‹ L'Outaouais supérieur (volume 2)Chapitre 49 sur 51 · TIT · texte numérisé non relu

TIT

On serait porté à croire qu'après la chasse sans trève et sans relâche qu'on a faite aux animaux à fourrures, depuis plus de deux siècles, la plupart

un être heureux. 11 n'a ni soucis ni regrets, excepté peut-être pour sa belle qu'il a laissée loïn dernière lui ; alors il chante sa chanson chemin faisant, et cela, mêlé avec l'espoir encourageant de voir ses gages augmentés, de jouir d'un long repos, et des plaisirs de la société, dont le Canadien sait ai bien user, le fortifie et Ini donne de le vigueur dans ses pénibles voyages,

Ce passage alternatif d'un travail extraordinaire à l'inactivité absolue, de la solitude parfaite des lacs et des rivières de l'intérieur au commerce ordinaire de la société et de la vie la plus joyeuse, n'est pas beaucoup propre à former un citoyen sobre et paisible, 11 y 8, cependant, quelque chose dans Je caractère social des Can diens qui paraît servir de sauvegarde contre toutes sortes d'in. fluences malignes ; et le voyageur, de retour dans sa famille, ne diffère pas beaucoup de ses frères, dont les voyages ne s'étendent pes générelement au delà de l’église de la paroisse voisine. Ilexiste peut-être un peu de folle gaieté dans son ton et dans ses manières, et il est souvent trop porté à jaser, et à raconter de longues histoires, au lien d'être occupé dans le champ où daus la grange ;

ans aux part

d'entre eux ont disparu, ou, du moins, sont près de s'éteindre, ou ont émigré vers des latitudes à peu près inaccessibles, comme la baleine, qui, poursuivie de mer en mer, a fini par se réfugier dans l'océan Glacial.

Il en est ainsi, à la vérité, pour quelques-unes des grandes espèces, telles que le bison, qui, naguère, parcourait en tronpeaux innombrables les prairies de l'Ouest, et qui n'existe plus aujourd’hui qu'à V'état d'exception, grâce à la guerre d'extermination aveugle, insensée, stupide, qu'on lui a faite. Il en est ainsi, dans une certaine mesure, du castor,

pour son voir le la e de

vité

mais ses longues histoires sont remplies d'incidents touchants, et comme Baptiste est réellement d'un bon naturel, et que pour cette raison il recherche beaucoup les attentious des femmes, il trouve toujours assez de gens de bonne volonté pour partager son travail ordiuaire, d'autant plus qu'il est toujours prêt à rendre le même service, lorsqu'il s'agit d'exéeuter quelque chose qui requiert plus que de l'intrépidité, de l'énergie et de la résolution ordinaires. Une manière de vivre qui ferait d'un Anglais ou d’un Américain un pufuit vagabond, altère à peine le caractère moral du Canadien, et le voyageur retiré dans sou village devient presque invariablement un époux très affeciionné, un tendre père, un ami fidèle et dévoué, et un bon citoyen.

Le canot d'écorce du sauvage est non seulement élégant daus sa forme, mais il est encore, par sa légèreté et sou faible tirant d'eau, puticulièrement adapté à la navigation des rapides peu profonds de l'intérieur, Le canot est construit avec des petites planches minces, où bandes de bois de rois pouces de largeur à peu près,

es par d'autres bundes également minces et légères, qui vont de

qui, tout en étant encore relativement abondant, a ’* dû émigrer d’un bon nombre de nos lacs et de nos rivières où il élevait jadis ses ingénieuses constructions. Ilen sera ainsi peut-être avant longtemps de lorignal, ou élan d'Amérique, qui est le plus grand cerf du nouveau monde. Autrefois, l’orignal abondait en Canada ; on le trouvait même fréquemment au sud, jusqu'aux bords de l'Ohio. Maintenant, aux Etats-Unis, pour le rencontrer, il faut pénétrer daus les forêts les plus septentrionales, ou dans les bois que renferme le pare national de Yellowstone. Dans’la province de Québee, les chasseurs l'ont petit à petit

la proue à le poupe, ou plutôt depuis un lout jusqu'à l'autre bout, car les deux bonts du canot sont semblables. On recouvre cette charpente de l'écorce d’un gros arbre de bouleau, en faisant le moins de couture qu'il est possible pour le méttre dans une forme convenable. Ces écorces sont eousues ensemble avec des fibres de bois, et sout mises à l'épreuve de l’eau au moyen d’une composition de gomme résineuse préparée à cet eifet, que les sauvages et les voyageurs empoteut tonjours avec eux pour servir aux réparations qui peuvent devenir nécessaires, La charpente est affermie et maintenue dans sa forme pur un fort plat-bord et des pièces en travers comme les bancs de rameurs d’une chaloupe. On ne peut qas se former une véritable idée du eunot sans en voir uu dessin ou un modèle. La cale ou le fond est plat, les côtés sont enflés, les plats-bords sont inciiués en dedaus. La courbure en longueur des côtés du canot est plus grande vers le centre, et diminue graduellement vers les extrémités, qui se terminent eu une espce de proue relevée, offrant à la surface de l'euu la moïndre résistance.

Telle est la frêle embareution, qui se briserait au moindre choc,

fait disparaître du territoire du Saguenay et des forêts qui s'étendent en arrière de Québec. Il s’est réfugié d’abord dans la vallée du Saint-Maurice, puis dans celle de la Gatineau, et enfin dans la région du Témiscamingne, où l’on en fait un véritable massacre.

“ L'orignal est le roi des ruminants fauves de l'Amérique du Nord,” disait récemment un remarquable écrivain canadien, M. AN. Montpetit. “Il l'est par sa taille, +a masse et su force musculaire. (1) Un panache palmé, immense, du poids de soixante à soixante-quinze livres, lui tient lieu de couronne. Autrefois il régnait sur de vastes domaines s'étendant d’un océun à l’autre, entre le 42e et le 69e degré de latitude, dont il partageait

maïs dans laquelle le voyageur traverse mille rapides en sûreté. Voici come on la conduit : chaque rameur est muni d’un léger aviron d'à peu près quatre pieds et demi de longueur, dont la moitié sert de poignée, et l'antre moitié forme le plat de l'aviron. La largeur du plat de l'aviron varie parmi les différentes tribus de cinq pouces à trois pouces et demi. Les voÿageurs du Nord- Ouest préfèrent l'aviron étroit, parce qu'il est moins fatigant et par conséquent mieux adapté aux longs voyages et à un travail continu, Le rameur tient l'aviron perpendiculairement, de manière à pouvoir le plonger directement daus l'eau, et un coup d'aviron donné avec vivacité et simultanément par tous les rameurs fait littéralement santer le canot sur la surface de l'eau. La route du eanot est dirigée par le timonier, qui se sert d'un aviron ; ef l'homme placé à la tête du canot aide, suivant l'occasion, le timonier

(1) On en voit qui mesurent jusqu'à six pieds de hauteur à l'épaule, et qui pèsent douze cents livres. Le cou et le garrot portent une épaisse erinière, C'est un animal défiant, dont l’odort st très développé. Le plus léger bruit lui fait prendre l'alarme.

l'empire avec le wapiti, maintenant disparu ou refoulé du moins vers les montagnes Rocheuses.

“4 En dépit de la protection des lois, de la vigilance des clubs de chasse et de la sollicirude des sportsmen, le jour n’est pas éloigué où l'orignal disparaîtra de nos forêts, et, conservé dans nos musées, nos neveux le considéreront comme une curicsité des temps passés. Une loi du Nouveau-Brunswick, édictée il y a quelques années, défendit la chasse à l’origual pendant quatre ans: lu loi était bonne, mais difficile à faire respecter. Il eût fallu toute une armée de garde-chasse disséminés dans les bois pour tenir les bracounieré à distance et sauvegarder le précieux gibier de leurs coups. Siles chasseurs du Nouveau-Brunswick furent intimidés pr cet édit, ceux de la province de Québec ne se génèrent pas d'aller marander sur les terrains de chasse de leurs ©? voisins, Le Nouveau-Brunswick entretenait à grands frais nn parc au profit des étrangers. Interdites sur ses marchés, les | dépouilles des vrignaux abonudaient sur les nôtres. Sic vos non vobis, toujours la même histoire.

par un coup d'aviron donné en bon temps. À la vérité, en cas de danger, comme lorsqu'il se présente soudainement une pointe de rocher, ou une pièce de bois flottante, c'est au rameur de l'avant =: à l'éviter. Au moyen d’un coup sec douué en côté, la marche du: canot peut être soudainement changée, et si le rumeur de l'avant: incline beaucoup la tête d’un côté, — disons à gauche, — tandi qu'en même temps l’homme de l'arrière pousse la poupe à droité;: le canot peut être amené tout à coup à angle droit avec sa march! et être lancé bien loin du péril qui le menagait. . En remontant les courants, ces dangers ne sont pas grandi parce que le simple arrét des rameurs, sur je signal de l'homme de l'avant, fait prendre an canot sa route ; c'est en descendant les rapides, c'est-à-dire en chassunt les courants, qu'il y a du danger. Alors règne un lugubre silence, les voyageurs cessent de nager, l'homme de l'avant veille à tout ; le timonier a les yeux attachés"?

I y a déjà plusieurs années que la chasse à l'orignal a cessé d'être un métier rémunératif: nos sauvages eux-mêmes y ont presque entièrement renoncé. Il faut aller trop loin pour le rencontrer ; la peine emporte le profit. L'ouverture des chemins de fer du lac Saint-Jean et du lac Témiscamingue a dû les faire déguerpir de ces régions, où ils vivaient par troupes assez nom breuses, surtout dans les Jardins, immense terrain situé au nord de Québes, dévasté par l'incendie, abondant en jeunes pousses d'érable nain, et de bois barré ou bois d’orismal dont ils font leur nourriture de prédilection. 11 en existe encore en assez grand nombre dans les montagnes du Labrador, mais les Montagnais senis leur font la chasse. Vers les frontières du Maine, ils sont presque entièrement disparus.” (1)

sur celui-ci, pour obéir avec célérité au moindre sigual de donner un coup d’aviron soit d'un côté ou de l'autre. Le danger passé, an eri perçant à la manière des sauvages, capable d’exciter la joie et

(1) Toutefois, dans l'Etat de Mine, le loi protége l'élan. Une

amende de 109 dollars, dont la moitié est remise à celui qui dénonce le contrevenant, est infigée à toute jersonue surprise tirant un élan en temps prohibé. On ne peut chasser cet animal qu'en octobre, novembre et décembre.

Cette loi u facilité le repeuplement des forêts dans le Maine, où, il y a une dizaine d'années, l'elan américain ne se trouvait plus qu'exceptionnellement.

Cependant, pour s'emparer de la peau et des andouillers de l'élan, plus d'un chasseur s'aventure à l'affût pendant la saison où la chasse est interdite. Lorsqu'il croit qu'il sera découvert, il s'entend au sujet de la déclaration de contravention avec un ami, qui touche le moitié de l'amende, la lui restitue et partage avec/lui le butin, peu, cornes, viande, ete., dont la valeur peut être égale à celle de La somme que le coupable a dû payer. Le chasseur a ainsi éludé la loi, s'est procuré le plaisir d’une belle chasse et de précieuses dépuuilles,

Ce n’est pas tont de faire des lois, malheureuse.

ment, Il faut encore pouvoir en assurer l'exécution,

le courage à un degré inconcevable pour ceux qui ne l'ont jameis entendu, s'élère avec les voix réunies des voyageurs. Avant que le eri nit cewsé de se faire enteudre, la plus belle voix a dejà entouné la chanson par excellence des vo. ageurs canadiens : 1. 5.

A la claire fontaine hante, rossignol, chante, Men allant pronener, Toi qui as le cœur gai ; J'ai trouvé l’eau si belle La as Je cœur à rire, Que je m'y suis baigué ; Moi, je l'ai à pleurer. 1 y à longtemps que je aime, Î y & longtemps, &e, Jainais je ne t'onbiierai.

J'ai trouvé l'eau si belle Tu as Je cœur à rire, Que je m'y suis baigné Moi, je l'ai à pleurer ; Sous les fenilles d’un el J'ai perdu ma maîtresse, Je me suis fait sécher ; Comment m'en consoler ? 11 y a longtemps, &e. Il y a longtemps, &o.

3. ze Sous les feuilles d'un chêne J'ai perdu ma maîtresse, Je ie suis fait sécher : Comment m'en conso er ? Sur le plus haute branc Pour une blanche rose, Le rossignol chantait Que je lui retusai.

Il y a longtemps, &e. Il y a longtemps, &e, 4. 8.

Sur la plus heute branche Pour une blanche rose Le rossignol chantait ; Que je lui refusai ; Chante, rossignol, chante, Je voudrais que la rose Toi qui as le cœur gai, Fâût encore au rosier. 11 y a longtemps, &e. 11 y a longtemps, &e.

Je voudrais que la rose Fût eucore au rosier ; Bt que le rosier même Füût à la mer jeté.

I1 y a longtemps, &e.

Or, rien n’est plus dificile, dans un immense pays comme le nôtre, couvert en majeure partie de forêts où un grand nombre d’Indiens, et même de Canadiens vivant de la vie des bois, n’ont pas d’autre moyen

de subsistance que la chasse. Il faudrait toute une armée de gardes-forestiers! comme dit M. Montpetit. Reconnaissons toutefois que l'éveil a été donné, que les clubs de chasse font des efforts très louables et que les mesures prises par l'autorité, dans ces années dernières, ont eu une efficacité réelle dans un certain nombre de cas.

Ce n'est pas la chasse proprement dite qui dépeuple nos forêts, mais c'est l'extermination, fruit de la recherche effrénée du luere et du gain :

4 Depuis le premier instant que les Européens se sont établis dans le Canada,” dit le célèbre explorateur Alexandre Mackenzie, à la première page de sou journal, “le commerce des pelleteries est devenu de la plus grande importance pour cette colonie. Les naturels étaient alors en si grand nombre, qu'encouragés par les colons à poursuivre les animtux dont la fourrure était précieuse, ils en eurent bientôt détruit l'espèce autour des nouveaux établie. semente. Ils avaient, à la vérité, fait autrefois la chasse à ces animaux ; mais ils ne tuaïent que eux dont la chair leur était néceesaire pour se nourrir, et la peau pour se vêtir.

«Les colons ne tardèrent pas à engager les naturels qui vivaient dans leur voisinage, à pénétrer dans l'intérieur du pays. Quelquesuns d’entre eux accompagnèrent même souvent des partis de chasseurs, et ils trouvèrent moyen d’accoutumer les tribus sauvages les plus éloignées de leurs établissements, à venir y vendre des pelleteries.”

Il n’y a pas longtemps les castor étaient encore en grande abondance dans le pays situé autour du lac Kippewa. Depuis que les blancs y ont pénétré, et à mesure que les “chantiers” ont angmenté en nombre dans la forêt, les castors ont à peu près disparu de cette région, et l'Indien, de prospère et indépendant qu'il était naguère, y est devenu le plus misérable des hommes. Néanmoins, quoiqu'il recule toujours, au fur et à mesure que la colonisation et l'industrie forestière avancent, le castor est encore nombreux, et constitue avec la loutre, le vison, la martre et le renard, le principal appoint du commerce de fourrures.

Au mois de septembre, les Indiens arrivent en foule au fort de Témiscamingue. Ils viennent s'y : approvisionner de munitions, de vêtements, d'effets, de victuailles de toutes sortes, puis ils partent pour leurs territoires de chasse, et on ne les revoit plus qu'au mois de mai suivant. Ils vont aussi loin qu'ils le peuvent, à la recherche des animaux, dont quelques espèces diminuent, il est vrai, mais moins encore qu'on ne serait tenté de le croire. Ce qui diminue le plus, c'est le nombre des Indiens eux-mêmes.

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merce

L'OUTAOUAIS SUPÉRILUR 289

Ces pauvres gens ne s’accommodent guère mieux des progrès de la colonisation que les animaux auxquels ils font la guerre pour le profit des blancs.— Avec eux disparaîtra le type le plus pittoresque, qui tranche sur la fastidieuse uniformité des populations

nord-américaines, En même temps que les plus im-

prévoyants des hommes, ils sont les plus probes, les plus sûrs et les plus confiants. Ce caractère est celui de toutes les tribus indiennes, à très peu d’exceptions près. Mackenzie raconte que M. Pond, un des marchands anglais qui faisaient le commerce de pelleteries,en 1780, dans le pays d’Athabaska, ayant acquis, par l'échange de ses marchandises, beaucoup plus de pelleteries qu'il ne lui en fallait pour eharger

ses canots, fut obligé de déposér toutes celles qu'il ne put embarquer, dans une des cabanes qu'il avait

construites pour passer l'hiver; et lorsqu'il y retourna l’année suivante, il les trouva dans le même état où il les avait laissées.

En Canada, le modèle par excellence de l'honnêteté indienne, c'est le sauvage “ tête. de-boule” qui habite le territoire du Saint-Maurice. Quoique soumis aux lois, les Indiens les ignorent ou ne s’en occupent guère ; mais ils ont entre eux certaines conventions qui les lient bien plus étroitement que ne le feraient toutes les lois du monde, et auxquelles ils obéissent bien plus

fidèlement. Par exemple, s’il arrive à l’un d’eux de passer sur le terrain d’un autre, et qu’il y fasse la rencontre d’un castor, il pent le tuer et le manger, si la faïm le presse; muis il doit en porter la peau au poste le plus voisin et déclarer qu'il a tué l'animal sur Je terrain d’un tel. Plus tard, le commis du poste remet à celui-ci la peau qui lui a été confiée. Cette convention ne s'applique pas à l’orignal qui est considéré comme un animal errant, la propriété de celni qui labat. Si vous êtes bon, généreux envers l’un d'eux, les sauvages le sauront tous en un clin d'œil et vous seront dévoués sans restriction ni arrière-pensée. Mais, en revanche ils n’oublieront jamais le moindre mal que vous leur aurez fait. C’est grâce à ses procédés humains, à sa droiture, à sa manière d'agir souvent paternelle envers les sauvages, que la Compagnie de la baie d'Hudson a pu tenir si longtemps sous son contrôle un aussi vaste territoire que le sien. Mais la confiance du sauvage ne s'exerce qu’au sujet des choses qui sont à la portée de son intelligence ; il se refuse absolument à croire ce qu’il ne comprend pas, ce que ne lui atteste pas le témoignage de ses yeux, on de la tradition ou des notions commun M. Rankin, facteur de la Compagnie de la baie d'Hudson au Témiscamingue, nous racontait, lors de notre passage, qu’il n'avait jamais pu faire entrer dans la tête de plusieurs Indiens

qui l'écoutaient, qu'il avait parcouru soixante-dix milles en trois heures. L'idée de chemin de fer était beaucoup trop compliquée pour l’intellect de ses auditeurs, qui n'auraient jamais pu imaginer que leur Manitou lui-même fût cajable de conduire une loeomotive.

Un spectacle curieux, et qui donne la mesure de la nature enfantine des Indiens, c'est leur arrivée au

poste, après leurs longues courses d'hiver à travers les forêts. Il faut les entendre raconter ce qu'ils ont

vu, ce qu’ils ont fait, et leurs fatigues et leurs prive tions et leurs longs jeûnes, et les histoires, toutés plus puériles les unes que les autres, qu'ils ont recueillies en chemin ou dans lesquelles ils ont figuré eux inêmes, la plupart du temps d’une manière un peu

merveilleuse, bien entendu !

Au fur et à mesure qu’un nouveau canot arrive an poste, tous les sauvages qui sont déjà arrivés accourent au-devant de lui, et alors recommencent les mêmes histoires, augmentées de celles qu'apportent les derniers arrivés. Ce sont des joies, des rires, des étonnements, des exclamations, des pantomimes les plus expressives, à propos des plus petits incidents, des épisodes ou des hasards les moins dramatiques. Le commis du poste leur donne à chacun une “torquette” de tabac et une pipe; ils allument un grand feu sur le rivage, s’asseoient autour, les jambes croisées, et prolongent

jusque bien avant dans la nuit les r'cits auxquels ils s'amusent et s'intéressent comme font les enfants aux contes de leurs bonnes. Le lendemain, ils vont faire leurs emplettes au magasin du poste, Ce magasin est bien, en vérité ee qui peut leur convenir le mieux. On y voit toute espèce de choses, jusqu’à des peaux de lapins noirs, la plus grande des raretés. On y trouve les articles de confection les plus variés, tous d'excellente étoffe, et des couvertures de laine qui se vendent douze dollars la pièce, et. sont fabriquées spécialement et uniquement pour la Compagnie de la baie d'Hudson. Les Indiens achètent tout ce qu'ils peuvent avec le produit des. peaux qu'ils ont apportées. Ils font emplette: des étoffes les plus belles et les plus coûteuses, ainsi que des ,plus riches flanelles pour les doubler. Rien n'est trop beau pour eux. Îls brûlent de pouvoir dire à leurs squaws, en les revoyant au wigwam, qu'ils leur apportent ce qu'il y avait de plus cher et de plus éblouissant dans le magasin, en même temps que-ce qui les rendra magnifiques eux-mêmes, au jour de la grande fête annuelle. C’est là le seul plaisir que ces pauvres gens ont pendant toute Yannée ; mais voilà que cela même va disparattre bientôt devant la marche de la civilisation, comme ont disparu du sol de l'Amérique des nations entières d’Indiens, dont on ne trouve plus le souvenir que dans les romans de Fenimore Cooper.

ot US SN NS

Le fort de Témiscamingue, nous l'avons vu aidessus, a été fondé il y a cent trente ans. Il a toujours été un poste très important, à la tête de douze petits postes intérieurs, jusqu’à ce que M. Rankin ait, en 1883, transporté à Mattawa le quartier général du district de Témiscamingue. Nous disons “district,” parce que c’est là le nom que la Compagnie de la baie d'Hudson donne aux divisions régionales de son immense territoire. Dans chaque division, il y a un quartier général où demeure le facteur de la Compagnie, et auquel se rattachent un certain nombre de postes secondaires établis dans la division. C’est ainsi que se trouvent compris dans le district de Témiscamingue la sous-division d’Abbitibi, celle du Grand-Lac, celle du lac Barrière, celle du lac Témogami, etc, toutes ‘contenant des postes ou “forts” rattachés à l'établissement principal, sous la surintendance du facteur, qui est un des officiers supérieurs formant le conseil de la Compagnie de la baie d'Hudson. (1)

() La Compagnie de la baie d'Hudson ‘possède près de cent cinquante établissements où postes qui nécessitent un personnel de 25 facteurs, 27 ecmmis principeux (chief trad rs, ce que l'on pourrait traduire pur “directeurs des achats”), 152 commis ordi.

semence

Depuis la construction du chemin de fer du Pacifique, la malle se rend au Témiscamingue une fois par semaine. Avant cette époque et jusqu’à l’année dernière, c'était le commis du fort qui recevait la malle et qui distribuait les lettres dans les différents postes du district. Il préparait aussi la malle de Moose-Factory, où se trouve le dernier bureau de poste de la Compagnie, dans le nord, et l'expédiait trois fois par année, le printemps, l'automne et l'hiver, par des hommes qui faisaient cette course de trois cents milles à la raquette. Chemin faisant, le courrier laissait une partie de sa malle au fort Abbitibi, qui est à cent milles environ de celui de Témiscamingue. (1}

Depuis l'année dernière, il a été établi un bureau

de poste à la baie des Pères, spécialement pour les résidents de l'endroit et les colons des cantons avoi-

sinants.

maires, 1200 employés et serviteurs de toute dénomination, outre un certain nonbre d'hommes qu'elle emploie à des expéditions particulières, circonstance qui se renouvelle tous les ans.

(2) La factorerie de Moose est situe à l'extrémito méridionale dela baie de James. Elle est le principal entrepôt de la Compagnie, dans touie la région qui s'étend extre la baie d'Hudson et les lacs du nord de la province de Québec.

C'est de là, ainsi que la fietererie d'York, à l'embouchure de la rivière Nelsou, surla baie, que la Compagnie expèdie en Europe, deux fois par année, ses riches cargaisous de pelleteries,

utre ious

Jadis, le territoire autour du fort, jusqu’à une certaine distance, avait, dans les documents officiels et sur la carte du Canada, le nom de “ canton” de Témiscamingue, comme on peut le constater sur une carte de 1853, conservée au poste, et portant la rubrique: Township of Temiscaming, Area: 67,520

acres. Crown Lands Department, Toronto, —ce qui, traduit en français, signifie : Canton de Témisca-

mingue ; superficie, 67,520 acres. Département des Terres de la Couronne, Toronto. (1)

(1) Toronto était alors, alternativement avec Québec, la capitale des deux provinces du haut et du bas Canada, réunies sous un seul gouvernement. Aujourd'hni, ces deux provinces, faisant partie, à l'exception de li e de Terreneuve, d'une confédération qui embrasse toute l'Amérique britannique, portent respectivement les noms de province, de Québec et de province d'Ontario,

UN NOUVEAU PROJET

Nous sommes en pleine ère de chemins de far.

Les projets succèdent aux projets, les lignes nouvelles aux anciennes, et, sur divers points de leur parcours, les embranchements viennent s’articuler, comme les membres au corps, pour compléter ce réseau ilestiné avant tout À où à la colonisation et à l'ind «rie des régions qui n’ont eu jusqu’à présent que des moyens de communication rudimentaires.

Des entreprises considérées comme irréalisables ont été exécutées. Longtemps on avait cru que le climat du Canada opposerait des obstacles toujours in: surmontables à l'extension des voies ferrées dans: toutes les parties du pays indistinetement, et, à plu forte raison, dans le nord, où il n’y avait pas à donterà disait-on, que la rigueur des hivers ne rendit toute exploitation de chemin de fer impossible.

Mais, en même temps que les voies nouvelles, voici que se dessinent des horizons nouveaux. Un

champ étroit, où l’on marchait à tâtons, incertain de sa voie et du but à atteindre, est devenu, en peu d'années, un champ illimité où les conceptions les plus hardies s’exercent librement, sans étonner personne. Qni n'a présent à la mémoire le douloureux enfantement du chemin de fer du Nord, et les combats acharnés qui se livrèrent autour de son berceau ? Qui ne se rappelle l'incrédulité, la malveillance, les attaques grossières et violentes qui accueillirent la Compagnie du chemin de fer du lac Saint-Jean, lorsqu’elle déclara au public qu’elle avait bien réellement l'intention de construire sa ligne? Quoi! ouvrir un chemin de ferau milieu des Laurentides! Quoi! le faire passer à travers cinquante lienes de forêts! Et dans que} but ? Pour rattacher à la capitale provin. ciale une misérable petite colonie de trente à quarante mille âmes, disséminée sur un vaste territoire, et trop pauvre pour sustenter par son commerce une ligne de cette importance ! Si ce n’était là une gigantesque chimère, à coup sûr, c'était une audacieuse spéculation des directeurs de la Compagnie, qui voulaivnt uniquement exploiter la région forestière en arrière de Québec, et après avoir fait construire, dans ce but, une soixantaine de milles de chemin, se déclarer incapables de continuer les travaux.

Mais, outre qu'elle était sincère, la Compagnie n'avait pas seulement l'intention, comme on va k

298 L'OUTAOUAIS SUPÉRIEUR m4 voir, de rattacher à la capitale la colonie du lac Saint-

Jean, mais encore d'ouvrir, avec le temps, à la c:lonisation l'extrême zone septentrionale des vallées du Saint-Maurice et de l'Outaouais.

Il y a à peine quelques années de cela, et déjà le chemin de fer du lac Saint-Jean est construit et complété sur un parcours de cent quatre-vingt-dix milles. Maîtresse aujourd'hni de la position, forte de son œuvre accomplie, la Compagnie, comme il

arrive toujours après les difficultés vaincues, trouve que cette œuvre ne peut suffire et u’il faut aller plus loin. Ce n’est pas assez d’avoir rattaché la capitale à la

vallée du lac Saint-Jean par un chemin de fer qui traverse soixante lienes de montagnes et de forêts, il faut maintenant relier cette vallée à celle du Saint-Maurice par une ligne entre le lac Edouard et la Tuque, une ligue de trente milles de longueur, suffisante néanmoins pour coloniser cette partie du pays si riche én forêts et en minéraux, et pour y créer des centres importants de travail et de production.

La Tuque est le grand centre de l'industrie forestière du territoire qu'arrose le Saint-Maurice, industrie dont les produits se sont élevés à deux millions de dollars, dans les années prospères. Mais depufs quelques années, ce poste a subi une dimiuu: tion considérable, et les intérêts manufacturiers et agricoles s'en sont cruellement sentis. Naguère, on

ne façontait pas moins de six cent mille billots dans le territoire du Saint-Maurice; maintenant, on en fait à peine cent cinquante mille,

Placé à ln tête de la navigation, (dit une brochure que nous avons sous les yeux), entouré d’un pays aussi fertile que p ttoresque, servant d'intermédiaire au commerce de la baie d'Hudson avec les Trois-Rivières, à portée de communications faciles et assez rapprochées avec la vallée du lac Saint-Jean par la rivière Croche, le poste de la Tuque promettait Lenucoup pour l'avenir, au point de vue du commerce et de la colonisation. Possédant des pouvoirs hydrauiques admirables, et de grandes estacades, pour rrtenir les bois de commerce provenant des tributaire du Saint-Maurice, it devait attendre beaucoup de l'exploitation indusurielle ; et tous ceux qui conuaissent quelque chose du Saint-Maurice, disignaient cet eudroit comme devaut se transformer dans un avenir prochain en une populeuse et florissante cité.

L'abaudon de la ligue de navigation par bateau à vapeur établie autrefois eutre les Piles et la Tuque par la compagnie américaine Philip & Noreross, etla suppression des estandes du gouvernement, ont détruit ces légitimes espérances pour un temps, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'on puisse réteblir la navigation à vapeur, où que quelque compagnie puisse construire une voie ferrée.

Après avoir relié entre elles, par le chemin de fer de la Tuque, les vallées du Saguenay et du Saint- Maurice, la Compagnie du lac Saint-Jean se propose de compléter son œuvre en rattachant à ces deux vallées celle de l'Outaouais par une ligne, qui, partant 2 la Tuque, ira droit an nord, suivra la zoné des lacs de l'Outaouais et ne s'arrêtera qu’à la hauteur du lac Abbitibi, d’où elle enverta deux Iranches, l’une dans la direction du sud, vers le chemin

de fer du Pacifique, l'autre dans la direction du nord, vers la baie d'Hudson.

Le 5 avril 1888, la Compagnie faisait au gouvernement fédéral la demande d’une subvention pour la nouvelle ligne, basée sur les considérations suivantes : (1). :

Le territoire compris entre le lac Mistassini, à l'est, et le lac Nepigon, à l'ouest, la “hauteur des terres,” au sud, et la baie de James, au nord, contient environ 120,000 milles où 75,000,000 d'acres carrés.

Jusqu'à présent, on a eu sur ce territoire les notions les plus erronées, dont la seule raison d’être était sa proximité de la baie d'Hudson. Il ne faut pas oublier, cependant, que la factorerie de Moose n'est guère plus au nord que Winnipeg, qu'elle est à peu près sous la même latitude que Londres et Berlin, à 500 milles plus au sud que Saint-Pétersbourg, capitale de la Russie, et à 600 milles au sud du détroit d'Hudson.

Les rapports de l'Observatoire météorologique de Toronto établissent que Ja température moyenne à la factorerie de Moose, l'été, est la même que celle de Chicoutimi, dans la province de Québec, et de Dalhousie, dans la province du Nouveau-Brunswrick.

A) Dans ce document, le Compagnie du chemin de fer de Québec et du lac Saint-Jean prenait le nom de“ Compagnie de Québec et de le bais James.”

is établissent, en outre, qu’il tombe là bas annuellement moitié moins de neige qu'à Montréal.

Le territoire de la baie de James est un pays plat, argileux, capable de nourrir une nombreuse popula-

tion, très propre à l'agriculture et à l'élevage du bétail, abondamment boisé, pourvu de minéraux et possédant des pêcheries d’une grende valeur.

Le Père Nédelec, oblat, qui a été longtemps missionnaire à la baie de James, estime que ce pays est habitable, à peu d'endroits près, particulièrement le long de la eûte. D'après lui toutes les céréales, à l'exception du blé et du sarrasin, y viennent à maturité, Plusieurs millions d'hommes pourraient y trouver leur subsistance, grâce à Vomélioration de Vagriculture et au développement de l'industrie. Le maximum de chaleur, l'été, est de cent degrés au-dessus de zéro, Fahrenheit, et le maximum de froid, l'hiver, de cinquante-ciny degrés au-dessous. À certains endroits, le climat est meilleur que celui du nord de l'Allemagne, de In Pologne, de le Norvége, du nord de l’Ecosse, et de Terreueuve. Règle générale, il ressemble à cel ai de Québec et du bassin du lac Saint-Jean. On peut dire, sans crainte de tomber on d’induire en erreur, que ce pays est beaucoup plus étendu, plus habitable et vaut beaucoup plus que le publie ne se l'imagine d'ordinaire. Qu'étair Te Canada, il y a deux cents ans? Qu'étaient les Etats

Unis ? La province de Québec ne devrait pas tarder à prendre possession de la partie du territoire hudsonien qui luirevient de droit; et la “ Compagnie du chemin de fer de Québec et de la baie de James” devrait, de son côté, y fonder des colonies d’Acadiens, et y expédier un vapeur pour faire des explorations et réparer les établissements, en attendant la construction de sa ligne,

Le Père Paradis, dont il à été plus d’une fois question dans cet ouvrage, affirme que les plus belles forêts d’épinettes de l'Amérique se rencontrent entre le lac Abbitibi et la baie de James ; que le sol de ce pays donne d'excellentes récoltes de pommes de terre ; que l’avoine et l'orge y réussiraient parfaitement ; que

le foin sauvage, la meilleure nourriture du bétail, y est abondant ; enfin, que les outardes et les canards s'ÿ trouvent en nombre incalculable. (1) Le Père

Païadis n'hésite pas à recommander la construction d’un chemin de fer entre Québec et la baie de James, 11 ajoute que la baie devient navigable dès la première quinzaine de mai, et que la débâcle a lieu vers la fin d'avril dans les rivières qui s’y jettent.

D'après le docteur Bell, de la Commission géologique, il se trouve beaucoup de bonne terre dans le

() Ajoutons un détail caractéristique ; c’est que les Iudiens de cette region sont tenus de fournir annuellement à lu Compagnie de la baie d'Hudson trente-cinq mille oies sauvages.

bassin de la rivière Moose, entre le versant des grands lacs et le commencement du pays plat, au sudouest de la baie de James.

Le climat, l'hiver comme l'été, ressemble à celui du comté de Rimouski. L'été n’est pas aussi chaud, ni l'hiver aussi froid qu’à Winnipeg. La quantité de neige qui tombe annuellement est d'environ trois pieds d'épaisseur ; ce qui est moins qu'à Québec.

Les pommes de terre et toutes les racines légumineuses y viennent remarquablement bien. De même le foin. L'orge et le seigle pourraient s'y cultiveravee profit.

Le docteur Bell dit avoir constaté, par plus dune expérience personnelle, que toutes les plantes de champ et de jardin, qui poussent dans le comté de Rimouski, mûrissent également aux postes de New- Brunswick et de Norfolk, sur la rivière Abbitibi.

La terre, à la factorerie de Moose, est compacte et froide ; cependant, les légumes, tels que patates, fèves, pois, navets, carottes, choux, oignons, y réussissent.

Le pin, rouge et blanc, croît dans le bassin méridional de la rivière Moose ; mais les essences forestières les plus abondantes de ce pays sont l'épinette, soit blanche ou noire, le cèdre blane, le tamarac, le tremble et le bouleau. L'exploitation en serait certainement luerative. L'industrie peut également

tirer un partitrès avantageux des mines qui Sy

trouvent en quantité, et particulièrement de celles de fer et de gypse.

Si l’on construisait un chemin de fer jusqu’au sud de la baie de James, et qu’un bateau à vapeur, partant de ce point, fit des voyages réguliers le long dé la côte orientale, il y aurait affluence de voyageurs du Canada et des Etats-Unis vers ces rives pittoresques et grändioses à la fois, qui jouissent, pendant deux ou trois mois de l'annéé, d’une température agréable, et qui possèdent éncore tout l'attrait et le prestige de l'inconnu. (1)

De sa source à la tête du Témiscamingue, l'Outäoüais coule de l’est à l’ouest, comme on l’a vu plus haut, et ne s'éloigne qu’à de courts intervalles de la “hauteur des terres,” limite septentrionale actuelle d> la province de Québec. Il offre donc une routé uaturelle à un chemin de fer, et des avantages excep= tionnels à la colonisation, qui se trouverait comme transportée, du jour au lendemain, dans cette régiow favorisée, sans avoir à traverser lentement, pas à pas, étape par étape et d’un canton à l’autre, le vaste

(1) Il est plus que probable que la province de Québec obtiendra bientôt possession du territoire de la baie de James. Dans ce vas, 1e meillur moyen de coloniser ce territoire serait d'envoyer, aussitôt que possille, de Quebec à la factorerie de Moose, un steamer portant un certain nombre de nos vigoureux natiouaux, avec leurs familles. Ce noyau de colonie ne tarderait pas à grondir et à couvrr uné bonne partie du territôire.

pays d'intérieur que l'Outaouais enserre dans son cours semi-cireulaire.

La création de cette route, dans la pensée des auteurs du projet, aurait les résultats suivants : ouvrir la vallée du Saint-Maurice, la partie septentrionale des comtés d'Ottawa et de Pontiac, le pays de Témiscamingue, les portions colonisables de l'Abbitibi, et, plus tard, la région entre le lac Abbitibi et la baie d'Hudson; diriger directement et rapidement surle port de Québec l'immense production forestière de l'Outaouais supérieur.

Ce dessein, quelque vaste qu'il soit, rentre dans l'ordre des choses dont l'avenir nous réserve l’accomplissement. Le corollaire nécessaire de l’établisses ment da Nord-Ouest, et du nord des provinces d’Ontario et de Québec, c’est la construction d’une ligne directe entre les centres de l'Ouest et un port de l'Est situé à peu près sous la même latitude, que ce soit sur le fleuve, à Tadoussac, ou dans le golfe, en deçà du détroit de Belle-Isle, ou enfin sur la côte du Labrador terreneuvien. La compagnie du chemin de fer du lac Saint-Jean est en mesure d'offrir au commerce un port à Tadoussac, par la continuation de sa ligne actuelle jusqu’à cet endroit. Plus tard, quand on aura construit, comme le veut la force des choses, une ligne reliant le Manitoba à un port de l'Est, par le nord du lac Nepigon et de la

province d'Ontario, la voie projetée pourra en former la section orientale.

C’est ce que l’on peut constater aisément en jetant un coup d'œil sur la carte. Une ligne droite, tirée de Winnipeg à Halifax, passe par la ville de Québec et est plus courte de trois cents milles, que la route suivie par le chemin de fer du Pacifique, outre qu’elle passe entièrement en pays canadien. Voilà pourquoi la construction d’une ligne directe entre les deux villes s'imposera un jour comme une nécessité nationale : et, ce jonr-là, si la voie projetée entre la Tuque et l’Abbitibi est construite, elle formera, comme nous le disons ci-dessus, la partie orientale de cette ligne,

Tel est, en quelques mots, l'exposé de ce “ nouveau projet,” qui vient d'éclore au moment où nous écrivions la dernière page de ce livre que nous offrons au public, malgré toutes ses lacunes et ses défectnosités.… Nous n'avons pas voulu le finir sans donnér à un dessein de cette portée, et de cette conséquence pour la région que nous avons décrite, les honneurs d’une large publicité. Et maintenant, que les mots qui forment le titre de notre ouvrage soient aussi œux qui le terminent! Ce petit livre n’a-t-il pas démontré que le jour n'est pas éloigné où les habitants de l’est et de l'ouest de l'Amérique canadienne se visiterontiles uns l2s autres en passant par

YOUTAOUAIS SUPÉRIEUR?

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