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CHAPITRE I

LA YAUÉE BE L'WTAOTJAJS

Lecteurs, nous allons v.ous inb^oduise dans oette immense .et luxuriante vallée de TOutaouais qui embiasjse le nord ouest de notre province, épanchant vers Thorizan lointain ses larges coteaux qui ondulent eomme les venues de la marée montante, ses épaisses .et sombres .forêt« où le bûcheron seul a jusqu'aiyourd'hui pénétré, ses vastes plateaux où le colon courageux vient petit à petit fonder de nouveaux pénates, établir de nouvelles familles, agrandir et embellir les espérances de notre race et porter jusqu^au plus profond des solituaes ignoréeâ les germes féconds d'un avenir nouveau.

Kons allojis parcourir ces régions encore sauvages, mais où perçant ça et là, sur des points isolés, les premiers e£Eorts de l'homme pour conquérir le sol et s'ASsiyétir la nature indomptée.

En face de l'espace et dans la plénitude de sa liberté, l'homme sent décupler son énergie, son audace, ses moyens d'action et les ressources infinies de son esprit inventif. C'est là qu'il se sent bien le roi et le maître de Ja terre ; là tout est à lui, et l'empire qu'il a sur les choses il l'exerce au gré d'une volonté sans entraves.

Affranchi des servitudes sociales, n'ayant à combattre que des difficultés et des obstacles naturels, il déploie vaillamment toutes ses forces sans avoir à redouter de périls cachés, ni d'embûches, ni de machinations hostiles. Il va droit devant Ini, maître du lieu et de l'heure où il devra entrer en lutte avec la nature insoumise, mais bientôt rendue docile et complaisante à tons ses desseins ; il n'a aucun secours à attendre, il faut qu'il puise tout en lui-même; aussi il se sent gra,idi et fortifié après chaque obstacle vaincu, après chaque effort nouveau dont il reçoit immédiatement la récompense.

Ah ! quel spectacle peut inspirer un plus vif et plus touchant intérêt que celui de ces embryons d'établissements, avant-gardes de sociétés futures, de civilisations peut-être un jour florissantes, et qui semblent à Torigine comme des grains • de sénevé semés au hasard d'une providence mystérieuse. Spectacle rempli d'attraits et d'éclatantes visions d'avenir que nous vous convions à venir goûter avec nous %n

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parcourant ce livre qui ti'est qu'un faible reflet de ce que nous avons tant de fois éprouvé nous-même. Nous vous convions à venir partager avec nous nos tendresses pour les défrièheuis perdus au sein des profondes solitudes et notre amour pour la grande nature libre où l'homme accomplit des choses souvent étonnantes, sans fanfare, sans bruit, sans .réclamées cie journaux chargées d'énormes épithètes, et sans, toute cette vaine ostentation qui semble être l'accompagnement obligé des .moindres actes isur la scène active du monde.

Mais avtmt iiefoous mettre en ^oute .^ourioeilong «t souvent difiScile voyage, il convient de nous rendre compte,, par quelques notions sommaires et néanmoins suâisamment détaillées, de la ^géographie et de la topograpide du pays que nous allons visiter, des ^parties encore vierges de la vallée de l'Outaouai?, de celles qui sont en plein r^j>port et de ûelles que la main de l'homme a à peine entamées, de siâarichesâes forestières et minérales, enfin de tout ce qui peut 4ntéress€ï leleeteùt sérieux aussi ^Wen 'que 'le èherôhetir ambitieux qui veut y tenter la 'foïtune, sous l'une des 'formes diverses que la VàlKe de POutaouâîs peut'lui offrir.

Là rivière d^s Outaouais prend sa source aux lacs Eshwaham et Capemechigama, situés entre les parallèles formées respectivement par les 47^ 38* et 47*", 52' de latitude septentrionale et débouche à l'extrémité inférieure de l'île de Montréal où elle reçoit les eaux de la rivière Assomption, avant de se perdre dans le vaste sein du Saint-Laurent, vers le 45**, 40'-

Le lac Capemechigama, d'où sort la "branche orientale" de l'Outaouais, est à vingt-deux milles au sud du 48e degré, et à trente-deux milles au sud de la ** hauteur des terres," ligne de faite très irrégulière qui sépare les eaux qui tombent dans notre grand fleuve d'avec celles qui se déversent dans la Baie d'Hudson.

A partir du lac Capemechigama jusqu'à son embouchure, au dessous de Montréal, la rivière Outaouais mesure environ 780 milles de longueur. Mais à partir du lac Eshwaham, d'où sort la branche " nord " de la rivière, qui est la principale, au jugement des trappeurs, l'Outaouais peut être considéré comme ayant plus de 800 milles de longueur, en tenant compte de toutes les sinuosités de sa course.

Depuis le lac Capemechigama jusqu'à Tembouchure de la rivière des Quinze, sur le lac Témiscamingue, la distance en ligne droite ne dépasse pas 190 milles, mais elle en atteint en réalité près de 370, par suite des nombreux détours qu'il faut suivre; tandis qu'à partir de ce dernier point jusqu'à son embouchure, TOutaouais suit un cours beaucoup plus régulier et plus droit dont on peut estimer approximativement la longueur à 450 milles.

L'Outaouais est presque l'égale du Ehin en longueur et par l'étendue du territoire qu'elle arrose ; mais le volume d'eau qu'elle apporte au Saint-Laurent est en moyenne trois fois plus considérable que celui que le Ehin porte à la mer du Nord. On attribue cette différence, en faveur de TOutaouais, à des causes géographiques et météorologiques, jointes à la prédominance générale des forêts et à la longueur ininterrompue des hivers.

L'étendue des terres arrosées par l'Outaouais et ses tributaires, ainsi qu'on le constate par les dernières cartes oflBcieHes, est d'environ 60,180 milles géographiques, dont 19,957 dans la province d'Ontario et 40,324 dans la province de Québec, chiffres qui, réunis, représentent une superficie de 38,451,200 acres.

Cette admirable rivière, de beaucoup le plus important et le plus considérable des tributaires du St.

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Laurent, presque partbut navigable, à Texceptlon des rapides qui l'interceptent, arrose donc, dans là seule province de Qtuébec, une région qui a presque le doublé de retendue tout entière de la ISPouveire*- Ecosse, 13600 milles carrés de plus que cette du Nbuveau-Btunswiok, et près d'un cinquième de celle de notre propre province qui, elle, occupe une superficie dé 18^, 688 milles carrés.

Cette région renferme neuf comtés entiers, qui sont ceux de Pbntiac, d'Ottawa, d'^Argenteuil^ des Deux Montagnes, de Terrebonne, dé Laval, de Montcâlin; de l'Assomption et de JoKette, outre les parties^ septentrionales des trois comtés de Bèrthier, de Maskinongé et du Saint-Maurice.

Tout le monde connaît l'énorme dispropwtioi^ q^ii existe, dans les superficies respectives des deux- rives nord et sud du St. Laurent ; la première renferme cent millions 214 mille acres carrés, et la deuxième n'en renferme que vingt millions cinq^ cent cinquante, en sorte que la vallée de l'Outaouais, à elle seule, a cinq millions d'acres carrés de plus qiie toute la rive sud du St. Laurent. On dirait que pendant l'élaboration de ce monde géant, pendant que le continent cherchait son assiette et son équilibre, la balance a penché ; tout ce que la masse informe avait de plus lourd a culbuté de l*un des plateaux et, en tombant^ s'est fracturé en vastes éclats qui ont- formé les

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chaînes irrégulières de montagnes et les gigantesques reliefs qui bordent toute la côte nord de notre grantf fleuve, le plus large et Ife plus profond peut-être detous les fleuves du globe.

Laissant de côté la partie depuis longtemps plus ou: moins peuplée delà vallée, de TQutaouais,. celle, qui comprend les comtés des Deux-.Mon^agnes, da-Terre^ bpnne, de Laval, de Montcalm, de TAsspmption^etde. Juliette, nous ne nous occuperons dans la présente étude que des comtés où la colonisation est toute récente ou encore à naître, tels que les comtés . de Pontiac,. d'Ottawa et d'Argenteuil ; ces trois comtiés s'étendent au nord jusqu'à la ligne de partage des . eaux ; à l'ouest et au sud, ils baignent la rivière des Outaouais sur toute sa longueur, dépuis le lac Téiniscamingue jusqu'à! son embouchure dans le St. Laurent, occupant ainsi dans leur immense développe*' ment plus de deux degrés de latitude et environ' cinq dégrés de longitude, entre le 79°; 1^; et 1er T*"*, 10, ouest.

Quoique la vallée de l'Outaouais soit de beaucqup, la plus considérable de toutes les vallées arrosées par les tributaires du St. Laurent, quoiqu'elle abondé en minéraux divers et que son sol soit relativement' fertile, cependant elle n'est encore que fort peu peuplée. En effet, le recensement dé 1871 ne donnait aux trois comtés dont nous nous occupons particu-

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lièrement qu'une population de 58,000 âmes : celui de 1881 lui en accordait 85, 433 ; mais il est plus que probable que ce dernier chiffre sera au moins doublé avant K fin de la présente décade, grâce au vigoureux élan qui a été imprimé à la colonisation dans cette région encore peu connue où peuvent s'établir et vivre à Taise plus de six cent mille âmes. En 1871, rétendue des terres occupées, dans toute la vallée des Outaouais, ne dépassait pas 2,109,134 acres carrés ; en 1881 elle atteignait 1,359,062 acres, dans les trois comtés nouveaux seulement ; de même, en 1881, la quantité de terrain sous culture, dans toute Ja vallée, ne comprenait que 1, 041, 234 acres carrés ; en 1881, elle s'était élevée, dans Pontiac, Ottawa et Argenteuil seulement, à 323,299 acres.

On peut répartir de la manière qui suit la superficie et la population de ces trois derniers comtés, d'après le recensement de 1881 : 1"* Pontiac, — 21,018 milles ou 13,481,520 acres carrés; population, 19, 939 : augmentation sur 1871, 4,129 âmes. 2» Ottawa, 6,683 milles ou 4,277,120 acres carrés; population, 49,432 ; augmentation sur 1871, 20,356 âmes. 3** Argenteuil, 937 milles ou 599,700 acres carrés ; population, 16,062 ; augmentation sur 1871,3,256

Maintenant, si nous faisons la distribution par comtés des terres simplement occupées et des terres

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SOUS culture, nous trouvons dans Poutiac 362,724 acres de terre occupés, et 106,559 acres en culture dans Ottawa 677,903 acres des premiers, et 136,750 des seconds ; dans Argenteuil 288,435 et 79,990 acres resçectivement ; ces trois comtés renfermaient en outre 146,920 acres de terre en pâturage.

Il ne faut pas s'étonner qu'il y ait eu jusqu'à ces derniers temps tant de notions fantaisistes et qu'on ait entretenu sur cette région tant d'erreurs étranges^ grossières et souvent ridicules, comme celles qui ont eu cours du reste si longtemps sur le " mystérieux et inhabitable nord, " assimilé hardiment aux impénétrables solitudes de la Baie d'Hudaon.

Sans doute la partie supérieure de la vallée de l'Outaouais n'est pas l'égale des autres au point de vue de la qualité du sol et des espaces colonisables ; elle est du reste absolument inhabitée, même très imparfaitement connue. Son climat est froid et humide et les boi« de commerce n'y fournissent qu'un appoint bien médiocre à l'industrie forestière. Mais au-dessous de cette zone s'en étend une autre incomparablement supérieure à la première, quoique renfermant de grandes étendues marécageuses, dont le dessèchement toutefois serait chose facile. C'est là surtout que s'alimente cet immense commerce de bois qui se chiffre par millions de dollars chaque année et qui offre une variété considérable de produits, tel

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