ACTE III
II É L È fi E, avec exallatiou.
Pas assez! ne laissez-vous pas parfois votre main dans la mienne? ne permettez-vous pas à mes yeux de s'arrêter sur les vôtre»?... Ne me donnez-vous pas à chaque minute quelque nouvelle preuve d'intérêt ou de pitié? Tenez, cette nuit, pendant notre voyage, j'avais cédé à la fatigue, au sommeil, et à mon insu, ma tête était tombée sur votre épaule... vous l’y avez laissée, car à mon réveil, elle y était encore, et comme vous aviez eu peur que je n'eusse froid, vous aviez jeté sur moi votre manteau.
JACQUES, avec froideur.
Quoi de plus simple, Hélène?
HÉLÈNE, vivemeut.
Oh! rassurez-vous, Jacques, je ne me suis point fait illusion.
J’ai bien compris que je ne devais ces tendres soins qu’à une sollicitude de frère, mais je n’en ai pas moins été heureuse!... Soyez tranquille, je me souviens du rôle que votre bonté généreuse m'a assigné quand vous m'avez adoptée pour votre sœur, mais ce rôle, j’en suis Gère aussi. (Avec une tendresse humble). Moi! votre sœur, Jacques ! moi ! N’est-ce pas encore plus que ne mérite cette pauvre Hélène? N'aviez-vous pas le droit de faire d’elle votre esclave ou votre servante?
JACQUES, cm u.
Hélène, ne dites pas cela...
HÉLÈNE, vivement.
Faut-il vous laisser seul? ordonnez-vous que je me retire?
JACQUES, en proie à une émotion intérieure et avec uue aorte de brusquerie
Mais non!... non.
HÉLÈNE, beureuae.
Merci, je vais rester là, tranquille! je ne parlerai plus.
JACQUES, avec douleur, aprèa l’avoir considérée quelques instants.
Mon Dieu!... est-ce que cette existence doit durer toujours! * Oh ! quand donc pourrai-je combler, avec une tombe, l’abîme
qui nOUS sépare ! (Hélène a surpris cet éclair de fureur dans tes jeux de Jacques, et elle a fait ntt mouvement d'effroi. — Se plaçaut auprès d’elle et la couvaut
do regard.) Oh! que je t'aime!>.> que je t'aime!. .>
54 L’OUTRAGE
HÉLÈNE) avec une torlc d’égarement.
Jacques, soyez généreux, ne oie parlez pas ainsi, car, vous le savez bien, tout à l’heure vous direz : Je te hais!...
Elle se cache le visage.
JACQUES, In i écartant les mains.
Ne pleure pas... ne pleure pas... (avec «ne sotie de fièvre.) En vérité, les hommes sont bien injustes! bien égoïstes! Ils n’ont de pitié que pour leurs propres faiblesses, de pardon que pour leurs propres fautes! Pendant dix années de leur existence, ils ont jeté leur amour aux quatre coins du monde, et puis, après cela, ils se croient en droit d’exiger un cœur qui n’ait jamais battu. Sois franche, Hélène, n’est-ce pas que c’est injuste? n’est-ce pas que moi, je suis plus injuste que tous les autres ensemble? Car enfin, toi, pauvre enfant, tu n’es pas coupable!...
Il tombe à genoux.
HÉLÉN E.
Jacques, je vous en supplie encore, ne me parlez pas ainsi.
Allons! essuie tes larmes. Après tout, qu’importe le monde? D’ailleurs, nous pouvons le fuir, nous en séparer à jamais? Quand je pense que je suis venu ici, moi, dans cette contrée maudite, avec des idées de fêtes, de piège aussi, que sais-je? j’étais fou!... Nous partirons demain, nous irons dans quelque coin obscur, bien calme, bien ignoré, tu m’aimeras... et j’oublierai !
HÉLÈNE, avec résignation.
Non, Jacques, vous n'oublierez pas.
JACQUES, avec fièvre.
Mais si! Je te dis que si!... Regarde-moi, regarde-moi!... que je sente montera mon cœur ces flots d’amour qui l’inondent!... Reste ainsi, comme cettedernière nuit, où je te regardais dormir en m’enivrant de ton souffle. Mes projets de vengeance : je les renie... je ne veux plus rien voir, rien connaître au delà du cercle amoureux où m’enfermeront tes deux bras... N’es-tu pas ma femme? Ce front n’est-il pas mon bien? Ces lèvres n’appartiennent-elles pas à mes lèvres?... Hélène.... mon Hélène! abandonne-moi ton âme dans un baiser. (La repoumm tout à coup avec deteapoir.) Non! non! jamais!... car à la place que ma bouche