‹ L'Outaouais supérieur (volume 2)Chapitre 26 sur 51 · T'OUTAOUAIS S · texte numérisé non relu

T'OUTAOUAIS S

comtés d'Argenteuil, d'Ottawa et de Pontiac, jusqu'au lac Témiscamingue. Cette ligne rencontrera celle que lon va prochainement établir le long de la Lièvre, entre Buckingham, sur l'Outaouais, et Kixmika ; elle rencontrera aussi celle que l'on construit actuellement le long de la Gatineau, depuis Hull jusqu'à Maniwaki, et plus tard, jusqu'à Ja rivière JEAN ou des GENS de terre, aflluent de la Gatineau. Elle traversera enfin une ligne qui sera dirigée le long de la rivière Coulonge, dans le comté de Pontiac, à partir de la florissante petite ville de Portage-du-Fort, sur l'Outaouais, jusqu’à une soixantaine de milles dans l'intérieur.

Comme on le voit, dès l'abord, ce plan est admirable. On sent qu'il est le résuitat d’une conception raisonnée, qui porte la méthode et une vue d’ensemble très pratique et très large dans la constrüction de lignes qui, sans cela, seraient peut-être abandonnées au hasard et au conflit des intérêts. De Ià une foule de déceptions futures, de là le chaos à la place de l'ordre lumineux qui résulte d’un play réfléchi, basé sur la nature des choses, sur le cours que devra suivre inévitablement ln colonisation de tout le nord de la province,

En effet, ce cours semble tout indiqué d'avance, Si Ton jette un regard sur la carte, on voit de nombreux affluents, les uns considérables, les autres moyens,

apporter le tribut de leurs eaux soit à l'Outaouais, soit aufleuve Saint-Laurent, en suivant une direction presque invariablement la même, du nord. ouest an sud-est

Plusieurs de ces afluents, est-il nécessaire de le dire, sont de’ larges et puissantes rivières arrosant des vallées assez grandes pour former de véritables provinces telles sont les rivières Gatineau, du Lièvre, Saint-Maurie», Saguenay et Betsiamis, qui sont des tributaires de premier ordre. Viennent ensuite, dans un ordre d'infériorité graduelle, la Rouge, la Batiscan, la Coulonge, la rivière du Moine, celle du Nord, l'Assomption, la Sainte-Anne et une foule d'autres, plus ou. moins considérables, qui forment dans leur ensemble l'admirable système auquel ce pays doit d'être l'un des mieux arrosés de la terre.

Or, il s'agit de construire, au nord du Saint-Lanrent, aussi loin que possible dans l'intérieur, sans s'écarter de la région des bonnes terres, depuis le lac Saint-Jean jusqu'au Témiscumingue, une seule et même ligue, appelée le Grand-Nord, qui sera tenue en communication constante avec le littoral du Saint- Laurent au moyen de lignes secondaires. … Celles-ci devront suivre les cours d'eau grands et moyens, le long desquels la colonisation se porte tonjours de préférence.

Mais comme une semblable ligne est une entre. prise immense et qu'elle dépasse les ressources actuelles du pays, on le construit par fractions, par sections, suivant les besoins les plus pressants, jusqu'à ce que vienne le jour où tous les tronçons se trouveront réunis, au grand étonnement de ceux qui ne se tiennent pas d'habitude au courant des progrès de leur pays.

Le chemin de fer “ Montréal et Occidental ” est à ui seul une moitié de la ligne future du Grand-Nord. Mais, dans la pensée du curé Labelle, qui en a été le véritable inspirateur, qui en est l'âme et l'esprit dirigeant, ce chemin de fer ne s'arrôterait pas au Témiscamingue ; il traversait au contraire l'Outaouais, passerait bien au nord des grands lacs Huron et Supérieur, serait les lacs Manitoba et Winnipeg, et se prolongerit par Ia Saskatchewan jusqu'au: montagnes Rocheuses, où il irait se relier au Pacifique canadien.

Voilà, certes, un projet qui ne manque pas d'envergure, maisil ya plus; il est très praticable, très ration. nel, et il s'accomplira fatalement un jour, lorsque l'Amérique canadienne aura pris des développements suffisants. “ Ce sera dans l'avenir, dit “ l'apôtre du Nord,” un autre grand chemin du Pacifique, qui, par la rivière Mattawin, se souder au réseau du district de

Québec: (1) puis on verra toutes les principales rivières de la province se rattacher à ce Grand-Tronc du Nord par des chemins de fer. Comme il faut commencer par le commencement, je regarde aujourd’hui comme assurés le chemin de la Gatineau, celui de Saint-Jérôme à la ehute aux Iroquois et celui des Basses-Laurentides, avec les embranchements projetés entre le Saint-Maurice et le chemin de fer du lac Saint-Jean.”

M. Beemer, un Américain qui a, pour ainsi dire, adopté tout le nord de notre province pour en faire un vaste champ d'activité et d'entreprise, qui a déjà construit plusieurs grandes voies ferrées, qui en mène actuellement de front plusieurs autres, est aussi, à la fois, le plus grand actionnaire et le constructeur du

chemin de fer “ Montréäl et Occidental.” IL a obtenu du gouvernement fédéral une subvention de 85,126, par mille de eunstruction, de Saint-Jérôme à la chute aux Jroquois, parcours de soixante-dix milles, et du gouvernement local une subvention de 85,000, plus cinq mile ares de terre par mille, pour le même parcours. Il a déjà dépensé des sommes considérables, et il pousse activement les travaux, de façon à pouvar mettre en exploitation quarante

(1) Le Mattuwie meë un des affluents les plus considérables lu Saint-Maurice

milles de ee chemin avant la fin de 1889, et, l'année prochaine, les trente derniers milles restant à construire pour atteindre la Chute.

Dès que ces soixante-dix milles seront terminés, où se propose de faire un léger temps d'arrêt, puis on continuera Ja ligne vers l'ouest, jusqu'à la rivière des Gens de terre, où sera parvenu également, dans une couple d'années, le chemin Gatineau. De la rivière des Gens de terre, on pénètrera aisément dans la belles plaine qui s'étend en arrière des sources de la Lièvre, et l'on entrera de plain-pied dans la zone fertile par excellence de la vallée de l'Outaouais.

Sur Ja Lièvre, à partir du canton Boutillier, qui avoisine celui de Kiamika, jusqu'à l'embouchure de

la rivière T'apanee, qui est en ligne droite avec celle de la rivière des Gens de terre, sur la Gatineau, il y a de chaque côté une étendue d'environ cent milles de terre excellente, comparable à celle de la vallée du lac Saint-Jean, ét de beaucoup supérieure à cette dernière pur la variété et la qualité des bois.

Au delà des montagnes où la Lièvre prend sa source, se déroule une autre vaste plaine, bornée au sud par ces montagnes, et, au nord, par l'immense plateau marécageux où les rivières Outaouais, Gatitineau et Saint-Maurice ont leurs sources, dans le voisinage les unes des autres. Cette vaste plaine est

coupée en deux parties à peu près égales par la ligne de faite qui sépare les eaux qui se jettent dans a baie d'Hudson de celles qui coulent vers le Saint- Laurent.

Les établissements des colons s’échelonnent sur la Lièvre, à des intervalles inégaux, jusqu'à une quinzaines de milles au delà du canton Kiamika ; mais toute cette partie du pays est encore vierge de chemins, ce qui s'explique par le développement inattendu, tout à fait sans précédent, qu'à pris la colonisation dans la vallée de l'Outaouais et qui a été tel que les colons ont devancé en maint endroit l'action du gouverneient, et se sont installés en véri-

tables squatters, sans attendre ni les arpentages ni Y'ouverture des chemins.

Nous appelons instamment sur ce sujet l'attention du présent gouvernement d'action et de progrès ; nous sommes convaineu qu'il n'hésitera pas à donner à sa politique dé chemins de fer son corollaire nécessaire, qui est l'onverture des chemins de coloni

sation, même alors que le besoin ne s'en fait que faiblement senti: ; car la colonisation marche vite aujourd'hui, et ce qui pouvait paraître superflu la veille devient le besoin impérieux du lendemain,

D'autre part, ce qu'on peut appeler la moitié orientale de la ligne du Grand-Nord se poursuit à l'est de Saint-Jérôme, Actuellement construite jusqu'à New-Glasgow, elle ne tardera pas à atteindre Sainte-Julienne, dans le comté de l’Assomption ; de 1à, en un bond, elle se rattachera à la ligne projetée des Trois-Rivières au Nord-Ouest, qui ne sera, dans la suite, à proprement parler, qu'une ramification du Grand-Nord. Quand cette Jigne principale aura atteint les chemins de fer de la vailée du Saint-Mau. rice, elle se raccordera immédiatement avec ceux du lac Saint-Jean par l'embranchement du lac Edouard à la Tuque, et ainsi, le Grand-Tronc du Nord se trouvera construit d’un bout à l'autre de la province,

“+ Un jour,” nous écrivait dernièrement M. le euré Labelle, à qui nous demandions des données et des aperçus nouveaux pau Je sujet qui nous occupe, “ un jour notre chemin de Suint-Jérôme ira rejoindre celui du lac Saint-Jean, et Montréal aura le cou mercedes trois quarts des Laurentides par sa position géogra. pique. Je ue pense pas qu'il existe un chetin qui aît plus d'a. veniret qui soit plus importaut pour la race frangaive, 11 devient meturellement le débouché des trois quarts de la populion de la province, À vingt lieues de Montréal, il étend à l'est et à l'ouest Comme deux iumenses bras pour tout entrainer sur sou parcous, {Ce chemin devra prospérer énormément. 11 sera le trouc qui fera afluer les produits de l'agriealture et de l'industrie des Lure des à tous les grands marchés de l'eut et de l'ouest, par la voie

1 plus courte. 11 développera immensément les pouvoirs; diques qu'offre Je versant des Laurentides, sans qu'aucune ligne

paralle puisse lui taire coucurreuce, les chalues de montugnes se dirigeant unifonnément du sud au nord.

A4 Ge qu'il y a à craindre, c'entque tout le monde veuille avoir son chemin de fer, moyen certain de en avoir malle art.

Ave le eus, es circonstances, la nature des choses, {ont cela se fer. Mais je devra en laier we partie à ceux qui me muet iront. Avant de mourir, je Veux donner à ce projet une pulsion si forte qu'il vainers tous Les cbstaces, malgré la ottise des hommes, qui est onjou pla à erindre que leur intelligence."

Telle sont les paroles de l'homme qui a le mieux compris l'avenir et les destinées de notre pays. Ell ouvrent à la politique un champ entouré de larges horizons, qu’elles illuminent d’une clarté toute nouvelle, et aux hommes d'Etat un programme que le temps seul leur permettra d'exécuter en son {entier et de développer dans toutes ses conséquences.

Page 1