EXEMPTA EXEMPTES
pour défaut de taille. pour infirmités.
De 1831 à 1835,
De 1836 à 1840,
De 1841 à 1845,
De 1846 à 1850,
De 1851 à 1855,
De 1856 à 1860,
Lettre lue à TAo. de Médecine par M. Béolard, 22 janvier 1867.
croissement constant de la taille et la diminution continue des infirmités dans la population récrutaWe. M. Boudin lui-même ne présente pas comme très-favorable une situation qui, dàris un pays favorisé comme la Normandie, oblige à exclure de l'armée, comme impropres au service, plus du quart des jeunes gens appelés au tirage. Un écrivain dont on ne contestera ni la modération, ni la prudence, ni la science, M. André Cochut, déroulait, il y a quelques jours, dans la Reviie des Deux Mondes y ce triste tableau :
« Figurons-nous que nous sommes convoqués à une fête nationale, comme celles de Tancienne Grèce : c'est la fête de la jeunesse française. Le bel âge dans sa fleur, la patrie en son printemps, comme on disait à Athènes, va s* épanouir sous nos yeux. Tous les jeunes garçons qui viennent d'accomplir leur vingtième année et qu'on va saluer du nom d'homme sont là réunis, au nombre de 325,000, et le défilé commence. Voici d'abord comme avant-garde ceux qui n'ont pas atteint la taille militaire; on en compte 18,106 dont la stature est inférieure à 1 mètre 560 millimètres, soit 4 pieds 10 pouces, la taille des tambours d'autrefois. Le second groupe, où l'on a placé les faibles de constitution, les rachitiques, les poitrinaires, est à lui seul presque une armée, car il comprend 80,524 unités chétives. Suivent les
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écloppés et les mutilés de naissance ou par aocldents, auxquels on a mêlé ceux qui sont tourmentés par des varices, des douleurs rhumatismales,
des hejmies, trois catégories formant ensemble 15,988 jeunes hommes. Les bossus, les pieds-bots et les pieds*plats font bande à part, et ils sont 9»100. Ceux qui sont affligés dans Fun de leurs sens, la vue, l'ouïe, Todorat, sont au nombre de 6,934* Un certain bourdonnement, un étrange cliquetis de paroles annoncent les bègues, dont je compte 963, et les édentés, qui sont 4,108. Voici venir, au nombre de 5,114, une phalange où la débauche précoce, à ce que je craini^^ ^^ feire des ravages. Détournons les yeux pour ne pas voir 2,529 pauvres garçons atteints des mala^ aies de la peau. Apparaissent (triste coup d'œil!) 5,213 goitreux et scrofuleux, et, ce qui est plus triste eucoret 2,158 malheureux chez qui Taltération du système nerveux produit la pai'alysie Ou les convulsions» Tépilepsie, la folie ou le crétinisme. Laissez passer un dernier groupe de 8,236 tètes ott sont confondues les infirmités di« verses, les anomalies pathologiques* Dans cette revue du plus bel âge de la vie, nous avons déjà compté plus de 109,000 êtres infirmes ou dif* formes. On a besoin de respirer et de s'épanouir enfin à la vue de la saine et vaillante jeunesse : «lie est représentée par Sll6,000 jeunes garçons
entrés dans leur vingt et unième année, en bon état de croissance» en possession de tons leurs membres, sains de corps et d'esprit^. »
L'auteur de cette page navrante croit lui*^ même à une amélioration sur les années précé« dentés. <i Comparativement aux puissances qui Tentourent» la France parait languissante et quelque peu afiTaiblie ; elle est en progrès ai on la compare à elle-mâme* • Triste consolation^ qui constate notre déchéance ; faible progrès, qui re* lègue parmi les invalides le tiers de notre jeu*^ nesse ! Ce progrès tel quel» que nous ne toulonâ pas iSiihtLtery n'est ni assez ancien, ni asses ra« pide pour paraître stable. U ne faut pas oublier» pour le juger y que» de 1825 à 1836, nous étions en présence de générations dont la naissance re*^ montait aux grandes guerres de l'empire, hei grandes batailles ont leur contre^ooup , à vingt ans de date» dans la salle du recrutement; mème« en 1827, quoique le contingent exigé ne fût que de 60»000 hommes, on épuisa la génération sans paN venir à le compléter. Voilà pour les comptes du passé ; les prévisions de l'avenir ont aussi leur cause d'incertitude. Lia^population ne cesse de déserter les champs pour les usines ; ce mouve^ ment ralentira le progrès» si même il ne l'arrête*
* Bmue de9 Deux Mondes du V* février 1667, p. 654 sq.
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L*homme fait peut supporter le séjour de Fatelier; mais les forces de l'enfant y succombent.
Parmi ceux qui, par devoir ou pour leurs études, ont assisté aux opérations du tirage au sort dans les villes manufacturières, qui n'a été frappé de l'aspect chétif de ces jeunes gens et de leur petite taille? Cette dernière sorte de dégénérescence, en admettant qu'elle soit contestable ailleurs, est d'une évidence malheureuse dans les centres industriels. On dirait des écoliers échappés de la classe plutôt que des hommes faits qui demain seront des soldats. Ceux d'entre eux qu'on déclare bons pour le service le doivent au décret du 13 avril 1860. Ils font une triste mine quand ils traversent les rues dans leurs haillons sous la conduite d'un caporal. Ils ont beau mettre des rubans à leur chapeau, et se faire précéder par un violon, comme des mariés. On nous assure que la propreté, l'uniforme, et mieux que tout cela , une campagne , les auront bien vite transformés. A la bonne heure. Cela n'empêche ni les 109,000 réformés, ni la diminution de taille, ni la faiblesse de corps relative, ni surtout la dépopulation. N'avons-nous pas raison de | dire qu'il vaudrait mieux, pour tenir tète à l'Eu- i rope, moins de soldats dans les régiments, et i plus d'hommes, et d'hommes robustes, dans les ateliers ?
Le mal est constaté, et depuis longtemps. On entasse des montagnes de statistiques toutes concordantes, et plus probantes les unes que les autres. Les médecins des pauvres, les aliénistes ^, les inspecteurs de fabrique, les officiers de recrutement, les maires» les académies, les sociétés industrielles ont démontré jusqu*à Tévidence que les enfants de fabrique sont frappés dans leur développement physique et dans leur vitalité . On n*est pas moins éclairé, ni moins unanime sur les causes de cette dégénérescence de la jrace. Le cabaret, la rareté des mariages, Tabandon des enfants, le travail des femmes dans les fabriques, qui a pour conséquence des nourrices mercenaires; risolément et le vagabondage jusqu'à huit ans, Feutrée à huit ans dans les ateliers, un travail de dix ou onze heures imposé à des enfants, dont l'esprit soufire de ce régime autant que le corps, voilà les causes, ou du moins les principales causes de la diminution et de Tabâtardissement. de la population française.
C*est un devoir de justice, en même temps qu'un devoir d'humanité, de les combattre sans relâche. Il y a là des inégalités cruelles, qui ne tiennent ni à la nature des choses, ni à la faute des souffrants, mais aux lois, aux institutions, à
* Nous marchons vite anssi l^ons ce rapport : en 1861, 44,970 aliénés; m 125% «0,290; en 1861, 84,214.
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rincurîe de ceux qui savent et de ceux qui peu- Vent. Pendant combien de temps a-t-on fermé les yeux sur les logements insalubres? Pendant combien de temps, quand le mouvement de ré-^ forme a commencé, à-t-il fallu décrire ces bouges infects, en étaler l'horreur et les con-» séquences hideuses ? L'impulsion aujourd'hui donnée n*est pourtant pas encore assez forte, félan n'est pas assez général, la conviction n'a pas pénétré dans tous les esprits, pas même dans tous les esprits de ceux qui souffrent. Tantm molis erat l Nous ne voyons que dans un lointain très*reculé l'époque heureuse oti tout le monde saura lire, où les cabarets ne seront plus qu'un entrepôt comme les épiceries, où chaque ou-* vrier aura son chez soi. Pour l'instruction, malgré des progrès rapides, mais un peu superficiels, et qu'il ne faut ni dédaigner ni exagéreir, nous.^ ne sommes encore qu'au début de notre lutte contre la misère intellectuelle ; nous n'avons pas encore entièrement échappé aux railleries et aux insultes qu'il faut affronter au com-^ mencement d'une campagne* C'est tout autre ehose pour les cabarets. On leur a fait, depuis longtemps^ la guerre la plus acharnée, et, faut-il le dire? la plus sotte des guerres: des tirades d'éloquence à perte d'haleine , pour aboutir à quoi? à convaincre les gens sobres que
léâ ivrognes sont des brates. On a fait aussi, -«^ il faut être juste, — des règlements : règlements de police pour fermer les cabarets à certaines heures et pour en exclure certaines personnes, règlements d'ateliers pour chasser les ouvriers gjni se dérangent. Ce ne sont pas même là des palliatifs. Il fallait rendre le cabaret inutile ; en d'autres termes, créer le comfort ailleurs qa*aa cabaret. C^est hier seulement qu'on y a pensé* D'honnêtes gens , profondément dévoués , éminemment respectables, avaient cru pouvoir y part venir par le patronage : cet anachronisme nous a ralentis longtemps; il nous gêne même aujour* d'hui en s'introduisant dans nos entreprises pour les déconsidérer, et quelquefois pour les entraver^. La limitation des heures de travail, qui était une grosse question avant Tabolition des articles 414 et 416 du Gode pénal, nous a fait aussi perdre du temps en tâtonnements et en essais de lois générales, tandis qu'il fallait émanciper les conventions et les associations, et laisser la liberté produire élle-^même la paix. On a vu plus tdt et plus clair sur le travail des enfants. Là on a compris de bonne heure que la société pouvait intervenir, parce qu'il s'agissait de mineurs à protéger et non pas de citoyens à entraver, et que les rè->
« Cf. Jules Simon, Le Travail, ch. v«
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glements pouvaient être efficaces, parce qu'ils étaient légitimes. Malheureusement on s'est arrêté dans le bon chemin ; on a posé les principes, et on n'a osé ni les développer ni les armer. On a eu peur du bien qu'on faisait. Si la grande politique, qui devait nous rendre les arbitres de l'Europe, et qui avait bien l'air, à la fin de 1866, d'aboutir à un abaissement et à une panique, nous faisait faire maintenant par patriotisme ce que nous n,'avons pas su faire par esprit de justice et par humanité, elle aurait là un résultat dont il n'y aurait pas lieu sans doute de lui être reconnaissant, mais dont le pays à la longue se trouverait bien.
. N'est-il pas étrange que notre société, qui devient de plus en plus matérialiste et positiviste, dédaigne le corps et l'éducation du corps? Elle s'occupe du corps dans deux directions : pour les plaisirs, qui le fatiguent et l'usent, et pour la médecine , qui le guérit ou essaie de le guérir quand il est fatigué. Mais ce n'est pas là de l'éducation, c'en est le contraire. Les excès et les raffinements de plaisirs ne sont que l'art de se détruire agréablement et sûrement, et la médecine, soit dit sans l'offenser, quand elle n'a pas l'hygiène pour base, est quelque chose d'analogue à la répression des délits. L'éducation, au contraire, est essentiellement conservatrice et préserva-
trice. Les anciens n'étaient pas aussi imprévoyants que nous. Us savaient que les hommes sont une richesse ; le premier souci des politiques était d'augmenter et de fortifier la population. Chez les Grecs, la gymnastique marchait de pair avec la musique. Nos voisins les Anglais sont depuis longtemps, au moins dans les classes riches, plus attentifs que nous aux soins de Téducation matérielle, et au développement du corps par le sport. Ils nous devancent même en ce moment, en étendant sur les enfants du pauvre la sollicitude de la loi. Après une longue inaction, causée en partie par leur respect pour l'initiative privée, et pour les droits des autorités locales, ils se sont mis à encourager et à susciter des écoles, et nous ont devancés du premier coup dans la voie des sacrifices pécaniaires. C'est surtout pour c e qui concerne le travail des enfants dans les manufactures qu'ils pourraient nous servir de modèles. Ils ont littéralement tranché dans le vif. Les enfants ne font plus qu'une demijournée; les industriels ne s'en plaignent pas ; ils payent un peu plus cher^ mais ils obtiennent un meilleur travail ; les familles qui ont besoin de faire travailler leurs enfants de bonne heure touchent l'ancien salaire, et n'ont plus la douleur de voir les enfants souffrir et dépérir. La demijournée qui . reste libre peut être consacrée à
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Véeo\e et & la gymnastique, au grand profit inteU leetuel et physique de la jaune population de» atelier « ; ceu«: mêmes qui pa^^eut leur tempe à eourir e^ portent mieux qu'au^efeie, parée qua l'enfance a besoin d'air et de mouyemeut.
Ce eera un jour un grand aocroieeement de forée pour Farmée anglaiee, qui «# recrutera parmi des hommee plus ^igoureuf:. Nof ¥oi«in$ auront rencontra eet «¥antage en en eherehant un autre. Ils ont obéi surtout, quand lie ont fait leur loi, h une peneée de justice et dliûmanité, et (s'ils y ont mêlé des eon^dérations patriotiques, e*est qu'ils sayent que le nombre et la «ligueur des bras est un élément considérable de la forea industrielle d'un pays. Il ne faut pas croire qu'on diminiie cette force en se privant quelques heures par jotir du travail des enfants; Tout au contraire^ on a immédiatement • un meilleur travail, et an bout de quelques années, des ouvriers plus nombreux et mieux constitués. La Prusse Ta copipris comme l'Angleterre, puis<qu'elle n^ouyre l'entrée des ateliers qu'aux en*fants de neuf ans. 8e hâter d'einployer les en<fants, au risque de les exténuer et d'affaiblir la race, o^est commettre la même faute que les imiprévoyants auteurs du projet d'armement uni<versel, qui, pour avoir aujourd'hui plus de régi<ments qu'ils ne nous en faut, l'expo^ent à voir
diminuer d'année en année la population et l'aptitude militaire des classes. Les peuples ont la vie longue, et il ne faut pas que les hommes qui se donnent la mission de les conduire ressemblent à ces usufruitiers avides qui, dans leur empressement de jouir, épuisent la richesse du soi, et ne laissent à leurs successeurs que des déserts et des ruines.