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CHAPITRE VII

LE COURS DE LA MATTAWAN

En sortant de l'extrémité orientale du lac Nipis- >, qui est l'an-

sing, on entre dans la rivière à la Vas cienne route des “ voyageurs.”

Cinq milles de navigation en canot, coupés par trois portages, conduisent à la crête séparative des eaux, après une ascension de trente-cinq pieds. Cette ligne de faîte est à six cent soixante-sept pieds au-

dessus du niveau de l'Océan.

Trois quart de mille plus loin, on atteint le lac de la Truite, de huit milles et demi de longueur, dont les eaux se rétrécissent à l'extrémité inférieure, et forment une passe, encaissée entre des rochers granitiques, d'environ trois arpents de longueur, qui conduit au lac de la Tortue.

Ce dernier est long de quatre milles un quart, et large d’un mille en moyenne, Sa profondeur est très grande, comme celle da lag de la Truite. Ces deux

lacs réunis offrent done une navigation non interrompue de près de treize milles.

Il ny a qu'un pied de différence dans la hauteur respective de leurs niveaux.

Le lae de la Truite est à vingt-trois pieds au-dessus du le Nipissing C'est de Ià que s'échappe la rivière Mattawan, le plus large et le plus profond de tous les affluents de l'Outaouais sur la rive ouest. 11 est à quatre-vingt-trois pieds au-dessus du lac Huron, et à six cent cinquante-einq pieds au-dessus du niveau de l'Océan.

Depuis la ligne de partage des eaux jusqu'au lac de la Tortue, la chute est done de treize pieds à peu près.

La sortie du lac de la Tortue se fait par une rivière

étroite, rapide et, en général, peu profonde, qui, après une course d’un peu plus de quatre milles et aue pente de trente-deux pieds, se verse dans le Inc Talon, autre belle nappe d'eau de sept milles de longueur et d'une profondeur variant de dix à vingt bra ses.

Nous sommes ici à six cent vingt-deux pieds audessus du niveau de la mer.

A son tour, le lne Talon se décharge abruptement, par une étroite cascade contenue dans des bords de rochers granitiques, escarpés et anguleux, qui out Y'air de vouloir se précipiter l’un sur l’autre pour combler le gouffre qui les sépare.

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A la suite de la cascade, se présentent tour à tour des bassins et des rapides, dont les longueurs totales ne dépassent pas trois milles et la dénivellation vingt et un pieds, et qui nous conduisent jusqu'à une chute de trente-quatre pieds, dite des Paresseux.

Immédiatement au-dessous de la chute des Paresseux, on tombe dans l'eau profonde, entourée de rochers syénitiques, hérissés en pointes, qui forment comme un collier de granit; trois milles plus loin on trouve un autre rapide, qui aboutit également à une nouvelle nappe d'eau presque ovale, d’une cinquantaine de pieds de profondeur, et, ainsi de suite, jusqu'à ce que l'on arrive au magnifique lac Plain-Chant, qui a près de six milles de longueur,

une largeur de quatre à cinq cents pieds et une profondeur dépassant à certains endroits quarante-cinq brasses,

Entre le pied de la chute des Paresseux et l'en. trée du lac Plain.Chant, la différence de niveau est de dix-huit pieds.

A l'extrémité inférieure de ce dernier lac, on n'est plus qu'à deux milles et demi du confluent de la Mattawan avec la rivière Outaouais, et l’on aura à franchir encore trois rapides, dont on évalue la chute à vingt et un pieds.

Comme on le voit, le caractère distinctif et tout à

fait singulier du cours de la Mattawan, consiste en une succession rapide de cascades alternant avee des bassins, sorte de coupes profondes que la nature a creusées ubruptement et presque perpendiculairement à leurs pieus. Les cascades ont opéré une descente de cent soixante-dix pieds dans la Mattawan, depuis sa sortie du le de la Truite, en sorte qu’à son confluent avec l'Outaouais, ou se trouve à une hauteur de quatre cent quatre-vingt-cinq pieds au-dessus du niveau de l'Océan.

Sur tout ce parcours, qui est de quarante-deux milles, il y a trente et un milles naturellement navigables, même pour les vaisseaux d’un fort jangeage. On n'aurait done qu’une dizaine de milles à canaliser pour rendre la Mattawan entièrement navigable, depuis son embouchure jusqu'à l'extrémité supérieure du lac de la Truite ; et, de celui-ci au grand lac Nipissingue, comme la distance est de trois milles au plus, on voit qu'il serait facile d'établir une communication fluviale non interrompue, dont les conséquences sur le peuplement et le commerce de cette région séraient, pour ainsi dire, incalculables.

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