‹ L'ouvrier de huit ans Jules SimonChapitre 5 sur 21 · L'OCVEIBB DE EUT ANS · texte numérisé non relu

L'OCVEIBB DE EUT ANS

Avant de chercher à quel prix ces avantages sont achetés, il faut se demander ce qui résulte, pour le salaire des hommes , de l'introduction des femmes dans les manufactures. Il n'y a pas de question pour les emplois que les femmes seules peuvent remplir, comme ceux des rentrayeuses ou repriseuses, ni pour ceux que les hommes dédaigneraient, comme ceux des lanceuses, énincetenses, rattacheuses, éplucheuses. Il n'y en a pas non pins pour les emplois dans lesquels les hommes conservent la supériorité , parce qu'en ce cas, les femmes ne se présentent que comme ouvrières d'an ordre inférieur, touchant des salaires inférieurs, et ne faisant pas une véritable concurrence. Mais il y en a une fort grande poor tous les emplois où les hommes et les femmes font également vite et également bien, que le* mlihîl'^ reiiuiliniieii! :s"ij- : nYiiociit tenus par des femmes, tels que la surveillance des cardes, ou que les hommes et les femmes se partagent, tels que le lisage, le tissage, etc.

D'abord il est manifeste que, du moment qu'il y a substitution des femmes aux hommes, il en résulte une perturbation au moins momentanée dans la situation îles hommes . car on ne trouve pas de l'ouvrage du jour au lendemain, et surtout une nouvelle sorte d'ouvrage. L'inconvénient est

plus grave pour des fîleurs et des tisseurs que pour des ouvriers d'un autre corps d'état, parce qu'il leur est assez difficile de se créer une carrière nouvelle , leurs occupations ordinaires n'a3'ant rien de commun avec la plupart des autres métiers. Il en est de l'introduction des femmes comme de la création d'une mécanique, qui supprime un grand nombre de liras. Cela produit, dans la nouveauté, de grandes souffrances ; mai; avec le temps , les ouvriers déclassés trouvent de l'emploi, et !e résultat définitif est un accroissement do produits sans diminution de salaire. Rappelons, en passant, que c'est là le principe niùme du libre- échange. Le malheur ne serail définitif que dans un pays où les filatures et tissages mécanique'- suraii.'ii: les seules industries possibles. Alors les hommes n'auraient à prendre qu'un de ces trois parfis : ou émigrer, ou se laisser nourrir par leurs femmes, ou travailler avec elles au même prix qu'elles. S'ils prenaient ce dernier parti , il se trouverait avec le temps que le travail des femmes dans les manufactures serait gratuit. Car le ménage stipulant comme aurait fait un ouvrier seul finirait par subir tous les rabais compatibles avec les besoins communs, c'est-à-dire que l'homme et la femme donneraient leur travail réuni pour un prix équivalent aux besoins de la famille, dernier

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rabais auquel l'homme travaillant seul pouvait

consentir.

liais, au fond, cela n'est pas sérieusement à craindre. Le monde a du travail pour tous ses ouvriers. Autrefois , avec une organisation vicieuse de la société, il arrivait fréquemment qu'une force se perdait Maintenant, grâce à la liberté de l'industrie et à des institutions de crédit plus fécondes, partout où la force ouvrière sera disponible et vacante , on portera, pour en profiter, la force du capital. Il peut donc survenir des inconvénients passagers et cruels, mais

des femmes peut nuire passagèrement à celui des hommes dans le même corps d'état, et no lui nuit pas d'une famn absolue et définitive.

En fin de compte, l'introduction des femmes dans les manufactures n'a de conséquences fâcheuses qu'au point de vue de la morale. Dès qu'on entre dans cet ordre de considérations, tout ce qui, tout à l'heure, paraissait naturel, avantageux, désirable, devient au contraire un malheur public. C'est ce que nous allons essayer de montrer. Nous verrons ensuite s'il existe quelque remède.

Les ateliers où les femmes travaillent par troupes sont mixtes ou composés exclusivement de femmes. Dans beaucoup de maisons, on se

donne beaucoup de peine pour isoler les femmes; on peut citer comme exemple la cristallerie do Baccarat, qui emploie des hommes et des femmes pour la taille des cristaux. Les deux ateliers sont complètement distincts et sans communication possible. Escalier, porte do sortie, tout est à part. Une porte de communication, nécessaire pour les directeurs, est constamment fermée et Jes chefs de la maison en ont la clef dans leur poche. Ces précautions sont utiles et louables. Nous devons cependant avouer qu'il arrive souvent que des ateliers exclusivement composés île femmes ne valent pas mieux que des ateliers d'hommes, sous le rapport de la morale. Cette vie en commun, sous l'empire d'un règlement et en dehors de toutes les relations de famille, n'est pas honne aux femmes; elles ne sont pas faites

[n-iir cela, files y pt'nit'iit 1 >'s qualités qui leur sont propres pour prendre les défauts des hommes qui, chez elles, sont bien plus repoussants. Le fait seul de tenir une femme loin de ses parents, de son mari, de ses enfants, pendant douze heures, constitue déjà un danger; ailes sont nécessaires à la famille , mais la famillo leur est nécessaire. S'il y a des hommes avec elles, elles s'habituent a leurs propos , à leurs manières, a leurs façons de voir; elles vont plus vite que nous dans la voie du vice quand elles y sont en-

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trées. Si on les cloître pendant leur travail, il suffit d'une ou deux femmes sans mœurs pour perdre toutes les autres. Ateliers de femmes ou ateliers mixtes, le danger peut être inégal, il est certainement fort grand des deux parts. Quand on consulte à i:e ssijet les hummes d'expérience, on n'en trouve pas licauccutp qui ne soient de cet avis. Les autres ont en le bonheur de tomber sur une population foncièrement honnête. Cela se rencontre ; il ne faudrait pas y compter. Tout ce qui n'est pas conforme ans lois de îa nature est malheureux et dangereux.

C'est surtout pour les enfants que l'absence de la mère est un malheur. Il est presque superflu de le dire; on ne l'apprend a personne ; mais le malheur est si grand que, quoique tout le monde en soit convaincu, on a le besoin, le devoir de le répéter, d'y insister, d'en fatiguer

moire de ceux qui peuvent influer sur le sort des ouvrier.^, que cette pensée les poursuive comme un remords, s'ils ne s'efforcent pas, avec une ardeur persévérante, de chercher et d'appliquer un remède. La mère, dans les derniers mois de sa grossesse, nuit déjà à son enfant en restant enfermée tont le jour. A peine est-il au monde, qu'elle est obligée de l'abandonner aux soins

d'une autre femme, et de reprendre son travail longtemps avant d'Être guérie, au risque de ce qui peut en arriver pour elle-même. L'enfant ainsi délaissé par sa mère est placé en nourrice, ou dans une crèche, s'il y en a, ou dans une

On ne saurait dire d'une façon générale quelle est la meilleure voie Ji suivre, parce que tout dépend des personnes et des circonstances. Si la mère peui. parer des mois de nourrice, et il faut se bien priver pour cela, surtout quand on a plusieurs enfants en bas âge, elle est obligée de prendre une nourrice nu rabais. Ce qui peut alors lui arriver de plus heureux, c'est de tomber sur une honnête femme , qui partage son lait entre son propre enfant et son nourrisson. Ce lait, le plus souvent, est déjà vieux; il est insuffisant pour deux nourritures; il arrive même qu'une seule nourrice prend deux nourl'ij.siui-, ce l; l : : iiifaiilildi.'ijiiiiH. "'i l:> n'imitant, quatre affamés. Pour remplacer son sein tari, cette femme a recours au lait de vaciie ou de chèvre, coupé avec beaucoup d'eau, a la bouillie, aux soupes, alimentation dont la conséquence est une maladie gastro-intestinale presque toujours mortelle'. Si la mère no peut ni

payer une nourrice, ni se charger de son enfant, elle a recours à l'assistance publique, et le résultat est à peu près le même, avec cette différence, que les nourrices employées par ces administrations sont surveillées. Cette surveillance est faite dans beaucoup (le localités, et notamment à Paris, SOUB l'active et intelligente direction de M. Husson, avec tout le zèle imaginable; malheureusement, les administrations, quelles que soient d'ailleurs leurs ressources, sont toujours appauvries par la quantité des pupilles qu'on leur abandonne.

lieaucoup d'ouvrières, les unes par tendresse, d'autres par nécessité, g-ardont leurs enfants; une fille aînée de quatre ou cinq ans, une aïeule infirme veille auprès du berceau, le remuent du pied, tâchent d'endormir la faim, La mère donne le sein trois on quatre fois par jour : le matin avant le lever du soleil, aux heures de repos de l'atelier, et pendant la nuit . Travailler le jour, et la nuit ne pas dormir, ce n'est un régime suppor-

doit admirer son dévouement, ou blâmer son imprudence. Si elle n'a ni mère, ni fille, ni sœur infirme pour garder le nouveau-né, elle le met dans une garderie, pour un pris, hélas! trèsmodique. Il faut voir ces garderies dans les villes où il n'y a pas de crèches! Il y en a qui font horreur par la malpropreté, l'air fétide , l'absence de soin et d'alimentation. Il y a peu de différence entre abandonner un enfant, ou le déposer dans ces tristes refuges. Il n'était pas rare, avant ce- deniii'-res années, de trouver dans les comtés du nord <\? l'Angleterre des garderies où une vieille femme tenait renfermés dans un étroit espace, douze ou quinze misérables marmots, en train de mourir sous sa .surveillance. Il fut même constaté que, pour rendre leur métier plus facile, les gardiennes d'enfants mêlaient rie l'opium à la- boisson qu'elles leurs faisaient prendre. Les apothicaires le savaient et s'y prêtaient. Cet empoisonnement collectif des nouveau-nés faisait partie des habitudes de la population.

Les crèches, à titre de correctif d'un très-grand

mal, sont une institution de tous points excellente. On ne saurait s'en passer dans le voisinage des fabriques qui emploient des femmes. On en compte une vingtaine à Paris, 300 ou 400 dans les départements. Les administrations hésitant, parce que, si les crèches sont utiles pour les mères qui ne peuvent pas s'en passer, elles sont dangereuses pour les mères qui pourraient s'en passer, et par hicheté, les ayant sous la main, y déposent leurs enfants. Elles sont pour la plupart adinirabieiiii.'iit cniiriies presque toujours admirablement dirigées. II est bors de doute que les enfants y sont plus proprement, plus gaiement que chez eux. I^gi'amls soins, nue bonne hygiène, de l'amour même, car il y a des directrices de crèches ijui aiment ces petits d'un véritable amour de mère, que peut-on demander de mieux? Rien en vérité, si ce n'est la mère elle-même, mais pour celle-là, rien ne la remplace. Un médecin de Rouen, d'un grand sens, M. Leroy, nous disait qu'il valait mieux, au seul point de vue de la vie probable d'un enfant, le laisser entre les bras d'une mère qui manque de tout dans un grenier ouvert iï tous les vents, que de le placer dans la crèche la mieux, tenue, où il est servi et nourri comme l'enfant des riches. Il y a la une paissance que toute la richesse, tout le génie et tout le cœur des philanthropes ne pourra jamais

ni égaler, ni imiter : la puissance de ],i bonne nature, qui veut que le fruit pende a sa brandie et se nourrisse de la sève qniTa produit.

On ne sait pas assez que dans les villes industrielles la mortalité des enfants d'ouvriers au-dessous d'un an est de 20 à 22 0/0. C'est le chiffre de Eoubaiï, celui do Manches ter. A Mulhouse, elle a atteint 33 0/0 en 1803. Elle y dépassé toujours 30 0/0. 11 résulte d'un travail récemment présenté à l'Acai]i'-iu:e de in.'drcine par -M. lie villien que, dans la ville de Lyon, la mortalité des enfants de familles aisées étant de 10 0/0, celle

de 35 0/0". Ce n'est pas l'absence de bien-être ; l'absence ou la présence du bien-être ne produiraient pas de tels effets ; c'est l'absence de la mère, et ce qui le prouve, c'est que dans cette même zone de la ville de Lyon la vitalité pou ries enfants de cultivateurs est supérieure à celle de la classe aisée des familles urbaines. On arrive au même résultat partout où l'on compare la vitalité des enfants légitime à celle des enfants illégitimes, la supériorité des premiers sur les seconds ne pouvant d'ailleurs âtre attribuée qu'à ce fait qu'ils sont plus souvent nourris parleur mère et, eu tout cas, par de bonnes nourrices. Or, pour les quatre

1 DiBcmira Jo JE, Donriet II l'Acadimic Je mtiednt, 2T vn-

sidérés à part présentent une mortalité d« 10,-155; les enfants tlliîiîî tîiuC-s. une mortalité de 32, 125. Le département d'Eure-et-Loir, qui pratique sur une vaste échelle la meurtrière industrie des nourrices, compte dans la catégorie des enfants illégitimes 03,87 décès sur 100 enfants. Le respectable M. Villermé, jusqu'à son dernier soupir, s'est occupé de dresser des tables comparatives de mortalité qui démontrent jusqu'à l'évidence que rien ne remplace pour l'enfant les soins de la mère. M. Jean Dollfus vient, tout rémoins concluante. Depuis le 1" novembre 1862, sa maison de Mulhouse paye nus femmes en couches leur salaire pendant sis semaines, pour leur permettre de rester chez elles et de donner à leurs enfants tous les soins nécessaires. Avant cette mesure, la mortalité constatée était de 36 !i 38 0/0. Sur une population de 1,150 femmes, il y a en du 1 er novembre 1802 au 1" novembre 1863 103 naissances, dont 0 enfants mort-nés. 'Des 102 enfants restants, il n'en est mort que 25.

\.r- •l'riniIVi lioillié- nllt lli'Niï diminué 1:1 m TW-

lité de 13 0/0. Ils ont conservé la vie à 13 enfants sur 102. Du 1" novembre 1863 jusqu'au

26 octobre 18C4, sur 91 enfants 20 seulement éla.u.'iit, moi'is'. Et paiii'i.aiit , cii n'a juis a]isi>[itment rendu la nière à l'enfant. Le bienfait, et on voit s'il est immense, consiste à la rendre penilnrn les six j-.roiijii'ri'^s ;e:ii.'.!.|,-'^ npi'i's I" . i , ■ . ■ , 1 1. ! ; - ] i . ■ -

ment 5 . Dans plusieurs villes, le3 bureaux de

' BMtall d'un ftafporl In M> S*cicW Inautriall* tic Mulhoni», dans la séance du SB octobre 1BS4, r»r M. Jean DoUftig. a Dins

njitro qnc ma maison malt, dspnii lu 1" novembre 18SÎ, continué i payer ans femme! en l L .-s. I,.,ir sainir* i„i, jnnt liï semaine!.

i Les résultai! pani 91 enfants «s! On !" r mnrl osa 20 ; et comin.

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bienfaisance sont entrés dans une voie analogue, et cela finira par tourner pour eux en économie. Le bureau d'Amiens donne sept francs par mois, pendantle mois de l'allaitement. aux filles-mères qui nourrissent elles-mêmes leur enfant. A Paris, on n'a pas trouvé juste d' exclure les femmes mariées. Tour encourager les mères a élever leurs enfants, or leur accorde des secours de douze francs par mois pendant deux ans, et quelquefois pendant trois ans. Que ceux qui pensent quo nous exagérons quand nous parlons des dangers de l'absence de la mère veuillent bien peser tous ces faits dans leur humanité et dans

De cent nouveau-nés ayant pour mères des femmes île fabrique, il en restera, au bout d'un an, près de soixante-dix. lis demeureront, pendant le sevrage, confiés a la gardienne d'enfants ; les plus favorisés passeront de la crèche à l'asile et de l'asile a l'école primaire. A huit ans, ils pourront entrer dans un atelier, et voilà leur carrière faite ! Oui, sans doute. Mais il n'y a pas partout des gardieunes toutes prêtes, et la mère ne peut pas toujours prélever sur son salaire le prix du gardiennage. Toutes les villes industrielles n'ont pas leur salle d'asile; et la salle, quand il y en a une, n'a pas toujours assez de place pour tous les enfants délaissés. L'école,

Dlït:Iû:l Cy Cl

quoi qu'on en dise, n'est pas partout gratuite pour tous ceux qui ont besoin de la gratuité. On ne trouve pas partout, comme à Sedan, des institutions , moitié écoles moitié gymnases , qui s'ouvrent et se ferment chaque jour en même temps que les ateliers. Il y a en prand nombre des enfants qui ne profitent pas de toutes ces institutions philanthropiques. A qui n'est-il pas arrivé , en visitant des logements d'ouvriers dans des quartiers pauvres, de pousser le loquet d'une porte, de trouver le père et la mère absents, le foyer éteint, et un marmot dans son "berceau abandonné aux soins maternels d'une fille de cinq ans? Qui n'a pas trouvé, dans ces étroites rues où le jour ne pénètre pas, des troupes île jeunes sauvages sales et di'iiiciiil ]■'■-. s.' iSispHtaiit des hiubeaiix dnnf. les chiens ne voudraient pas? Qui n'a frémi alors, en pensant à leur avenir? Et qui, en pensant à la mère, captive derrière les murs de la fabrique, ne s'est senti le cœur troublé? L'école même, ouverte cinq heures par jour, n'est pas un refuge suffisant contre le vagabondage. Ilien peu de municipalités ont la généreuse pensée de payer une femme de service pour garder, après ta classe, jusqu'à la sortie de l'atelier, les enfants qui n'ont pas d'autre famille quo leur mère. A huit ans, l'enfant aie droit do devenir un ou-

vrier au nom de la loi : toutes les portes lui sont ouvertes. Il peut travailler huit heures par jour.

seul et vagabond que quatre heures sur douze. II a lies camarades d'atelier dont les uns sont des enfants comme lui, et les autres des hommes faits. Il pousse au milieu d'eux à la garde de Dieu, entendant et voyant tout ce qui se dit et se fait dans un atelier où cinquante hommes sont réunis tous les jours du matin au soir, quelquefois avec des femmes. Il est vrai que pour redresser ses idées, pour réformer ses habitudes et son langage, pour adoucir sa jeune ame, pour la rendre à l'enfance, il retrouve *a mère le soir, sa mère fatiguée par douze heures de travail, et qui ne fait que passer comme une étrangère dans la demeure déserte !

Nous ne nous arrêterons pas ou petit enfant, et nous suivrons le jeune ouvrier jusque dans l'adolescence et la jeunesse. Autrefois, dans le bon temps, que nous ne voudrions pas voir renaître, puisque c'était le temps île l'ignorance et du privilège, il y avait du moins dans la société française un sentiment que nous regrettons, parce qu'il était la source do beaucoup d'autres que nous regrettons aussi, c.( parce qu'il servait de correctif a une ilrploruble organisation sociale. Ce sentiment.- (''i!'!;ur,']c respect. On res-

jiectait un lieras, un homme de bien, un grand citoyen ; on respectait un homme illustre dans les sciences ou dans les lettres ; on respectait un magistrat, ce qui est une condition a peu près indispensable pour respecter la justice. La jeunesse respectait luge mûr, et tout le monde s'accordait pour entourer la vieillesse de vénération. Le père était bien réellement le chef Je la famille.

Rien n'affranchissait un fils du respect; il pou-

vait devenir, par ses vertus ou ses

services, l'ob-

jet de l'admiration universelle, san

s cesser d'être

un enfant devant son père. Nous

tout cela. Nous avons remplacé le

> respect, non

pas, comme on le dit quelquefois

en nous flat-

tant, par le droit, mais par la c

ritique. C'est

faire preuve d'un esprit indépendant que d'à voir

tort contre son père ; jadis, si 01

i avait raison

contre lui, on s'efforçait, par pudeur, de faire qu'au dehors il n'y parût rien. Cependant, à tout prendre, nous ne sommes pas aussi indépendants que nous voudrions le faire croire ; nous ne sommes que des fanfarons de vices; nous rougissons du respect quand nous l'éprouvons, voila notre misère; nous faisons effort pour Être pires que nous no sommes. ïl y a plus d'un homme de trente ans qui mène une vie désordonnée, et ne sent vraiment !e remords que quand il se présente devant sa mère. Nos mœurs ne valent pas

grand'chose; elles seraient abominables, si nous n'éprouvions secrètement plus de respect que nous n'en laissons voir. C'est le dernier frein; et comme tout ce qui est naturel est aimable, ce sentiment que nous cachons par forfanterie fait notre bonheur. Cela se passe ainsi dans ia vie régulière, quand le fils et la mûre se connaissent, quand ils vivent ensemble pendant toute- J'enfance et pendant la meilleure partie de la jeu-

de la vie, ils éV.liangtinr entre eux ces confidences, ces conseils, ces consolations, ces marques de tendresse qui prolongent si longtemps dans le [dus profond recoin de nos cœurs un reste déjeunasse et même d'enfance, et qui nous donnent tant de force contre le malheur et contre l'égoïsme. Mais, vraiment, la vie d'atelier semble faite exprès pour briser tous ces liens. A six heures du matin, chacun part île la maison ; on se sépare sur le seuil de la porte. L'avantage n'est pas bien grand, si on travaille dans la même fabrique; car chacun des trois, le père, la mère et l'enfant, a son atelier et son imitra-maltre- Cette cloche une fois sonnée, il n'y a plus de famille, il y a un règlement et des compagnons ; et eu voilà jusqu'au soir! Sans doute, en portant ses paquets, en battant son étoupe, en désuiutant sa

laine, la mère pense à son enfant da huit ans, qui est â quelques pas d'elle, sans qu'elle puisse le voir. Elle pense à la fournaise devant laquelle il passe et repasse, aux courroies de la machine qui peuvent saisir ses vêtements et briy-er ses membres, à l'ouvrier brutal qui peut le frapper, aux leçons do vice qu'il peut recevoir, liais lui, l'enfant, à quoi pense-t-ilî A paraître un homme au milieu des hommes, c'est-à-dire à paraître insensible, et c'est le grand moyen de le devenir. Ses pleurs, s'il en versait, seraient accueillis par la risée universelle. On ne se rappelle qu'il est un enfant que pour se rappeler qu'il est faible et dépendant, et qu'on peut abuser da sa faiblesse. Lui-même, il grossit sa voix; il saisit au vol les propos grossiers qni lui semblent un signe de virilité; il s'en remplit la bouche; il aspire & fumer, à aller au cabaret avec les autres ; le dimanche, ce qui fait sa joie, c'est d'errer seul ou avec ses compagnons, sans être surveillé ou suivi comme un enfant de l'école. Ce n'est plus un enfant, en effet; c'est un ouvrier, puisqu'il a sa tâche, son règlement, son salaire. Sa vie se partage par moitié entre l'atelier et la maison; mais ce sont deux parts bien différentes, quoique égales par la durée. 11 est à l'atelier pour vivre, et à la maison pour dormir : c'est comme s'il n'y était jamais. A sept heures du soir, la machine

120 l'ouvrier de huit ànb

s'arrête et se tait, les portes s'ouvrent, les escaliers s'emplissent d'ouvriers. Puis on se disperse sur les routes par la nuit noire. On chemine dans la boue, sous la pluie. On arrive au seuil tout haletant. On prend à la liàte un repas mal préparé, parce que tout le inonde tombe de sommeil. Cela peut bien durer une demi-heure, et cette demi-heure ainsi passée est tout ce qui resta de la vie de famille. Si la père est au cabaret, la mère pleure, et le flls se dit qu'il accompagnera son père dans un an. Il y a bien des exceptions : quels miracles ne ferait pas la tendresse d'une mère? Mais pour triompher de circonstances pareilles, il ne faut pas moins que des miracles. Nous parlions, il n'y a qu'un instant, do la dégénérescence physique des populations dans les grands centres industriels; elle est manifeste ; les enfants sont petits, pales, maigres, souvent contrefaits ; on a toutes les peines du monde à parfaire les contingents ; tout le monde a remarqué, comme nous et avant nous, que quand les jeunes gens sortent de tirera la conscription, on les prendrait pour des écoliers da quatorze ans sortant Ac l'écolo : rela fait, eu vérité, mal à voir; et pourtant, ce sont les survivants, les mieux trempés : la mortalité exceptionnelle qui les frappe ne s'arrête pas à un an. Les causes de dépérissement sont nombreuses : l'a-

bandon du petit enfnnt, le vagabondage des premières années, le manque de soins, la claustration , dès l'âge de huit ans , pendant huit heures ou dis heures par jour; l'absence de jeu et de soleil, quelquefois des vices précoces, trop souvent la mauvaise santé du pere, des maladies causées par l'ivrognerie et la débauche : ne faut-il pas aussi compter les causes morales? et lit dégradation physique produite par la dégradation moralfi? Non* faisons tout ce que nous pouvons pour compter la morale pour rien. Nous ne voulons confesser que ce qui se voit et se touche. Nous laissons aux. femmes et aux romanciers à tenir compte du dedans. Et c'est par le dedans, fous que nous sommes, que nous vivons quand nous vivons! Et c'est aussi par le dedans que ceux-là meurent.

Quant aux maris, nous irons sur-le-champ ;i un fait heureusement rare, mais non impossible, que nous mentionnons parce qu'il y a à peine une ou deux villes industrielles où. on ne le murmure pas â l'oreille : c'csl l'alisoliic dépendance des femmes enrégimentées dans l'usine, dépendance qui, à moins de beaucoup d'honneur d'un côté et de beaucoup de probité de l'autre, les met à la merci de leurs chefs. La violence est tiés-rare et presque impossible ; la séduction plus fréquente, sans l'être beaucoup. Le voisinage de filles de mau-

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vaifie vie, ou, en tout cas, de femmes vivant en état de concubinage, est inévitable et déplorable. Cette dernière situation parait toute simple; ou la regarde tout au plus comme un malheur, et encore, seulement quand elle est accompagnée de misère ou de mauvais traitements. La femme, pendant douze heures par jour, ne reconnaît d'antre autorité que celle de son contre-maître ; elle est, pendant le même temps, séparée de son mari; elle ce lui rend aucun service ; il n'a pas occasion de la protéger; ils traTaillent et gagnent chacun de leur côté. Ils ne mangent pas toujours ensemble, le mari étant souvent obligé de prendre ses repas au chantier. Il arrive même qu'étant absents tout le jour l'un et l'antre, ils prennent leur repas dans un ordinaire; quelquefois ils logent en garni. C'est la vie à l'américaine, sans intérieur et par conséquent sans famille. L'homme et la femme, quand l'amour est parti, ne sont plus que deux associés qui mettent en commun leur salaire. Les hommes, qui sont plus libres, et qui, quelquefois, font îles métiers fatigants, se trouvant mai chez eus, dans des chambres froides et sales où personne ne les attire, vont au cabaret. S'ils en font une habitude, ils sont perdus, eux, leurs femmes et leurs enfants, perdus corps et biens. La femme, obligée de travailler pour nourrir tout le monde,

s'estéime, se Uni insi-riro au bureau de bienfaisance, dresse ses enfants à mendier et finit par tomber malade. Quant au père, ce qui l'attend, c'est le renvoi pour mauvaise conduite, le delirtttt* treutiu, la prison ou l'hôpital. Beaucoup d'ouvriers, pensant qu'un jour ou l'autre leur femme leur sera à charge s'ils se marient, ne font qu'une union d'aventure, en se réservant le droit de partir quand l';is>t>da(Hin ne rapportera plus que des déian'ils et des dépenses. De là la diminution cou-~tatt : t; des mariages. On se marie à la parisienne, c'est l'expression consacrée pour dire qu'on ne se marie pas du tout. Il n'y a quelquefois dans cette conduite que de l'insouciance; souvent c'est une sorte d'abandon prémédité et anticipé de la mère et de ses enfants. Hàtons-nous de dire que ces désordres sont l'exception, mais l'exception encore assez nombreuse. La chambra de commerce de Paris signale, dans son enquête publiée en 1864, une grande amélioration morale. Les cabarets sont moins fréquentés, les condamnations deviennent rares, les enfante et les adultes vont à l'école, le goût des livres et do l'étude se répand : grand mouvement, révolution importante qui honore profondément ceux qui ont commencé

constances contre eux. Mais il ne faut pas juger de toute la France par Paris. La moitié peut-être

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des ouvrières parisiennes travaillent chez elles, quoique plus île la moitié do. ouvrières recensées soient en atelier; presque tous les ateliers parisiens de femmes sont de petits ateliers. Nos grands établisse monts à vapeur sont dos fonderies, des cristallerie!:, des ateliers d'hommes. Nous n'avons pas de tissage, nous n'avons qu'un nombre in.sk'nitiaui do filatures. Ce n'est pas à Paris qu'il faut étudier l'internement, le casernement des femmes. Ce casernement est un malheur partout où il existe. Il détruit la famille, les mœurs. Il rend -la population malheureuse. Il va directement contre le vœu manifeste de la nature.

Cependant on emploie des femmes dans les manufactures, en Angleterre, en Belgique, en Suisse, en Allemagne, partout où il y a des usines k vapeur. C'est connue la question des armées permanentes. Tous les peuples pourraient désarmer s'ils désarmaient à la fois. Tant qu'un congrès n'aura pas décida qu'on luttera désormais sans recourir aux femmes, il sera dangereux et difficile, surtout pour ceux qui ne tiennent pas le premier rang, de commencer. L'Angleterre, en 1857, a réduit la journée des adultes à dix heures ;

Persuaderons-nous aux manufacturiers do n'employer que des hommes, et d'augmenter ainsi considérablement dans toutes leurs usines les prix do main-d'œuvre î Ou aux hommes de travailler en se contentant des prix que reçoivent aujourd'hui les femmes? Ou aux femmes, qui ne trouvent pas toujours lo moyen de vivre, de renoncer aux salaires relativement élevés qu'on leur offre? Ferons-nous une loi pour interdire aux femmes et ans ou': un • do s'emùlcrau service de la vapeur ? Rien do tout cela n'est possible.

Tout au plus pourrait-on demander à la loi d'assimiler les femmes aux adolescents pour la fixation des heures de travail, comme cela se fait en Angleterre depuis 1844. On no supprimerait pas par là les inconvénients; on les diminuerait au moins. L'heure do liberté que les femmes recouvreraient ainsi ne les dispenserait pas de mettre leurs enfants à la crèche et à l'asile ; elle leur permettrait de surveiller un peu leur intérieur, ou, pour niioux dire, ù';i\oir un intérieur. Dans quelques villes industrielles oii les fabricants ont eu cette bonne pensée, les résultats ont dépassé leurs espérances. On fait si aisément beaucoup de bien ! Il suffit de vouloir. Depuis que les femmes peuvent, le soir, balaj'er la maison, faire du feu, mettre proprement le couvert et

126 l'ouvhieb de huit axs

préparer des aliments chauds, les familles se sentent plus heureuses, et, puisqu'il faut tout dire, elles se sentent plus unies.

l'ne tentative d'un tout autre genre, ayant le même but et une importance très-supérieure, est faite en ce moment même, à Mulhouse, par un grain! industriel, accoutumé aux généreuses initiatives, M. Jean Dnllfus. 11 construit à l'extrémité de la cité de Mulhouse des logements isolés, donnant sur un vaste terrain, et qui renferment fi peu près le mémo nombre de pièces que les maisons de la cité, avec cette différence que 'une de ces pièces est disposée en atelier pour

contignë aus nouveaux logements y transporte le mouvement automatique. Partout où cette innovation pourra être réalisée, il n'y aura plus de raison pour arracher les femmes de leur domicile, puisqu'elles y auront la vapeur sous la main. L'architecte a poussé si loin les prévisions, que la mère, assise devant son propre ouvrage, domine les métiers occupés à côté d'elle par ses (illes, et n'a que la tête à tourner pour surveiller dans la pièce voisine, par une ouverture ménagée tout exprès, les plus jeunes membres de la famille. Le problème était de no pas priver l'industrie de l'utile concours des femmes, de ne pas priver les femmes des ressources que leur

assurent les B3in.es, et de ne pas priver la famille de la présence et des soins de la mère. Voilà, par une solution si simple, toutes les difficultés vaincues et la vapeur définitivement asservie à nos «sages. Les métiers de M. Jean Dollfus battent depuis 1805 ; c'est peut-être le modeste commencement d'une très-grande chose.

Il faudrait aussi qu'il fut possible d'employer principalement ou exclusivement des femmes non mariées. Cela se passe île la sorte dans plusieurs villes, et les inconvénients de l'emprisonnement des femmes en sont diminués de plus de moitié. En Amérique on a fait mieux que d'exclure les femmes mariées, mieux que d'exclure les hommes de* ateliers oii travaillent les femmes. On a fait une ville de femmes, qui est bien le plus curieux atelier et la plus curieuse république qui se puisse voir. C'est à LoyvqII, dans le comté de Middlesex, Hassachussets. Quand M. Michel Chevalier y est allé, en 1833, les fabriques de Lowell employaient 6,000 personnes, dont prés de 5,000 jeunes filles, âgées de dix-sept a vingtquatre ans. Les proportions avaient un peu changé vingt-cinq ans après ; on y comptait dans les fabriques 5,000 hommes et 8,000 jeunes filles. Ce qui fait le caractère propre des manufactures de Lowell, c'est que les ouvrières n'ont pas, comme ailleurs, leurs familles à coté d'elles :

ce sont des filles de fermiers ou de petits propriétaires ruraux qui viennent là, toutes seules, souvent de fort loin, pour gagner une dot. On a construit pour elles des pensions qui ressemblent a de petites villes, et qui ont quelque analogie avec les Ijéguicna^es 'le logique. Elles y vivent so-is iu direetiiin du femmes i'ip'es, choisies ei surveillées par les compagnies industrielles, et sous l'empire <I« i-i'ulements as se/, austères. Les hommes sont sévèrement écartés de leurs ateliers et de leurs habitations; ou ne leur permet pas non plus les plaisirs trop frivoles ; M. Michel Chevalier raconte qu'on 183<i un homme fut condamné à. l'amende pour avoir exercé dans la ville la profession de ménétrier. Au Heu de danser et de se réjouir le dimanche, ces jeunes filles passent la journée dans le recueillement et la prière. Elles sont pourtant jolies, pour la plupart, élégantes dans leur mise, beaucoup plus instruites que nos ouvrières. Elles ont même voulu, dans ces dernières années, acquérir une instruction plus éle\ ée encore, et ont fondé ellesmêmes des bibliothèques et des cours publics avec des retenues prélevées sur leurs salaires. M. Michel Chevalier remarque avec raison que le succès incontestable et persévérant d'une institution pareille suppose dans les imeurs une réserve extrême, dans l'opinion publique un rigo-

risrae vigilant et inexorable. Quand on a voulu réunir ainsi de jeunes ouvrières françaises loin de leurs familles, il a fallu les cloîtrer, comme à La Seauve ou dans les Cénobies de Mulhouse.

San; îii'its faire la mi'uniro illusion sur i.!i>s ateliers de jeunes fillos li\ récs à ellos-m&mcs, nous pouvons dire, an moins, qu'elles sont plus faciles à surveiller, à réglementer, à plier a l'obéissance que des femmes mariées qui, une fois sorties de l'atelier, ne dépendent plus que d'elles- ' mêmes.

On comprend d'ailleurs que les jeunes filles supportent plus aisément la clôture et le règlement; la raison en est toute simple. Une mère de famille, enfermée douze heures loin de ses enfants, a beau être entourée de bien-être et employée à un travail pen fatigant, elle se demande co que ses enfants peuvent devenir en son absence, et cette pensée est pour elle un supplice. S'ils sont malades, si leur conduite n'est pas régulière, elle rêve des malheurs pendant que ses doigts lancent la navette ou présentent le ruban au laminoir. Elle n'est peut-être qu'à deux pas d'eux; mais le mur de la fabrique la sépare pendant douze heures de tout ce qu'elle aime, aussi complètement que si elle était exilée au delà des mers. Colles d'entre elles qui ne ressentent pas cette douleur morale, et

il y en a, saut ilijjà dépravées. Plus elles ont le cœur bien placé, plus cette séquestration leur «st douloureuse. Elles souffrent par leur vertu.

rv

Les magasins et les ateliers de la petite industrie où les femmes sont occupées hors de chez elles toute la journée, et souvent une partie da la nuit, ont les mûmes inconvénients que les usines '. Tout au plus pourrait-on dire, et cela n'est pas toujours exact, que le règlement y est moins inflexible. Il y a aussi, pour les femmes emploi' ée a dans la grande industrie, dos conséquences assez mauvaises de cette vie com-

iiîuiii' }i;ir L-niniSi;.-; li'nitjnis. si l'I^igm-t' i!e 1-îiirs habitudes et de leur destination; elles y contractent, cela est oci'lain, des défauts d'hommes, dont le plus frappant et le plus triste est l'ivrognerie. D'un autre côté, graci; aux progrès de la science, aux ressources diis jri ;i[ji3t?K industries, à

la surveillance do l'administration et à celle do l'opinion, les vastes ateliers deviennent de plus en plus salobres. Il n'en est pas de même des petits ateliers, presque toujours mal approprias, mal entretenus et trop petits pour le nombre d'ouvrières qu'ils contiennent. La présence continuelle du maître et de la maîtresse y remplace le règlciimiir. LY:X]>lm!ntioi; y e-t ]ilns évidente et par uonsrjqnent ploa blessante. Quand la maison est obérée, elle essaie de se relever à tout prix et les ouvrières en pâtissent. En tout cas, l'absence de la mère a les mûmes effets pour les enfants, que l'atelier soit grand ou petit. Dans les magasins, il n'est pas rare que l'assiduité soit exigée depuis sept heures du matin jusqu'à dix heures du soir, et même plus tard, surtout à Paris.

Les femmes trouvent assez d'emplois comme vendeuses, teneuses de livres, demoiselles de magasin. Elles y sont très-propres. On en fait, avec un peu d'instruction, d'excellentes complu!.]--, ("es: ijiie ai n'i !■]■<■ agréable et distinguai; pour une jeune fille bien élevée. Les places de dames de comptoir ou de marchandes, qui leur conviennent bien aussi, ne sont pas toujours sans inconvénients. Cela dépend de la clientèle et du genre de commerce. Plus d'un magasin de Paris expose autant la marchande que la marchandise.

Même dans les magasins où les femmes seules font des emplettes, le spectacle du luxe n'est pas toujours salutaire pour de jeunes ouvrières, qui font de belles robes, et n'ont aucun espoir d'eu porter en restant honnêtes.

L'introduction des commis dans les magasins de nouveautés a suscité de grandes querelles. Le métier qu'ils y font n'est pourtant pas aussi féminin qu'on se l'imagine. Les acheteuses veulent être promptement servies, et ces grands déballages demandent une activité et on déploiement de force qu'on ne peut guère attendre d'une fille. Il y a là un personnel si nombreux et une telle foute, qu'on y est à la fois bien entouré et bien isolé. Il ne s'agit pas d'ailleurs uniquement d'étaler des étoffes et d'en dire le prix ; un chef de rayon fait un métier compliqué, qui demande souvent une intelligence très-exercée, très-déliée et même très-hardie. Nous- disons cela pour expliquer l'introduction des hommes dans les grandes maisons de vente, et non pour exclure les femmes.

Les ateliers où travaillent les femmes comme couturières, liogères, modistes, fleuristes, etc., ne sont composés que de femmes, qui s'y trouvent ordinairement en petit nombre , excepté dans quelques grands ateliers de confection.

Dans certaines professions, elles sont en con-

currence avec les hommes, par exemple quand elles font du travail de couture ponr les tailleurs ; quelquefois elles sont associées à un homme pour leur ouvrage; telles sont, dans la tapisserie, les doublnusus; dans les filatures, les rattache uses. Souvent aussi, il y a des ateliers mixtes ou des ateliers des deux sexes dans la même maison. Le fait d'être en relations nécessaires ou ordinaires avec les hommes est une difficulté nouvelle ajoutée ii tomes les autres difficultés du travail on atelier pour les femmes; cela va de soi; c'est aussi un malheur pour elles d'entrer en concurrence avec les hommes, car elles n'ont alors que des ouvrages de rebut, ou si elles l'emportent, c"<»st ;'l l'utTi: île co:]^:ilh' i l'av Jissi'iiici.l des sa-

Depuis quelques années les femmes ont été introduites dans les ateliers d'imprimerie. Elles y étaient déjà comme plieuses, brocheuses, satineuses, margeuses ; mais les premières tentatives pour les employer à la composition, à la typographie proprement dite, sont assez récentes. Cet exemple est excellent pour montrer un des cûtés de la difficulté. Le travail typographique convient très-bien aux femmes; il n'est pas trèsfatigant; il n'y faut que de bons yeux et de l'agilité daas les doigts. Il ua s'agit que de prendre l'une après l'autre dans un casier ies

lettres dont on a besoin, et de les mettre à la suite l'une de l'autre sur le compostent*! que l'on tient de ia main gauche. Nous ne parlons pas, bien entendu, des metteurs en pages, à qui il faut du goût et des connaissances. Les ouvriers typographes ont réclamé; ils ont dit que les femmes ne pourraient jamais composer. La réponse était toute prête ; c'est qu'elles composent, et qu'elles composent très-bien. Il se publie a Londres un journal appelé EngîisK Women's journal, qui a la forme et la dimension d'une de nos revues, et qui est entièrement composé par des femmes. Des femmes dirigent la journal, l'imprimerie et la vente; des femmes font les articles, des femmes les composent tvpographi que- Ce journal est aussi correctement imprimé que toute autre publication. Sans aller si loin, nous avons a Clichy, dans l'imprimerie de M. Paul Dupont , nn atelier entièrement composé de femmes. A Corbeil, chez M. Crété, les femmes sont mêlées aux hommes dans l'atelier do composition; M. Crété prend des ouvrières quand il s'en présente, en nombre indéterminé, et les emploie avec avantage. Pourquoi donc les hommes réclamaient - ilsî Craignaient - ils de manquer d'ouvrage? Non ; ils craignaient l'abaissement des

l'outbibh db huit ans

salaires. On leur disait vainement qu'ils ont un tarif, et que ce tarif ne serait pas abaissé. Ils répondaient que, si l'usa;:^ d'employer les femmes dans l'imprimerie se ia'iitjnilisait, elles feraient le salaire, qu'elles le feraient inférieur au taux actuel, qui est à peine suffisant, et que les hommes ne pourraient plus exercer le métier de typographes qu'en se contentant d'un salaire de femme, ce qui leur est impossible.

Assurément les ouvriers qui voulaient exclure les femmes avaient tort, car s'il y a un droit sacré, c'est la droit de travailler, et les femmes ont certainement le droit de faire tout ce qu'elles peuvent faire sans blesser la morale. Mais ils n'avaient pas tort dans leurs appréhensions; il est évident que, si une fois il est démontré que les femmes composent aussi bien que les hommes, les femmes s'offriront en foule, et qu'ayant moins de besoins que les hommes, elles accepteront un moindre salaire. Déjà, àCorbeil, elles sontmoius payées que les ouvriers qui travaillent à côté d'elles. En y regardant de près, on s'aperçoit que c'est ici la même question que celle du libre échange, qui n'évite la ruine dans certains cas que par des déplacements d'industrie. Sur ce point, et sur tous les points analogues, on peut conclure ainsi : le droit des femmes est évident, le danger des hommes ne l'est pas moins.

Nous devons mentionner aussi parmi les professions qui s'exercent au dehors, quelques métiers rudes, masculins ou même périlleux, qui, fort heureusement, ne sont que des exceptions. Telles sont les femmes qui cultivent la terre, les pêcheuses, les batelières, les porteuses de fardoaux, les porteuses d'eau et de pains. A la campagne, surtout Jaii.-d la* puii.^; formes, les femmes cumulent avec les devoirs ordinaires d'une servante le soin de faucher l'herbe, de sarcler et d'écheniller, de faire la cueillette, de traire les vaches, de faire les diverses préparations de lait et de beurre. Quelquefois même elles sont employées aux plus dura ouvrages, à conduire les charrois, i bêcher la terre. Cela est très-commun sur les eûtes, parce que les hommes sont marins ou pécheurs. Enfin, les femmes sont employées en grand nombre dans les mines. Elles y portent le costume d'homme et se distinguent à peine de leurs compagnons dans cette demiobscurité ; on les reconnaît à la voix, et souvent à leurs éclats de rire. Mais, quoiqu'elles ne se plaignent pas, et que les jeunes filles assiègent toujours les contre -m ai très pour obtenir du travail, ce n'est pas là un métier pour elles. C'est trop fatigant et trop absorbant. Il y a d'ailleurs des dangers d'un autre ordre, qui ont éveillé l'attention du gouvernement en Angleterre.

En général, il faut préférer pour les femme* les métiers oii elles ne font pas concurrence aux hommes et ceux qui ne s'exercent pas eu ateliers. La plupart des femmes mariées qui veulent gagner un salaire en restant chez elles se jettent sur la couture, qui a le triple avantage de ne pa~ demander d'apprentissage, presque toutes les tommes sachant coudre, d être un travail de leur goût, Conforma à leurs habitudes, et de leur permettre do travailler à bâtons rompus, tout en vaquant aux soins du ménage. Malheureusement, les travaux d'aiguille ne rapportent plus rien depuis quelques années. (Juatre fléaux se sont attachés sur eux : la confection en grand, les couvents, les prisiui:- ]<>..< LlwJjHitï* .i t'ni;;l:' Il i-i

bien entendu que les machines ne sont un fléau que pour les femmes qui ne peuvent en acheter. La confection, qui opère sur de grandes quantités, a par cela même ses coudées franches, et va chercher au loin ses ouvrières, si les ouvrières les plus voisines s'efforcent de maintenir des prix suffisamment rémunérateurs ; lés couvents et les prisons travaillent à lias prix, parce que les prisonnières et les recluses ont leur nourriture as- ~mvv, iijdéj.i'iniainiiieiii du pnuluil i K; leur (rnvail; enfin les machines introduisent le capital jusque dans cette pauvre et primitive industrie, et menacent de la traiter comme la mule-jenny a

traité laquenouillo et le métier à bras. Il en est du même du tricot, qui d'ailleurs est en défaveur ; de laLroderie.aceajKiivr |>;ir lu Suisse ; de la deu telle, de plus eu plus ul>;mil:>inii'« puni' les imitations.

Il serait impossible d'énumérer tous les métiers que les femmes font ou peuvent faire en France, sans sortir de chez elles et sans se fatiguer outre mesure. La liste en serait trop longue ; elle a pourtant son importance, ne fût-ce que comme indication. Nous ne la ferons pas, nous la commencerons. Il est bien entendu que cette énumération n'est rigoureuse à aucun point de \ue, et que beaucoup fh> professions peuvent a'exercer indifféremment ou chez soi ou en ateliei'. Nous prendrons pour type l'industrie parisienne. Aucune ville ne compte plus d'ouvrières, relativement au nombre total de la population. Le dernier recensement industriel, nécessairement fort incomplet, nu cuinptu pas :'i Paris moins de 100,310 ouvrières.

L'enquête divise toute la population industrielle de Paris en dix groupes : l'alimentation, le bâtiment, l'ameublement, le vêtement, les fils et tissus, les métaux sans valeur (acier, fer, enivre, zinc, etc.), les métaux précieux {or, argent, platine, etc.), les industries chimiques et céramiques, l'imprimerie avec les industries connexes de la papeterie et de la gravure, et enfin,

plusieurs industries qui n'ont pas pu former au genre unique, et qui sont désignées sous le nom d'industries diverses 1 . Ces dernières industries forment elles-mêmes six classes ou sous-genres, dont voici la nomenclature : Instruments do précision, instruments de musique et horlogerie, — peaux et cuirs, — carrosserie, sellerie et équipements militaires, — boissellerie, Tannerie et brosserie, — articles de Paris, — bains chauds et froids, lifltels garnis, loueurs de voitures, jardiniers, etc. 4 .

1 1" j(n>upe. Alimentation... 30,031 homme! T,6J6fcmmK

Dînent 27,217

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vnn, papeterie . . 13,834 — 4,3» —

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