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LES OBLATS DU TEMISCAMINGUE

Sur les bords d’une étroite et courte passe que forment les eaux du Témiscamingue en se rétrécissant en aval de la baie des Pères, s'élève une maison dont la modeste structure en bois peint, les dépendances et l'entourage respirent le calme profond et la tranquilité pieuse d’une asile ou d’un cloître isolé.

Cette maison, c'est la Mission des Oblats, qui, pendant de longues années et jusqu’à hier encore, a été, avec le poste de la Compagnie de la baie d'Hudson situé en face, de l’autre côté de la passe, la seule habitation de tout le pays de Témiscamingue,

En face de la Mission, le lac, s'évasant tout à coup de nouveau, s'ouvre en une large baie d’un ovale si parfait, d’un dessin si harmonieux qu’on dirait une coupe creusée et arrondie avec une précaution minutieuse par la main du temps.

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Un silence, un recueillement, qui semblent imposés par quelque divinité invisible, règnent sur toute la pature environnante, au sein des bois assoupis, sur la croupe onduleuse des coteaux, et jusque dans le balancement attentif et retenu du lac.

Partout au loin la plage est muette, baignée par les flots d'azur qui s'appellent et se suivent les uns les autres comme des caresses, et par les flots d’or du soleil éclatant au milieu d’un ciel sans nuages.

Cà et là, à moitié cachée dans les buissons ou émergeant de quelque ravine à peine dessinée, apparaît une cabane d’Indien, avec son toit d’écorce et sa cheminée fumante.

Les cabanes sont au nombre d’une vingtaine, et renferment la population sauvage que les Oblats ont évangélisée et arrêtée auprès d'eux. De temps en temps, des enfants demi-nus courent sur le rivage en jotant et s’ébattant ensemble ; des squaws, enveloppées dans leurs couvertes, s’acheminent vers la Mission pour y chercher quelque conseil ou quelque secours ; un canot débouche brusquement de la passe et vient s'attacher au petit chevalet en billots et en planches qui sert de quai, ou bien l’on voit quelqu'un des Pères se promener lentement dans le petit jardin attenant à la Mission, ou monter, recueilli, la colline

voisine, pour aller réciter son bréviaire à l’ombré des grands arbres qui la couronnent.

Rien n'est plus beau, rien n’est plus charmant, plus parfait dans les détails et dans l’ensemble, que le panorama qui, du haut de cette colline, se déroule sous le regard enchanté. L’atmosphère est limpide, Faminéuse, On aperçoit, d’un côté, dans un lointain éclatant, jusqu'à l'extrémité même du lac, tout le

détail dés rivages, des fütaies, où l’ombre et la

lumière se combattent, des pointes et des baies, qui se succèdent en diminuant graduellement, mais sans rien perdre de la netteté et de la grâce leurs formes ; et, de l’autre, la ravissante baie qui se. développe comme une urne gigantesque en face de la Mission, et dont l’eau .est si profonde, qu’à quelques pas seulement de la rive, on pourrait mouiller les navires réunis des plus grandes marines du monde.

C’est sur cette colline que se fait chaque année, le quinze août, la grande procession religieuse des Indiens. | |

Qui n’a pas été témoin de cette solennité n’a pas une’idée complète du sentiment et de la piété naïve de ées enfants de la nature, Le auinze août est leur fête à eux, le jour où les Indiens, dans toute l'Amérique du Notd, s’assemblent pour remplir en commun leur devoirs religieux, à quelque mission qu’ils appar-

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tiennent, et celle des Pères du Témiscamingue s'étend jusqu’au voisinage de la baie à Hudson !

Dès le point du jour, ile arrivent ici en foule dans leurs canots, avec leurs femmes et leurs enfants, déjà attifés de leurs costumes pittoresques et multicolores, et se répandent de tous côtés, envahissant la Mission, s’abordant, se questionnant, se demandant mille choses, mais sans tumulte, sans bruit, avec une étrange tempérance de mouvements—car l’Indien est sobre de gestes et de paroles, — pendant que-tout autour d'eux court ce murmure d’allégresse qui semble chanter dans l'air, que sur la plage arrivent incessamment de nouveaux canots, que le va-et-vient me cesse pas et que les apprêts les plus chatoyants, les plus pompeux, se font pour l’unique et touchante cérémonie,

Et ce ne sont pas seulement les Indiens qui sont venus, mais encore les colons des endroits les plus reculés, des voyageurs, quelquefois assez nombreux ; en sorte que ce rivage, la veille encore si tranquille et si désert, se voit inondé aujourd’hui par une foule bariolée, revêtue de tous les costumes.et présentant les aspects les plus divers et les plus bizarres.

La petite cloche de Ia chapelle. fait entendre son carillon crêle. La foule entière, recueillie, muette, s’avanc: comme une longue vague vers l’humble sanctuaire que l'on aperçoit à cent pas en arrière du

monastère, et que l’on a entouré et décoré de tout ce que la piété ingénue et les modiques ressources d’un pareil lieu peuvent offrir pour un jour de grande solennité, Les sons de l’harmonium, que presse un frère convers, envahissent et font trembler la voûte du fragile édifice, pendant que des: centaines de voix répondent à la voix du prêtre qui vient d’entonner la grand’messe,

Tous n’ont pu trouver place dans l'étroit intérieur, mais tous sont présents d'esprit à l'autel et tous peuvent entendre les deux sermons, qui sont prêchés, l’un en algonquin pour les sauvages, et l’autre en français pour les colons. Puis, la messe finie, l’assistance s'ébranle ; chacun prend rang pour la procession qui va commencer aussitôt, bannières déployées, sur un chemin jonché de fleurs, les petites filles en tête suivies par les femmes, celles-ci par les garçons, et les hommes venant en dernier lieu, précédant l'évêque, qui porte le Saint Sacrement sous un dais soutenu par quatre porteurs. On gravit lentement le large sentier ouvert par les Oblats sur le flanc de la colline, et que borde, d’un côté, une haie touffue d'érables, et, de l’autre, une ceinture d’énormes rochers roulés, assujétis et retenus les uns à côté des autres par un prodige de travail, d’audace et de per-

.Sévérance, Parvenue au sommet de la colline, la procession

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fait halte, e* se groupe autour d’un massif de verdure où l’on a dressé un oratoire, chargé, comme la chapelle, d’ornements aux couleurs les plus vives et les plus éclatantes, afin de mieux saisir l’imagination grossière des Indiens. Un immense chant, poussé par cinq cents poitrines, va frapper les échos sonores qui s'éveiltent et se poursuivent les uns les autres jusqu’à leurs plus lointaines retraites. Pas une voix qui ne se fasse entendre ; pas une âme humaine qui ne soit là attentive, L'évêque, debout sur les marches de l'oratoire, se tourne vers la foule. Il élève les bras au-dessus de sa tête, dessine dans les cieux avec l'ostensoir le signe rédempteur et prononce la bénédiction divine, à laquelle répond le “ Laudate Deum,” entonné par les fidèles. Puis, les derniers actes de la cérémonie s’accomplissent, la foule murmure un dernier chant en redescendant la colline, et bientôt on la voit se répandre de nouveau sur la plage, dans la maison des Pères et dans les wigwams, mais cette fois bruyante, animée, transportée d'enthousiasme et songeant déjà aux longs récits que chacun fera de retour aux foyers lointains.

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Bien avant les Oblats, les Jésuites avaient évan- -gélisé les Indiens du pays de l'Outaouais et de l’Abittibi à la baie d'Hudson, ce qui leur faisait une

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