ACTE II
JACQUES
Cela te contrarie?
HÉLÈNE, distraite.
Oh ! non'; d’ailleurs, ma mère veut y aller vivre.
JACQUES
Tu verras notre jolie retraite. Tiens, elle doit être toute préparée maintenant ; nous donnerons des fêtes, une du moins , pour notre inslallation. Mais nous serons plus souvent seuls , n'est-ce pas ?... seuls avec notre amour.
HÉLÈNE
Oui, oui, nous serons bien heureux.
Ah ! madame ! vous ôtes à moi, votre mère ne sera plus tout pour vous. Elle seule, jusqu’à présent, a posé ses lèvres sur
votre front, et maintenant (a se penche pour lembrasser. Elle fait un
mouvement d’effroi.) Pourquoi donc viens-tu de tressaillir?
HÉLÈNE
Je ne sais pas, je pense malgré moi... à ce que vous disiez tout à l’heure.
JACQUES
Enfant! . -
La symphonie est terminée depuis quelque temps déjà ; en ce moment, un choeur, en sourdine, est repris dans le9 jalons du fond.
HÉLÈNE, frappée.
Encore cet air !
JACQUES
Eh bien l oui , cet air provençal que l’on a chanté tout à l’heure !
HÉLÈNE
Mais, je le reconnais maintenant... oui, je savais bien (en passant à droite), je l’ai déjà entendu... Le soir de... des voix le chantaient en passant sous ma fenêtre... elles se sont éloignées peu à peu... puis elles se sont éteintes tout à fait; et., c’est alors,., c’ést alors... (Elle passe sa main sur son front.) Je ne Sais plus....
JACQUES
Voyons 1 ma bien-aimée, je t'en supplie, oublie tout cela,
L’OÜTRAGE
oublie cette chanson, et songe que nous sommes seuls, et que je t’aime. Est-ce que tu ne m’aimes pas, toi?
HÉLÈNE, tendrement.
Oh ! si, si, je vous aime !
Elle prêle l’oreille malgré elle.
JACQUES, riant.
Voyons, n’écoute plus , je ne veux plus que tu entendes cet air.
Il lui met en souriant les mains sur les oreilles. Hélène fait un mouvement.
HÉLÈNE.
C’est plus fort que moi, et le souvenir de...
JACQUES, riant toujours.
Ne parle plus ! ne parle plus !
Il lui met la main sur la bouche, Hélène pousse un cri, et lui arrache la main.
JACQUES, inquiet.
Mais, mon Dieu! qu’as-tu donc?
HÉLÈNE, comme énervée.
Je ne sais pas. (a pan.) Mais cette nuit-là... une main s’est posée ainsi sur ma bouche... Oh ! mais non ! mais non !
JACQUES, se rapprochant.
Hélène! mon Hélène ! (Elle passo vivement k gauche.) Pourquoi me fuir?... reste là, près de moi, de ton mari, de ton amant, qui
t’aime... (a ce dernier mbt d’amant, Hélène le regarde et semble poursuivre une idée. Minuit sonne.) Minuit!... (Le choeur a paru s’éloigner peu à peu. u s’éteint tout à fait.) Hélène! ma femme... si tu le veux, nous ne rentrerons pas dans les salons... (L’attirant doucement du côté de la chambre.) Viens, viens... (Il la prend dans ses bras.)
HÉLÈNE, troublée.
Non, non !
JACQUES
Je t’en supplie !...
HÉLÈNE, résiliant.
Jacques!
JACQUES, riant.
Àh! je suis plus fort que vous, madame. (Il la prend dans tes bras pour l'embrasser, et la soulève presque de terre. Hélène, aux dernières