‹ L'ouvrier de huit ans Jules SimonChapitre 11 sur 21 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Que la loi gai limite le travail 'les enfants doit (lee rendue plus générale, cl la lai .qui règle les cmâilioni île l'apprentiswgt plus efficace.

Libitoxl t-, Ci

Tout le momie est à peu près d'accord pour trouver que la France est trop administrée et trop réglementée. Le gouvernement lui-même semble être de cet avis, puisqu'il vient de reviser la loi du 4 niai ISulj. i >n .1 émancipé an peu, bien peu. par la loi de 1800, les départements et les

•'Uiifi jik 1, . n I. rijt I I- 1. | ■nv r i. v.j-.r.i tml l« souffle est, dit-on, aux réformes, d'émanciper aussi les individus, ne fût-ce que pour leur permettre de se livrer aux bonnes œuvres avec plus de dignité et de plaisir. Nos lois font à l'initiative personnelle une guerre impitoyable; elles ont fini par rendre le dévouement ou impossible ou difficile, et bU'iili'a nous ne pourrons plus faire le bien que par voie de pétition.

Au milieu du courant d'idées qui entraîne les meilleurs esprits vers la décentralisation, il semble qu'on commette un anachronisme en de-

mandant un redoublement do sévérité dans les lois lui limitent le travail des enfants ; mais il n'en est rien, et la contradiction n'est qu'apparente. Personne ne songe à détruire la centralisation, ni à se passer de règlements : on n'en condamne que l'abus. C'est violer la liberté que de réglementer le travail des adultes; c'est la servir que de protéger la sauté et l'intelligence des enfants contre dos calculs égoïstes et cu-

La loi de 1841, en défendant aux parents de placer leurs enfants rhns les manufactures avant huit ans révolus, gêne un pou la liberté des parents, et la même loi, en défendant de faire travailler ces enfants plus de huit heures par jour et de les faire travailler la nuit, gêne un peu la liberté des fabricants. Cependant n'est-ce pas une excellente loi, une loi nécessaire et profondément humaine? Il y avait, avant cette loi, des enfants de sii ans dans les manufactures; on les y tenait enfermés punlant la journée entière, et la journée était alors de treize ou quatorze heures. Ces pauvres êtres avaient encore bien souvent un quart de lieue ou une demi-lieue a faire pour rentrer chez eus après treize heures de fatigue. Ils n'y trouvaient pas toujours un lit. Les ateliers n'étaient pas à cette époque dans les conditions hygiéniques où nous les voyons. Ou

disait que pour faire tenir debout ers ouvriers de six ans durant la journée entière, il fallait emprisonner leur* jambes dam une boite de ferblanc : ee détail souvent répété dans les livres et dans les discours, et qui n'a pas peu contribué à exciter la pitié, est très - probable ni eut apocryphe. Il n'y avait pas dans les ateliers d'instruments de torture; mais ces interminables journées, ce long travail imposo a de si faillies coïts, cette absence d'air et de mouvement, cette solitude, ce défaut absolu de soins et de tendresse, ne tardaient pas à triompher des constitutions les plus saines et à causer la mort ou îles maladies incurables. La loi de 1811, qui devait mettre fin à tant d'abus, remédier à tant de douleurs, ne fut pas votée sans peine; cela tient sans doute à ce que peu de personnes avaient pénétré dans les ateliers, et vu de leurs yeux ce qui s'y passait. On invoqua contra la loi l'intérêt des fabricants : quel intérêt? Ils n'en avaient aucun, et quand ils en auraient eu! On parla moins du droit des pères de famille; c'est qu'au fond le droit de faire travailler un enfant de moins de huit ans pendant douze heures par jour ne diffère guère du droit de le tuer. Si ce mot parait une exagération, que l'on consulte les tables de mortalité, et Ton se convaincra qu'il n'est que juste. La loi passa néanmoins, aux applaudissements

218 l'olvbieh de huit ans

de tous les gens île cœur, et l'on put constatar presque immédi;uement qu'elle n'avait aucun insultât funeste pour l'industrie, et qu'elle en avait d'excellents pour l'hvy-iùiic publique. Elle a rendu les plus grands services partout où elle a été bien observée. Ce qu'on lui reproche aujourd'hui avec pleine raison, c'est de manquer d'une sanction efficace et do laisser encore au travail des uiifaut^ une trop grande latitude. Soi: mérite «si d'avoir posé le principe; son défaut, de l'avoir appliqué très-imparfaitemmit. Il est urgent, pour la compléter, de créer un corps d'inspecteurs salariés, comme en Angleterre, et de réduire le travail des enfants dans les manufactures à la demi -journée. Cola doit se faire, et cela se fera.

Mais la loi de 1841 a un autre malheur : c'est de s'appliquer à trop peu d'enfants. Ceux qui l'ont faite ne l'ont guère considérée que comme un essai ; ils ont avoué dans la discussion qu'ils avaient peur de généraliser et qu'ils voulaient procéder avec une sage Valeur. 11 est regret table

ment cela est pussililu à présent que le succès est constaté. Est-ce timidité? Est-ce négligence? La timidité n'a pas de prétexte, la négligence serait coupable. Voici l'article 1 er de cette loi : » Les

enfants no pourront t>tr<! employés qne sous les conditions déterminées par la présente loi: 1° dans les manu factures, usines et ateliers à moteur mécanique ou à feu continu, et dans leurs dépendances; 3° dans toute fabrique occupant plus de vingt ouvriers réunis eu atelier. - Cela revient à dire que la lui réglemente uniquement le travail de» enfants dans la grande industrie. On se demande, en lisant cet article, si la grande industrie emploie plus d'enfauts que la petite et lus occupe à un travail ]ilus fatigant.

Or, il n'en est rien. D'abord , pour la fatigue, les professions sont si variées dans la petite iudil-ll'h" rsL (lil'lioil'! '!c invjiusur 111:1' 1 1J 1 1 : i ! 1 ■

générale ;. mais il est clair que, dans la grande industrie, le métier île rattachour, celui de lanceur, celui de margeur sont au nombre des moins fatigants, et qu'ils s'exercent dans des ateliers plus salubres que ne le sont ordinairement ceux île la petite industrie. Pour le nombre, il n'y a pas île comparaison possible. Un recensementqui remonte ;'i isril donne, pour la grande industrie, 2,0114,370 ouvriers ; pour la petite industrie, 7,810.150 ouvriers; pour l'industrie agricole , ^ <>,:;.""> 1 ,0;>() ouvriers. I.a proportion entre les ouvriers et par conséquent entre les enfants était à peu près comme 2 est à 28. Supposons qu'elle ait varié depuis seize ans, comme

on n'en peut guère douter, car les progrès de la grande industrie sont manifestes : il n'en reste pas ] 11 oins irai qu'en limitant sa protection aux enfants employas dans la grarulp industrie, la loi ne protège pas la dixième partie dos jeunes travailleurs. Cela étant, que peut-on répondre au raisonnement que voici : une loi n'est juste que quand elle est nécessaire; aucune loin'est plus nécessaire, ni par conséquent plus juste que celle de 1841 ; cette loi est tout aussi nécessaire aux enfants qu'elle abandonne qu'à ceux qu'elle protège : donc elle doit étendre sa protection et ses bienfaits, non pas, comme elle l'a fait jusqu'à pÈVsr-iit, k une i'at.'t'Mi'ii 1 tW>~-['es:.ivint. ■ tU' ji'imes travailleurs, mais à tous les ouvriers iigés de moins de seize ans, quel que soit l'atelier où ils travaillent ?

Il n'y a qu'une seule objection, c'est que l'inspection, la constatation même des délits sera difficile dans les ateliers composés de moins de 20 ouvriers. Elle sera peut-être difficile , ce qui même n'est pas prouvé ; mais elle ne sera pas impossible, et cilu est ti'L'S-ni'cessuii'iî : e,cs dons points sont hors de doute. Un petit atelier, diton, est quelquefois la famille elle-même ; il faut craindre d'introduire une surveillance jusqu'au sein de la famille. A la bonne heure. Un atelier <le 1!) personnes est-ce une famille? Un atelier de

15, de 10 personnes, est-ce une famille? Est-il donc si difficile d'écrire dans la li>i qu'un atelier composé ilu père et de ses enfants ne peut pas Être surveillé? Que restora-t-il de l'objection une fois cette restriction faite? Une telle restriction n'est-elle pas pins raisonnable, plus rassurante et aussi précise que cotte limite de ~'0 ouvriers introduite sans raison appréciable dans la loi de 1841 î Ou n'aura pas même besoin de constater l'absence d'un étranger; cette constatation est toute faite par la loi sur les patentes. Il n'y a donc aucune difficulté, et il y a urgence. Ou supprimons la loi de 1841, ou rendo;is-la générale ; ou déclarons une bonne fois qu'il est loisible à tout lo monde de faire travailler un petit eu Tant dûs qu'il est en âge de se tenir debout, et de le faire travailler cliaque jour jusqu'A ce qu'il tombe en défaillance, ou, si nous croyons avoir lo droit d'intervenir pour quelques milliers d'enfants au nom de l'humanité et de la morale, intervenons pour tous. C'est déjà trop que cette distinction itiuoi.i:L'v:i':ik; cl injusti li/L'do ;iit duré sans protestation pendant plus de vingt-cinq ans. C'est trop pour notre honneur. Les Anglais ont eu plus d'entrailles.

Il est bien vrai qu'on a fait en 1851 une loi sur le contrat d'apprentissage, en faveur des enfants employés dans la petite industrie; mais

l'outbibb db tfon ANS

cette loi, qui est un progrès, bien qu'elle soit, comme la loi de 1841, fort incomplète, différa surtout de la première eu et! qu'elle offre sa protection sans l'imposer. Kilo rouit les contrats en laissant tout le monde libre de n'en pas faire; elle protège seulement cens qui réclament sa protection. Un enfant entre-t-il dans la grande industrie, la loi de 1841 exige qu'il soit àgc de huit ans au moins, qu'il ne travaille pas plus de huit heures par jour et qu'il fréquente assidû-

trie, il échappe à la loi de 1841 et à toute autre loi spéciale. Il .ne profile des stipulations de la loi de 18">1 que s'il prend la qualité d'apprenti, et il est parfaitement libre de ne pas la prendre.

Nous ne demandons pas qu'on enlève ;\ la loi de 18"il son caractère facultatif; il n'y a pas de raison suffisante pour forcer tous les jeunes travailleurs à souscrire un contrat régulier d'apprentissage ; mais, si nous analysons cotte loi, nous verrons qu'elle contient deux parties fort liHîiiicif'S. La jiroiiiièi'p [lariif! tiiuiic pour chaque jour la durée du travail suivant les âges; elle

enfants, sur la jmtrnén de travail, le temps nécessaire à leur instruction jusqu'à concurrence de deux heures. La seconde partie règle tout ce qui est relatif à l'enseignement de la profession.

A le bien prendre , c'est cette seconde parti?, et elle seule, qui traite du contrat d'apprentissage ; test ceile-la seule qui devrait être facultative. La première partie, au contraire, devrait s'é r tendre à tous 1rs enfants, qu'ils soient apprentis ou non. Ce n'est pus parce qu'un enfant devient apprenti qu'il a besoin d'être ménagé et d'apprendre à lire, c'est parce qu'il e-t un enfant, et jiai'iii! qu'il si 1 m ut! Imniiiii!. ( ni a tin ne i'ii i.it(. ■ I ■>

tandis que l'autre e^t i;l doit demeurer facultative. Cotte distinction est certainement très-importante, at c'est pour l'avoir négligée qu'on a laissé un si grand nombre d'enfants en dehors îles prescriptions de la loi.

La législation française était, avant la Révolution, un véritable chaos, lie-foudre toutes les lois d'après un -système unique, les faire entrer dans une coililic.ilit.tii régulière, de manière à éviter les contradictions et les doubles emplois, et à rendre IVtud.' de la j un-prii le:icn relativement

pays ; mais, comme il n'y a d'immuable dons la législation que la inorale et que la loi écrite est heureusement progressive, nous retomberons bien vite dans l'ancienne confusion, si nous faisons des

224 l'ogvjubb de huit ans

loi.- nouvelles sans avoir le soin de réformer en même temps les lois anciennes qui traitent de In même matière ou de matières analogues. Par •xeruplu. comment se fait-il qu'on ait promulgue en 18~>I in» 1 lui sur le contra: d'apprentissage et qu'on n'ait paj même eu l'idée de réformer par la même occasion la loi de 1841 ^ur le travail des enfants dans les manufactures i 11 n'y a qo'â comparer ces deux lois, destinées l'une à réglementer lu grandi' industrie i't l'autre à réglementer une partie restreinte de la petite industrie, pour voir que, quand elles se rencon-

Ainsi les enfants ne peuvent être admis dans la grande industrie avant huit ans, mai» ils peuvent entrer à tout âge dans les ateliers de la petite industrie. Dans la grande industrie, tout enfant âgé do moins do douze ans ne peut être employé que huit heures sur viiifit-quatre, divisées par un repos. Dans la petite industrie, le? enfants au-dessous de quatorze ans, quel que soit leur âge, peuveul être enipluyi'S dix heures par jour. Dans la grande industrie, tout enfant audessous de dix ans est tenu de suivre une école ; les enfants au-dessous de cet âge n'en sont dispensés que quand un certificat donné par le maire du leur résidence atteste qu'ils ont reçu l'instruction primaire élémentaire; les chefs d'éta-

leur responsabilité lu'i^onnclle. Dans le système de la loi de 1S'>1 , si l'apprenti àei île moins de seize ans no sait pas lire, écrire et compter, le maître doit lui laisser prendre deux heures pour son instruction sur la journée de travail, d'où il résulte que, d'après la loi de 1841, le maître est obligé d'envoyer l'enfant à l'école, et que, d'après la loi de 1851, il est tenu seulement de ne

aller.

sion et en autorité, si on avait remanié on même temps toute la législation relative nu travail des enfants, voici ce qu'on aurait fait : on aurait mis dans la première loi tout ce qui est impératif, c'est-à-dire tout ce qui concerne la santé et l'éducation, et l'on aurait généralisé cette loi en supprimant les paragraphes 2 et 3 de l'article 1", après quoi on aurait mis dans la seconde loi tout ce qui est facultatif, c'est-à-dire tout ce qui n trait à renseignement de la profession.

La première loi, avec les modifications que le temps et le progrès des idées ont rendues néces-

» Article 1". Aucun enfant ne peut être cm-

I;i LTiiH'lt! un ilîiri;. la ]n'ti'i' i m iii-lrii\ avant ]Ïï£.'<i île huit ans révolus. — Article 2. Aucun enfant ati-dessous de seize ans ne peut être employé à des travaux de nuit. — Article 3. Aucun enfant au-dessous de douze ans ne peut être employé plus de six heures sur vingt-quatre. — Article 4. ï'ims U's ftiifants employas ilims la tTainlc! un dan» la petite industrie iront ù l'école, savoir : les enfants de huit ù douze ans tous les jours, les enfants de douze ;'i sfiza ans trois Cois par semaine. La durée de la classe sera de deux heures, prises, pour les enfants de douze à seize ans, sur la journée Je travail et en dehors des six heures de travail pour les outres. Les patrons seront obligés, sous peine d'amende, de tenir la main à l'exécution du devoir scolaire '. - Cette loi faite.

1 Ni.113 w f.iisons .j-.iM ■ 1 0 ■.- L- ■ | ■ i", ■■ r lV'i^jiMn l'mqia ou 185LI par qu'il [jttliLfUiL uouvciL^r m [ .i i r«i mji 1 1 11 *iinJilVMQat, Mno y

on n'aurait plus mis dans la loi relative aux contrats d'apprentissage que ce qui concerne les contrats d'apprentissage, c'est-à-dire l'enseignement de la profession. Telle est la première réforme que nous voudrions voir introduire dans la législation sur le travail des enfants.

Une seconde réforme, qui tient au même ordre d'idées, consisterait à rattacher à la loi sur l'apprentissage et a la loi sur le travail des enfants dans les manufactures une loi plus complète et plus pratique que celle qui a été votée en 1850 sur l'enseignement professionnel. Ce sont moins trois lois différentes que les trois titres d'une loi unique.

Nous n'avons pas à noua étendre ici sur l'enseignement professionnel , car nous pensons qu'on se donne inutilement beaucoup de peine pour le créer. Il existe depuis 1833, sous le nom d'écoles primaires supérieures, et nous en avons le type amélioré et perfectionné dans l'école Tnrgot a Paris et dans l'école la Martinière à

ctnbliet, soirant riiiiprlm-.ri.' dos district* mnnttfiiclorioti, par ■rront]iiM]neiitonp«r canton, pour jarvei! 1er r«fcuti<m dci loii

a Ol- I v : ][■■..''],.■ i,K ,[':;,■ :i.;T:i--.:r!i!i"il : l'.j,:'-. o.\i:- ]délern"nl définis jmr la lui de lïill, soigne p r „]iiiily;j.'-, iiuu-^-

. Élccdro cca niciurfs protectrice! nu Iravoil du fflltt el du

I.yon. A» lieu d<: laisser tomber cette excellente organisation, connue on a eu le tort do le faire dans ces dernières années, ou de la remplacer [iar des collèges industriels, au in'and détriment des études et sans avantage pour personne, on rendrait un grand service au pays, particulièrement aux familles d'ouvriers, en reprenant l'œuvre de 1833, et en multipliant dansParis et dans toute la France les écoles primaires supérieures. Nous affirmons sans crainte que, si on ouvrait demain une école Turgot dans chacun des arrondissements de Paris, il n'y aurait pas au bout de trois mois, dans une seule de ces écoles, une seule place vacante. Notez bien cependant qu'on n'apprend pas, dans ces utiles et nécessaires établissements, à Être tourneur, mécanicien, fileur, tisseur, ébéniste. On apprend ce qu'il faut savoir pour être un homme distingué dans sa profession, et même dans tmiU; pi'nfi'ssion ; mais on n'y apprend pas sa profession. Un ouvrier sorti de l'école Turgot a toutes chances do devenir contre-maître et même patron. Les premiers

chefs d'atelier. Quelques-uns entrent dans les écoles spéciales d'Angers ou de Chalons, ou même à l'Ecole centrale, ce qui en fait des ingénieurs. Une bonne éducation mène à tout. On peut voir dans le musée industriel de la Marti-

uière, inscrits sur un tali lu au d'honneur, les noms île ceux do sea élèves qui sont arrivés jusqu'à l'École polytechnique. Ce qu'il y a d'excellent dans ces écoles, c'est qu'elles secondent 1* ambition, quand elle est légitime, sans jamais la surexciter.

LV'.vle rl'; l j,T-.ri'!it!"?rigi' -st in'U autre rii,:--;

que l'école professionnelle. L'école d'apprentissage est celle ou l'on apprend un métier. Il y en a quelques-unes en France. La loi du 7 octobre ISIS avait organisé îles érnb's d'riji^i'enfij-."^i' j : ■ h i ; ; ■ l'iiijrv'iLlIn:'.'. 1 / 1 ■ ■ ■ ■ : ■ ■ ili's im à Marseille, est une écok il'apprcntis^igi; jiour la marine. l.'iiorlu^H':!; a iVules spéciales à Cluzes, à Besançon ; on s'occupe d'en fonder une à Paris. Mulhouse inaugure en ce moment même une admirable école de tissage. Les écoles d'arls et métiers de Chàlons, d'Angers, d'Aix peuvent être, a la rigueur, considérées comme des écoles d'apprentissage , puisqu'on y apprend à fond , théoriquement et pratiquement, l'un des métiers suivants : forgeron, fondeur, ajusteur, serrurier, tourneur sur métaux et menuisier. Déjà pourtant ces écoles s'élèvent au-dessus de l'apprentissage proprement dit; elles ne forment que des ouvriers d'élite ou des chefs ouvriers, et pour y être admis, il faut avoir fait un an d'apprentissage dans un atelier et en apporter le certificat.

Noua ne parlons (|ue pour mémoire des écoles vétérinaires, des écoles de mineurs, des écoles d'hydrographie, etc., puisqu'il ne s'agit ici que des ouvriers et des arts mécaniques.

Un décret du 12 février 1867 institue Hue commission chargée d'étudier et de proposer les mesures nécessaires pour développer les connaissances agricoles dans les écoles normales pri-

IiillLl''-s. iliim les iViile.-i cfiiuiiuillilli'S cl. iLill-i les

cours d'adulloi des communes rurales.

C'est une excellente idée de propager et de développer, par l'enseignement, les connaissances agricole*, il e-i. également très-utile et ti'éa-opportunde chercherai lepersonnel do l'instruction primaire peut rendre des services dans cette voie. Un des moyens dempèclier la dépopulation des campagnes au profit des villes est de donner des chefs à l'agriculture. En Angleterre, il y a toute une classe de gentlemen- farmers qui joignent a la pratique, dont rien no peut tenir lieu, les ressources pécuniaires et les connaissances théoriques; plusieurs membres de la gentry et même de la nobilily passent une partie de l'année dans leurs terres, et moitié par intérêt, moitié par patriotisme, ilf'vminiii ii r;i;.']'icuit.iirf' pïopremenf dite, ou h l'élève des chevaux et des bestiamc. En France, nous comptons très-pou d'hommes à la fois riches et éclairés qui s'occupent de faire

L'APPRENTI S SiQE 23]

valoir eux-mêmes leurs propriétés; dans la plupart de nos provinces, les fermiers ne font aucune étude, suivent la routine, apprennent tout au plus quelque chose dans les comices, manquent de fonds pour faire des expériences, ou mémo pour réaliser des améliorations dont l'importance a été constatée. Quand les chefs, pur ignorance, ou par défaut de ressources, sont, dépourvus d'initiative, et se contentent d'entretenir leurs terres

nir. Ils sont traités comme des domestiques, mal

lune, où l'c-pril iii 1 'j j L^iijL ;i ;i r l. jjl ni! ] a h ■ 1 1 1 1 ■ ■ 1 1 L aucune part. L'industrie, dans la ville voisine, leur donne un meilleur salaire, un travail plus assujettissant, mais moins fatigant, la lihorté hors de l'atelier, et les mille ressources, en distractions et en instruction, que ne possèdent pas les campagnes. Si vous créez, au contraire, pour l'industrie rurale, une classe d'hommes instruits, capables, entreprenants, le premier résultat sera d'améliorer dans des proportions considérables la valeur des terres; le second, de fournir aux paysans une occupation mieux rétribuée et plus attrayante; le troisième, il o diminuer l'écart entre les avantages immédiats du travail agricole et ceux du travail industriel. 11 faut donc applaudir a toute tentative ayant pour hut de rendre nos

232 L'otjvfflEn de huit ans

cultivateurs plus intelligents et plus entreprenants. Nous espérons que la commission nouvelle, (hns iaijiii'lk- ireu: jusiin'-'i l.vnis ;li.tlcu! leurs, n'aura pas l'idée île transformer un instituteur de village en prn fesseur d'école spéciale. Un bon instituteur ne s'improvise pas; le meilleur est entré, à dix-sept ans, à l'École normale ; il en est sorti instituteur adjoint, et n'a jamais quitté sa

Le bourrer de tbéorie, et lui faire un devoir de débiter sa science devant des fils de cultivateurs, ce serait aller directement contre le but qu'on se propose ; car il se tromperait souvent, et on l'accuserait toujours de se tromper. D'ailleurs, il ne faut pas tant d'écoles d'apprentissage. Si, par impossible, on réussissait a faire de tous les instituteurs ruraux de bons professeurs d'agriculture, il ne resterait plus iiu'ù les supplier de garder une grande partie de leur science pour eux, et do condescendre à enseigner l'iilpkibei, l'écriture et les quatre règles. On ne doit jamais s'écarter de ce principe que les écoles d'apprentissage sont bonnes pour faire des moniteurs et des contremaîtres, tandis que l'ouvrier proprement dit doit se former dans l'atelier, c'est-à-dire ici à la ebarrue. Que peuvent donc faire pour l'agriculture les

rVoU'j iiiirniali's et li 1 - écnlis l'iii'a'if- ' E'Ai-.i [niuvent et elles doivent Mrec^ qiiA mms appelons de-s

élémentaires fournissant une i|iiant.ité de connaissaii'-OK, thiiorii;»!.'.' er, j/orn'yalt:.-; i 1 !! elles-mème^. mais susceptibles d'une abdication spéciale à telle ou telle profession déterminée. Par exemple, dans l'industrie, une école spéciale est celle qui forme des maîtres tisseurs ou fitateurs, comme celle de Mulhouse; une école professionnelle est celle qui donne, outra l'enseignement élémentaire proprement dit, des notions de mécanique,

la première espèce dans chaque irrand centre industriel; il faut multiplier les autres autant que possible. Dememepourl'agriculture: l'agriculture étantdiverse en France à cause de la diversité du climat, on pourraîtavoir cinq ou six grandes écoles d'apprentissage agricole : l'une pour les céréales, l'autre pour la vigne, une autre pour l'élève des bestiaux, etc. Ces écoles, destinées à former de grands cultivateurs, à donner des capitaines à l'industrie agricole, n'ont rien do commun avec l'instruction primaire. Mais ce que l'instruction

grand nombre d'écoles rurales en élat de préparer des sujels pour les grandes écoles d'ap-

prentissage, et, pour cela, il convient d'y placer des collections de plantes, de graines, do machines, d'y introduire des livres faits tout es- , près, et d'y enseigner quelques notions d'histoire naturelle, et même, au besoin, de chimie organique. Nous n'avons pas de livres bien faits sur les races d'animaux, et les espèces de plantes employées ù la culture des divers pays, sur les instruments de culture, sur les engrais et les soins à donner aux fumiers, sur la composition des terres, enfin et surtout sur la comptabilité et ['■■'■ n:\tf.i\u- ,11; ri col i 1 . 'J:i>- U i-iiimui-.Mt.ji. -i n'A,' usr sage, insiste sur ce dernier point ; car c'est là que l'instituteur peut lieaiinnip, sans inconvénient. Le irrand secret de l'a^rii-ultnrc, r,Vst de proportion* ner les impenses au rendement, et le compte comparatif des déboursés et des recottes pour un animal ou une culture n'est pas possible à établir pour un cultivateur qui ne connaît pas même la tenue des livres. L'art de s'enrichir ne consiste ni à dépenser ni à économiser, mai) à faire l'un et l'autre a propos et en connaissance de cause. Nous insistons sur ces détails, parce qu'il est impossible île ne pas désirer ardemment les progrès de l'agriculture, quand on est à la fois patriote et moraliste '.

U Litorti cirilr, cli. 3. TroiiKniu iHilion,

M- '-il ]sri-isi!)le. comme fj'.]i'li|iics [liTSiiiiiii'S l'i.nt révé, de remplacer partout l'apprentissage dans les ateliers par des écoles d'apprentissage? Nous n'hésitons pas a dire que cela n'est pas possible. Il y a deux objections i^'aleiiii'iit invincibles. La première, c'est la dépense. Nous la dédaignerions, s'il ne s'agissait que de quelques millions. Il s'agit au coiitriiirn d'une diseuse supérieure a celle de l'enseignement primaire et de l'enseignement professionnel réunis. En effet, une école d'apprentissage est une école sans doute, mais c'est encore plus un atelier qu'une école. Que fera l'Etat dans l'hypothèse de nombreuses écoles d'apprentissage? Prendra-t-il des élèves pour leur temps, comme les autres patrons?

Alors il faut qu'il se transforme en entrepreneur. Se fera-t-il payer? Dans ce cas, pour aspirer à être ouvrier, il faudra être fils de famille. Enseignera- t-il les professions gratuitement? S'il le fait, il se ruinera. Il y a plus : s'il enseigne le métier atout le monde, ii l'enseignera mal, et c'est la la seconde objection, tout aussi forle que la première. Il est impossible que l'école d'apprentissage remplace avantageusement l'apprentissage dans l'atelier, parce qu'on y sacrifiera, toujours involontairement la pratique a la théorie. A cet égard, il faut distinguer entre les ouvriers d'élite et les ouvriers ordinaires, entre les profes-

230 t'OL'VBIER DE HUIT ANS

sions faciles et celles qui il aman il eut une habileté

Autant il serait impraticable de supprimer partout l'apprentissage pour le remplacer par des écoles, autant il est avantageux, pour l'industrie nationale et pour les ouvriers euxmêmes, de placer dans les grands centres industriels quelques écoles spéciales, en petit nombre, bien pourvues do rftssuurcua ot de maîtres, qui

des ateliers. 11 est, par exemple, hors de doute que l'école de tissaso fondée à Mulhouse rendra les plus grands services il la fabrique française. Elle réunit dès à présent un assortiment des machines les plus parfaites et sera constamment tenue au courant des perfectionnements mécaniques et des améliorations dans les procédés de préparation et de teinture. Les élèves qu'elle IV'i'iiHM'a |n^-i''ili'!''!nt à fiiEiil i;\ tîiéeri'! comme la pratique de leur profession, et ils auront gagné, dans la fréquentation des plus habiles praticiens, ce point d'honneur professionnel qui est d'une importance inappréciable pour le développa ment d'une industrie. Est-ce à dire que les fabriques de Mulhouse vont manquer d'apprentis, et que les ouvriers vont aller se former a l'école de tissage î Ils n'y penseront même pas. et il suffit île

i/appbknussage 237 voir l'école, sans parler de son règlement, pour comprendre qu'on n'a pas on vue les futurs ouvriers, mais Lion futurs patrons. On forme, sans doute, des ouvriers dans les écoles d'horlogerie, seulement il faut se rappeler ce qu'est un bon ouvrier horloger : c'est un mécanicien, un artiste. Avec une petite mise de fonds, il peut aisément devenir fabricant et marchand, parce que pour la ri' 1 parai ion et même pour la fabrication des montres à l'usage civil, il n'est pas nécessaire d'avoir un atelier; le maître suffit avec un apprenti et un compagnon. D'ailleurs, les petits horlogers, qui ne font que du rhabillage et des réparations, n'iront pas se former dans une institution spéciale ; Ivui s W'iit'iiny sont trop restreints pour qu'ils niïnmtcnt les dépenses qu'une pareille résolution leur imposerait. Le plan que nous avons sous les yeux d'une école fondée ou projetée à Paris par M. Mildé en fournit la preuve. Cette école est gratuite, mais l'élève donne en entrant, à titre de cautionnement, une somme de cinquante francs, qu'à la vérité on lui rend plus tard ; il paye cinq francs par mois, pendant vingt mois, pour l'outillage, et c'est un avantage énorme au lieu d'une charge, car l'outillage coûte ordinairement trois cent cinquante francs. Il n'est reçu qu'après un examen dans lequel il doit prouver qu'il sait passablement l'orthographe, la

Page 1