‹ L'Outaouais supérieur [microforme]Chapitre 4 sur 41 · LA VALLEF DE L'OUTAOUAIS · texte numérisé non relu

LA VALLEF DE L'OUTAOUAIS

Lecteurs, nous allons vous introduire dans cette immense et luxuriante vallée de l'Outaouais, qui embrasse le nord-ouest de notre province, épanchant vers l'horizon lointain ses larges coteaux qui ondulent comme les vagues de la marée montante, ses épaisses et sombres forêts où le bûcheron seul a jusqu'aujourd'hui pénétré, ses vastes plateaux où le colon courageux vient petit à petit fonder de nouveaux pénates, établir de nouvelles familles, agrandir et embellir les espérances de notre race et porter jusqu’au plus profond des solitudes ignorées les germes féconds d’un avenir vaillamment conquis.

Nous allons parcourir ces régions encore sauvages, mais où percent çà et là, sur des points isolés, les premiers efforts de l’homme pour conquérir le sol et s’assujétir la nature indomptée.

F. En face de l’espace et dans la plénitude de sa liberté, l’homme sent décupler son énergie, son audace, ses moyens d'action et les ressources infinies de son esprit inventif. C’est là qu’il se sent bien le roi et le maître de la terre ; là tout est à lui, et l'empire qu’il a sur les choses, il l’exerce au gré d’une volonté sans entraves.

Affranchi des servitudes sociales, n’ayant à combattre que des difficultés et des obstacles naturels, il déploie hardiment toutes ses forces, sans avoir à redouter de périls cachés, ni d’embûehes, ni de machinations hostiles. Il va droit devant lui, maître du lieu et de l’henre où il devra entrer en lutte avec la nature insoumise, mais bientôt rendue docile et complaisante à tous ses desseins ; il n’a aucun secours à attendre, il faut qu'il puise tout en lui-même ; aussi il se sent grandi et fortifié après chaque obstacle vaincu, après chaque effort nouveau dont il recoit immédiatement la récompense.

Ah! quel spectacle peut inspirer un plus vif et plus touchant intérêt que celui de ces embryons d'établissements, avant-gardes &e sociétés futures, de civilisations peut-être un jour florissantes, et qui semblent à l’origine comme des grains de sénevé semés au hasard d’une providence mystérieuse, Spectacle rempli d’attraits et d'éclatantes visions d'avenir, que nous vous convions à venir goûter avec nous, en

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parcourant ce livre qui n’est qu’un faible reflet de ce que nous avons tant de fois éprouvé nous-même, Nous vous convions à venir partager avec nous nos tendresses pour les défricheurs perdus au sein des profondes solitudes, et notre amour pour la grande

nature libre où l’homme accon\plit des choses souvent étonnantes, sans fanfare, sans bruit, sans ré-

clames de journaux chargées d'énormes épithètes, et sans toute cette vaine osteutation qui semble être Paccompagnement obligé des moindres actes sur la scène active du monde.

Mais avant de nous mettre en route pour ce long et parfois difficile voyage, il convient de nous rendre compte, par quelques notions sommaires et néanmoins suffisamment détaillées, de la géographie et de la topographie du pays que nous allons visiter, des parties encore vierges de la vallée de l'Outaouais, de celles qui sont en plein rapport et de celles que la main de l’homme a à peine entamées, de ses richesses forestitres et minérales, enfin de tout ce qui peut intéresser le lecteur sérieux aussi bien que le chercheur ambitieux qui veut y tenter la fortune.

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La ‘rivière Outaouais prend sa source aux lacs Eshwaham et Capemechigama, situés entre les parallèles formées respectivent par les 470 38’ et 47° 52’ de latitude septentrionale, et débouche à l'extrémité inférieure de l’île de Montréal, où elle recoit les eaux de la rivière Assomption, avant de se perdre dans le vaste sein du Saint-Laurent, vers ie 45° 40.

Le lac Capemechigama, d’où sort la “ branche orientale ” de l'Outaouais, est à vingt-deux milles au sud du 48e degré, et à trente-deux milles au sud de la “hauteur des terres,” ligne de faite très irrégulière qui sépare les eaux qui tombent dans notre grand fleuve de celles qui se déversent dans la baie

d'Hudson.

Depuis le lac Capemechigama jusqu’à son embouchure, au-dessous de Montréal, la rivière Outaouais mesure environ 780 milles de longeur. Mais à partir du lac Eshwaham, d’où sort la branche ‘ nord ” de la rivière, qui est la principale, au rapport des trappeurs, l'Outaouais peut être considéré comme ayant plus de 800 milles de longueur, en tenant compte de toutes les sinuosités de sa course.

Entre le lac Capemechigama et l'embouchure de la rivière des Quinze, sur le lac Témiscamingue, la distance en ligne droite ne dépasse pas 190 milles, mais eile en atteint en réalité près de 370 par les nombreux détours qu’il faut suivre; tandis qu’à partir de ce dernier point jusqu’à son embouchure, l'Outaouais a un cours beaucoup plus régulier et plus droit, dont on peut estimer approximativement la longueur à 450 milles.

L'Outaouais est presque l’égal du Rhin en longueur et par l'étendue du territoire qu’il arrose; mais le volume d’eau qu’il verse au Saint-Laurent est en moyenne trois fois plus considérable que celui que le Rhin porte à la mer du Nord. On attribue cette différence, en faveur de l'Outaouais, à des causes géograjhiques et météorologiques, jointes à la grandeur des forêts et à la durée des hivers.

L'étendue des terres arrosées par l’Outaouais et ses affluents, ainsi qu’on le constate par les dernières cartes officielles, est d'environ 60,180 milles géographiques, dont 19,957 dans la province d'Ontario et 40,324 dans la province de Québec, chiffres qui, réunis, représentent une superficie de 38,451,200 acres.

Cette admirable rivière, de beaucoup le plus important des tributaires du Saint-Laurent, et presque

presque partout navigable, arrose donc et fertilise, dans la seule province de Québec, une région qui a presque le double de l'étendue tout entière de la Nouvelle-Ecosse, 15,000 milles carrés de plus que celle du Nouveau-Brunswick, et près d’un cinquième de celle de notre province, qui, elle, occupe une superficie de 188, 688 milles carrés.

Cette région renferme neuf comtés entiers, qui sont ceux de Pontiac, d'Ottawa, d'Argenteuil, des Deux-Montagnes, de Terrebonne, de Laval, de Mortcalm, de l'Assomption et de J'oïlette, outre les parties septentrionales des trois comtés de Berthier, de Maskinongé et du Saint-Maurice.

Tout le monde connaît l’énorme disproportion qui existe dans les superficies respectives des deux rives nord et sud du Saint-Laurent; la première renferme 100 millions 214 mille acres carrés, et la seconde n’en renferme que 20 milliuns 550, en sorte que la vallée de l'Outaouais, à elle seule, à cinq millions d’acres carrés de plus que tonte la rive sud du Saint- Laurent, On dirait que pendunt l'élaboration de ce monde géant, pendant que le continent cherchait son assiette et son équilibre, la balance à penché; tout ce que la masse informe avait de plus lourd a culbuté de l’un des plateaux et, en tombant, s’est fracturé en vastes éclats pour former les chaînes irrégulières de montagnes et les gigantesques reliefs qui

bordent toute la côte nord de notre grand fleuve, le

plus large et le plus profond peut-être de tous les fleuves du globe.

Laissant de côté la partie depuis longtemps plus ou moins peuplée de la vallée de l'Outaouais, celle qui comprend les comtés des Deux-Montagnes, de Terrebonne, de Laval, de Montcalm, de l’Assomption et de Joliette, nous ne nous occuperons dans la présente étude que des comtés où la colonisation est toute récente ou encore à naître, tels que ceux de Pontiar, d'Ottawa et d'Argenteuil; ces trois comtés s'étendent au nord jusqu’à la ligne de partage des eaux; à l’ouest et au sud, ils bordent la rivière des Outaouais sur toute sa longueur, occupant ainsi dans leur immense developpement plus de deux degrés de latitude et environ cinq degrés de longitude, entre le 79° 10° et le 71° 10’ ouest.

Quoique la vallée de l'Outaouais soit de bsaucoup la plus considérable de toutes les vallées arrosées par les tributaires du Saint-Laurent, quoiqu’elle abonde en minéraux divers et que son sol soit relativement fertile, cependant elle n’est encore que fort peu peuplée. En effet, le recensement de 1871 ne donnait aux trois comtés dont nous nous occupons plus particulièrement, qu’une population de 58,000 âmes : celui de 1881 lui accordait 85,433 âmes ; mais il est plus que probable que ce dernier chiffre sera au moins

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