‹ L'outrage drame en cinq actesChapitre 53 sur 96 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

DE BRIVES, ami* à droit?.

Ici donc, nous avons à nous mettre sur la trace d’un crime commis aux environs de Marseille, dans une bastide, entre la ville et les Aygalades.

JACQUES

La nuit du neuf juillet mil huit cent cinquante.

Mais, encore une fois, vous ne m’avez pas dit de quel crime vous vouliez découvrir l'auteur; et pour m’aider à le découvrir, vous n’avez même pu me livrer aucun indice réel; c’était un jeune homme, m’avez-vous écrit, un jeune homme du monde, c’est-à-dire noble, riche ou aisé, et vous pensez qu’il était ivre... Ce sont là des indications bien vagues... m’en apportez-vous d’autres?

JACQUES

Non.

Et il y a maintenant près de trois ans, m’avcz-vous appris, que s’est commis le crime. Avouez que vous demandez beaucoup à ma pénétration. Qu’importe, l’ami et le magistrat sont également intéressés à ce qui vous touche... Nous ferons tout ce qui sera possible dans l’impossible.

JACQUES

Je savais bien pouvoir compter sur vous... Ne me disiez-vous pas là, tout à l’heure, que vous aviez commencédes recherches?...

Oui... j’ai voulu, pour aider à mes déductions, savoir où, la nuit du neuf juillet mil huit cent cinquante, it y avait eu des réunions de jeunes gens, des réunions terminées dans l’ivresse. J’ai appris qu’une société de viveurs, fondée sous le nom de La Jeune Marseille , et maintenant dissoute, avait dîné à son rendez-vous ordinaire, à l’auberge de La Grand’Cave, aux Aygalades; c’était même, grave indice, la seule réunion de ce genre qu’il y eût ce jour-là dans Marseille. La proximité de l’auberge avec le lieu désigné, par vous, comme théâtre d'un crime m’a frappé... J'ai dû vouloir connaître les noms de ceux des membres de La Jeune Marseille qui s’étaient rencontrés là au jour dit. Le registre de l’auberge pouvait me donner ces noms, je

L’OÜTRAGE

l’ai demandé... Mais la Grand' Cave a changé deux fois de propriétaire; les anciens livres existaient-ils encore? Enfin, mes agents ont acquis des données certaines, et aujourd’hui même, tout à l’heure peut-être, on doit m’apporter ici la liste de ceux qui se sont réunis à l'auberge des Aygalades, le soir du neuf juillet mil huit cent cinquante.

JACQUES , a»ec joie.

En vérité! eh bien! mais... voilà tout, je n'en veux pas plus; vous me donnerez cette liste, et je vous garderai une recon- « naissance...

Non, monsieur d’Albret, je ne vous donnerai pas cette liste ; cela ne peut se passer ainsi. Comprenez donc qu’il n’y a de i riminel que là où il y a un crime : commencez par me montrer le crime, vous; moi, je vous montrerai le criminel.

JACQUES

Mais pourtant

DE BRIVES, sans s’arrêter.

Nous procédons naturellement, nous autres, c'est-à-dire logiquement. Un crime est-il commis? nous nous demandons, pour en découvrir l’auteur, qui a pu avoir, pour le commettre, un intérêt de cupidité, d'orgueil, de plaisir, de passion ou de vengeance; s’agit-il par exemple d'un vol?

JACQUES, xivement.

Eh bien! supposez qu’il s’agit d’un vol?...

Mais non ! mais non ! La justice ne procède pas de cette manière, elle n’agit point sur une supposition.

JACQUES

Eh! monsieur! s’il faut tout vous dire...

Sans doute, il faut tout nous dire...

JACQUES

La voilà donc votre perspicacité si vantée dans l’instruction criminelle! ...

Pardon, monsieur! Dans cette aflaire, l’instruction a décou-

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