‹ L'Outaouais supérieurChapitre 3 sur 19 · L'OUTAOTUIS BOTéKïBUK · texte numérisé non relu

L'OUTAOTUIS BOTéKïBUK

q«e Wfadriei:^, planches, bardeaax, dormants de chexnms 4e fer, courbes ' de na vires, lattes, palissades,

*l9fA3« • • • • •

Dire ce:qtte:€ette iségion favorisée contient de riches- «esiffîiûévales etagric&las n-est pas ehosu facile : on ne les connaît pas^tonteseûcore ; ornais ce que Ton peut constater et suivre jpas à pas, c'^st son rapide développement. Il n'y a !q[ue la population jîxe qui semble échapper au progrès, général ; elle était en effet de 48,230 âmes lors du recensement de 1871, e't celui de .18.31 n'accuse qu'une augmentation de .douze cents âmes, sans compter la population éparse des territoires non organisés ou non constitués en .cantons. Mais on ne saurait juger de l'avenir d'après le résultat des dix dernières années, si ce n'est peutêtre en doublant les chiffres pour la prochaine décade, comime nous venons de le dire plus haut.

Oette zone peut à bon droit s'appeler " la. zone -des lacs ". Elle se développe depuis. la tête du. lac Témiscamii?igue jusqu'au lac Sapin, dans le comté de Berthieç, sur unelargenr de soixante et une longueur de .260 milles .environ, embrassant ainsi une super&^ie de 15>000 milles carrés. " Elle est parsemée d'une infinité de lacs, dont plusieurs ont une étendue .considérable, notamment les lacs Keepawa, le Grand. Lac, ie lac Victoria et le lac Kekabonga. Le groupe des lacs qui écoulent leurs eaux par la rivière

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Keepawa forme un heptagone dont la superficie excède quatorze cents milles carrés " ; ils sont tous rattachés les uns aux autres et leur développement atteint une largeur d'une cinquantaine de mill<^s : " à lui seul le lac Keepawa proprement dit occupe une étendue de plus de deux cent cinquante milles carrés ; il a plus de cinquante milles de longueur et sa largeur au centre mesure cinq à six milles.

" Le " Grand Lac " s'étend du nord au sud sur un espace d'une trentaine de milles ; il écoule ses eaux dans la rivière du Moine, dont il forme à proprement dire le cours supérieur.

" Le lac Victoria se compose de trois grandes nappes d'eau parallèles et reliées les unes aux autres par d'étroites passes. La nappe de l'est a une quarantaine de milles de longueur et d'un à deux milles de largeur ; celle du milieu est longue d'une cinquantaine de milles et large de cinq à dix ; celle de l'ouest a une longueur d'une trentaine de milles et une largeur variant entre un et huit ou dix milles.

" Le lac Kekabonga enfin est un des plus grands lacs de cette région. Avec les lacs Washeka et aux Ecorces, noms sous lesquels on distingue ses extrémités nord et sud, il a plus de trente milles de longueur sur trois ou quatre de largeur, ce qui lui donno une superficie d'environ cent millo3 carrés.

. " Viennent ensuite, par ordre de grandeur, les lacs suivants : Kanekequakena et Barrière, qui ne sont que des expansions du cours de TOutaouais; ïlshwaliàm et Capemechigama, sources de cette même rivière ; Des Eapides, aux Loups et des Iles, Windfall, source de la rivière Tomassihs ; Poignan, source xie la rivière Gens-à-Terre ; Megomangoos et Menja, bagoos, sur le cours de la rivière du Lièvre." (1.)

C'est là que se trouvent les bassins de la Gatiûeau et de.laXièyre. 'C'est là la section la plus riche de Ta grande vallée de rOutaôuàis. Elle cômpremd le comté d'Ôttàwà tout entier et la partie septentrionale des comtés de Montcalm, de Joliette et de Berthier.

'Gi6Bt dans la zâne 4es lacs que prennent naissance les^jgrandes rivières qui portent le tribut de leurs ernsLÀ rOiitaôonai's, telles que la rivière du Moine qm 4t mat peareours ^e 13eO milles, la riviève Noire, 185 JâiiHes, ia rivière Coolonge, 160 mffles, la rivière Qbtiaiéaa, 260iBilles, et la -rivière du Lièvre, 220 milles. ¥i©nneiit ensuite d^aatres affluents moins considérables, il est vrai, mais qui néanmoins méritent d'être signalés dans la géographie de cette vaste contrée : ce sont la rivière Rouge, longue de 120 milles, la

'(1) Toute la pftrtie entre guîllèméts qui contient la description giiiyxspbiqtie et t«peigf»phtqae de» laes oi-deftsna mentionnés <6t •iapraitté«-ji l'ouvrage «w le. ^' Nord " de M. J. C. Langelier.

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rivière du Nord, longue de 70 anillea, et T Asson^tîon q.ui en meaure 90. Comme on le voit, inousaie tenons compte^ dans cette exposition, que des rivières qui débouchent sur la rive orientale de TOutaouais et nous laissons de côté les grands tribulaires de l'ouest, telles que la Petewawa qui mesure 140 milles et arrose une aire de 2,200 milles carrés, la Madawaska qui, sur un parcours de 240 milles, égoiute une aire db 4,100 jnilled, et ettfin ^la Matttawitn ^tki ti%^s fJte ite 45 milles de loïigaear, ^màis qiîî ^t Ife -plus ptofoad étB -âfihleiits dé rOutaotiais.

Des tributaires de TOutaouais ci-dessus mentionnés,, sans compter la Kippewa qui sert de débouché au vaste lac de ce nom, les uns, .tels tque la rivière -du Moinq, la BlanchQ,. la Coulonge et la Gatineau coulent au sein des plus belles forêts de pin de la province, tant j)our l'étendue qu'elles embrassentque par la dimension et la valeur de leurs arbres. On y a trouvé, il n'y a pas plus de vingt ans encore, des pins qui mesuraient plus de dix-huit pieds de circonférence, à cinq pieds du sol. M. Lindsay Bussell, qui a été pendant de longues années géomètre du Canada, mentionne avoir mesuré lui-même, au pied du coteau sur lequel s'élève Tédifice des Chambres fédérales, des pins d'une circonférence de seize pieds et d'une hauteur de 180. 11 rapporte que sur un lot de 197 acres en superficie on avait coupé en

quatre ans 17,383 billots de pin, soit environ 88 billots de l'acre. Des espaces aussi fortement boisés que ceux-là étaient nombreux, assez récemment encore, dans une grande partie de FOutaouais supérieur ; mais vers la limite septentrionale de la région de sa croissance, là où il est entremêlé de bouleaux et de cyprès, le pin diminue et en dimension et en valeur.

Un fait curieux à signaler dans Thydrographie de cette partie de la province, c'est que la rivière Outaouais, ainsi que ses deux grands tributaires, la Gatineau et la Lièvre, la rivière St. Maurice et la rivière Saguenay, celle-ci sous le nom de Chamouchouan, prennent leurs sources toutes dans le voisinage les unes des autres. Ainsi, des sources de l'Outaouais aux sources extrêmes^ de la Gatineau l'on ne compte que 35 milles à peu près ; des sources de la Gatineau à celles du St. Maurice, on n'en compte que seize, tandis que des sources de l'Outaouais à celles de la Chamouchouan, on mesure tout au plus cinquante milles ; en sorte qu'il est facile de communiquer de Tune à l'autre des grandes vallées du nord, celle de l'Outaouais, celle du St. Maurice et celle du Saguenay, presque sans mettre pied à terre, si ce n'est pour faire les portages entre les lacs ou entre les différents cours d'eau qui se lient les uns aux autres par d'étroites bandes de terre, comme une longue ehatne d'anneaux liquides.

cha:pitre II

LEâ FORÊTS ET L'IHDUSTEIE FORESTIÈBE

A rextrémité orientale de la province 3e Québec, pïès de la frontière qui la sépare du 'Labrador, commence une étendue immense de forêts qui, à cause des essences et des -variétés pfaTticùlières tle'ses'bois, a reçu le nom de "-zone des forêts îauTentiennes." •Elle couvre comme une large' bande iesiiatrtes terres en bordure du golfe et du fleuve 'St. Laurent, ^srtir •une longueur de 650 milles. 'Parvenue att-dèssus du cap Tourmente, à environ vingt milles de ^ts5é- •l)ec, elle s'écarte du 'littoral ' (tt, pWngeant en timère des anrciens étâblisnements seigneuriaux, elle •déroxde les ondes* profondes de son feuillag^e todjoUTs • vett'jtisqu-à ce qu^elle atteigne la'rivièfe*(>utaOuâis, dans te voisinage de Gren ville. EHe côtôîie "Cette •rivière plus ou moins étroitement, et, pàrVénuê^'à «eflt 'toilles plus haut, elle la travierse et se développe ensuite sur -toute la partie d'Ontario 'ôitùée au

64 l'otjtaouais supérieur

nord et à Test dos lacs Huron et Supérieur ; puis, franchissant la frontière occidentale de cette province, elle s'étend à perte de vue au-delà, embrassant'dans son expansion infinie tout l'espace entre le lac Winnipeg et les grandes plaines siluriennes de k Baie d'Hudson, jusqu'à l'Océan Arctique.

La première section de cette vaste région forestière, que l'on peut appeler la section du Golfe, embrasse tout l'espace entre la frontière nord-ést de la province et le 68e degré de longitude ouest, ce qui représente une longueur de 320 milles en ligne directe et une superficie d'environ 32,000 milles carrés.

La deuxième section, partant d'une ligne tirée entre le 68e et le 69e degré de longitude ouest, s'étend jusqu'au lac Témiscamingue, à l'extrémité occidentale de la province, et couvre une étendue qui dépasse cent mille milles carrés. Elle embrasse trois grands territoires, celui du Saguenay, celui du St. Maurice et celui de l'Outaouais, ce dernier se subdivisant'lui-même en deux districts qui diffèrent remarquablement entre eux par la nature de leurs productions, le district jde l'Outaouais inférieur, et celui de rOutaouais supérieur. Nous les réunissons en un seul pour les fins du présent chapitre qui comprend un aperçu sur les forêts et la production forestière du territoire de l'Outaouais tout entier.

l'outaouais suiȎribur 66

L'industrie forestière est la plus importante et la plus considérable de toutes les industries canadiennes ; elle constitue, à la suite du commerce d'animaux et de leurs produits, le principal article d'exportation, tant du Dominion que de la province de Québec en particulier. En 1885, en effet, sur une exportation totale de $84,264,000 de produits bruts et fabriqués, de toute espèce, ceux de la forêt comptaient pour la somme de $22,374,000, c'est-à-dire, pour plus du quart; la province de Québec seule entrait dans ce montant pour neuf millions cent mille dollars, ou pour plus des deux cinquièmes. (1)

L'exploitation du bois des forêts canadiennes, d'une manière réellement productive, ne remonte guère qu'au commencement de ce siècle. Avant cette époque, il était impossible qu'une population

(1) La coupe et la préparation du bois de oommeroe occupent dans le « Dominion " environ 100,000 hommes, qui soatiennent des familles formant un grand total de 600,000 âmes, ou environ un neuvième de la population.

Dans tous les établissements industriels du Canada, $165,000,000 représentent Je capital placé dans les scieries. Plus de $26,000,000 sont placées dans les machines.

66r l\>q^a.ouais supêï(îbur

d'une centaine de mille âmes, pauvre et clairsemée sur une vaste étendue, pût seulement songer à une industrie qui exige Temploi de tant de bras et des capitaux considérables pour devenir l'objet d'un^ sgéQ\il^ftçi %Yaftta8g5ttse. C'est k. U, suiiei daj3,gfljçn|es dq. premier çiPepi;», et. di; blocus. canti»e.uJtoAq,vw. Nftpo^^oR fty8.it. imposé à tous lea pprt3, (Je l'EiïJope^ pqttP;ei^,cbftaôer le^ Qowmerce de-, la. Gxa»ade Bretagoe», q^i^e J'pi|,QP»n^qnç^.i.s'occu;per sémeueement de. l'explpitation dô' no9. forêfe

Lô« e^mmeisçants dfe bois de la métropole touïnèreab leur attention vers^ les colonies dlB F Amérique BcitaBfiique efr cençuî«ent le projet de venir cherebe» chez* Bou» le bois que ko flottes françaises les em^êr^ oikBienb d'importer des pays de l'Europe septentrion nal0.

l^itipoïta^ipu. du b(Hs.. de. nos forêts, saf Usiita d^^ofid». ou à peu pa^èft, à des en vois, datia le^Boyau^ nî^Usâ et. daûs \m Indes OecidentâLles^. Ge &.it étêitt d^kXmm^nm quantité de bois exportée, (les diffî^. rents Etats de l'Union Américaine. Depuis- oetto époque; un grand changement s'est produit. Les territoires dû nord- ouest des Etats-Unis, qui couvraient de grandes forêts de pin, vinrent à se défriqher et à,se... déboise^ ;,e^C(?mme la. aonso.mmation,.daus.riufcérie!^r di^^î^^i tîfiji^i4iÊoi.]»s deveivoB. dapuid. des- EAats,. aMa«&^ augmenté dans une proportion égale, onfutobli^

L'OUTàOUAIS StnPÊRlEUR 6Î

de recourir à nos commerçants de bois canadiens qui firent dès lors avec succès concurrence aux commerçantà de l'Ouest.

En 1850, on exportait déjà pour TAngleterrev- 1,052>817 tonnes de bois.

Eé en- 1859, 1,249,000" tonnes.

Aujourd'hui notre exportation de bois aux Etats- Unis est presque égale à celle que nous faisons èi^ Angleterre. Le rapport de l'année fiscale se terminant au 30 juin 1885 établit que la valeur du boia^ e;çpédié au Royaume-Uni s'est élevée à $9,577,578».. ' tandis quw celle du bois exporté aux Etats-Ûijiô.' a été de $9,355,736. L'exportation de nos bois aux Indes Occidentales et dans l'Amérique du Sud a suivi de même une progression ascendante, quoique sur une échelle plus petite. Le tableau suivant,, tiré du rapport de 1878, fera voir quels sont le» naarchésde notre bois à l'extérieur, dans quelles proportions nous en faisions alors l'expédi tion. à. chacun^ d'eux respectivement, et combien ces proportions onj, été modifiées depuis.

Angleterre $13,586,410

Teireneuve 120,407

Indes, possessions anglaises 320,609

" " espagnoles 145,561

françaises 17,498

Indes, possessions danoises 3,002

allemandes 4,039

Haïti 10,992

Guyane 34,524

St. Pierre Miquelon 21,724

Amérique du Sud 218,140

France 330,968

Allemagne 23,415

Espagne 38,003

Etats-Unis 4,739,747

Portugal 51,758

Italie- 3,719

Belgique 49,998

Hollande 42,150

Chine 93,279

Madère 10,304

Gibraltar 3,179

Iles Canaries 2,059

Afrique 42.800'

Australie 174,893

Iles Sandwich 21,839

IlesFalkland 3,808

l'outaouajs supérieur 69

Un fait digne de remarque, c'est la diminution conétante de la quantité de bois brut exporté en Angleterre, et l'augmentation tout aussi suivie de l'exportation du bois scié ou manufacturé. On ne voit plu3 aujourd'hui ces grands et pittoresques trains de bois, formés de troncs d'arbres équarris, communément appelés plançons, qui autrefois sillonnaient nos rivières. Le bois carré est d'une exploitation dispendieuse, parce qu'on le transporte difficilement, et qu'il faut sacrifier, pour chaque pièce obtenue» l'aubelle et la tête de l'arbre. On estimd cette perte à un quart de la valeur de l'arbre ; on en a fait le calcul dans Ontario et l'on a reconu'i qu'elle s'était élevée, de 1867 à 1877, à $3,577,500. Le bois carré doit en outre être choisi avec le plus grand soin, être presque parfaitement droit et exempt de nœuds, de fissures et de tout autre défaut. Il doit être taillé parf litenient droit et avoir la même épaisseur d'un bout à l'autre, une légère différence entre les deux bouts seulement étant permise ; voilà pourquoi de magnifiques pièces de bois out été souvent 'laissées sur lo terrain parce qu elles n'étaient pas d'une grosseur absolument uniforme. On ne peut pour

faire des plançous, abittre des arbres de moîn? de

soixante pieds de long, à partir de trente pouces de la

souche ; et comme la plupart des gros arbres de nos

forêts sont aujourd'hui abattus, on ne saurait donc

être surpris de la disparition lapide des trains de

/bQÎs, ^ de ce que les çon^easâonni^'^s '4e • •coupes

Utilisei^t jusqu'à la dernière limite la matière :f>i:e-

jiniàre.et tirent profit 4e toutesles.pauties.irrègMlières

.de r,arbre, des. croûtes, etc.,. etc., = qu'ils veoient pour

4^ Uâagefs grossiers ou wême pcwir la coeabustion.

.C.ependantil desoeuji encore qudques rares ..^ains

de bpJLs de la rivière 4es Qainze, da^s l'Owtaosais

..^jipérieur ; mais de la région du: lac Nipissingue,.Au

ipontmire, le.lopg delà ligue du Pacifique, dans la

proyÎQce 4'Ontario, il ^n.^st .4ft3Gendu cptte année

.^ingtroijiq à trente:; c'est qn^, dans cette r^ion, le

,pin est encore vierge et la forêt touffue;. aussi les

-waôrchands de bois d'Ontario paient.ils;des prix jexpr-

. bizuts pour y obtenir des eooce^sioïia.

A la date du 30 juin 1886, les statistiques officielles évaluaient rétendue des concessions de coupe de bôîs faites par le gouvernement à 47,176 milles ou 30,178,650 acres carrés, pour toute la province, ^a part de la rive nord seule comprenait 41;244 xniHes ou 26,396,693 acres carrés. Ces concessions s'étendent depuis le lac Témiscamingue jusqu^à la rivière Marguerite, dans le comté de Saguenay.

l'ouïàouais supérieur 71

Dans VO ataouais supérieur sealetn 3Qt, Uétealae des concessions de bois était de 18,628 milles carrés, sur lesquels 18,535 ou 99 J pour cent sont boisésen pin ; 93 milles carrés seulement, ou une fraction insignifiante, sont boisés en épinette. Dans TOutaouais inférieur, l'étendue des concessions était de 6,348 milles carrés, sur lesquels 5,350, ou 85 pour cent boisés en pin, et 889 milles boisés en épinette.

On calcule que, pendant les treize années qui se sont écoulées de 1867 à 1880, les primes, les rentes foncières et les droits de coupe payés au gouvernement, pour Texploitation des forêts dans le territoire de rOutaouais, ont rapporté au trésor public la somme relativement énorme de $3.338,087, c'est-à-dire trois fois plus que n'ont rapporté tous les autres territoires réunis de la rive nord du St. Laurent. (1)

Dans le cours de l'année 1885-86, le département des terres publiques percevait un revenu de $528,575 provenant de l'exploitation des forêts; sur ce montant, il retirait de la région de l'Outaouais seule $387,492.

En 1884-85, il s'était fait dans toute la province 2,187,098 billots de pin blanc et 1,038,957 billots

(1) La ** -pTime " ou bonus eat une taxe de vente d'un dollar par mille carré payée au gouvernement à chaque transfert d'une concession de coupe de bois.

La rente foncière consiste en deux dollars par mille carré payés au gouvemement, outra le di'oit de coupe.

7^2 L'ptJTAOUAIS STOÊBJJSPïl

d'épinette ; là-dessus, VOutaouais supérieur et inférieur avait fourni ],,608,281 billots des premiers et 91,250 billots des seconds.

En 1885-8.6,r0.i3i.taouais produisit 1,783,522 ibiJJotfl de pi» .Warc, ce <qui Mt ^^^u-delà de 400 millions 4e pieds .et 100,583 billots d'épiuette, oe qm donne and^à de 20 HÛlUons de pieds.

L'a»aée dernière «nfin, on a eirt>imé à tplus de &Ô9 millions de pieds la quantité de bois abatta mir rOutaouais et ses tributaires, ^«Irje 350,000 pi«ds de bois carré. (1)

-i^y II » été HîOBsttrté qne 1«8 marchands de bois d^ttawa emplÂf lit Auxckat iF^té^ :à <kit»:sei»neâ 4m <i3iaiidièses, pràa^ -^,000 e^ dm^iit riuver, daus i^ «Hatieis, en^yjûeciià .3^300 bdniiaw.

ÊUtês^ur Vinêètstrie et ht ooneovMMiMfm du 'his, La longueur totole .des Êhemiiis de fer ik» l&taAsAJms était de 157,615 milles en 1886, et 12,000 milles ont dû être constraits^a

Xiaqna&tèté â>e bois néceseaire pour les dormants, ies ponta, les stations ef^t .énorme.

Plabordj la longnenr des voies conal^aites est d^B beajaconp f^his considérable que cetle marquée pour chaque ligne.

'On évalue à 137,660 milles la longueur des voies construites.

En «oéttast 2,^40 liormanta par mille, le nombre total serait de 495 millions de dormants.

t^hà^Ue dorùiant etige en moyenne B pieds cubes de bois ; àlorlByle total de bots aiusi employé serait de It 485, 000^000 pieds cubes.

'11 ett difficile de calculer la quantité employée pour les ponta^

L'OfUTAOUAIS supêriî:ur 7S

Depuis des siècles dëjà, Thomme a reconnu la lektion intime qui existe entre les forêt» et le» pluies ; depuis des siècles, on a constaté q=»e la destruction des forêts amenait la sécheresse et finalement la stérilité du sol ; les Grecs le savaient bien, eux qui regardaient comme un crime d'abattre les oliviers en pays ennemi. Ce ne sont pas les forêts qui produisent les pluies ; c'est bien au contraire la pluie qui produit les forêts ; mais celles-ci jouent dans la nature un tel rôle comme régulatrices et distributrices

ohevaleta et culées ; 2,000 pioda par mille semblent une bo&ne moyenne.

Le total, à ce compte, serait de 875 millions de piedy cubes.

Les poteaux de télégraphe sont au nombre de 80 par mille, soit en tout 6 miliions. A une moyenne de 10 pieds cubes par poteau, cela fait encore 50 millions de pieds.

Mois pour chaque pied cube de bois prêt à être employé, il fttut 1 pied et 2^3 de bois rond.

Ainsi le total du bois brut employé est de 8,150,000,000 de pieds cubes.

des eaux de pluie qu'elles deviennent, aux yeux de l'économiste, bien plus importantes comme agent physique, bien autrement précieuses pour la richesse publique qu'à ne les considérer qu'rui leur qualité de simple matière exploitable par l'industrie et le commerce. Que la pluie produise les forêts, c'est ce dont on peut se rendre aisément compte par la position relative des forêts et df'S pluies dans l'Amérique du Nord, Ce qu'on appelle la région de l'Atlantique, c'est-à-dire la '})artie orientale du continent américain, reçoit tous les

Il est impossible de se figurer ce que représente ce chiffre.

La durée d'un dorinaut ou traverse est de près de 7 ans et celle du bois employé dans les construoiious de 10 ans.

Pour entretenir les voies actuelles, il faut 70,714,286 dormants nouveaux par an ; en ajoutant la quantité quL «st nécessaire pour entretenir hs ponts nuijuellem''nt, on arrive à 255 niillons de pieds cubes.

Si l'on évalue à 5,000 milles la longueur des nouveaux chemins qui se consli-uiscnt tous les ans, il faudra encore 13,200,000 nou. yeaux dormants et 10 millioi s de pieds de Ifois pour pont?, cheva lets, stations.

En somme, la consommation annuelle est de 305,712,858 pieds cubes.

11 faut, pour satisfaire à ces besoins, tout le bois employable de 206,847 acres de terres bien boisées, j»ar année, en admettant que chaque acre fournisse 300. dormants. '

A une pareille consommation, il n'y a pas de doute que, quelque

ans une abondante quantité de pluie ; aussi était-elle couverte, à Torigine de l'émigration européenne, d'une épaisse et vaste forêt de pins et d'épinettes qui s'étendait, à partir du La,brador, sur le Canada tout entier» sur les. îjtats de la Nouvelle- Angleterre et sur la portion septentrionale de celui de New- York ; elle entourait les grands lacs et se développait large;aient vers l'ouest jusqu'à la rencoijtre de l'aride plateau arrosé pi^r la Saskalchewan et la rivière Bouge du Nord. Une autre forêt de pins, formant une ceinture d'au plus deux cents miUes de largeur, cquvrait

graudes que puissent être les ressources, il doit arriver un johf où eWen 8'épuH:eroi)t.

Aux Etats-Unis, ce moment app/oche, et déjà les compagnies sont obligées de recourir aux moyens, de oonserration usité» eu Euiope.

La demande de bois pour les chemins de fer aux Etats-Unis efi^ si conKidi'rable qu'on y est déjà obligé djs, reboiser d* va8t«» étendues de pays. Cette dépense exige prà& d». l&,0X^^0.0Clb4'acBaaiie terrt's e;> foret pour fo^uir le^ doicmautit néspisi^i.reph au^. vkjBf^r tions des voies ferrées. N'est pa8^' om|)nsd,ans oe;e$tj^eul ^.b^.4^f)ftte> saire à la construoiion des wagpn^, ni. le bo^ de o^^lla^dç^tiféi^ suf plusieurs lignes.; cela augmeute, na^urelleoc^çnt l^.sji| ef^s^.ét^ telff^^^ forestiers i;.dispei^8able9 aux besoins toujours, crois^t^. des chemins de fer chez nos voisins.

le littoral du sud, depuis la côte de la Virginie jusqu'à la rivière Brazos, dans le Texas. ' A Touest du Mississipi, cette même forêt, prodigieusement élargie, envahissait tout TArkansas et le Missouri oriental. Outre la grande forêt de pins et d'épinettes du nord et la forêt de pins qui ceinturait le littoral du sud et le golfe du Mexique, il y avait une autre forêt, mais d'arbres à larges feuilles, d'une dimension énorme et d'une valeur incalculable, qui occupait tout l'espace entre la Nouvelle- Angleterre et la Virginie, inondait le versant des Apalaches et ne s'arrêtait que dans le bassin du Mississipi. Ces trois grandes forêts réunies formaient de qu'on appelait la " région forestière de l'Atlantique." A l'ouest de cette région, les pluies ne tombant qu'en faible quantité n'alimentaient plus les forêts, et Ton ne voyait que le désert et les longues plaines nues du Nord-Ouest déployées comme un linceul, jusqu'aux premiers contreforts des montagnes Rocheuses. -

Quejeste-t-il aujourd'hui de la prolifique et merveilleuse région forestière de l'Atlantique? On l'a . frappée, on l'a dévastée avec acharnement, uon pas seulement pour étendre le domaine agricole de l'homme, mais pour la livrer à . une exploitation effrénée, sans règle et sans ^limite, comme si le feu, le plus grand ennemi des forêts, n'en faisait pas encore

l'outa-ouais supérieur 77

assez pour Iciur destruction. (1) On a fait disparaître les bois en grande partie, d'une main impitoyable, aveuglément, sottement, sans rien calculer, sans rien , prévoir, et Ton a porté par ce vandalisme un couj) funeste à Tune des plus grandes richesses naturelles du continent. Le piu de la Nouvelle-Angleterre et de TEtat de New- York n'existe plus; la Pennsylvanie, qui croyait le sien inépuisable, en a été dépouillée. Les grandes pinières des Etats du Nord-Ouest, du Michigan, du Wisconsin et du Minnesota, n'offrent plus que des restes éjars des nobles forêts qui ont fait leur prospérité première, et que l'intt^rêt bien entendu, même le plus élémentaire, n'a pu sauver d'une destruction à jamais irrémédiable. Ce qui est vrai des pinières des Etats du Nord- Ouest l'est égalelement des forêts de pin du Canada moins précieuses et moins productives. Mais ce n'est pas à la simple destruction de la forêt que s'arrête le mal ; ce qui résulte de cette lestruction est peut-être vingt fois pis encore.

(1) La perte annuelle causée par les iiiceudies s'élève à plus de $5,000,000 pour In vallée de l'Outaouais seulement, et quand on songe q\i*il faut 150 ans à un pin peur attehidie sa complète maturité, on comprend toute l'étendue de cette perte.

78 L^OUTÂOUÀIS SUPÉRIBUR

Les be«oias du commerce moderne, avec la multiplicité illimitée des indastriess ai des communicatons, sont incommensurables, effrayants ; c*est un torrent qui emporte tout sur son passage. On reste stupéfait à la v«ie de l'énorme dévastation qu'il faut porter au sein de nos forêts pour alimenter des industries sans cesse grandissant et croissant en nombre ; on Test encore davantage en songeant à ce que cette dévastation aveugle, furieuse, va apporter de désastres, de calamités aux régions agricoles, de modifications funestes dans les conditions atmosphériques et climatériques. Mais c'est en vain (jue l'attention des législateurs a été appelée de temps à autre par les avertissements de ceux qui étudient les questions économiques, en dehors des entraînements de la spéculation, sur cette question, peut-être la plus importante de toutes. On peut détruire impunément une constitution, renverser les lois et les conditions politiques, œuvres changeantes, mais quand on détruit un des éléments vitaux de la fortune publique, c'est

pour toujours, et l'on ne peut le remplacer qu'en créant des ressources nouvelles, beaucoup plus coûteuses et moins à la portée générale. (1)

(1) " On peut constater des signes manifestes d'épuisement dans les iùhes forestières de TOutaouais, du Saint-Maurice et du Sag«enay. En 1882, l*hon. M. Joly disait que, dès ce temps-là, il restait peu de forêts intactes dans ces vastes légions. Le bûcheron avait depuis longtemps atteint la ligne de faîte de tous les grands tributaires de TOutaouais, de la rivière Rouge, de la rivière du Lièvi* et de la Gatineau. Ce doit être à cette destruction plus qu'irréfléchie qu'il faut attribuer rencombremeut graduel du lit de l'Outaouais et de la Gatineau, les crues d'eau qui ont, dans ces dernières années, fait tant de dégâts sur le parcours du Saint- Lau- ''eiit, et la décroissance marquée du rendement des tenues, faute d'un humus suffisant. Tous les suvants s'accordent à couclui-e de cette façon. Nous avous à ce sujet d'irréfutables démonstrations du professeur fiough, du département des Forêts aux Etat-Unis ; de B. W. Philipps, commissaire des Forêts pour le gouvernement d'Ontario, et de nombre d'auteurs que nous avons consultés. " (UEUcteur du 2 août 1888).

En 1Ô81, il a été abattu, paraît-il, dauH la province de Québec, 22,274,284 arbres, pour le crmmerce d'exportation. Si Ton compte 50 irbres à l'arpent, cela représente 445,428 aii)ents dénudés dans uâe ^eule année.

Le dé&icfaement des forêts a été conduit avec une imprévoyance désastreuse ; il a é{misé rapidement les réserves que la nature a mis ^s sièeleis à produire et qu'on ne s'est pas soucié de reconstituer. Les beaux bois de construction et de mâture sont devenus aussi rares sur le sol forestier que les < ultures d blé dans les anciennes paroisses. Les flancs des Laurentides se sont dénudés, et

Sait-on bien de quelle valeur énorme sont les forêts, uniquement au point 'de vue de la distribution des eaux de pluie, sans lesquelles toute végétation est impossible ? " Ce n'est pas, écrivait dernièrement le professeur Sargent, dans la - North American Review, ce n'est pas seulement comme une collection d'arbres à abattre et à mettre en madriers qu'il faut

par suite, le climat, le régime des eaux et l'agiiculture ont soufifert ■proporiioiinellemeut. 11 laut déjà s'éloigner à trois cents milles de la capitale fédérale poiirirouvei de beaux bois de mâture ; ajoutons que les incendies, causes le jilus souvent par l'impmdence des bû~ cherous, contribuent encore à étendre la destruction. 11 est dono grand lemps que le gouverucmeut s'occupe, avec une énergie inconnue ju qu'ici, de dévelo})per la colouis.ition sans cpargueet sans restriciiu.iy et cela au piotit même de Tindusirie forestière, dont elle écartera de nombreux dangers, tout en lui laissant encore un champ sans limites.

Jusqu'à présent, ce n'est pas une industiie intelligente que bon nombre de marchands de bois ont exercée, mais de la dévastc^tion forestière, un véritable saccagement, une extermination aveugle, brutale, fiiri» use, des pi us l)elles essences de bois qui existent au monde. Une industrie qui aurait pu tourner au profit de la province et l'enrichir de faç m à lui permettre d'accomplir de grands travaux publics sans s'endetter, a laiili tourner à sa mine complète, ou, du moins, l'a énormément retardée dans sa croissance, dans la voie du progrès, si impérieusement commandé aux jeunes peuples qui veulent se maintenir, toute proportion; gardée, au niveau des . autres.

On a cru jusqu'à présent qu'il y avait un antagonisme nécessaire.

L^OUTAOTTAIS SUPÉRIEUR 81

considérer les forêts ; sans doute, au seul point de vue des profits qu'on en retire, elles valent bien tous les soins et toute la protection qu'il est possible de leur accorder, car elles fournissLiit annuellement pour près de $450,000,000 de matière brute, et de l'emploi directenpient ou indirectement, à près de 500,000 hommes.

fatal, entie le défricheur et le marchand de bois, et ou les a codstammeut opposés Tuu à Tautre, parce qu'il était d'usage d'en user ainsi, et parce que la routine, qui commande aux idéCs comme aux pratiques dans notre pays, le voulait de la sorte. Mais rien n'est pins ii^uste, ni plus déraisonnable. Les droits du défricheur sont» à coup fiûr, en opposition directe avec les intérêts des ** vandales " de la forêt, de ces destructeurs acharnés des plus riches et des plus productives régions de la province, mais ils ne sont pas en opposition avec une industrie sérieuse, honnête, réglée, qui ne s'exerce pas à la condition de ruiner tout un pays pour s'alimenter et se satisfaire.

' L'industrie forestière, que Ton a toujours regardée comme indépendante de la colonisation, qu'on croit même encore lui être hostile, a non seulement dés i-apports intimes avec elle, mais lui est même subordonnée. C'est par l'extension de la colonisation qu'on arrivera à régler Texploltation forestière, à la rendre fruc* tnense et profitable, au lieu, de la laisser n'être qu'une pure dévastation, qu'un véritable brigandage, comme elle l'est atgourd'hui. Pins d'nn commerçant de bois éclairé sur les véritables intérêts et sur l'avenir de l'iudustrin qu'il exploite, reconnaît aujourd'hui cette vérité et n'hésite pas à la proclamer. Le colou; loin d'être pour lui un ennemi traditionnel, ou du moins un obstacle, lui est un secours précieux. 11 le diapcu.se, ou L'U'ut, ^l'i-uLielciir oeb friaie.:i ti.b[<eiidieuses, qui sont nécessaires dans toutes ies grandes exploitations forestières, pour alimenter sur place des armées de bûcherons. U le

82 l'outaouats supérieur

Mais la véritable valeur des foiêts, ce qui leur donne un juste droit à notre considération, ce n'est pas autant leur capacité productive, quelque grande qu'elle puisse être, que le pouvoir qu'elles ont de protéger la surface du sol, de légler le cours des rivières, de modifier la température et de retenir» d'emmagasiner les eaux de pluie qui tombent. Elles empêchent l'eau de s'écouler trop rapidi&m^nt 3«ir la surface de la terre ; elles nourrissent les sources, eltes retardent la fonte des neiges,, elles restreigne.ût. l'iév% por&tiou et uiaintienuent l'égalité da tecD^^^sii^JËK^ elles tempèrent la violence des vents de9tr*K5te«M, enfin elles retiennent le sol sur le penchant des mon.-.

dispense de tenir et de conserver un ouliU ge ruineux, en mpprochaiit de lui les produits indispensïibleij ^ ^f^ tra.y^M;ç^ e.ft <UaHiiuaiit leur va.eur de plus de la iiioitié, en pj^aiç^it. i^^.ifs 9(^ q^j^.i;^^ travailleur à bon niar hé pour l'abattage des. a, bi;vg,L p9Ur réj^^Uj^-. ri ssage et le transport des billots., pour l^i ii)^i;i^taçfcmr« .u\êW^ 4>i; hois, lorsqu'il y a des moulins sur les li«iix, tou^ea. cjkpôgs . qHif . coûieut énoriiiém.ent cher, quaijd il fafli.^ faire venir d/^ Iç^iQ,. 4^ ceutfiines d'hom'ues et tous les artiqlee de consQja^iîiation^ . qy/,W.jR , grande ferme au sein des bojs est i^sufllaant^' à.p^A<i,W«^

On voit donc qu'il y a corrélation intime entre la colonisation et l'exploitation forestière, au lieu d'antagonisme on d hostilité natnpalle. Il y a plus ; il y a réglementation et équilibi^ment de Tune par l'autre, ce qui tourne au profit du public et ce ijui a sure 1% conservation de nos forêts, tout en développant sans limite le do-' maine cultivé.

tagnès escarpées et TempêcheDl de se précipiter au fond des vallées, entraînant avec lui toute la matière organique qui en fait la richesse."

C'est pour avoir oublié ces lois de Téconomie physique du globe, que TOhio se voit exposé, depuis un quart de siècle, à d'épouvantables calamités qui ravagent périodiquement son sol, comblé d'ailleurs de tous les dons de la nature. Il possédait naguère d'immenses richesses rien qu'en noyers, qui couvraient presque toute la surface de son territoire. Il a commis la folie de les considérer comme un embarras et il les a abattus violemment, sans règle, sans méthode. Pressé de jouir, il a voulu recueillir vite le fruit de la vente de ses arbres, et il a expédié le tout de l'autre côté de l'Atlantique, Il est maintenant dénudé ; diflBcilement trouverait-on sur son sol un arbre de remarquable dimension. De 1853 à 1870, il a coupé quatre millions cinq cent mille acres de bois de charpente, la moitié du territoire de l'Etat.

11 ne faudrait pas moins de deux cents ans pour rétablir les choses dans la situation où elles étaient avant ces sauvages destructions. Il eût été si facile, si sage, au point de vue de Tîntérêt bien entendu du pays, de s'en faire une source de revenus à la fois certains, réguliers, abondants !

Ce n'est pas là la seule calamité qui afflige l'Ohio;

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il y a de» rivières qui ont diminué de volume, d'autee* qui sont entièrement taries. Les forêts n'arrêtât plus récoulement des eaux, aux époques de grandes pluies, elles se précipitent avec une rapidité effrayante vers Tartère principale, qui gonfle outre mesure et occasionne souvent de désastreuses inondations.

On se rappelle les catastrophes épouvantables cbat le nord-ouest des Etats-Uni» a été la victime, il y a quelques années à peine, par le défaordem^t des rivières qui se déversent dans la vallée du Missiasipi. L'Ohio et ses afluents étaient sortis de le«Ja Uts et atteiguaitnt des hauteurs inconBues de méfiioire d'homme. Non seulement des centaines de milles étaient submergés, les campagnes dévastées^ des viL* lages détruits, des bestiaux noyés et <^s populations cernées sur des points isolé» où il était extiêmement difiScile et dfingereux de leur poirter secours^ mais encore des villes considérables étaient désolées par un fléau tel qu'elles n'en avaient jamais vu. A Cincinnati, la rivière avait monté de soixante pieds audessus de son niveau normal; vingt mille personnes étaient sans asile, dix mille à Louisville, où trois mille maisons étaient abandonnées, et de même, dans des proportions pareilles sur tous les pointa accessibles. Les eaux du Mississipi, incessamment accrues par des pluies torrentielles qui accéléraient la fonte d'immenses entassements de neige suspendus aux

l'oittaouais supérieur 85

fiança des montagnes, semblaient attendre le moment da décharger leurs torrents» par ces vomitoires élargisi» sur lèB campagnes à peine asséchées des demiètes inondations. (2) A la vue de ce navrant et terrible spectacle eit sous Vempire des émotions douloureuses qu'il en ressentait, un économiste américain n'a pu s'empêcher de s'écrier :

« Ia cause de ces iucomparables calamités, aggravées d'année en année, est dans le déboisement des montagnes et des coUiueB de l'Etat de New- York, de la Pensj^lvanie et de la Virginie occidentale, d'où découlent les eaux amères de l'Ohio. Le8 belles et paissantes forêts dont la nature a doté cette région, tombent sous la co^ée avec une rapidité effrayante et auront bientôt disparu, laissant le roc deuudé là où nagi ère encore des solitudes impénérables éta.ent couvertes de ricliesseb forestières i^ue l'ou aurait cmiM inépaiiableB.

** Tout le mcmde ciyilisé a fait cette funeste expérience, et elle n'a pB» laôudié l'Âmériqae, où elle se renouvelle en ce moment din» des proportioDs qu'elle n'a jamais atteintes nulle part ailleuTB. IMetr sait les calamités que présage cette coupable imprévoyance, que les avertissements répétés depuis plusieurs années n'ont pas guérie : il est grandement temps qu'on y songe. Mais ce n'est pas seulement en prévision des désastres cansi-s par Tin-uption des eaux se précipitant sans frein des montagnes dans les vallées, qu'il im|Kir*e d'ai'rêter ce vandalisme de^ittructeur ; les giands bois sont iai par eux-mêmes d'une nécessité absolue ; Ils constituent un des

(8) L'année deroièore encore, le Mississipi déborda avec ta&l de force que ses flots envahirent des centaines de mille acres et i^enacèrent les moissons d'une destruction totale. On compta par milliom de dolfan Tes dommages causés dès le début de la catastrophe.

86 l'outaouais supékieub

éléments indispensables kg l'accroissement rapide de la population de ce conliueiit. 11 n'y a pas de pays au monde où le bois joue nii rôle plus considérable dans le développement de la grandeur et de la puissance nationale. La preuve, c'est que la coni^ommatiou des bois de charpt-ute t-mployés daus la construcliou des bâtiments et dans les mille usages de la vie" ou de l'industrie, a augUienté de cinquante pour cent en dix ans, de 1870 h 1880. ..On ne se ligure pas géuéialement sur quelle échelle s'accc-mplit la dévastation, et ou est disposé à souriie, quand on entend dire que, dans quelques auntes, lea incommensurables forêts du nouveau monde auront disparu. Rien n'est plus viai cependant. Il est positif, d'après les calculs les plus {>récis, qu'au train dont vont les abattages, sans tenir compte de .'accroissement de vitesse suivant lequel ils procèdent, huit années suffiront pour dépouiller entièrement le noid des Ltats-Unis du [au blanc et de res^èee dite spruce, qui sont les essencss composant la grande masse de l'approvisionnement indispensable aux usages de première nécessi é.

** Fasse encore si la ])rodiiction indigène pouvait être remplacée par l'importation étrangère ; mais cela est impossible pour deux raisons. La première, c'est qu'il eii coûterait trop d'argent ; la seconde, c'est qu'où ne trouverait l\ qui valent dans aucuu pays du monde. La valeur du bois actuellement tiré du nord des Etats- Unis excède 200 millions de dollars par an, et elle augmente tous les jours. Or, c'est être très modéré de supposer que le même bois impoité reviendrait à jlns du double.

** L'Angleterre, qui possède du ôbarbon h bon marché, et -qui, •7ec la main trœiivre moins chère qu'en ce pays, peut s'approvi- , ionner aisément dai s ïe nord de l'Europe, dépense annuellement ^100,000,000 pour se procurer les bois dont elle a besoin. "

Le Maine fournissait autrefois la plus grande partie du bois de char^jente aux Etats-Unis ; de ses ports, jusqu'en 1843, étaient parties les plus fortes cargai-

L'OttAOtJAIS SUPÊEIKtTîl 87

sons de boîs pour TEurope. Depuis 1872, la production n'a cessé de décroître. En cinquante ans, le Maine s'est dépouillé de ses forêts. De même Port- Deposit, à Tembouchure de la Susquehanna, était un excellent centre de distribution des produits de la fofêft dans les Etats de l'Est ; aujourd'hui Pott-Deposit n'existe plus comme marché de bois et tout Tapprovisionnement de cette région se fait seulement dans cinq comtés voisins. La région de l'AUéghany, autrefois riche en bois, le fait aujpurd'hui venir du nord et de l'ouest. L'Etat de New- York a cessé d'être un facteur de la production, et n'a plus de perspective d'afiKQtUf qu^du côté du MichigaA et du Canada. I>es ï^lftmeâL de l'Ouest vont avoif besoin dt plus^daboia. q^ twte la région de l'Est n'en a jamaïUi demandai A^ar(f iMii le Michigan approvisioane l'Est ausai h)^9Ê que l'Ouest» mais le jour est proehe^ où le boia ofidinaire se vendra aussi cher à Chicago qu'à Albatt.7, Le Michigan a une étendue de 96,000 milles casiés> coa^enant 10,000,000 d'acres boisés plus, ou moins eu piB& he Minnesota a 83,500 milles carsés et peutêtoe peut^on compter là-dessua 54^760,000 ac^es eo f»èls; tout le reste de ce vaste Etat n'est qa'unA pttorie nite. Le Montana, avec ses 92^0L6,.O0O acres, san» arbresi» et Les autres vastes territoire^ de l'Ouest qui »'ét»hlisseDt, où s'approvisioaneront^ils ? On u bien mésestimé sans doute la quantité de pin qui

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resté encore en Amérique, et elle durera probable* ment plus longtemps qu'on ne le croit, mais avec la multiplicité des chemins de fer qui précipite la consommation de ce bois et les facilités qui existent pour le transporter dans toutes les directions, combien sera-t-on de temps encore sans l'épuiser ? On a dit que le Canada approvisionnerait les EtatSrUnis, mais il y a aussi une limite à la production canadienne.

C*est au mois de mlirs 1799, que le premier arbre fut abattu le long de la rivière Outaouais. Depuis lors, on a i étiré de la région arrosée par elle plus de neuf milliards de pieds de bois. Aujourd'hui l'abattage a atteint la partie supérieure de cette région, dont on connaît exactement les possibilités pour un temps déterminé. On peut dire qu'elle produira jusqu'à cent cinquante millions de pieds de bois par année pendant cinquante ans encore ; mais en plusieurs endroits, on a atteint déjà le terme de la production. Une chose certaine, c'est que les produits de la forêt, à l'est du lac Huron, vont se diriger de plus en plus, sur les chemins de fer canadiens, vers les régions de l'Ouest, dont les besoins excéderont uu jour tout ce que le Canada peut fournir.

L'OUTAOUAIS SUPÉRIEUK 89

Et maintenant, quelle conclusion tirerons-nous de tous les faits que nous venons de présenter au lecteur ? Cette conclusion s'impose d'elle-mêm(\ c'est qu'il faut absolument rëgulariser l'exploitai iun du bois de nos forêts, si nous ne voulons pas que, d'une source de richesse qu'elle est aujourd'hui, elle devienne avant longtemps une source de ruine.

Prenons exemple sur l'Europe, où l'on se rend compte de la valeur des ])roduits de la terre ; là on n'abat que pour replanter; là on se fait des bois un revenu rég^ilier, comme en Amérique, les fermiers et les planteurs de la culture des grains et du coton.

Les terres boisées s'y exploitent exactement comme des champs de blé ou d'avoine; elles sont aménagées au- point de vue de la coupe annuelle,- et cette coupe a des lois inflexibles dont on ne s'écarte jamais, afin de tirer profit des forêts au lieu de les détruire. Ou choisit chaque année les arbres que l'on peut abattre, afin de permettre aux autres de parvenir à pleine maturité ; et si les pays d'Europe trouvent, dans la coupe réglementée, une foule d'avantages lucratifs, que n'en serait-il pas de notre propre pays, où les mêmes essences de bois poussent avec une rapidité prodigieuse ? Tel arbre qui met en France cinquante, cent ans à croître,- à atteindre la grosseur voulue, ce que dans le langaga forestier on appelle le plein âge, arrive chez nous à^maturité en moitié moins de

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temps. La qualité ici en est supérieure et le gtùn d'une extrême finesse.

De quels revenus ne nous privons»nou8 pas ^eii négligeant d'exploiter nos forêts d'une &çoii e^Bve* nable, en ne travaillant pas à les aménager oomme ^om le fait en Europe ! La Prusse, l'Allemagne, la Fraiiee, l'Iitalie, l'Autriche, à force d'adresse, sont parvenues à maintenir chez elles de belles forêts, qui leur four^ Bissent de précieuses ressources et leur permettent de ne payer qu'un demi-tribut à l'étranger. Letfie teiYes, &i admirablement boissées, le sont par ki main de l'homme. Il n'y a pas, dans le vieux monde, une seule forêt vierge, mais tout y a été si admirablement réglé, qu'après des siècles d'exploitation, ces pays peuvent encore, en grande partie du moins, se sufi&re à eux-mêmes. Quand on réfléchit qu'il y a en Europe des essences dont le prix varie de $14 à $25 la corde, on se demande comment nous ne profitons pas de la situation privilégiée qui nous est faite !

Il faut donc absolument régler la coupe du bois. Avec des coupes bien conduites, ou obtient tout autant et même plus de résultats lucratifs que par une destruction sans discernement. Le tort incalculable que nous avons eu a été de livrer la forêt au commerçant, sans conditions d'aménagement et de reboisement ; mais, d'un autre côté, et ici enoore

on verra combien la colonisation est indispensable à la conservation de nos forêts, c'est qu'il eût été impossible d'imposer et de faire exécuter de i)areille8 conditions dans des parties du pays encore inhabitées et presque inaccessibles.

Quel beau jour ce sera que celui où, gracie à la législation sage, généreuse et ferme à la fois, inaugurée par le nouveau commissaire des Terres, l'honorable M. George Duhamel, nous verrons s'ouvrir sous la charrue du défricheur nos larges et fertiles terres vierges, aujourd'hui dévastées par deux fléaux : les incendies et les vastes abattages des bûcherons au service des soi-disant marchands de bois ! Quel beau jour que cehii où il nous sera enfin permis d'attendre, sans nous faire illusion, le retour préparé sur la terre de la patrie, de ces milliers de fils et de frères qui éraigrent tous les ans aux Etats-Unis, dont la plupart voudraient bien revenir, mais qui ne le })euveut, parce que le domaine public leur est fermé, parce qu'il n'y a pas un pied de terre portant un arbre qui ne soit accaparé d'avance par les exploiteurs de bois, parce que nous n'aurions rien de mieux à leur offrir que l'état de choses même qui les a forcés à s'expatrier !

L'avenir du pays est probablement contenu dans la nouvelle loi sur la colonisation et l'exploitation du boig que M, Duhamal a présentée à la dernière ses-

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sion de la législature de Québec. Avec quelle impatience ne Tattendaient pas ceux qui, depuis des années, regardaient s'achever la destruction de nos foiêts, parallèlement à l'abandon des vieux foyers paternels et à la désertion en masse des plus vigoureux de nos fils ! Hélas ! hélas ! nous ne savions plus quelle digue opposer à ce torrent de notre propre sang s'écoulant à l'étranger.

Sans doute, la loi nouvelle n'est ni un remède empirique ni une ] anacée ; mais si ce n'est pas folie d'espérer que la province peut être sauvée de l'exode qui la dépeuple, nous déclarons que c'est uniquement par une bonne loi de colonisation. Dans la prise de possession du sol par les enfants du sol est le salut !.

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