DE BRIVES, RAOUL, RAIMOND
M. DE BRIVES. U ferme la porte à gauche.
Asseyez-vous, messieurs! (il ferme celle du fond.)
RAOUL
Que faites-vous donc, mon père?
DE BRIVES, fermant la porte de droite.
En cour d’assises, messieurs, il y a des causes qu’il faut juger à huis clos. Hier encore, j’étais juge d’instruction; je suis aujourd'hui avocat général, accusateur public, et vous, vous!... figurez-vous que vous êtes en cour d'assises... Asseyez-vous donc! (De Brires s’assied, Raonl et Raimond s’asseyent en face .le lui l'un pies de l'autre; ils sont à gauche.) Messieurs, il y a Un de vous deux, ici, qui est le dernier des lâches ! un de vous deux qui a commis un crime ! Celui-là va se nommer à moi, je lo véux ! je le veux, entendez-vous! Et il le doit ; pour la vérité,
L’OUTRAGE
pour moi, pour lui-même, et pour que je ne soupçonne pas son frère... Allons !... j’attends!... (n te 1ère ; Raimond et Raoul vont se lever aussi ; il tes arrête.) -
RAIMOND
Il faut que vous souffriez d’une inquiétude bien douloureuse, monsieur, pour nous parler ainsi!
DE BRIVES, avec force.
Pas de phrases ! La vérité. Un crime s’est commis dans la nuit du neuf juillet dix-huit cent cinquante ; j’en veux savoir l’auteur. Oh ! je sais bien qu'il y a longtemps déjà de cela; mais le . coupable d’entre vous deux ne peut avoir oublié, lui ; moi, j’ai déjà fait mes recherches de mémoire, et je sais que ni l’un ni l’autre n’avez passé cette nuit dans la maison paternelle... Mais, voyons! vous, Raoul, qu’avez-vous fait, la nuit du neuf juillet, il y a trois ans ?
RAIMOND, à part, tandis que Raoul incline la tète sans répondre.
Mais de quoi s’agit-il donc ?
Eh bien?
RAOUL, tans relever le front.
Pardonnez-moi, mon père, je ne peux pas vous le dire...
Misérable ! c’est donc toi! Car toi, Raimond, si je te demandais ce que tu as fait dans cette même nuit... (Raimond, qui a regardé
Raoul avec stupeur, baisse la tète à son tour ; M. de Brives, étonné, reprend.)
Raimond?...
RAIMOND
Moi non plus, mon père, je ne pourrais pas vous le direl
DE BRIVES, terrifié.
Tu ne pourrais pas... Ah ça!... ai-je toute ma raison? Comment!... l'un de vous est un infâme depuis la nuit que je vous rappelle, et il se trouve que, cette même nuit, l’autre aussi s’est rendu assez infâme, pour ne pouvoir rien m’avouer dans un moment aussi suprême ! Je cherche un coupable, et j’en trouve deux... (silence.) Mais je parle d’un crime horrible, messieurs, entendez-vous? (silence.) Le crime que j’ignore est donc aussi horrible que celui que je sais? Non! c’est impossible ! Aussi l’autre, j’en attendrai l’aveu, j’en remettrai l’exa-