LOOVBIBB DE HUIT ANS
pour la matière première et le combustible, et que tout nofre espoir est dans la main-d'œuvre. Préparons d'avance des ouvriers forts et instruits. Un père de famille qui veut être aidé un jour et remplacé |>ar son fils, commence par le bieu élever. Si ce n'est par tendresse, c'est par calcul. Huit heures do travail effectif à huit ans. cela ne fait guère moins de neuf heures d'atelier, et encore à la condition que la loi ne soit pas violée, celte loi de 1841 sans contrôle, sans inspection efficace. Quel temps reste-t-îl pour l'école au bout de ces neuf heures? Dans quel état l'enfant y arrWe-t-iH II y traîne son corps épuisé, mais OÙ est l'esprit? L'esprit abattu, alourdi, impuissant, entend sans écouter, et ne relient rien. Consulter les maîtres d'école : ils auront bien vite discerné l'enfant qui a donné six heures à l'atelier et celui qui en a donné huit. Cet écolier, qui ne l'est que de nom, une fois sorti de l'école saura ripcter et ne saura pas. lire ; il saura signer ou copier une lettre et ne saura pas écrire. Le semblant d'éducation qu'il a reçue ne lui servira ni pour s'élever, s'il a de l'ambition et de la ca-
trun s formation d'industrie, il n'aura pas cette
facilité de trouver «ne nouvelle carrière qu'une bonne éducation peut seule donner. Son ignorance est un malheur pour lui et un danger pour la patrie. Il ne sera pas môme un bon ouvrier, il n'aura pas cette compensation : le travail lies manufactures ne développe qu'une habileté toute spéciale. Un serrurier se fera forgeron, un menuisier se fera rampiste ; un fileur ne sait que coniiuire la mule-jennv, un tisseur n'a d'autre ressource que sa navette. Il ne lui reste pas même la dernière et la plus humble des ressources, la force corporelle. Le métier qu'il fait dès son bas âf,-e le condamne à «Ire débile toute sa vie. En doutez- vous? Alkv assister au f ir.iye au sort dans une ville industrielle; ces enfants de vingt ans
de révision; vous apprendre/ romliien le contingent est difficile à former. Ne prenez pas même cette peine, tenez-vous à la porte des fabriques au moment de la sortie ; vous verrez de vos yenx ce que deviennent en peu d'années les enfants enfermés huit heures par jour dès l'âge de huit ans. Ne vous suffit-il pas de connaître les résultats? Voulez-vous eu pénétrer les causes? Entrez dans l'atelier, mais n'y entrez pas pour une heure; passci-y une journée, revenez le lendemain, faites-vous une idée de la durée et de la continuité du travail. Ce n'est pas tout : suivez
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l'enfant dans sa demeure; assistez à ses repas. Cet ouvrier de huit ans, qui a travaillé huit heures et passé ensuite deux heures et peut-être trois à l'école, ost-il bien nourri? A-t-il au moins, pour parler plus clairement, une nourriture suffisamment réparatrice? A-t-il un bon lit? A-t-il même un lit? Si cette vie si dure ne lui assure pas dès à présent le bien-être, que pensera-t-il plus tard de la société? Et que deviendra-t-il au bout île dix ans, quand sa famille ne sera plus là pour le soutenir, si ses forces ont été épuisées, paralysées au moment où le corps grandit et se développe ?
Hrliis ! qui' pArhiiis-iifnis <l<< Hevi' ? C'est Su vie elle-même qui est en péril. On esc à peine invoquer les tables de mortalité, dont le témoignage est accablant. Quel père de famille, quel patriote, quel homme do «cur pourrait se consoler de ces générations enghmiies ou atr'ipbiées, de ces enfants condamnés à la fatigue dès le berceau, de l'instruction rendue impossible nu dérisoire, des familles désolées, de la dépravation précoce? lit cependant, pour guérir tant de maux, que faut-il? Il ne faut aucun sacrifice. Il suffit de vouloir.