‹ L'ouvrier de huit ans Jules SimonChapitre 4 sur 21 · LOUVEIBB DB HUIT ANS · texte numérisé non relu

LOUVEIBB DB HUIT ANS

qu'une nécessité Miliic jiai' le vendeur, comme la proportionnalité du salaire aus services rendus est une nécessité subie par l'adu-teur. Il y a sans doute, a côté de ces doux, que-lions êcoi lu iniques, une question de justice sociale, car il est juste que le salaire seh prouui-tioimel ans services, et il est juste que le travail nourrisse l'ouvrier; mais ce n'est pus de la question de justice sociale qu'il s'agit ici, c'est du l'ait et de la loi naturelle. Comme l'acheteur est obligé, par la concurrence, à faire les plus grandes économies possibles, le

indépendamment des lois que les ho:

vent ou doivent faire. Certes, en toute o nous sommes prêts à soutenir qu'on ne doit pas traiter l'homme comme une marchandise, et que toute société a des devoirs envers ses membres, même inutiles. Mais si l'on ne parle que des lois naturelles qui régissent la vente et l'achat, ces lois sont que, dans le louage d'ouvrage, l'acheteur fait le plus d'économie possible, et que le vendeur ne peut accepter un salaire inférieur à ses besoins.

Voici maintenant une troisième loi, tout aussi nécessaire que les deui premières : c'est que, quand les vendeurs se font concurrence pour

deuxième loi, ils ne peuvent descendre nu-dessous. Or les vendeurs d'ouvrage ou de travail se font toujours concurrence pour être acceptés, si ce n'est quand ils possèdent une capacité exceptionnelle, car alors ils sont demandés au lieu de s'offrir, ou quand ils se coalisent; mais la coalition n'a de cliances de succès durables que quand elle a pour but de résister à la violation d'une des lois économiques. La concurrence entre travailleurs est donc inévitable, et elle a ce caractère, que, n'ayant pas le moyen d'attendre, ils font leurs rabais s ir-lo-cliamp.

De ces trois lois réunies résulte la démonstration que les femmes seront toujours employées de préféi'i'in^ aux hommes, toutes les fois qu'elles s'ofi'i'ironl pour faire le même ouvrage aussi bien et dans le même temps, comme il arrive dans la plupart des travaux des filatures et dos tissages mécaniques. En effet, une femme a moins de besoins qu'un homme. Disons tout, osons dire le mot cruel et juste r elle mango moins ! Nous ne voulons pas dire qu'une femme supporte plus aisément qu'un homme la privation de nourriture suffisante, quoique cela même soit vrai. Nous disons simplement, et cela

n'a pas besoin d'être prouvé, que la nourriture suffisante d'une femme coûte moins que la nourriture suffisante d'un homme.

sens, en cequiconcamelaFrance, obligée, depuis le traité Je commerce, à lutter avec l'Angleterre, non pas tout a fait a armes égales, mais avec ses armes naturelles. Les éléments de la concurrence sont le capital, les machines, le combustible, la matière première, la main-d'œuvre et la vente. Le capital passe pour être plus fort en Angleterre, ce qui est, a notre sens , un préjugé : ce qui est vrai , c'est qu'il est mieux outillé qu'en France, où les lois, en matière de succession, d'association et île crédit, sont plutôt gênantes et restrictives. Le combustible et la matière première sont plus abondants chai: nos voisins et à meilleur marché , ce qui leur donne aussi la supériorité pour les machines, qui sont ellesmêmes un produit manufacturé, dépendant des prix du fer et de la houille. Quant à la vente, le marché anglais est bien supérieur au notre, pour trois raisons : la supériorité de la marine, celle du corps consulaire et la clientèle acquise, ce qui est d'un grand poids en matière de commerce. Reste la main-d'œuvre, dans laquelle il nous faut non-seulement l'égalité, mais la supériorité, puisque c'est notre seul moyen de cou-

currence ; et la supériorité île la main-d'œuvre ne peut résulter que d'une de ces deux conditions : ou des ouvriers supérieurs aux mêmes prix, ou des ouvriers égaux à moindre prix. Nous ne prétendons pas qu'il nous alisakimcut impossible de lutter par les autres moyens ; nous voulons croire, nous croyons le contraire. .Nous pouvons certainement créer en Franco une batellerie, améliorer nos voies de communication de toutes sortes , réformer nos lois , réorganiser notre corps consulaire , mais au pris île quels efforts! Il faudra pour cela beaucoup d'intelligence, beaucoup il.: persévérance, beaucoup d'argent, de longues années de pais; et quand nous parlons de paix, ce n'est pas seulement de lapais effective, mais de la paix sure d'elle-même; car, eu matière de travaux publics et de finances, la crainte d'une guerre prochaine a presque les mêmes effets que la guerre : nous l'avons bien vu en 1806. C'est donc surtout sur la main-d'œuvre que nous pouvons itiiiiiéiluilenieiil ut efficacement agir. Nos ingénieurs n'ont de supérieurs nulle part ; nos ouvriers d'art ont été longtemps les premiers du monde, et peuvent le redevenir si nous donnons à réducatinii spéciale une impulsion nouvelle. Quant aux ouvriers ordinaires, nui sont à peu près égaux dans tous les pays, nous avons sur l'Angleterre l'avantage d'une

ouvriers, qu'il expose à des rabais plus durs. L'Angleterre employant pins de femmes que d'hommes dans ses manufactures, nos fabricants ne peuvent offrir que des salaires égaux ou inférieurs à celui des femmes anglaise!-, et dont par conséquent il est impossible qu'un homme se contente. Telles sont les raisons qui expliquent la présence des femmes dans les manufactures et menacent de la perpétuer.

Vovons maintenant dans quelles conditions elles s'y trouvent. En général, à ne considérer que le séjour et le genre de. travail, on peut dire quelles y sont heureuses. Presque partout le* salles sont magnifiques, lii'.'n aérées, d'une propreté' extrême, agréables à la vue, ce qui contribue au bien-être plus qu'on ne l'imagine, d'une température plutôt trop élevée que trop basse. Il subsiste encore d'anciennes manufactures mal aménagées qui ne tarderont pas à. disparaître. Ces manufactures elles-mêmes et les ateliers de battage et d'épluchage , qui sont les moins salubres, l'emportent, comme lieux d'habitation, sur la plupart des logements d'ouvriers. Quant au travail , il est presque toujours trèsdoux, notamment pour les soigneuses de Garderie, qui forment un corps d'état très-nombreux.

d'un rota-frotteur ou d'un banc à broches est une occupation moins fatigante que le travail a l'aiguille trop prolonge.

Les salaires dans les tissages et les filatures sont relativement assez élevés. Comme il s'agit ici d'une comparaison, nous ne pouvons parler du salaire gagné par les femmes dans les manufactures sans rappeler ce qu'elles gagnent dans la petite industrie. Prenons pour types les salaires de Paris, plus faciles ;'i appri'cifi' ;l cause de l'enquête. La grande industrie est faiblement représentée à Paris; mais l'inégalité numérique des deux groupes ne modifie pas leurs conditions respectives. Voici , en résume, quels sont, à Paris, les salaires touchés par Ses femmes dans la petite industrie. L'enquête de 1SG4 sur les industries parisiennes, procédant pour les femmes comme pour les hommes, a groupé les ouvrières en trois sections ; la première peut être négligée parce qu'elle se compose de jeunes lilles audessous da seize ans , de femmes mariées travaillant chez elles à la couture, mais sans continuité ni régularité, et d'ouvrières logées et nourries. Les salaires de ce premier groupe, qui comprend 17,303 personnes, -vont de 0 fr. 50 c. à 1 fr. 25 c. par jour. La troisième section, qui ne comprend que 767 femmes , peut aussi être

des directrices d'atelier ou des artistes dont les émoluments varient de 4 fr. 50 c. à 7 fr., et même à 10 fr. La seconde section, qui doit seule être comptée, puisqu'elle se compose des ouvrières proprement dites et ne renferme pas moins de 83,340 femmes, touche des salairesqui oscillent entre 1 fr. 50 c. et 4 fr. Mais la moyenne se rapproche beaucoup plus de 1 fr.

50 c. que de 4 fr., comme il ost aisé de le coni'Iui'r dos chiffres suivants :

Le salaire île 4 fr. n'est touché que par 1.204 femmes sur 83,310. Le salaire de 1 fr. Me. est touché par !<>,720 femme-, relui de 2 fr. par 24,810, celui de 2 fr. 50 c. par 17,873. Tout compte fait, il y a 74,772 femmes dont le salai™ est égal ou inférieur à 2 fr. 50 c, et seulement 13,568 dont le salaire varie de 2 fr. 75 c. à 4 fr.

Si maintenant, passant de la petite à la grande industrie, nous mettons a part, dans le nombre u>ral il.'- 'mv]'it''!\?s pavi.-iLiîiiiïÈs, celles qui travaillai thiis les lihn.ti-es de Ci'tnii. de laine, do soie ou de bourre de soie, nous trouvons un total de 2,190 ouvrière!-, dont le* salaires ne différent pas notablement de ceus de la petite industrie : 1 seule ouvrière reçoit par jour 3fr. 50 c., 4 reçoivent 3 fr. 25 c, 17 reçoivent 3 fr., 713 reçoivent 2 fr., 30!) reçoivent 1 fr. 75 c, 838 re-

çoivent un snlaiiv quotidien égal ou inférieur à 1 fr. 50 c. Il est vrai que, dans la grande industrie , les meilleurs salaires sont gagnés par les tisseuses et que Paris n'a pas de tissage mécanique. Une tisseuse active et adroite peut gagner en sis jours 18 fr., et même davantage. Cependant, on peut dire d'une manière générale que la grande industrie ne donne pas aux femmes des salaires plus élevés que la petite. Le principal avantage qu'elles trouvent dans les manufactures, c'est que, le travail étant continu et régulier, le rendement du mois est meilleur, lors même que chaque heure n'est pas très- rémunérée. On ne sait pas ce que les courses, les caprices, le passage d'un travail a un autre et le temps perdu dans les antichambres coûtent aux malheureuses ouvrières qui travaillent chez elles. En manufacture, avec une tonne conduite et de l'activité, on retrouve toujours le môme mois qui, par comparaison, est un assez bon mois. Enfin, beaucoup de chefs d'industrie ont chez eux un médecin, une jtiuii'iuade. dos liwi.'s, uni: caisse d'épargner, quelquefois même un détail d'objets de consommation à prix réduits; ils s'efforcent, par tous les moyens possibles, d'augmenter le bien-être des ouvrières, et, malgré les exceptions mal heureusement subsistantes, il ne faut pas se le dissimuler, ce bien-être est réel.

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