CHAPITRE II
LES FORÊTS ET L'INDUSTRIE FORESTIÈRE
A l'extrémité orientale de la province de Québec, près de la frontière qui la sépare du Labrador, commence une étendue immense de forêts qui, à cause des essences et des variétés particulières de ses bois, a reçu le nom de “zône des forêts laurentiennes.” Elle couvre comme une large bande les hautes terres en bordure du golfe et du fleuve St. Laurent, sur une longueur de 650 milles. Parvenne au-dessus du cap Tourmente, à environ vingt milles de Québec, elle s’écarte du littoral et, plongeant en arrière des anciens établissements seigneuriaux, elle déroule les ondes profondes de son feuillage toujours vert jusqu’à ce qu’elle atteigne la rivière Outaouais, dans le voisinage de Grenville. Elle côtoie cette rivière plus ou moins étroitement, et, parvenue à cent milles plus haut, elle la traverse et se développe ensuite sur toute la partie d’Ontario située au
nord et à l'est des lacs Huron et Supérieur; puis, franchissant la frontière occidentale de cette province, elle s'étend à perte de vue au-delà, embrassant dans son expansion infinie tout l’espace entre le lac Winnipeg et les grandes plaines siluriennes de la Baie d'Hudson, jusqu’à l'Océan Arctique,
La première section de cette vaste région forestière, que l’on peut appeler la section du Golfe, embrasse tout l’espace entre la frontière nord-est de la province et le 68e degré de longitude ouest, ce qui représente une longueur de 320 milles en ligne directe et une superficie d'environ 32,000 milles carrés.
La deuxième section, partant d’une ligne tirée entre le 68e et le 69e degré de longitude ouest, s'étend jusqu’au lac Témiscamingue, à l'extrémité occidentale de la province, et couvre une étendue qui dépasse cent mille milles earrés. Elle embrasse trois grands territoires, celui du Saguenay, celui du St. Maurice et celui de l'Outaouais, ce dernier se subdivisant lui-même en deux districts qui diffèrent remarquablement entre eux par la nature de leurs productions, le district de l'Outaouais inférieur, et celui de l'Outaouais supérieur. Nous les réunissons en un seul pour les fins du présent chapitre qui comprend un aperçu sur les forêts et la production forestière du territoire de l'Outaouais tout entier.
L'industrie forestière est la plus importante et la plus considérable de toutes les industries canadiennes; elle constitue, à la suite du commerce d'animaux et de leurs produits, le principal article d'éxportation, tant du Dominion que de la province de Québec en particulier. En 1885, en effet, sur une exportation totale de $84,264,000 de produits bruts et fabriqués, de toute espèce, ceux de la forêt comptaïent pour la somme de $22,374,000, c'est-à-dire, pour plus du quart; la province de Québec seule entrait dans ce montant pour neuf millions cent mille dollars, où pour plus des deux cinquièmes. (1)
L'exploitation du bois des forêts canadiennes, d'une manière réellement productive, ne remonte guère qu'au commencement de œ siècle. Avant cette époque, il était impossible qu’une population
(1) La coupe et la préparation du bois de commerce occupent dans le“ Dominion ” environ 100,000 hommes, qui soutiennent des familles forment un grand total de 500,000 âmes, ou environ un neuvième de la population.
Dans tous les établissements industriels du Canada, $165,000,000 représentent le capital placé dans les scieries. Plus de $25,000,000 sont placées dans les machines,
d’une centaine de mille âmes, pauvre et clairsemée sur une vaste étendue, pût seulement songer à une industrie qui exige l'emploi de tant de bras et des capitaux considérables pour devenir l’objet d’une spéculation avantageuse. C’est à la suite des guerres du premier empire et du blocus continental que Napoléon avait imposé à tous les ports de l'Europe, pour en chasser le commerce de la Grande Bretagne, que l’on commença à s'occuper sérieusement de l’exploitation de nos forêts.
Les commerçants de bois de la métropole tournèrent leur attention vers les colonies de l'Amérique Britannique et conçurent le projet de venir chercher chez nous le bois que les flottes françaises les empêchaient d'importer des pays de l'Europe septentrionale.
L’exportation du bois de nos forêts se limita d'abord, ou à peu près, à des envois dans le Royau me-Uni et dans les Indes Occidentales, Ce fait était dû à l'immense quantité de bois exportée des différents Etats de l’Union Américaine. Depuis cette époque, un grand changement s’est produit. Les territoires du nord-ouest des Etats-Unis, qui couvraient de grandes forêts de pin, vinrent à se défricher et à se déboiser ; etcomme la consommation, dans l’intérieur
de cs territoires devenus depuis des Etats, avait augmenté dans une proportion égale, on fut obligé
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de recourir à nos commerçants de bois canadiens qui: firent dès lors avec succès concurrence aux commergants de l'Ouest,
En 1850, on expotait déjà pour l'Angleterre, 1,052,817 tonnes de bois,
Et en 1859, 1,249,000 tonnes.
Aujourd’hui notre exportation de bois aux Etats- Unis est presque égale à celle que nous faisons en Angleterre. Le rapport de l'année fiscale se terminant au 30 juin 1885 établit que la valeur du bois expédié au Royaume-Uni s'est élevée à $9,577,578, tandis que celle du bois exporté aux Etats-Unis a été de 89,355,736. L'exportation de nos bois aux Indes Occidentales et dans l'Amérique du Sud a suivi de même une progression ascendante, quoique sur une échelle plus petite. Le tableau suivant, tiré du rapport de 1878, fera voir quels sont les marchés de notre bois à l'extérieur, dans quelles proportions nous en faisions alors l'expédition à chacun d'eux respectivement, et combien ces proportions ont été modifiées depuis.
Angleterre... 813,586,410 Terreneuve . 120,407 Indes, possessions anglaises. 320,609 “ espagnoles. 145,561 «françaises 17,498
Indes, possessions danoises.
# É allemandes.
Haïti.
Guyane .
St. Pierre Miquelon.
Amérique du Sud.
France
Portugal.
Italie.
Belgique
Iles Sandwich Iles Falkland...
Un fait digne de remarque, c’est la diminution constante de la quantité de bois brut exporté en Angleterre, et l'augmentation tout aussi suivie de Texportation du bois scié ou manufacturé. On ne voit plus aujourd’hui ces grands et pittoresques trains de bois, formés de troncs d’arbres équarris, communément appelés plançons, qui autrefois sillonnaient nos rivières. Le bois carré est d’une exploitation dispendieuse, parce qu'on le transporte dificilement, et qu'il faut sacrifier, pour chaque pièce obtenue l'aubelle et la tête de l'arbre. On estime cette perte à un quart de la valeur de l'arbre; on en a fait le caleul dans Ontario et l'on a reconnn qu’elle s'était élevée, de 1867 à 1877, à 83,577,500. Le bois carré doit en outre être choisi avee le plus grand soin, être presque parfaitement droit et exempt de nœuds, de fissures et de tout autre défaut. Il doit être taillé parfritement droit et avoir la même épaisseur d’un bout à l’autre, nne légère différence entre les deux bouts seulement étant permise; voilà pourquoi
de magnifiques pièces de bois ont été souvent laissées sur le terrain parce qu'elles n'étaient pas d’une grosseur absolument uniforme, On ne peut pour
faire des plançons, abattre des arbres de moin; de soixante pieds de long, à partir de trente pouces de la souche; et comme la plupart des gros arbres de nos forêts sont anjourd’hui abattus, on ne saurait donc être surpris de la disparition rapide des trains de bois, ni de ce que les concessionnaires de coupes utilisent jusqu’à la dernière limite la matière première et tirent profit de toutes les parties irrègulières de l'arbre, des. croûtes, ete., ete., qu'ils vendent pour des usages grossiers où même pour la combustion. Cependant il descend encore quelques rares trains de bois de la rivière des Quinze, dans l'Outaouais supérieur ; mais de la région du lac Nipissingue, au contraire, le long de la ligne du Pacifique, dans la province d’Ontario, il en est descendu cette année vingt-cinq à trente; c'est que, dans cette région, le pin est encore vierge et la forêt touffue; aussi les marchands de bois d’Ontario paient-ils des prix exorbitants pour y obtenir des concessions.
A la date du 30 juin 1886, les statistiques officielles évaluaient l'étendue des concessions de coupe de bois faites par le gouvernement à 47,176 milles ou 30,178,650 acres carrés, pour toute la province, La part de la rive nord seule comprenait 41,244 milles ou 26,396,693 acres carrés. Ces concessions s'étendent depuis le lac Témiscamingue jusqu'à la rivière Marguerite, dans le comté de Saguenay.
Dans l'Outaouais supérieur seulement, l'étendue des concessions de bois était de 18,628 milles carrés, sur lesquels 18,535 ou 994 pour cent sont boisés en pin ; 93 milles carrés seulement, ou une fraction insignifante, sont boisés en épinette. Dans l'Outaouais inférieur, l'étendue des concessions était de 6,348 milles carrés, sur lesquels 5,350, ou 85 pour cent boisés en pin, et 889 milles boisés en épinette,
On calcule que, pendant les treize années qui se sont écoulées de 1867 à 1880, les primes, les rentes foncières et les droits de coupe payés au gouvernement, pour l'exploitation des forêts dans le territoire de l'Outaouais, ont rapporté au trésor public la somme relativement énorme de S3,338,087, c'est-à-dire trois fois plus que n'ont rapporté tous les autres ter-
ritoires réunis de la rive nord du St. Laurent. (1)
Dans le cours de l'année 1885-86, le département des terres publiques percevait un revenu de 8528,575 provenant de l'exploitation des forêts; sur ce montant, il retirait de la région de l'Outaouais seule 8387,492.
En 1884-85, il s'était fait dans toute la province 2,187,098 billots de pin blanc et 1,038,957 billots
Q) La “ prime” ou bonus est une taxe de vente d’un dollar par mille carré payée au gouvernement à chaque transfert d'une concession de coupe de bois.
La rente foncière consiste en deux dollars par mille carré payés aù gouvernement, outre le droit de coupe.
d'épinette ; là-dessus, l'Outaouais supérieur et inférieur avait fourni 1,608,281 billots des premiers et 91,250 billots des seconds.
En 1885-86, l'Outaouais produisait 1,783,522 billots de pin blane, ce qui fait au-delà de 400 millions de pieds et 100,583 billots d’épinette, ce qui donne audelà de 20 millions de pieds.
L'année dernière enfin, on a estimé à plus de 600 millions de pieds la quantité de bois abattu sur l'Outaouais et ses tributaires, outre 350,000 pieds de bois carré. (1)
(2) I] a été constaté que les marchands de bois d'Ottawa emploïent durant l'été, à leurs scieries des Chaudières, près de 8,000 et, durant l'hiver, daus les chantiers, environ 3,800 hommes,
Notes sur l'industrie et la consommation du bois.
La longueur totale des chemins de fer des États-Unis était de 157,615 milles en 1886, et 12,000 milles ont dû être construits en
La quantité de bois nécessaire pour les dormants, les pouts, les stations est énorme.
L’abord, la longueur des voies construites est de beaucoup plus considérable que celle marquée pour chaque ligne.
On évalue à 187,500 milles la longueur des voies construites.
En mettant 2,640 dormants par mile, le nombre total serait de 495 millions de dormants.
Chaque dormant exigé en moyenne 8 pieds cubes de bois ; alors, le total de bois ainsi employé serait de 14485,000,000 pieds cubes.
IL est difficile de calculer la quantité employée pour les ponts,
pi
L'OUTAOUAIS SUPÉRICUR
Depuis des siècles déjà, l’homme a reconnu la relation intime qni existe entre les forêts et les pluies ; depuis des siècles, on a constaté que la destruction des forêts amenait la sécheresse et finalement la stérilité du sol ; les Grecs le savaient bien, eux qui regardaient comme un crime d'abattre les oliviers en pays ennemi. Ce ne sont pas les forêts qui produisent les pluies ; c’est bien au contraire. la pluie
qui produit les forêts ; mais celles-ci jouent dans la
nature un tel rôle comme régulatrices et distributrices
chevalets et eulées ; 2,000 pieds par mille semblent une bonne moyenne.
Le total, à ce compte, serait de 37% millions de piedk cubes.
Les poteaux de télégraphe sont au nombre de 80 par mille, soit en tout 5 millions. A une moyeune de 10 pieds eubes par poteau, cela fit encore 50 millions de pieds.
Mais pour chaque pied cube de bois prêt à être employé, il faut 1 pied et 2/8 de bois rond.
Ainsi le total du bois brut employé est de 3,150,000,000 de
pieds cubes.
des eaux de pluie qu’elles deviennent, aux yeux de l’é-
conomiste, bien plus importantes comme agent physi que, bien autrement précieuses pour la richesse publique qu'à ne les considérer qu’en leur qualité de simple matière exploitable par l'industrie et le commerce, Que la pluie produise les forêts, c’est ce dont on peut se rendre aisément compte par la position relative des forêts et des pluies dans l'Amérique du Nord. Ce qu'on appelle la région de l'Atlantique, c’est-à-dire la partie orientale du continent américain, reçoit tous les
IL est impossible de se figurer ce que représente ce chiffre.
La durée d'un durmaut on traverse est de près de 7 aus et celle du bois employé dans les coustrueiions de 10 aus.
Pour entretenir les voies actuelles, il faut 70,714,286 dormants nouveaux par au ; en ajoutant la quantité qui est nécessaire pour entretenir les ponts annuellement, on arrive à 245 millons de pieds cubes.
Si l'on évalue à 5,000 milles la longueur des nouveaux chemins qui se construisent tous les ans, il faudra encore 13,200,000 nou: veaux dormunts et 10 millions de pieds de Lois pour ponts, cheva lets, stations.
Eu somme, In consommation amnuelie ext cle 305,712,858 pieds cubes.
11 faut, pour satisfaire à ces besoins, tont le bois employable de 296,847 acres de terres bien boisées, par année, en admettant que chaque acre fournisse 300 dormants.
A une pareille consommation, il ny a pas de doute que, quelque
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ans une abondante quantité de pluie ; aussi était-elle couverte, à l’origine de l’émigration européenne, d’une épaisse et vaste forêt de pins et d’épinettes qui s’étendait, à partir du Labrador, sur le Canada tout entier,
sur les Etats de la Nouvelle-Anglèterre et sur la portion septentrionale de celui de New-York; elle entourait les grands lacs et se développait largement vers l'ouest jusqu’à la rencontre de l’aride plateau arrosé par la Saskatchewan et la rivière Rouge du Nord. Une autre forêt de pins, formant une ceinture d'au plus deux cents milles de largeur, couvrait
grandes que puissent être les ressources, il doit arriver un jour où elles s'épuiseront
Aux Etats-Unis, ce moment approche, et déjà les compagnies sont obligées de recourir aux moyens de conservation usités en Europe.
La demande de bis pour les chemins de fer aux Etats-Unis est si considérable qu'on y est déjà obligé de reboiser de vastes étendues de pays. Cette dépense exige près de 12,000,000 d’acres de terres en fort pour fournir les durmants nécessaires aux répurations des voies ferrées. N'est pas vompris dans ce calenl Je bois nées saire à Je construction des wagons, ni le bois de chautlage depensé sur plusieurs lignes ; cela augmente naturellement la superficie des terrains forestiers indispensables aux besoins toujours croissants
des chemins de fer chez nos voisins.
le littoral du sud, depuis la côte de la Virginie jusqu'à la rivière Brazos, dans le Texas. À l'ouest du ïi, cette même forêt, prodigieusement élargie, ssait tout l'Arkansas et le Missouri oriental. Outre la grande forêt de pins et d’épinettes du nord et la forêt de pins qui ceinturait le littoral du sud et le golfe du Mexique, il y avait une autre forêt, mais d’arbresà larges feuilles, d’une dimension énorme et d’une valeur incaleulable, qui occupait tout l’'espace entre la Nouvelle-Angleterre et la Virginie, inondait le versant des Apalaches et ne s'arrétait que dans le bassin du Mississipi. Ces trois grandes forêts réunies formaient de qu'on appelait la “ région forestière de l'Atlantique.” A l’ouest de cette région, les pluies ne tombant qu'en faible quantité n'alimentaient plus les forêts, et l’on ne voyait que le désert et les longues plaines nues du Nord-Ouest déployées comme un linceul, jusqu'aux premiers contreforts des montagnes Rocheuses.
Que reste-t-il aujourd’hui de la prolifique et merveilleuse région forestière de l'Atlantique? On l’a frappée, on l'a dévastée avec acharnement, non pas seulement pour étendre le domaine agricole de l'homme, mais pour la livrer à une exploitation efirénée, sans règle et sans limite, comme si le feu, le plus grand ennemi des forêts, n’en faisait pas encore
assez pour leur destruction. (1) On a fait disparattre les bois en grande partie, d’une main impitoyable, aveuglément, sottement, sans rien calculer, saus rien prévoir, et l'on a porté par ce vandalisme un coup faneste à l’une des plus grandes richesses naturelles du continent, Le pin de la Nouvelle-Angleterre et de l'Etat de New-York n'existe plus; la Pennsylvanie, qui croyait le sien inépuisable, en a été dépouillée. Les grandes pinières des Etats du Nord-Ouest, du Michigan, du Wisconsin et du Minnesota, n’offrent plus que des restes éjars des nobles forêts qui ont fait leur prospérité première. et que l'intérêt bien entendu, même le plus élémentaire, n’a pu sauver d’une destruction à jamais irrémédiable. Üe qui est vrai des pinières des Etats du Nord-Ouest l’est égalelement des forêts de pin du Canada moins précieuses et moins productives, s ce n’est pas à la simple destruction de la forêt que s'arrête le mal; ce qui
résulte de cette lestruction est peut-être vingt fois
pis encore.
() La perte annuelle causée par les incendies s'élève à plus de $5,000,000 pour la vallée de l’Ontaounis seulement, et quand on songe qu'il fant 160 ans à en pin pour atteindre sa complète matu-
rité, on comprend tonte l'étendue de cette perte,
Les besoins du commerce moderne, avec la multiplicité illimitée des industries et des communicatons, sont incommensurables, effrayants ; c’est un torrent qui emporte tout sur son passage. On reste stupéfait à la vue de l'énorme dévastation qu'il faut porter au sein de nos forêts pour alimenter des industries sans cesse grandissant et croissant en nombre; on l’est encore davantage en songeant à ce que cette dévastation aveugle, furieuse, va apporter de désastres, de
calamités aux régions agricoles, de modifications fanestes dans les conditions atmosphériques ct clima-
tériques. Mais c'est en vain que l'attention des
législateurs a été appelée de temps à avertissements de œeux qui étudient les questions
autre par les
économiques, en dehors des entraînements de la spé eulation, sur cette question, peut-être la plus importante de toutes. On peut détruire impunément une constitution, renverser les lois et les conditions politiques, œuvres chungeantes, mais quand on détruit un des éléments vitaux de la fortune publique, c’est
itions, rent fait ‘au
pour toujours, et lon ne pent le remplacer qu'en créant des ressources nouvelles, beaucoup plus coûteuses et mains à la portée générale. (1)
() “On peut constater des signes manifestes d'épuisement dans les zones forestières de l'Outaouais, du Saint-Maurice et dn Saguenay. En 1882, l'hon. M. Joly disait que, dès ce temps-là, il restait peu de forêts intactes dans ces vastes régions. Le bûcheron avait depuis longtemps atteint la ligne de faîte de tous les grands tributaires de l'Outaouais, de Ja rivière Rouge, de la rivière du Lièvre et de la Gatineau. Ce doit être à cette destruction plus qu'irréfléchie qu'il fant attribuer l'encombrement graduel du lit de J'Outaonais et de la Gatineau, les crues d’eau qui ont, dans ces dernières années, fait tant de dégâts sur le parcours du Saint-Lan- Tent, et la décroissance marquée du rendement des terres, faute d’un humus suffisant, Tous les savants s'accordent à conclure de cette façon. Nous avens à ce sujet d'irréfutables démonstrations du professeur Hough, du département des Forêts aux Etat-Unis ; de B. W. Philipps, cominissaire des Forêts pour le gouvernement d’Ontario, et de nombre d'auteurs que nous avous consultés. ” (L'Etecteur du 2 août 1888).
En 1881, il a été abattu, paraît-il, dans la province de Québec,
2,274,284 arbres, your le emmerce d'exportation. Si l'on compte 50 «rbres à l'arpent, cela représente 445,428 arpents dénudés dans une seule année.
Le défrichement des forêts a été conduit avec une iupréve
désastreuse ; il a épuisé rapidement les réserves que la nature à mis des siècles à produire et qu'on ne s'est pas soucié de recousti. tuer. Les beaux bois de construction et de mâture sont devenus aussi rares sur le sol forestier que les cultures d blé duns les anciennes paroisses, Les flancs des Laurentides se sont déuudés, et
Sait-on bien de quelle valeur énorme sont les forêts, uniquement au point de vue de la distribution des eaux de pluie, sans lesquelles toute végétation
est impossible ? “ Ce n’est pas, écrivait dernièrement le professeur Sargent, dans la North American Review, ce n’est pas seulement comme une collection d'arbres à abattre et à mettre en madriers qu'il faut
par suite, Le climat, le régime des eaux et l'agriculture ont souffert proportionnellement. 11 laut déjà s'éloigner à wrois cents milles de la capitale fédéraie pour trouver de beaux bois de mâture ; ajontons que les incendies, causés Je plus souvent par l'inprudence des bûcheroue, contribuent encore à étendre ln destruction. Il est done grand temps que le gouvernement s'occupe, avec une énergie ineounue jn qu'ici, de développer la colouisition sans épargne et saus resirieticà, et cela au prolit même de l'industrie forestière, dout elle écarter de nombreux dangers, tout en Jui laissant encore un champ sans limites.
Jusqu'à présent, ce n'est pas ue industrie intelligente que bon nombre de marchands de bois ont exercée, mais de la dévastation forestière, un véritable saccagement, nue extermination aveugle, brutale, furieuse, des pins belles essences de bois qui existent an monde. Une industrie qui aurait pu tourner au profit de la province et l'eurichir de façon à lui permettre d'accomplir de grands travaux publics sans s'enderter, a faili tourner à sa ruine complète, où, du moins, l'a énormément retardée dans sa croissance, dans la voie du progrès, si impérieusement commandé aux jeunes peuples qui venleut se maintenir, toute proportion, gardée, au niveau des autres
On a cru jusqu'à présent qu'il y avait un antagonisme nécessaire,
considérer les forêts; sans doute, au seul point de vue des profits qu'on en retire, elles valent bien tous les soins ettoute la protection qu'il est possible de leur accorder, car elles fournissent annue!lement pour près de $450,000,000 de matière brute, et de l'emploi directement ou indirectement, à près de 300,000 hommes.
fatal, entre le défricheur et le marchand de bois, et on les a constemment opposés l'un à l'autre, parce qu'il était d'usage d'en user ainsi, et parce que la routine, qui commande aux idées comme aux pratiques dans notre pays, le voulait de la sorte, Mais rien n'est plus injuste, ni plus déraisonneble, Les droits du défricheur sont, à coup sûr, en opposition directe avec les intérêts des 4 vandales ” de la forêt, de ces destructeurs acharnés des plus riches et des plus productives régious de la province, mais ils ne sont pas eu opposition avec une industrie sérieuse, honnête, réglée, qui ne s'exerce pas à la condition de ruiner tout un pays pour s’alimenter et: se satisfaire,
L'industrie forestière, que l'on a toujours regardée comme indépendante de la colonisation, qu'on croit même encore lui être hostile, a non seulement des rapports intimes avec elle, mais lui est même subordonnée. C'est par l'extension de la colonisation qu'on arrivera à régler l'exploitation forestière, à la rendre fructueuse et profitable, au lieu de la laisser n'être qu'une pure dévastation, qu'un véritable brigandage, comme elle l'est aujourd’hui. Plus d’un commerçant de bois éclairé sur les véritables intérêts et sur l'avenir de l'industrie qu'il exploite, reconnait aujourd’hui cette vérité et n'hésite pas à la proclaner. Le colon, loin d’être pour lui un ennemi traditionnel, ou du moins un obstacle, lui est un secours précieux. 1Lie dispose, eu éllei, d'eutreuaur des fa
dieuses, qui sont nécessaires daus toutes les grandes exploitations forestières, pour alimenter sur place cies armées de bûcherons. 11 le
valeur des forêts, ce qui leur donne un juste droit à notre considération, ce n'est pas autant leur capacité productive, quelque grande qu’ell sse être, que le pouvoir qu’elles ont de protéger la smface du sol, de régler le cours des rivières, de modifier Ja température et de retenir» d'emmagasiner les eaux de pluie qui tombent. Elles empêchent de s'écouler trop rapidement sur la surface de la terre ; elles nourrissent les sources, elles
retardent la fonte des neiges, elles restreignent l’éva-
poration et maintiennent l'égalité de température, élles tempèrent la violence des vents destructeurs, enfin elles retiennent le sol sur le penchant des mon-
dispense de tenir et de couserver un outill ge ruineux, eu rappro-
chant de lai les produits indispensables à ses travaux, en dimiamant leur va.eur de plus de la moitié, eu plaçant sous sa main un travailleur à bou mur hé pour l'abattage des a bres, pour l'équarrissagé et le wansport des billots, pour la manuficture même du bois, lorsqu'il y a des moulins sur les lieux, toutes choses qui cofitent énornemeut cher, quand il faut faire venir de loin des œutaines d'hommes et tous ies articles de consommation qu'une grande forme au sein des bois est insuffisante à produire
On voit done qu'il y a corrélation intime entre la colonisation ct L'exploitation forestière, au lieu d'antagonisme ou d hostilité natuæalle. Il y a pins ; il ÿ a règlementation et équilibrement de l’une par l'autre, ce qui tourne au profit du public et ce qui sure la oonservation de nos forêts, tout eu développant saus limite le do naine cultivé,
approdimi sin un équarme du es qui im des qu'une
tagnes escarpées et l'empêchent de se précipiter au fond des vallées, entraînant avec lui toute la matière
organique qui en fuit la richesse.”
C'est pour avoir oublié ces lois de l'économie physique du globe, que l'Ohio se voit exporé, depuis un quart de siècle, à d'épouvantables calamités qui ravagent périodiquement son sol, cowblé d'ailleurs de* tous les dons de la nature. Il possédait naguère d'immenses richesses rien qu'en noyers, qui couvraient presque toute la surface de son territoire. Ila commis la folie de les considérer comme un embarras et il les a abattus violemment, sans règle, sans méthode, Pressé de jouir, il a voulu recueillir vite le fruit de la vente de ses arbres, et il a expédié le tout de l’autre côté de l'Atlantique, Il est maintenant dénudé ; difficilement trouverait-on sur son sol un arbre de remarquable dimension. De 1853 à 1870, il a coupé quatre millions ciaq cent iille acres de bois de charpente, la moitié du territoire de l'Etat.
Il ne faudrait pas moins de deux cents ans pour rétablir les choses dans la situation où elles étaient avant ces sauvages destructions. Il eût été si facile, si sage, au point de vue de l'intérêt bien entendu du pays, de s’en faire une source de revenus à la fois certains, réguliers, abondants !
Ce n’est pas là la seule calamité qui afilige l'Ohio;
il y a des rivières qui ont diminué de volume, d’autres qui sont entièrement taries. Les forêts n’arrêtant plus l'écoulement des eaux, aux époques de grandes pluies, elles se précipitent avec une rapidité effrayante vers l'artère principale, qui gonfle outre mesure et occasionne souvent de désastreuses inondations.
On se rappelle les catastrophes épouvantables dont le nord-ouest des Etats-Unis a été la victime, il y a quelques années à peine, par le débordement des rivières qui se déversent dans la vallée du Mississipi. L'Ohio et ses afluents étaient sortis de leurs lits et atteignaient des hauteurs inconnues de mémoire d'homme. Non seulement des centaines de milles étaient submergés, les campagnes dévastées, des vil-
lages détruits, des bestiaux noyés et des populations
cernées sur des points isolés où il était extrêmement difficile et dangereux de leur porter secours, mais encore des villes considérables étaient désolées par un fléau tel qu’elles n’en avaient jamais vu. A Cincinnati, la rivière avait monté de soixante pieds audessus de son niveau normal; vingt mille personnes étaient sans asile, dix mille à Louisville, où trois mille maisons étaient abandonnées, et de même, dans des proportions jareilles sur tous les points accessibles. Les eaux du Mississipi, incessamment accrues par des pluies torrentielles qui accéléraient la fonte d'immenses entassements de neige suspendus aux
flancs des montagnes, semblaient attendre le moment de décharger leurs torrents, par ces vomitoires élargis, sur les campagnes à peine asséchées des dernières inondations. (2) A la vue de ce navrant et terrible spectacle et sous l'empire des émotions douloureuses qu'il en ressentait, un économiste américain n’a pu s'empêcher de s’écrie
4 La cause de ces incomparables calamités, aggravées d'année en année, est dans le déloisement des montagnes et des collines de l'Etat de New-York, de la Pensylvanie et de la Virginie occidentale, d'où découlent les eaux amères de l'Ohio. Les belles et puissantes forêts dont la nature a doté cette région, tombent sous la cognée avec une rapidité effrayante et auront bientôt disparu, laissant le roc denudé là où ag: ère encore des solitudes impénérables éta ent couvertes dé richesses forestières que l'ou aurait crues inépuisables.
“Tout le monde civilisé a fait cette funeste expérience, et elle n'a pas touché l'Amérique, où elle se renouvelle en ce moment dans des proportions qu'elle n'a jamais stteintes nulle part ailleurs. Dieu sait les calamités que présage c-tte coupable imprévyance, que ies avertissements répétés depuis plusicurs unnées n'out pas guérie : il est grandement temps qu'ou y souge. Mais ce n’est pas seulement en prévision des désastres cuuss par l'iruplion des eaux se précipitant sans fivin dés montagnes daus les vallées, qu'il impor.e d'arrêter ce vandalisme destructeur ; les grands bois sont joi par eux-mêmes d'uue nécessité absolue ; ils constituent uu des
(2) L'année dernière encore, le Mississipi déborda avec tant de force que ses flots envahirent des ceutaiues de mille acres et mena. cbrent les moissons d’nue destruction totale. Un compta par mil. ions de dollars les dommages causés dés le début de la catastrophe.
éléments indispensables àÿ l'accroissement rapide de la population de ce continent. Il n’y a pas de pays eu monde où le bois joue uu rôle plus considérable dans le développement de ln grandeur et de la puissance nationale, La preuve, c'est que la consommation des bois de charpente employés davs Ja construction des Lâtiments et dans les mille usages de la vie ou de l'industrie, a augmenté de cinquante pour cent eu dix ans, de 1870 à 1850...Ou ne se figure pus généralement sur quelle échelle s'ucccmplit la dévastation, et où est disposé à souriie, quand on entend dire que, daus quelques auvies, les incommensnrabies forêts du nouveau moude auront dis paru. Rien est plus vrai cependant, Il est positif, d'après les calculs les plus précis, qu'au vain dont vont les abattages, sans tenir compte de ’aceroissement de vitesse suivant lequel ils procèdent, Auit années suffront pour depouiller entièrement le no1d des Etats-Unis du pin blanc et de l'espèce dite spruce, qui sout les essences composant Ia grande masse de l'approvisiounement indispeusuble aux usages de première nécessi
& Passe encore si l& jaoduction indigève pouvait être rempl
par l'importation étrangère ; mais cela est impossible pour deux
raisons. La première, c'est qu'il en coûterait trop d'a seconde, c'est qu'on ne trouverait l'equivalent dans aucun monde La valeur du bois actuellement tiré du uord des Etats- Unis excède 200 millions de dollars par an, el elle angmeute tous des jours. Or, c'est être très moderé de supposer que le même bois importé reviendrait à Llus du double.
“ L'Angletene, qui possède du charbon à bon marché, et qui, avec la main d'œuvre moius chère qu'en ce pays, peut s'approviienner aisément dai s Le nord de l'Europe, depense annuellement 8100,000,000 pour se procurer les bois dout elle a besoin.”
Le Maine fournissait autrefois la plus grande partie du bois de charyente aux Etats-Unis; de ses ports, jusqu’en 1843, étaient parties les plus fortes cargai-
sons de bois pour l'Europe. Depuis 1872, la production n'a cessé de décroître. En cinquante ans, le Maine s’est dépouillé de ses forêts. De même Port- Deposit, à l'embouchure de la Susquehanna, était un excellent centre de distribution des produits de la forêt dans les Etats de Est ; aujourd’hui Port-Deposit n'existe plus comme marché de bois et tout l'approvisionnement de cette région se fait seulement dans cinq comtés voisins. La région de l'Alléghany, autrefois riche en bois, le fait aujourd’hui venir du nord et de l'ouest. L'Etat de New-York a cessé d’être un facteur de la production, et n'a plus de perspective d'avenir que du côté du Michigan et du Canada. Les Prairies de l'Ouest vont avoir besoin de plus de bois que toute la région de l'Est n’en a jamais demandé. Aujourd’hui le Michigan approvisionne V’Est aussi bien que l'Ouest, mais le jour est proche où le bois ordinaire se vendra aussi cher à Chicago qu’à Albany, Le Michigan a une étendue de 96,000 milles carrés, contenant 10,000,000 d’acres boisés plus ou moins en pins. Le Minnesota a 83,500 milles carrés et peutêtre peut-on compter l-dessus 54,760,000 acres en forêts ; tout le reste de ce vaste Etat n'est qu’une prairie nue. Le Montana, avec ses 92,016,000 acres sans arbres, et les autres vastes territoires de l'Ouest qui s'établissent, où s'approvisionneront-ils ? On
bien mésestimé sans doute la quantité de pin qui
reste encore en Amérique, et elle durera probable ment plus longtemps qu'on ne le croit, mais avec la multiplicité des chemins de fer qui précipite la con-
sommation de ce bois et les facilités qui existent pour le transporter dans toutes les directions, combien sera-t-on de temps encore sans l’épuiser? On a dit que le Canada approvisionnerait les Etats-Unis, mais il y a aussi une limite à la production canadienne.
C'est au mois de mars 1799, que le premier arbre fut abattu le long de la rivière Outaouais. Depuis lors, on a etiré de la région arrosée par elle plus de neuf milliards de pieds de bois. Aujourd’hui l’abattage a atteint la partie supérieure de cette région, dont on connaît exactement les possibilités pour un temps déterminé. On peut dire qu’elle produira jusqu'à cent cinquante millions de pieds de bois par année pendant cinquante ans encore; mais en plusieurs endroits, on a atteint déjà le terme de la production. Une chose certaine, c'est que les produits de la forêt, à l'est du lac Huron, vont se diriger de plus en plus, sur les chemins de fer canadiens, vers les régions de l'Ouest, dont les besoins excèderont uu jour tout ce que le Canada peut fournir.
Et maintenant, quelle conclusion tirerons-nous de tous les faits que nous venons de présenter au lecteur? Cette conclusion s'impose d'elle-mêmr, c’est qu'il faut absolument régulariser l'exploitation du bois de nos forêts, si nous ne voulons pas que, d’une source de richesse qu’elle est aujourd’hui, elle devieune avant longtemps une source de ruine.
Prenons exemple sur l'Europe, où l'on se rend compte de la valeur des produits de la terre; là on n'abat que pour replanter; là on se fait des bois un revenu régulier, comme en Amérique, les fermiers et les planteurs de la culture des grains et du coton.
Les terres boisées s’y exploitent exactement comme des champs de blé où d'avoine; elles sont aménagées au point de vue de la coupe annuelle, et cette coupe a des lois inflexibles dont on ne s’écarte jamais, afin de tirer profit des forêts au lieu de les détruire. On choisit chaque année les arbres que l'on peut abattre, afin de permettre aux autres de parvenir à pleine maturité; et si les pays d'Europe trouvent, dans la coupe réglementée, une foule d'avantages lucratifs, que n’en serait-il pas de notre propre pays, où les mêmes essences de bois poussent avec une rapidité prodigieuse? Tel arbre qui met en France cinquante, cent ans à croître, à atteindre la grosseur voulue, ce que dans le langago forestier on appelle le plein âge, arrive chez nous à maturité en moitié moins de
temps. La qualité ici en est supérieure et le grain d’une extrême finesse.
De quels revenus ne nous privons-nous pas en négligeant d'exploiter nos forêts d’une façon convenable, en ne travaillant pas à les aménager comme on le fait en Europe! La Prusse, l'Allemagne, la France, l'Italie, Autriche, à force d'adresse. sont parvenues à maintenir chez elles de belles forêts, qui leur fournissent de précieuses ressources et leur permettent de ne payer qu’un demi-tribut à l'étranger, Leurs terres, si admirablement boissées, le sont par la main de l’homme. Il ny a pas, dans le vieux monde, une seule forêt vierge, mais tout y a été si admirablement réglé, qu'après des siècles d’exploitation, ces pays peuvent encore, en grande partie du moins, se suffire à eux-mêmes, Quand on réfléchit qu’il y a en Europe des essences dont le prix varie de $14 à 825 la corde, on se demande comment nous ne profitons pas de la situation privilégiée qui nous est faite !
11 faut donc absolument régler la coupe du bois.
Avec des coupes bien conduites, on obtient tout autant et même plus de résultats lucratifs que par une destruction sans discernement. Le tort incal-
culable que nous avons eu a été de livrer la forêt au commerçant, sans conditions d'aménagement et de reboisement ; mais, d’un autre côté, et ici encore
grain
as en onvene on ance, nues fourttent Leurs ar la vieux été si rploiie du Léchit varie nous nous
bois.
tout e par ncalr la ment core
on verra combien la colonisation est indispensable à Ja conservation de nos forêts, c'est qu'il eût été impossible d'imposer et de faire exécuter de pareilles conditions dans des parties du pays encore inhabitées et presque inaccessibles.
Quel beau jour ce sera que celui où, grâce à la législation sage, généreuse et ferme à la fois, inaugurée par le nouveau commissaire des Terres, l'honorable M. George Duhamel, nous verrons s'ouvrir sous la charrue du défricheur nos larges et fertiles terres vierges, aujourd'hui dévastées par deux fléaux : les incendies et les vastes abattages des bûcherons au service des soi-disant marchands de bois ! Quel béau jour que celui où il nous sera enfin permis d'attendre, sans nous faire illusion, le retour préparé sur la terre
de la patrie, de ces miliiers de fils et de frères
qui émigreut tous les ans aux Etats-Unis, dont la plupart voudraient bien revenir, mais qui ne le peuveut, parce que le domaine publie leur est fermé, parce qu'il ny à pas un pied de ten portant un arbre qui ne soitaceaparé d'avance par les exploiteurs de bois, parce que nous n’aurions rien de mieux à leur offrir que l'etat de choses même qui les a forcés à s’expatrier !
L'avenir du pays est probablement contenu dans la nouvelle loi sur la colonisation et l'exploitation du bois que M. Duhamal a présentée à la dernière ses-
92 L'OUTAQUAIS SUPÉRIEUR
sion de la législature de Québec. Avec quelle impatience ne l'attendaient pas ceux qui, depuis des années, regardaient s'achever la destruction de nos forêts, parallèlement à l'abandon des vieux foyers paternels et à la désertion en masse des plus vigoureux de nos fils! Hélas ! hélas! nous ne savions plus quelle digue opposer à ce torrent de notre propre sang s’écoulant à l'étranger.
Sans doute, la loi nouvelle n’est ni un remède empirique ni ane janacée ; mais si ce n'est pas folie
d'espérer que la province peut être sanvée de l'exode qui la dépeuple, nous déclarons que c'est uniquement par une bonne loi de colonisttion. Dans la prise de possession du sol par les enfants du sol est le salut !
La vallée de l'Outaouais supérieur s'étend, dans la province de Québec, de le versant oriental du bassin de la rivière Gati x jusqu'à la tête du lac
Témiscamingue, à la ligne qui sépare en cet endroit
notre province de celle d'Ontario.
Cette étendue renferme une largeur extrême de 180 milles de l’est à l’ouest, et une profondeur de deux cents milles de la source à embonchure de la Gatineau. La partie septentrionale n'en est pas encore exactement délimitée ; et jusqu’à ce que la position de la ligne de partage des eaux de l'Outaorais et de la baie d'Hudson soit bien déterminée par des explorations scientifiques, on ne peut qu'évaluer approximativement la superficie du bassin supérieur de l'Outaouais, dans la province de à Québec, à 35,000
milles en chiffres ronds, et à 18,000 milles la partie comprise dans la province d'Ontario.
Outre des affluents considérables, comme la rivière du Moine, la Noire et la Conlonge qne nous avons mentionnées précédemment, lOntaonais supérieur reçoit encore par sa rive orientale lee eaux de la ri. vière Keeppawa et de la rivière des Quinze, toutes deux servant d’issues aux lacs dont elles portent les noms. Cette dernière débouche À la tête du lac Témiscamingue, tout près de la ligne de séparation des provinces d'Ontario et de Quéhec, à 42 milles au sud de la “hauteur des terres,” et à 34 milles au sud du 48e degré de latitude nord
Quant aux affluents qui, placés au-dessus, coulent en haut du lac Témiscamingue, ils sont bien peu nombreux, saus importance et, du reste, imparfaitement connus.
La qualité du sol de l'Outaonais supérieur est
très difficile à établir, attendu qu'elle varie beaucoup, mais on n'évalue pas néanmoins à plus 8,000 milles carrés l'étendue des terres absolument improductives,
Cette région dans laquelle nous allons pénétrer, en remontant le cours de lOutaonais, depuis la capitale fédérale jusqu’à la petite ville de Mattawa, deux cents milles plus haut, ne date guère que d’un quart de siècle dans l'histoire de la colonisation, Elle était, il y a vingt-cinq ans, absolument sauvage, couverte d’admirables forêts, où, seuls, les Indiens et les bûcherons avaient encore pénétré ; avec elle commençait ce qu'on appelait alors “les pays d’en haut”, qui s'étendaient jusqu'à l'extrême Nord-Ouest, au pied des montagnes Rocheuses. La légende en avait fait une contrée redoutable, et limagination était terrifiée au récit des batailles sanglantes que s'y livraient les hommes de chantier appartenant à des nationalités différentes et divisés en autant de camps hostiles. “ L'homme de cage” de cette époque repré.
sentait assez bien une espèce de desperado, placé volontairement et par habitude hors la loi, un type
exceptionnel que son caractère farouche et ses mœurs violentes avaient rendu la terreur des paisibles habitants des anciennes campagnes. Il n'ouvrait la bouche que pour faire entendre les plus efiroyables jurons et il ne levait le bras que pour frapper ; il
n'avait ni religion, ni famille, ni demeure arrêtée, On le voyait descendre, à certaines époques de l'année, sur les nombreux trains de bois (communément appelés cuges) qui alors sillonnaient la grande rivière de l'Outaouais et le Saint-Laurent lui-même, et sa présence était le signal de récits effrayants, grossis à chaque passage et devenus l'épouvantement des filles trop longtemps majeures et des enfants rebelles à la persuasion, aux impuissantes exhortations des mères et des bonnes à la main trop douce.
La capitale fédérale elle-même, qui compte aujourd'hui plus de trente mille habitants, six lignes de chemins de fer, des édifices somptueux, des monu-
ments, des pares, des larges rues bordées de riches magasins, des résidences luxuenses, des musées, des
hôtels de premier ordre et jusqu'à des restaurants où il est possible de trouver du café potable, n'était alors, sous le nom de Bytown, nom tiré de celui de By, un commerçant de bois de l’époque, qu'un vaste entre. yôt de provisions pour les hommes de chantier et le site de deux ou trois scieries, véritables jouets d’enfants, comparées aux merveilleuses scieries de nos jours, qui détitent plusieurs centaines de millions de pieds de bois tous les ans.
Ga été le privilége des deux plus grandes vallées de notre pays, celle du lac Saint-Jean et celle de l'Outaouais, d’avoir eu un développement aussi rapide
ée, On l'année, nément rivière sa prée ossis à es filles les à la mères
vujournes de monuriches es, des ants où it alors, By, un entrer et le s d’ende nos ons de
vallées lle de rapide
qu'imprévu, et qui cependant n’est rien encore en regard de ce que leur réserve l'avenir. Combien de parties habitées de la province, déjà anciennes, depuis longtemps renommées, sont encore loin des chemins le fer ou de toute autre voie de communication rapide ! Qui eût pu songer, il ÿ a moins d’un quart de siècle, alors que l'idée seule de faire de Bytown la enpitale d'une vaste confédération faisait sourire jusqu'aux
plus téméraires, que cet entrepôt sauvage, à peine connu, serait aujourd’hui traversé par six voies ferrées dont l'une a un parcours de près de quatre mille milles! A partir de Bytown, autour de Bytown même, l'immense, la profonde et mystérieuse forêt commençait, pour ne plus s'interrompre qu’à la lointaine et fabuleuse région des prairi
es. S'il y avait quelques cultures, elles étaient isolées. On voyait çà et là de petits champs, des jardins, des habitations échelonnées à de longs intervalles le long de la rivière des Outaouais, jusqu'à vingt ou trente milles de la capitale actuelle, mais nulle part n'apparaissait la moindre tentative de colonisation en grand pour la conquête méthodique et progressive du sol. Ÿ auraiton même songé? N'y avait-il pas à peupler d'abord toute la partie supérieure des comtés de Joliette, de Montcalm, de Terrebonne, presque tout Argenteuil, sans compter l'immense comté d'Ottawa, qui n’existait guère que sur la carte ? Et puis, toutes les no-
tions erronées, tous les préjugés communément entretenus sur la région qui forme le nord du Saint-Laurent ne fleurissaient-ils pas encore dans toute leur verdeur et leur indomptable ténacité ? Pourquoi fonder de nouveaux établissements dans cette région réputée inaccessible, quand il y avait tant de vastes espaces encore inhabités en arrière de la rive sud du fleuve ? Qu’irait-on chercher dans ce désert glacial où Yhomme ne pouvait vivre, encore moins les animaux domestiques ? Ne disait-on pas de même, il y a quelques années À peine, qu'il n'y avait que du sable le long de la Saskatchewan, au Nord-Ouest, qu'on ne tirerait jamais rien de ce pays, et ce sable ne donnetil pas aujourd'hui cinquante boisseaux de froment par are? On ignorait les richesses merveilleuses d’un sol regardé comme inculte. On ignorait que, dans certaines parties de la région septentrionale, il fait moins froid, grâce à la disposition des lieux, àla direction des vents, que dans d’autres parties du sud considérées comme bien plus favorables aux établissements. On pouvait bien ignorer la nature du pays, puisqu’on ignorait le pays lui-même. Géographiquement, la vallée de l'Outaouais n’a été bien explorée et étudiée, quant à ses caractères et à ses ressources, que depuis un très petit nombre d'années. Et la colonisation elle-même ne fait qu'y commencer, en même temps que l'exploitation minière, à la suite du développement des communications,
Une loi mystérieuse a, comme un souffle de tempête, déraciné les préjugés les plus invétérés, et a poussé en avant des essais d'hommes, inconscients peut-être, mais obéissant À une impulsion supérieure, à travers mille périls, des fatignes, des privations inouïes et des souffrances de toute nature.
Depuis bientôt trois ans, la ligne directe entre Ottawa et la côte du Pacifique par le nord des grands lacs, est complétée sur tont son parcours. Fn partant de la capitale fédérale, le voyageur suit, sur le chemin de fer du Pacifique, la rive ouest de la rivière des Outaouais, dans la province d’Ontario, jusqu’à Mattawa, qui en est éloïgnée de deux cents milles exactement. A ce dernier endroit, la rivière fait un coude brusque et remonte presque directement vers le nord, pendant environ cent milles, jusqu'à la rivière des Quinze, à la tête du lac Témisca-
mingue. La petite ville de Mattuwa, eloïgnée, comme nous venons de le dire, de deux cents milles de la capitale, est située au confluent des rivières Mattawan
et des Outaouais. Avant la construction du chemin de fer du Pacifique, on ne mettait pas moins de dix jours pour monter d'Ottawa à Mattawa, en faisant plusieurs portages le long des rapides qui interrompent la navigation de la rivière ; aujourd’hui on fait le trajet en une nuit; on quitte Ottawa à 11 heures 45 minutes du soir, et le lendemain matin, à 7 heures et demie, l’on arrive à Mattawa.
C'était un rude trajet que celui-là jadis. Comme il n'existait absolument aucune communication per terre, il fallait, pour se rendre dans le haut Outaouais, remonter la rivière en canot et essuyer toutes les difficultés et toutes les misères inhérentes à un voyage de ce genre. En 1857, il y a plus de trente ans, le gouvernement canadien, voulant constater la possibilité d'ouvrir par eau une communication non interrompue entre le Saint-Laurent et les grands lacs par l'Outaouais, confia à M. Walter Shanley, ingénieur en renom, le soin de faire les études hydrographiques nécessaires. Celui-ci organisa immédiatement plusieurs troupes d'ingénieurs, qu'il distribua dans diffé. rentes sections de l'Outaouais, de la rivière Mattawan, du lac Nipissing et de la rivière des Français. (On sait que la rivière des Français coule entre le lac Nipissing et la baie Georgienne, laquelle n'est, à proprement parler, qu'un bras du grand lac Huron.) Au nombre des ingénieurs qui avaient mission de faire des
études sur les lieux, se trouvaient M. Robert Shanley, M. McKenzie, d'Edimbourg, et M. Perry ; ils avaient pour les assister M. Henri Parent, ingénieur depuis nombre d'années du canal Lachine, M. Perry, anjourd’hui planteur dans l'Etat de Mississipi, M. Lemieux, de Lévis, M. William Casgrain, de la Rivière-Ouelle, qui a été longtemps ingéuieur de l'Etat de Michigan, enfin, M. Eugène Taché, sous-commissaire des terres publiques depuis l'établissement de la Confédération.
Un relevé hydrographique des plus complets, des sondages par la triangulation, enfin tous les travaux préliminaires furent effectués durant l’hiver de 1857- 58, et grâce aux données fournies par ses sous-ingénieurs, M. Wälter Shanley fut en mesure de présenter au gouvernement un travail très élaboré, dans lequel il concluait à la possibilité, moyennant une dépense relativement faible, d'ouvrir une communication directe, pour les bateaux de fort tonnage, depuis Montréal jusqu'au lac Huron; et comme les lacs qui s'étendent à différents intervalles sur ce parcours, sont tous réunis par de petits bouts de rivières où se trouvent les rapides et les chutes, M. Shanley proposait de faire an moyen de rochers des barrages non complètement fermés, ce qui, en refoulant l'eau des rivières, aurait annulé plusieurs petits rapides ; et, pour les gros rapides, il proposait’ des barrages complets avec écluses.
11 wa malheureusement pas été donné suite aux conclusions de M. Walter Shanley, mais la possibilité de canaliser la rivière des Français, de même que tout le trajet entre le lac Nipissing et la rivière des Outaouais, a été démontrée surabondamment, et, un jour où l'autre, elle entrera dans le domaine des faits
réalisés.
M. Eugène Taché, de qui nous tenons les quelques renseignements qui précèdent, nous racontait, un jour, en détail cette fameuse expédition dont il faisait partie, les difficultés pénibles qu’elle avait eu à surmonter et les souffrances variées qu’elle avait dû subir, Dans ce temps-là, il fallait remonter l'Outaouais en canot, à partir des rapides Joachim, et “ portager” encore, à chaque rapide, mais ce n'était pas là le plus difficile; ce qui Y'était réellement, ce qui devenait pénible et souvent dangereux, c'était l’approvisionnement le long de la route, dans un pays entièrement sauvage et par des froids intenses qui quelquefois allaient à quarante degrés au-dessous de 2610, comme on le constata, pendant l'hiver de 1857-58, au lac à la Truite, où la Mattawan prend sa source.
M. Taché passa un au dans ce pays, tout le temps que l'expédition y poursuivit ses travaux. Il n'y avait alors, nous dit-il, qu’une seule maison à Mattawa, du côté d'Ontario ; en face, du côté de la province de Qué-
bec, qui s'appelait alors le Bas-Canada, il n’y avait que le fort de la compagnie de la baie d'Hudson, et sur tout le parcours de la rivière Mattawan, qu’une seule
“famille de sauvages. Au lac Nipissing, il n’y avait que quelques membres de la tribu des Outaouais, établis sur le point où la rivière des Esturgeons (Sturgeon River) débouche dans ce lac, et les seuls blancs qui parcourussent cette immense contrée faronche étaient les missionnaires Oblats, qui y venaient une fois par année porter l’évangile et les sacrements aux quelques postes d'Indiens çà et là disséminés le long des cours d’eau.
Aujourd’hui Mattawa est une petite, ville d'environ cinq cents âmes de population stationnaire et de quinze cents âmes de population flottante ; c’est un grand entrepôt pour le commerce de bois et surtont pour les approvisionnements ; c’est là que les jobbeurs, sorte d'entrepreneurs qui s'engagent à fournir aux marchands de bois une quantité déterminée de billots, se procurent toutes les provisions nécessaires à l'alimentation des bandes de bûcherons qu’ils ont sous leurs ordres, et c’est là que les hommes de chantiers viennent, au retour de la saison passée au service des jobbeurs, dépenser une bonne partie de leur argent et festoyer avec une louable émulation ; aussi les hôtels et les magasins abondent-ils à Mattawa.
Mattawa, on vient de le voir, ne date que d'hier; elle n'a de nom connu que depuis une quinzaine d'années.
L'expédition du Nord-Ouest du général Wolsely avait éveillé l'attention du lecteur canadien sur une foule de contrées et d’endroits dont il n'avait pas la moindre notion ; plus tard est venue la construction du. Pacifique qui a déterminé un ceurant extraordinaire, tant vers la grande région des prairies,
que vers le nord d'Ontario et le nord-ouest de notre propre province. On vit s'établir les deux rives jusque-là sanvages de l'Outaouais ; le comté de Pontiac vint au jour, la colonisation s'étendit vigoureusement dans celui de Renfrew et il surgit pour la première fois une véritable ville, celle de Pembioke, à cent milles plus haut que la capitale. Üent milles encore plus haut, et l’on allait atteindre Mattawa, alors simple -poste de la compagnie de la baie d'Hudson, et depuis petite ville d'une rare importance à cause de s4 situation au confluent de deux rivières, et à l'entrée de la vaste région de forêts et de chasse qui s'étend jusqu’à la baie de James.
Jadis, l'Indien seul y fixait sa tente de temps à autre, soit en descendant du nord pour aller à la mission du lac des Deux-Montagnes, soit au retour en remontant dans les bois pour y faire la chasse durant l’hiver, Plus tard, comme tous les sauvages ne descendaient plus régulièrement au Lac ou aux autres postes de commerce “d'en bas,” la Compagnie de la baie d'Hudson jugea à propos d'établir à Mattawa un petit comptoir de traite, il y a de cela un peu plus de cinquante ans.
Le premier missionnaire qui visita ce poste fut un prêtre de Saint-Sulpice, M. Bellefeuille, en 1836. Après lui vinrent MM. Dupuis, Poiré, celui-ci appelé plus tard à diriger le collége de Sainte-Annela-Pocatière, Moreau, depuis vicaire-général, et Bourassa. En 1844, les Pères Oblats se chargèrent régulièrement des missions du nord et de l’ouest de la province, jusqu'aux rivages de la baie d'Hudson. En 1864, on jeta à Mattawa les fondements d’une petite chapelle, et Mgr Guigues, évêque d'Ottawa, y fit sa première visite en 1864. A cette époque, les ‘blancs avaient déjà commencé à s'établir sur les bords de l'Outaouais et de la Mattawan, ce quifexplique comment l’évêque y donna la confirmation à un grand nombre de fidèles de tout âge et de nationalités diverses, comme on peut le voir par les registres du temps.
A la suite des missionnaires que nous venons de nommer, vinrent le Père Dé
ge, qui a laissé un sou-
venir impérissable dans tont le pays, les Pères Pion, Lebret, Guéguen, Nédelee et Poitras: ces derniers sont actuellement attachés à la mission et habitent, à Mattawa, un fort joli presbytère construit depuis environ deux ans.
En 1869, le hameau de Mattawa ne comptait encore que quatre familles, deux catholiques et deux protestantes ; les missionnaires y hivernaient pour la première fois cette année-là; c'étaient le Père Nédelec et le Père Guéguen. Comme ils n'avaient pas de demeure à eux, une famille catholique de l'endroit, celle de M. Noé Timmins, leur donna une généreuse hospitalité; depuis, les membres de cette famille n'ont cessé d’être à la tête de toutes les œuvres de bienfaisance accomplies à Mattawra.
Dans l'été de 1871, le Père Poitras arrivait à la mission. Le village et le pays environnant se développaient petit à petit; le commerce de bois faisait merveille, mais celui des pelleteries avait considérablément diminué. Quelques fermes apparaissaient à la lisière des forêts et, sur les rivières, il s'était
établi une ligne régulière de petits bateaux, pendant
que, sur la terre, s’établissait également un service de diligences pour le transport des voyageurs. On fondait aussi deux écoles, l’une protestante, où cinq
élèves recevaient l’enseignement d’une institutrice ; V'autre, catholique, tenue dans la maison de M. Timmins, comptait une trentaine d'élèves anglais, canadiens et indiens, sous la direction d’un missionnaire. Dans cette école primitive, les bancs servaient de pupitres, et l'école elle-même était dans une cabane qui servait en même temps de chapelle. Quant au traitement du missionnaire instituteur, un simple zéro suffit à l'indiquer.
Durant: lhiver de 1870-71 les missionnaires avaient eu pour habitation ce qu’on appelait la “ petite maison des sauvages” appartenant à une famille Dufond. L'hiver suivant, ils se logèrent dans une baraque attenant à la maison Timmins ; ils y eurent la nourriture en même temps que le couvert, grâce à
l'intelligente générosité de son propriétaire.
L'année 1872 vit commencer les missions des chantiers ; le Père Nédelec resta gardien de celle de Mattawa pendant l'hiver, en même temps qu'il dirigeait l'école, composée des éléments les plus disparates, où l’on voyait l'enfant de l’Indien assis à côté du blanc, l'anglais à côté du français, le riche à côté du panvre, et trois langues enseignées simultanément.
Un tribunal correctionnel avait été constitué dans le cours de l'annve et quelques condamnations encourues par les hommes de chantier; le Père Poitras travaillait activement de ses propres mains à l'érec-
tion d'un presbytère; plusieurs maisons nouvelles venaient s'ajouter au village et quelques fermes étaient défrichées dans les environs ; enfin, la population protestante ayant augmenté, un ministre méthodiste s'installa au milieu d'elle.
L'année suivante, on achetait un terrain pour y élever un hôpital, et pour agrandir l’école, qui avait pris des développements remarquables.
En 1875, l'école locale était définitivement établie sur un pied régulier, avec une constitution légale ; mais elle fit d’abord peu de progrès, à cause de la pauvreté des parents et surtout de leur indifférence
pour Pinstruction. Du reste, un véritable cata-
clysme, qui s'était abattu sur le commerce de bois, avait découragé la plupart des habitants, qui trouvaient À grand’peine même le nécessaire pour leurs familles. La mission proprement dite de Mactawan s’étendait alors depuis le pied de la Roche-Capitaine, vingt milles plus bas sur l'Outaouais, jusqu'aux eaux du lac Keepewa, et sur la rivière Mattawan, jusqu'aux eaux du lac Nipissingue. La population répandue dans cet espace de pays était d'environ cinq cents âmes, au nombre desquelles on comptait plus de cent sauvages ou métis ; les blancs formaient une centaine de familles, dont pas plus de vingt-deux étaient protestantes. La crise commerciale s'était aggravée d'une épidémie de petite vérole, et d'é-
pouvantables feux de forêts avaient porté la ruine au milieu de ces malheureuses populations qui avaient à peine pris racine sur le sol arrosé de leurs sueurs les plus amères.
Au printemps de 1876, on posa à Mattawa les fils télégraphiques, et un bateau “à vapeur” inaugura un service régnlier entre le village et le rapide des Deux-Rivières, douze milles plus bas sur l’'Outaonais; l’année suivante, le gouvernement faisait construire un pont sur la rivière Mattawan.
L'année 1878 fut signalée par la création d'un établissement de Sœurs Grises, pour l'éducation de la jeunesse et le soin des malades ; on installa l'hôpital provisoire ainsi que le couvent dans l’ancienne maison des Pères Oblats. L'école avait retrouvé des jours florissants; on y comptait 67 élèves: en même temps se construisait une chapelle protestante.
1879.— L'école locale devient une “ école séparée”.
La construction du chemin de fer du Pacifique donne des uiles à la colonisation; le nombre des familles augmente, surtout an lac Talon, où elles sont déjà cinquante, dont trente-cinq catholiques, (Le lac
Talon est dans la province d'Ontario, à mi-chemin environ entre Mattawa et le lac Nipissingue). Aux Deux-Rivières, on bâtit une école et une chapelle le Père Poitras est rappelé à Hull, et le Père
Déléâge est nommé directeur de la mission de Mattawan.
1880.— Le village grandit tous les jours ; on bâtit une jolie maison en briques pour les Pères ; l'hôpital est en pleine activité; la construction du Pacifique est rendue au rapide des Deux-Rivières ; l'animation et le mouvement règnent sur tout l'Ontaouais; la colonisation continue à faire des progrès rapides au lac Talon et au lac Nipissingüe; déjà les familles
françaises y sont au nombre d’une centaine.
1881.—La mission de Mattawan est plus florissante que jamais, par Suite de la construction du chemin de fer et du grand nombre de “ chantiers” ou maisons de trones d'arbres, qui s'élèvent dans la forêt; on en compte jusqu’à une centaine dans les limites de la Mission; la chapelle est considérablement augmentée et l’école reçoit an delà de cent élèves; la religion catholique exige maintenant les services réguliers et constants de trois Pères Oblats, qui sont les Pères Déléâge, Nédelec et Emery.
1882.— La fièvre typhoïde fait de nombreuses victimes à Mattawa, ce qui détermine le gouvernement à subventionner l'hôpital ; le nombre des Sœurs Grises est porté à six. La colonisation progresse toujours du eôté du lac Talon; on y construit une bonne chapelle. Matiawa est détachée du diocèse d'Ottawa et annexée au nouveau vicariat de Pontiac, dout Mgr
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Lorrain est nommé titulaire ; celui-ci établit sa résidence à Pembroke. Le Père Deléâge est envoyé
au Témiscamingue, et le Père Poitras revient en qualité de directeur à la maison de Mattawa. Arrivent en même temps deux ministres protestants. Le nombre des écoles est porté à trois, dont deux catholiques divisées en une école de garçons confiée à un instituteur, et une école de filles sous la direction des Sœurs Grises. Un fait important à signaler, c’est l'arrivée d’un médecin qui s'établit permanemment à Mattawa. L'année suivante, les établissements s'étant considérablement développés, on comptait dix-huit familles de l’autre côté de la rivière Mattawan, en face de la petite ville, et le nombre de celles qui habitaient sur les bords du lac Talon continuait à augmenter dans des proportions réjouissantes pour les amis de la nationalité franco-canadienne.
1884.—Le village de Mattawa est érigé en municipalité ; on élit un maire et un conseil de ville. Aussitôt commencent les travaux publics ; on ouvre des rues, on construit un pont sur la rivière, on fait des trottoirs et l’on entame les chemins de colonisation ; un recensement exécuté dans l'année donne une population de cent vingt-quatre familles catholiques et de quarante et une familles protestantes dans le village, et de cent cinquante trois familles canadiennes dans la banlieue, Les Oblats s'installent dans
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leur nouveau presbytère. L'année 1885 voit l'érection d’un hôtel de ville, d'un nouveau couvent et d'une quinzaine de bâtisses dans la petite ville.
1886.—M. Bonaparte-Wyse, célèbre ingénieur français, chargé naguère avec M. Reclus, lieutenant de vaisseau, de préparer les plans et devis du canal de Panama, visite la région de l'Outaouais supérieur, passe à Mattawa et assiste à l'inauguration du chemin de fer du Long-Sault.
Le recensement annuel indique une population de 254 familles catholiques dans la paroisse, dont 181 canadiennes, 17 sauvages et 50 protestantes ; la municipalité proprement dite comprend 140 familles. On
enregistre parmi les catholiques 122 baptêmes, 25 mariages et 35 sépultures.
A part Mattawa, les Pères Oblats ont charge des missions suivantes :
1° Mission des Joachims, sur l'Outaouais, qui contient cinquante familles catholiques ainsi réparties : 28 familles canadiennes, douze anglaises et dix indiennes ;
2° Mission de Rockliffe, comprenant une vingtaine de familles, presque toutes irlandaises ;
3 Mission de Deux-Rivières : environ vingt fa milles,
4 Mission d'Eau-Claire, où l'on compte vingt-huit familles catholiques et vingt-six protestantes. 1887.—Les trois écoles “ séparées” de Mattewa prospèrent sensiblement ; elles sont fréquentées par deux cents élèves. Le 12 janvier, la population de Mattawa est jetée dans le deuil par la mort de M. Noé Timmins, le premier pionnier canadien du haut de l'Outaouais et le bienfaiteur par excellence de la Mission. Les obsèques ont lieu le 17, au milieu d’un concours immense de personnes de toute nationalité, venues d'Ottawa, de Pembroke, de North-Bay et de tous les endroits quelque peu importants de cette vaste contrée.
Nous venons de faire l'historique succinct, la chronique année par année d’une petite ville qui nous a paru comme le type de bien d’autres endroits fondés depuis un demi-siècle en pleine nature sauvage, et qui sont devenus, depuis, des centres importants, des chefs-lieux de régions en plein mouvement de colonisation, en plein essor de progrès et d'activité hu-
maine sous toutes les formes. Le lecteur y a sans doute trouvé l'intérêt que nous y avons trouvé nousmême et que justifieront les développements prochains de cet embryon de colonisation lointaine.