L'ouvrier de huit ans Jules Simon
Après les évéïimik^ls qui mu mis momentanément la Prusse a la tûte île l'Allemagne, il était raisonnable de se préoccuper des moyens d'augmenter notre piiissaucf: militai™ et d'empêcher que les anciennes proportions entre les deux États fussent interverties; mais il ne fallait pas, comme quelques écrivain- i imagination trop vive, parler de l'éventualité, même lointaine ot invraisemblable, d'une invasion de la France.
La France a été envahie une fois. Elle venait d'effrayer le monde en un quart de siècle, d'abord par sa révolution, et ensuite par une série de guerres souvent injustes et toujours heureuses. Elle avait à sa tete tin général poor qui la guerre était un besoin et la victoire une habitude, dont la volonté ne trouvait pas d'obstacles au dedans, et n'en voulait pas subir au dehors. Comme elle
avait perdu pour son propre compte cette sécu rite qui résulte de l'empire incontesté des lois, on pouvait la regarder avec juste raison comme un obstacle à la sécurité de l'Europe. Cinquante ans seulement nous séparent de ces aventures héroïques ; et pourtant, soit qu'on envisage les institutions ou les hommes, on sent qu'elles ne peuvent plus renaître. Quand la France a voulu guerroyer, pendant ce demi-siècle, elle a porté ses armes en Afrique, aux deux extrémités de l'Asie, au nouveau monde ; une seule fois depuis la guerre d'Espagne elle s'est montrée sur un champ de bataille européen, et c'était pour !a plus juste et la plus populaire des causes. Même dans cette campagne arrêtée si tiH, trop tût au gré de bien des esprits, elle a montré qu'elle avait pour le moins autant dp modération que de bravoure. En vérité, si le second Empire venait déclarer lui-même qu'il est menacé d'un Waterloo, il faudrait refuser de le croire.
Quand le gouvernement, dès le lendemain des victoires de la Prusse, a formé une haute commission militaire pour aviser à la réorganisation de l'armée, tout le monde a compris et approuvé ses motifs. Quand le plan longuement préparé par les maréchaux a été rendu public, tout le monde a été douloureusement surpris de lcnormité de la demande.
LA POPULATION
Jamais plan ne fut plus audacieux ni plus éphémère. Annoncé à grand hi'iiit, il a été abandonné avec une promptitude et une facilité qui montrent bien l'absence de système dans les hautes sphères du goiivenirniicnt. et la force do l'opinion, quand seulement elle daigne se faire sentir. Ce projet, désormais rejeté par ses auteurs et ses patrons au ranj.' des hypothèses et des chimères, n'en e;r pas inniii^ 'ransidéniïde puisqu'il a été proposé solennellement, et qu'il a eu pendant quinze jour* des l'iinii!" c-;i de succès.
Le projet de la commission n'allait h rien moins qu'à pouvoir mettre en ligne au premier coupdebaguelu> une armé' 1 de 1 .'.'32, 21"» hommes. Encore faut-il remarquer qu'on réclamait une armée active de 480.000 hommes, une réserve de 480,000 hommes, une garde mobile de 480,000 hommes, c'est-à-dire un sacrifice total de 1,440,000 hommes; car les pertes ordinaires et les déchets, évalués h 207,785 hommes, diminuent la force de l'armée, sans diminuer la charge imposée aux familles.
On ne peut s'empêcher de se rappeler qu'en 1780, "l'Assemblée constituante croyait faire beaucoup en demandant 150,000 hommes de troupes réglées et 120,000 hommes de milice avec une dépense de 80 millions. Personne, assurément, ne songe à juger l'une par l'autre
n'est-il pas navrant d'avoir tant parlé de progrès, d'avoir tant répété qu'on touchait an règne du lion sens et rie la raison, pour aboutir, après soixante-quinze ans, à quadrupler les armées permanentes?
Il est vrai qu'on ne veut pas enrégimenter ces 1,4-10,000 hommes d'un stul coup. On les divise par tiers. On prend seulement 4M), 000 hommes pour l'armée active. Vient ensuite la réserve divisée en deux bans, de 2-10,000 hommes chacun. Le premier ban reste à la disposition du ministre de la guerre pour renforcer au besoin l'effectif des réi:imeiits; c'est un appendice obligé
ban sont plus heureux; ils ne servent qu'eu temps de guerre, et il faut pour les appeler un décret de l'empereur. On peut se demander ce que signifie ce mot : en temps de guerre. Est-ce une garantie? Sommes-nous, à l'heure qu'il est, en temps de paix, ou en temps de guerre? La'guerre que nous faisons, ou que nous faisions à Juarez, est-elle une gunm ? tfut'iir.vi-il pour nous mettre en état de guerre d'une révolte en Algérie ou en Cochinchine? Après tout, rien n'est plus près de
la guerre que la pais. Entre l'une et l'antre, il n'y a qu'un trait tle plume.
Enfin, les 480,000 hommes qui composent la garde mobile Pt achèvent cistr.fi armée d'un million et demi lie soldats, sans laquelle on croyait, au mois île janvier, que nous risquions d'être envahis, peuvent être, comme le deuxième ban de la réserve, appelés par un simple décret en l'absence du Corps législatif; mais la Corps législatif n'est pas plus tôt réuni que ce décret doit Être transformé en loi. Cette formalité constitue toute la différence entre le second ban de la réserve et la garde mobile. Xous lonl^-Hais que l'interventkm du Corps législatif n'est pas une mince garantie. Elle nous laisserait sans objections si, au lieu Je commencer par faire par: ii' la facile mobile et de finir par assembler le Corps législatif, ou suivait la méthode inverse, qui n'entraînerait pas de lenteurs, car le Corps législatif serait prêt avant l'intendance. La commission parait avoir oublié qu'un vote peut être négatif. Et s'il ne pouvait pas l'ôtre, où serait la garantie? Supposons qu'il le soit. Le décret, qui devait Être ratine par une loi, n'est pas ratifié, il devient nul. Qu'arrive -t-ilî Comme tout le monde dans notre pays, gouvernés et gouvernants, gouvernants surtout, respecte scrupuleusement la légalité, les hommes de la garde mobile, déjà partis
ou embarqués, redeviennent immédiatement citoyens; ils déposent leur équipement et leur armement, fut-ce sous les yeux de l'ennemi, et rentrent au plus tôt dans leurs foyers. Toutes ces perspectives, où éclate l'habileté île la îiaute commission militaire, ne sont qu'à demi rassurantes.
Le Moniteur nous promet que cette organisation nouvelle fera de nous un peuple invincible, — nous le croyons sans peine, — et un peuple parfaitement discipliné : — sans doute. Voilà ce qu'un peuple gagne à devenir, suivant le mot de Napoléon l Dr , ou un couvent ou une caserne; mais il faut voir aussi ce qu'il y perd.
Il ne suffit pas de dire : Tout Prussien est .soldat, tout Suisse est soldat, donc tout Français peut ou doit èlre .soldat: car il faudrait décréter aussi que tout l'rani.-nis san Prussien ou Suisse. Chaque peuple a ses qualités et ses défauts. Les Prussiens, par exemple, aiment ;i titre disciplinés; la discipline est moins dans le goût de la nation française, qui change plus volontiers de constitutions que d'habitudes. Les Prussiens euxmêmes n'accepteraient peut-être pas leur organisation militaire si elle leur était proposée aujourd'hui par M. de Bismark. Elle a été imposée à la nation dans un temps où les idées de liberté étaient moins répandues, et à présent on la
LA POPULATION
garde, ce qui est tout autre chose que de la créer.
Il ne faut pas croire non plus que le service militaire soit aussi dur chez nos voisins qu'il le serait chez nous, si le rêve de nos maréchaux se réalisait. L'organisation militaire de la Prusse, qui existait longtemps avant la bataille de Sadowa, et qui n'a pas rendu la Prusse victorieuse dans toutes ses campagnes ', comporte, comme ie projet de la commission, une armée permanente composée de l'armée en service actif et do la réserve, une landwehr. divisée en premier et second bans, et une garde nationale mobile, ou
< Le intime actuel de l'armée prussien.» > Ut injure se™ la direction du gtntnl Scliarnl.orjl. officier hnDvrûn [misé an
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l'arméo prussienne. 11 fut définitivement ort-aniso pur In loi ,lu 3 septembre 1814; les modifications successives nnl surtout porté sur la durée du service iiolif et du sTvi.c dans la réserve, tl sur !a fin .;!|m ,;u i : il:-.-!: ap;u-li-. ['.: 11(11. nu li! 3 ni", s i:k
1s 1" février 1860, »t qni a èlé si longtemps uns occasion de
service (Oui Itî dmpHrax, et h. 1 ans le temps do service dons la réserve. Quant nu pruusH' «: :iu seemid l'an d» la latldwotir, leur organiialion n'a pas varié depuis iMni.idiotsl. Le roi, par lu. réforme de 1800, a porté la lovée uraneUe du chiffre primitif do 40,000 homme* a celui de 40,000.
l'ouvrieh DE HUIT ANS
Intidslurm. La lamlsturm nWiste guère o ue sur le papier; la laisil v. ^lir. dont In service est trèscharge très-lourde pour le pays, car les hommes qui la oomposant peuvent être appelés au service par une simple décision royale, sans intervention, même rétrospective, du pouvoir législatif. Mais l'armée active diffère Je l'orgu m nation proposée par plusieurs caractères essentiels. Ainsi, on ne prend pas toute la population valide; l'État ne demande que 60,000 recrues par années, et seulement depuis 1800, car avant la dernière réforme, le chiffre île la levée annuelle n'était que de 40,000 hommes. Si la population valide dé-
et de médecins, après avoir éliminé les hommes impropres au service, procèdi! au tirage au sort entre ceus qui restent. Les numéros les plus élevés sont pris les premiers, jusqu'à ce que le nombre d'hommes imposé au canton soit complété. Les autres sont dispensés de servir sous le drapeau et entrent immédiatement dans k réserve. Les jeunes soldats désignés par le sort, et non pas, comme on voit, tous les jeunes gens de vingt ans, forment les régiments de ligne. Le temps de présence sous le drapeau n'est que de
trois uns, tandis que la h;iu;.e commission nous en demande six : encore obtient-on presque toujours de passer dans la réserve au bout de deux ans et demi. Cette durée de trois ans est celle que la loi de 1814 avait fixée; en 1832, on la réduisit à deux ans, et vêla dura jusqu'à Ïf-Tii, époque où l'on parvint, non sans rencontrer beaucoup d'opposition, i\ rétablir chiffre primitif et à porter à quatre ans le temps de service dans la réserve. Ajoutons que les corps, en temps de paix, ne sont pas nécessairement nomades comme nos régiments; ils sont en général recrutés dans une même province, et ils y séjournent le plus souvent, ce qui permet aux jeunes gens de ne pas interrompre, à vingt ans, leurs études et leur carrière '. Les fils de famille ont même un moyen d'échapper a la rigueur do la loi, et de réduire des deux tiers la durée de leur service sous le drapeau. Il leur suffit pour cela de prouver qu'ils ont fait leurs études dans un gymnase ou de passer un examen *, et de contracter
' Ln loi prouienDa esempio Los docteurs en théologie; elle
decino peuvent cotn-r 'Inns IjiniH'i: i ji* médecin» milïUîro.
*t roui,- ^-.ir un i/rr.[.nr:ii:iiiL^ ainlugiio, iiuoiiiii': ini>jris ùt^iiiiii.
14 l'ooykies de huit ans
h 18 ans ou i\ 19 ans un engagement volontaire d'une année. Us s'équipent à leurs frais. Le matin, ils sont tenus d'assister à tous les exercices. Us portent l'uniforme de simple soldat, mais mieux coupé et en drap plus fin. La parade terminée, ils obtiennent la permission de reprendre l'habit bourgeois et leur liberté jusqu'au lendemain. Ils (lemfnnviit où ils veulent, se nourrissent comme ils l'entendent, et ont en général toutes leurs après-midi libres pour vaquer à leurs plaisirs ou à leurs affaires. Ils se trouvent ainsi libérés à peu de Irais du servico actif sous le drapeau avant l'âge où nos enfants tirent ù la conscription ; mais ils ne sont libérés que de la présence sous le drapeau en temps de paix. Ils font partie de la réserve, comme disponibles, pendant six ans, et c'est en ce sens qu'on peut dire que tous les Prussiens sont soldats de 20 à 27 ans, savoir : les uns, ceux que le tirage au sort a favorisés ', eu passant sqitanih'es dans la réserve; les autres, ceux qui ont subi l'examen, en passant un an sons le drapeau et six ans dans la réserve ; les derniers, enfin, qui forment le plus grand nombre, en passant trois ans sous le drapeau et quatre ans dans la réserve. Il n'}' a pour personne ni exonération, ni remplacement, ni substitution.
1 Environ nu diiicme des jonnos genl dfalarci proprts ou
LA POPULATION
L'interdiction de se marier sans autorisation n'existe, en Prusse, que pour les soldats de l'armée active, peniiarit qu'ils sont sous le drapeau, et on n'a jamais eu la pensée de l'étendre aux soldats de la réserve '.
Telles sont les principales différences de l'organisation prussienne et de celle qu'on nous a un moment proposée. Quant a la Suisse, qu'on nous présente aussi quelquefois pour point de comparaison, c'est toute autre chose. La Constitution fédérale contient cette phrase terrible: - Art. 18. Tout Suisse est tenu au service militaire. - Et la loi fédérale du 8 mai 1850 la commente d'une façon plus terrible encore dans ses articles 2 et 5 qui sont ainsi conçus : « Art. 2. Le service militaire est obligatoire dès l'âge de 20 ans commencés à l'âge de 44 ans révolus. — Art. 5. Le remplacement militaire est interdit. - Ts'ous pouvons raûmo ajouter qu'on étudio en ce moment les moyens d'augmenter l'effectif de l'armée 3 , et
1 H fan! dire qu'en Prasso i] n'y ■ gnoro d'exemplec de mariages contractes avant vingt-quatre ans.
: L'armée fïili-ra!>> in-isl Oirc ['viJui'e rumine mit :
Elite HO.OOO hommes.
Révsm 15.0(10
LaniHeht 75,ooo —
Total 800,000 hommes.
Le nombre Jcs citoyens agis de 30 a -14 ans révolus ut de 123,850'. Ainsi plus us la moitii échappe nu service militaire. Le recrutement île chaque année, c'est-à-dire le .chiffre total des
16 l'ouvribu de h dit ans
qu'on a proposé do rendre le service obligatoire
jusqu'a50aiis.Seulcmeiit,ilfauts'enteniIresi(rce
mot do service militaire. L'armée suisse comprend
nière instruction est de 28 joi
Vue pnmBn lovw,J8 23 t SU anj..
Uno UCùnit levée, 3m SI k 39 uns..
•'si .1 -. . tu- i. ... | ji 4.».'ut,i
ToIqI 239,01» fanon».
Do 40 à ES uni Ici iiomines ieniicnt dssseî Joui la kndmhr non «rj;»tiii>v; leur mjtt.We s\'10icr:ii[ \ 130,1100. Toïnl jreucniL 369,000.
S'usii .l-'vi.iis cos «uMigncraenls ii 1 ' uK: i itc-ji ; ih - ■ .ii- M. CI arl-'S
I ri !i j ii.il. !■ Hit lU'.r -.L'Ktm i , S l.- ] i-.rli.'ia-;li! la i:i:ivi-,