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tion. On nous dit même que l'été prochain nous ménage le plaisir de le voir visiter notre pays. Espérons que rien ne viendra entraver son projet.
Le 3 février 1886, M. Onésime Reclus envoyait au Père Gendreau une nouvelle liste d'actionnaires de k colonisation du Témiscamingue, parmi lesquels on voyait figurer des noms comme les suivants :
Paul de Canne, directeur du Grand Dictionnaire encyclopédique de France.
Louis Rousselet, directeur du Dictionnaire de Géographie universelle.
Franz Schrader, directeur du grand Atlas universel.
Général Turr, président de la Société du percement de l'isthme de Corinthe.
Désiré Brissaud, professeur agrégé d'histoire, président de la commission d'examen militaire de Saint- Cyr.
Cette liste, avec celle qu'avait précédemment envoyée M. Reclus, formait un total de soixante-quatre noms. “ Avec trente-six encore, disait l'auteur de la lettre, nous arriverons au chiffre cent, qui est notre ambition.”
Comme l’avait annoncé M. Reclus, M. Bonaparte- Wyse venait au Canada en 1886, et se mettait aussitôt en devoir de parcourir toute la région du Témiscamingue, dass le but, disait-on alors, de jeter les bases d’un grand chemin de fer qui traverserait tout le nord de la province,
M. Bonaparte-Wyse est un ancien lieutenant de vaisseau, auteur d’une étude et d’un projet sur la canalisation de l’isthme de Panama qui l'ont associé
à la gloire de M. de Lesseps; c’est un homme doué d’un esprit d'entreprise infatigable, toujours prêt à consacrer sa fortune et son intelligence à de grandes œuvres utiles, et cherchant partout sur la carte du monde des champs à son activité,
Reçu avec un véritable enthousiasme par les directeurs de la société de colonisation, il a pu se rendre compte de ce qu'avait perdu la France en perdant le Canada ; “ perte irréparable,” disait-il au banquet qui lui avait été offert, le 19 août, à l'hôtel Russell d'Ottawa, “ perte irréparable, politiquement parlant, mais que nous pouvons réparer d’une autre façon en
appuyant tous vos efforts pour l'extension du nom et du génie français.”
Deux jours après, M. Bonaparte-Wyse, voulant parcourir d'un bout à l'autre la grande ligne nouvelle du Pacifique, qui comptait encore à cette époque beau coup d'incrédules, se rendait à la Colombie anglaise ; cest de là. qu'il écrivait au Père Gendreau, le 3 septembre, une lettre dont les quelques passages suivants font voir quelle lumière un esprit attentif peut porter, par un simple coup d'œil, sur l'état réel d’une situation et sur les espérances qu’elle peut faire naître :
Victoria de Vancouver, 3 septembre 1886.
Arrivé au terme de ma longue et rapide course à travers tout le Canada, je m'empresse de profiter d’un instant de répit pour vous exprimer de nouveau mon entière gratitude pour les attentions de toutes sortes dont vous nous avez comblés, ma fumille et moi, pendant la très intéressante excursion que nous avons faite sur les bords pittoresques du Témiscamingue, L'impression que j'emporte de la région si variée comprise entre le rapide du Long-Sault, au sud, et la première chute de la rivière des Quiuze, au nord, est des plus favorables. L'élargissement si remarquable de la rivière Outaouais, qui forme le lac Tém'scuningne proprement dit, me paraît surtout apte à une culture fort rémunérative, à partir du point où se trouve la factorerie de la compaguie de la baie d'Hudson, en face de la mission catho ique. Comme c'est précisément dans la portion orientale de cette zone féconde que la société que vous présidez si habilement possède les deux township Guigues et Duhamel, il est certain que vous parviendrez très promptement à ouvrir à la civilisation une région jusqu'ici beaucoup trop inconnue,
Vous avez compris, en effet, avec un esprit d'entreprise aussi éclairé que patriotique, qu'il fallait à tout prix changer les conditions d'accès au Témiscamingue, si l'on voulait en faire ce qu'il doit être : un centre agricole important, Vos efforts persévérants sont à la veille d'aboutir. Le suecès a couronné vos travaux, et les colons attirés par vous peuvent maintenant se rendre de la station de Mattavra à leurs terres en moins de douze heures. Ce résultat inespéré, qui ouvre définitivementune contrée fertile, est suffisant pour le moment ; mais je ne doute pas que l'on ne soit contraint bientôt (entraîné par la force même des choses) à améliorer et à agrandir les moyens de communication que vous avez sagement aujourd’hui appropriés aux besoïfs croissants du pays où vous avez fait suivre la croix par la charrue.
Je vous félicite d'autant plus de tout ce que vous avez fuit, que vous avez pu ainsi venir en aide à de nombrenses et intéressantes familles du Canada français qui végétaient aux Etats-Unis, et aux quelles vous donnerez eu peu de temps une honorable aisance. Je suis heureux, en ce qui me concerne, de contribuer encore plus efiiencement que je ne l'ai fait jusqu'a présent, avee le concours de mes amis de France et, en particulier, de M. Onésime Reclus, à un résultat si excellent an point de vue humanitaire, moral et intelligemment patriotique.
Retourné en France peu de temps après, M. Bonaparte-Wyse réunissait les souscripteurs français à l'entreprise du Témiscamingue et leur faisait un rapport de son voyage. Il s'en suivit de nouvelles adhésions et une demande de cent autres lots aux
mêmes conditions que celles qui avaient été précédemment consenties :
Nous avons hésité et même refusé pour le moment, dit le Père Gendreau dans son troisième rapport annuel, présenté le 10 mars 1887, parce que nous voulions attendre le résultat de nos
premières opérations. Mais tout dernièrement, M. Reclus est reveuu à la charge. 11 demande avec instance que je lui promette de nouveaux terrains, Plusieurs de ses amis, incertains de 1 avenir dela France, veulent avoir un pied à terre au Canada. Ils ne s'arrêtent pas à Ja question d’argeut. Si mille franes ne suffisent pas, ils donuerout davantage, Puis M. Reclus m'avertit que, si je au'obstine à refuser, il s'en ira das les cantous de M. le curé Labelle, tout en préférant notre T'émiscamingne. Je lui ai répondu que je soumettrais la chose à notre prochaine assembiée du bureau,
Suit un exposé du budget de la société de colonisation, et le Père Gendreau continue en ces termes :
Aujourd’hui, dans nos cantons Guigues et Duhamel, nous avons soixaute-ueuf familles résidentes, sus compter les funilles qui vont arriver à l'ouverture de à navigation et pour lesquelles
des coustructions et défrichements ont été faits l'automne dernier. Au mois de juillet 188%, je vous avais adressé un rapport où j'avais donné un tableau statistique. Je répète ee même tableau et y ajoute le rapport de cette année,
1885 1887 Acres en eulture ,..... ... sa see 860 1085 Acres en prairie ; DE CRE
Minots de semence... .. 31 1836
Bâtisses construites... ss 67 110
Lots avec défrichements . ; : 70 108
Fawilles résideutes, s PER 87 69 Ce sont :1à des chiffres que j'ai recueillis lors de mon voyage à ‘émiscumingue, au mois de janvier 1887
En otre, il s'était formé à Montréal, dans le cours
de l’aumée 1886, une société dite “ Société de coloni-
sation des marchands de Montréal” avec l'objet d'établir une colonie sur les terres du T'émiseumingue.
Cette société demandait qu’on mit le plus tôt possible À sa disposition une cinquantaine de lots, sur les quels elle ferait les défrichements exigés par la loi et dirigerait, dès le printemps de 1887, un premier groupe de vingt à trente colons. Le Père Gendreau lui avait assigné aussitôt, pour commencer, neuf lots sur les bords du luc, dans le canton Guigues, et les travaux préliminaires avaient été immédiatement en. trepris et poussés avec vigueur.
Dans le cours de 1887, le gouvernement provincial a fait arpenter deux cantons nouveaux, l'un appelé Laverlochère, d'après le plus célèbre missionnaire
du Témiscamingue, l'autre baptisé du nom de l'archevêque actuel de Montréal, monseigneur Fabre, IL a aussi envoyé, pour pareourir toute cette région, Vinspecteur des forêts, M. Bureau, qui a rapporté que les terres dn Témiseamingue sont des plus faciles à cultiver et des plus fertiles qu'il y ait dans toute la province de Québec. (1) :
(1) Sur mue carte nouvelle du Témiscamingue que vient de publier la société de colonisation, nous trouvons encore d'autres noms indiquant les endroits où seront les futurs cantons Mercier, Gendreau, Tabaret, Shehyn, -Mazenod, Campean, Roisclere, sur la rive orientale du lae et de l'Outaounis, jusqu'à Mattawa, et les cantons Wyse, Poitras, Eddy et Antoine, sur le rive occidentale, dans Ontario.
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De son côté, le gouvernement fédéral a établi un bureau de poste à la baie des Pères, où il y à déjà un commencement de village florissant,
Ce village n'existait même pas il y a deux ans, et lon ignorait jusqu'au nom de la baie des Pères. Dans un chapitre subséquent, le lecteur en trouvera Vhistorique et une description complète. Pour le moment, qu’il nous suffise de dire que la baie des Pères renferme déjà vingt familles. La corporation des Pères Oblats y a fait construire, l'an dernier, une église en briques, de 45 pieds sur 90, un presbytère de 36 pieds sur 45, et un couvent de 45 pieds sur 95 pour les Sœurs Grises, qui se vouent à l'éducation des enfants et au soin des malades.
En outre, des particuliers ont établi un moulin à farine, des machines à scier, à embouffeter, à façonnerdes lattes, etc. ; d’autres, enfin, ont entrepris la fabrication de la brique, et il en est résulté que la brique, au lieu de coûter $40.00 le mille, comme lorsqu'on la faisait venir de Mattawu, ne coûte plus maintetant sur les lieux que 87.00 le mille,
La compagnie du chemin de fer du Témiscamingue a construit à la baie des Pères un quai, qui lui a coûté $3,000. Les commerçants de bois en ont profité pour faire décharger à ce quai toutes les provisions dont leurs chantiers ‘avaient besoin, et, dans le cours de l'hiver, les colons ont pu gagner de l’ar-
gent en transportant ces provisions à leurs destinations respectives.
La société de colonisation a perçu, pendant l'année 1887, la somme de 810,000 pour ventes de terres dans les cantons Duhamel et Guigues.
A la demande du bureau de direction, M. Bellemare, un des colons du lac Témiscamingue, a fait un recensement de la population et des produits de l'année.
Il a constaté qu'il y avait quatre-vingt-douze familles résidentes dans le canton Duhamel et vingt dans le canton Guigues, quatre-vingt-quinze maisons, cent seize granges et deux mille deux cents acres de terre en culture.
On remarquera que le rapport annuel présenté par le Père Gendreau à la Société, le 10 mars 1887, ne mentionnait que 1,085 acres en culture ; il y avait done une augmentation d'environ 1,100 acres en une année, et le nombre des familles résidentes, de 69 était porté à 112 : augmentation, 43. Il n'y avait enfin, en 1887, que 110 constructions, comprenant maisons et granges, ét l’on trouvait maintenant 95 maisons et 116 granges, ce qui donnait une augmentation de cent dans le nombre général des bâtisses.
Ajoutons que la récolte de l'automne de 1887 a été d'environ 1,000 minots de blé, 5,000 minots
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d'avoine, 250 tonnes de foin et 2,000 minots de pommes de terre. Ces produits se vendent au personnel employé par les marchands de bois dans les chan. tiers avoisinants: le foin $35 la tonne, l'avoine 80 centins le minot, les pommes de terre $1.50 le sac, les fèves 83.00 le minot, ete.
Disons enfin, pour terminer, que les cantons Guigues et Duhamel viennent d’être érigés en municipalités, événement que justifient l'importance qu’ils ont si rapidement acquise et le nombre toujours croissant de leurs habitants.
Voilà où en était la situation, d’après le dernier rapport du Père Gendreau, en date du 7 février de l'année présente.
Nous avons conduit le lecteur pas à pas dans l'historique de l'établissement du Témiscamingue, depuis son origine, qui remonte à trois ans à peine, jusqu’au printemps de 1888. Nous n'avons pas craint d'entrer dans bon nombre de détails qui ont paru peut-être à la lecture quelque peu minutieux ; mais on aimera à les retrouver plus tard, en jetant un regard rétrospectif sur les humbles commencements et les premiers essais, si laborieux, si longtemps incertains, de ce qui sera devenu une colonie prospère, contenant
des paroisses en pleine croissance et des campagnes couvertes de riches moissons. On y retrouvera sous des traits tout modernes l’histoire de l'enfance de notre pays, moîns les luttes à main armée contre les sau-
vages Peaux-rouges, toujours prêts à porter le masacre et la ruine dans des établissements presque sans défense: on y verra une reproduction exacte, faite sous nos yeux, des rudiments de notre existence nationale, des conditions successives par lesquelles a dû passer ce pays, qui va bientôt prendre rang dans Ja grande famille des nations, et, à la vue de ce spectacle qui évoquera tout un monde de souvenirs chers au peuple canadien, on éprouvera, au lieu de la répugnance pour des détails nécessaires, un intérêt toujours grandissant pour les moindres faits, pour les plus légers incidents, pour les plus petits progrès de la colonie naissante que l'historien aura signalés. Nous n'avons fait, dans le chapitre qu'on vient de lire, que tracer d'une main rapide l’établiésement proprement dit, la fondation et les premiers développements de la région du Témiscamingue ; il nous reste maintenant à présenter le tableau de cette région elle-même et à l’étudier, non seulement sous ses aspects actuels, mais encore sous les formes que lui réserve l'avenir, un avenir incontestablement magnifique, comme le lecteur pourra s'en convaincre par l'exposé consciencieux qu'il trouvera dans les pages suivantes.