‹ L'ouvrier de huit ans (volume 2)Chapitre 9 sur 39 · LA MÈRE · texte numérisé non relu

LA MÈRE

grâce à Dieu, beaucoup, arrivent à se donner un intérieur relativement confortable. Celui que nous venons de décrire est-il une exception? Tant s'en faut, c'est le taudis qui est la règle et lé logement passable qui est l'exception. Pour ne pas voir que. cette triste chambre est pour moitié dans^le sucçès^jL cabaret , il faut n'avoir jamais su ce que c'est que le besoin de repos et de distraction après dou2e heures de fatigue. Or, le cabaret, c'est d'abord la raine matérielle, c'est ensuite la maladie pour le père, et quelle maladie ! Non pas un de ces maux d'aventure, dont le malade souffre seul ; non, non, cette maladielà entre dans le sang, elle le corrompt ; elle passe comme une malédiction du père au âls. Des centaines de pauvres enfants ne reçoivent qu'un sang vicié dans leurs veines. Même l'aisance, même les soins assidus, ne les rendraient ni vivaces ni robustes. Et quel spectacle pour eux, quand ils commencent à penser! Un père absent ou ivre, une. mère épuisée, des haillons sordides, un logis crasseux et ignoble ; au dehors, des riches qui passent... Si la mère à 3on tour se donne à la débauche, elle le fait, il le faut bien, sous les yeux de son enfant. Supposons-la aimante, dévouée, fidèle, une vraie mère : que fera-t-elle? C'est cellelà qui, pouf nourrir les siens, s'emprisonnera douze heures par jour dans un atelier et livrera

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ses enfants à l'abandon. Que ferait-elle dans cette chambre? Viendrait-elle seulement à bout de la laver et de la ranger ? Verrait-elle, près de cette lucarne, l'aiguille qu'elle tient au bout de son doigt? Il ne servira de rien d'apporter un pain sur cette planche, de donner quelques linges, une chaussure , des soins dans une maladie. Ce qu'il faut, c'est une maison habitable , la cellule d'un prisonnier, pas davantage, avec une fenêtre ouverte, pour que le soleil entre par là. Il faut que la mère puisse acheter un berceau et trouve à le placer; il faut qu'elle accoutume les yeux de son enfant à se reposer sur des murs bien propres ; qu'elle colle sur la muraille une pauvre estampe ; qu'elle mette sur la fenêtre un pot de fleurs; qu'il y ait au moins une bonne chaise, pour que le père puisse s'y asseoir, quand il revient à la nuit, et prendre l'enfant sur ses genoux. S'il y a de plus, dans quelque coin, un bon livre, doux et cher compagnon de la veillée, qui donne de l'instruction et inspire de saines pensées, voilà un intérieur pour se reposer de la fatigue et pour sentir les plus doux et les plus nobles plaisirs dont le cœur de l'homme soit capable. Voilà, pour les petits êtres qui s'élèvent, une atmosphère saine et vitale; de l'air, un peu de comfort, de la bonne humeur, de chaudes amitiés, une provision de bonnes leçons et de joyeux sou-

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venirs; voilà, enfin, la plus grande, la plus noble, la plus sainte, la plus nécessaire des institutions, voilà la famille ! Mais n*oublions pas que le seul moyen de la faire renaître, c'est d'abord de lui faire son nid.

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