout un continent débordent par Je cours de nos deux grandes rivières, qui pont douter un instant que les villes de Montréal et de Québec ne deviennent bientôt deux des plus grands entrepôts des produits de ces Etats géants, et de cès provinces du Nord-Ouest qui débutent à peine dans la carrière et que l'on compte déjà parmi les greniers du monde ?