ACTE I
chance heureuse et inépuisable s’établit dans ma vie. J'eus beau faire folies sur folies, épreuves sur épreuves, je restai riche j enfin, monsieur, je suis devenu très-riche. Ce n’est pas ma faute, non, mais quoi ! c’est ainsi ! Et je vous prie de ne pas me croire plus bête pour cela !
LATRADE.
Mais je ne vois pas... •
JACQUES
Pardon! j’arrive au but de ma visite; hier, monsieur, j’étais à la Bourse, on parlait devant moi de diverses faillites, les unes récemment connues, les autres près d’éclater. On cita» votre maison...
LATRADE.
Quoi! déjà!...
JACQUES
Quelqu’un exposa votre situation d’une façon très-nclte, et qui prouvait votre honnêteté; il vous plaignit d'un air sincère : quelques plaintes plus banales se joignirent à celles-là; puis, sur je ne sais quel bruit de bourse, le groupe se dispersa. Moi, monsieur, moi seul, sans doute, appuyé contre un pilier, je songeai encore à vous. Il faut vous dire que je suis un peu sceptique de ma nature, et que du peu de bien que j’ai semé, je n’ai rien récolté, jusqu’ici, qui dût mecouvcrtir. Pourtant, l’hommage librement rendu, devant moi, à votre probité... m’avait frappé. J’y pensais obstinément, et, ma foi*, de pensée en pensée, j’en arrivai à celle de me présenter tout bonnement chez vous pour vous dire... *
LATRADE.
Pour me dire, monsieur?...
Madame Latrade a relevé la tète et écoute.
JACQUES
Monsieur Latrade, permettez-moi de mettre dans votre maison la somme qui vous manque aujourd’hui pour continuer vos affaires : je regarde cela comme un placement sûr, puisque j’ai infailliblement la main heureuse.
LATRADE.
Impossible, monsieur!... Vous ignorez que pour faire taire
maintenant les bruits qui ont couru, il me faudrait rembourser des créances que j’aurais pu n’acquitter que plus tard ? Vous ne savez pas quelle somme il me faudrait...
JACQUES
Je ne le sais pas, mais je puis bien vite le savoir, (il reprend l’enveloppe qu’il avait déposée sur la table à gauche , en brise le cachet et en tire le papier qu’elle contient; allant tout de suite aux chiffres.)
Passif, un million buit cent quarante-cinq mille francs; actif, un million trois cent quarante-cinq mille francs; diflërencc, cinq cent mille francs. J’avais entendu prononcer un chiffre approchant, monsieur; il y a dans ce portefeuille, en traites et bons sur le trésor, la somme qui vous manque... ne la refusez pas.
. Latrade se lève.
LATRA.DE.
Mais, monsieur, comment voulez-vous que j’accepte?
JACQUES
Comment ? mais je veux que vous acceptiez comme j'offre, monsieur Latrade : simplement.
LATRADE.
Mais c’est un rêve !
JACQUES
Non pas'! Rien n’est plus réel. C’est un placement que je fais, encore une fois; vous voyez qu’il n’y a l ien de plus positif.
LATRADE.
Non ! non ! je ne puis... je ne dois pas...
JACQUES
Madame Lalrade, daignez dire à votre mari qu’il peut et doit accepter 1
MADAME LAT R AD E, se levant.
Pierre, tout à l’heure tout était fini, et je te disais encore : « Espérons. » Quoi ? demandais-tu. C’est Dieu, mon ami, qui te répond : Un miracle! Tu n’as pas le droit de repousser l’intervention de Dieu.
LATRADE, âpre» uu iilencc.
Allons, monsieur, j’accepte !