SCÈNE VI
Les Mêmes, JACQUES D’ALBERT.
Il parait, suivi de Joseph, qui semblait vouloir l’arrêter.
JACQUES
Pardonnez-moi, monsieur, si j’entre ainsi chez vous... un peu malgré ce domestique. Pardonnez- moi, aussi, si mes yeux sont tombés sur cette lettre qu’il tenait à la main!... (Rcg.rdaut u suscripimn.) A monsieur le président du tribunal de commerce. Ce doit être la déclaration de votre faillite, n’est-ce pas monsieur, que vous envoyez là?
LATRADE, clor.Dc.
Pourquoi nierais-je aujourd’hui ce que tout Paris saura demain? Mais, monsieur...
JACQUES
Renvoyez ce domestique. (Sur uu signe de Latr.de Joseph se relire. Jacques monlro madame Lalrade.) Madame?
L’OÜTRAGE
LATRADE.
Ma femme, monsieur!...
Je puis donc parler devant elle?
Madame Latrade a répondu par une légère salutation au salut de Jacques, MADAME LATRADE.
Parlez, monsieur.
Elle avance un siège, et après que Jacques s’est assis, Latrade s'assied luimême; madame Latrade passe à droite.
JACQUES
Monsieur Latrade, je n'ai pas eu un moment l’intention d’apparaître chez vous comme un protecteur mystérieux dans un drame allemand. Pour ne pas jouer un instant le rôle de généreux inconnu, je vais me permettre de vous dire qui je suis... aussi brièvement que possible.
LATRADE.
Puisque vous le voulez, monsieur!... „
JACQUES
J’ai pour nom Jacques d’Albert. Je descends d’une famille honorable de Marseille. 11 n’en reste plus que ma sœur et moi. Comme vous voyez, c’est un compatriote qui a l’honneur d’être en visite chez vous. En mourant, nos parents nous ont légué, avec peu d’argent, les pauvres chers, la chance d’hériter quelque jour, ou jamais, de quelques vieux oncles vieillissant on ne sait où. Je commençai, monsieur, par placer ma sœur dans un honnête pensionnat; puis je regardai autour de moi dans la vie, cherchant un chemin et en trouvant mille. Plus il y a de chemins, plus on se perd aisément. Je me suis un peu perdu; mais je me suis retrouvé dans le travail et l’étude. J’ai voulu être médecin, et d’illustres professeurs me prédisaient déjà un grand avenir, quand, un beau jour, un de ces héritages que je n’attendais guère, tomba dans ma mansarde. Vous pensez bien que je m’empressai de constituer une jolie dot à ma sœur... et je vais la marier, tenez, ma chère Jeanne; oui, au fils d’un magistrat d’Aix... Mais ce n’était pas tout; cet héritage, que d’autres suivirent, fut pour moi le commencement d’une série de prospérités. Partout où je plaçai mon argent, il fructifia ; une