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Industries non groupées

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Il résulte de cette énumération que les femmes sont principalement occupées dans le groupe du vêtement, dans celui des fils et tissus, et dans la cinquième partie du dixième groupe (articles de Paris). Nous entrerons dans quelques détails sur ces trois divisions de l’industrie parisienne.

Le groupe du vêtement comprend vingt-sept industries. Voici celles où les femmes dominent:

Blanchisseurs de linge : hommes, 55; femmes, 8,787.

Bonneterie : hommes, 596; femmes, 2,721.

Casquettes : hommes, 119; femmes, 1,251.

Chapeaux de paille : hommes, 314; femmes,

Corsets : hommes 197 ; femmes, 1,990.

Couturières : hommes, 7 ; femmes, 5,725.

Lingerie ; hommes, 104; femmes, 5,106.

Chemiserie : hommes, 141 ; femmes, 1,480.

Modistes : hommes, 79 ; femmes, 2,745.

Nouveautés : hommes, 132; femmes, 2,413. .

Nous mentionnerons dans le même groupe les tailleurs, qui emploient, 6,849 hommes et 3,383 femmes; et les cordonniers, qui donnent de l’ouvrage à 12,098 hommes et 6,323 femmes.

Cette industrie du vêtement est évidemment celle qui occupe le plus grand nombre de femmes, puisque, sur 105,410 femmes recensées, elle en compte 47,477, près de la moitié. Or, presque

tous les métiers que nous venons d’énumérer peuvent s’exercer à domicile. L’enquête publiée en 1864 donne pour chaque profession le nombre d’ouvrières qui travaillent en atelier ou en chambre. Il nous suffira de donner ces indications pour les industries qui occupent le plus nombreux personnel. Nous ne parlerons pas du blanchissage de linge, qui comprend le repassage, parce qu’il ne peut se faire qu’en atelier. Sur 1,990 ouvrières en corsets, 974 travaillent en chambre. Parmi les couseuses de gants, 422 travaillent en atelier, 177 en chambre.

Presque toutes les couturières recensées travaillent en atelier, l’enquête en a compté 3,731, et seulement 239 travaillant en chambre ; mais cela tient évidemment à la quantité de petites ouvrières travaillant seules qui n’ont pu être recensées. En revanche, dans la lingerie, sur 5,106 ouvrières, 3,319 travaillent chez elles. Dans les nouveautés confectionnées, plus de la moitié, 1,429 sur 2,413 travaillent en chambre. Parmi les femmes employées par les tailleurs, 2,481, sur 3,383, emportent leur ouvrage à domicile. Dans la cordonnerie, on compte 2,302 femmes travaillant en ateliers, et 4,021 travaillant en chambre. Il convient d’ailleurs de faire plusieurs réflexions sur ces différents chiffres. D’abord l’enquête a tout vu dans les

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ateliers, elle a \u très-peu dans les familles. Les ouvrières à domicile qui ont été recensées l’ont ét^ sur la désignation des maîtres ou entrepreneurs ; ainsi on a compté comme couturières les femmes qui font chez elles des robes pour les entrepreneuses de couture ; mais on n’avait aucun moyen d’arrivei’ à celles qui, sans former un atelier, travaillent directement pour une clientèle bourgeoise. Remarquons encore qu’il n’y a rien de constant dans le rapport du nombre des ouvrières en atelier à celui des ouvrières en chambre. C’est presque toujours le môme travail qui se fait des deux façons, à la volonté des entrepreneuses ou d’après le désir des ouvrières. Les filles peuvent préférer le séjour des ateliers, où l’on se réunit, où l'on cause, où l’on épargne les frais de lumière et de chauffage, tandis que les femmes mariées demandent à travailler chez elles, surtout pendant qu’elles ont des enfants en bas âge. Enfin, les ateliers dans ce genre d’industrie sont ordinairement des groupes de cinq k vingt personnes, travaillant ensemble sous les yeux de l’entrepreneuse ; ils sont plus souvent de cinq que de vingt, et ne ressemblent pas à ces immenses ateliers des usines, où tout est réglé aussi minutieusement que dans un couvent ou une caserne.

Dans le groupe des fils et tissus, où les femmes,

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quoique beaucoup moins nombreuses que dans le groupe du vêtement, sont néanmoins plus employées que les hommes, nous nous bornerons à indiquer les professions les plus importantes. La passementerie occupe 5,188 ouvrières, dont la moitié environ (2,546) travaillent en chambre, la broderie 1,630, l’effilochage 1,155, le dévidage de soie, laine, etc., 765. Enfin, dans l’article de Paris, les fleurs artiflcielles emploient 6,266 femmes, le cartonnage 1,245, les boutons en métal et en tissu 1,114, la bimbeloterie 796, les plumassiers 671, les éventaillistes 659, la fabrication des parapluies et ombrelles 631. Sur les 6,266 fleuristes, on en compte seulement 1,643 qui travaillent chez elles. Dans presque tous les ateliers de femmes, sinon dans toùs, la maltresse est ellemême une ouvrière, et pourrait être comptée par conséquent parmi les ouvrières travaillant en chambre ; ce qui dérangerait toutes les proportions précédentes.

Ces quelques mots suffisent pour qu’on se fasse une idée à peu près juste du nombre de métiers que les femmes peuvent exercer à domicile.

Parmi ces métiers, il y en a beaucoup de fatigants, ils le sont presque tous; mais ils ne sont pas immédiatement fatigants. Une blanchisseuse à la rivière fait un métier immédiatement fati-

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gant; on en peut dire autant d’une repasseuse quand elle travaille debout. Mais la couture, la broderie, la dentelle, etc., ne deviennent des métiers fatigants qu’à la longue. Une couturière qui travaille seize heures par jour, et il n’y en a que trop, risque de devenir poitrinaire et aveugle ; une femme qui coud cinq ou six heures à bâtons rompus, employant le reste de son temps aux soins du ménage, fait un métier de femme, qui ne lui déplaît pas, et gagne sans fatigue un salaire modeste.

Le travail à domicile est toujours un travail à la pièce, et le travail à l’atelier est le plus souvent à la journée. Les ouvrières préfèrent le travail à la journée quand elles le peuvent, parce que la plupart des ouvrages de femme n’étant pas de longue haleine (à l’exception de la dentelle, qui même se détaille souvent par coupon) , il en résulte que le travail à la pièce est soumis à beaucoup de caprices et exposé à de nombreux chômages. D’un autre côté, les entrepreneuses aiment mieux avoir chez elles un atelier que de donner de l’ouvrage à emporter à leurs ouvrières, parce qu’elles évitent ainsi les retards, surveillent l’exécution et n’ont pas à redouter l’inconvénient, assez sérieux pour la plupart des industries, de mains salies ou alourdies par le travail du ménage.

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Parmi les industries qui conviennent aux femmes et qui pourraient être plus répandues, nous citerons le sertissage des pierres précieuses, l’horlogerie et la gravure sur bois. Les deux premières industries peuvent s’exercer presque partout; la troisième est surtout parisienne, parce que c’est seulement à Paris que la gravure sur bois trouve des débouchés assurés. Mais c’est un ouvrage agréable, facile à quitter et à reprendre, qui n’occupe pas de place, ne demande pas de force, réussit surtout par la finesse du coup d’œil et de la main, et peut rapporter, sans habileté trop exceptionnelle, des salaires de trois à six francs par jour. La vogue croissante des publications illustrées crée un avenir pour cette industrie, qui n’a jamais été plus fiorissante.

Les personnes qui , par esprit de justice pour les femmes elles-mêmes et par préoccupation du sort des enfants, veulent s’efibrcer de donner aux femmes un ouvrage sédentaire, feront bien de ne pas oublier : 1“ que le travail en atelier ne peut pas être interdit, qu’il n’y a pas lieu de recourir à la réglementation; 2® que le travail en atelier ne peut diminuer que si les avantages du travail à domicile deviennent équivalents; O® que le travail de ménagère proprement dit n’acquiert toute sa valeur matérielle que dans

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ime maison convenablement disposée pour la vie de famille. Il y a donc, parmi beaucoup d’autres moyens d’atténuer les inconvénients du travail des femmes, deux remèdes principaux : la réforme des logements et l’éducation professionnelle.

L’instruction professionnelle, si nécessaire aux hommes, l’est évidemment beaucoup plus aux femmes. Depuis l’introduction des machines, le louage de la force humaine est tombé à rien, même pour les hommes. Il n’y a plus de bons salaires que pour la capacité, soit naturelle, soit acquise i>ar l’apprentissage ou l’instruction professionnelle. Si cela est devenu vrai pour les hommes, on peut dire que, pour les femmes, le louage de la force a toujours été presque nul. Il importe donc, et à elles, et à la société, qui a intérêt à ne rien laisser perdre, d’utiliser les facultés quelles ont reçues, comme l’agilité, la finesse, le goût, la patience. C’est un grand malheur quand elles sont obligées d’accepter des positions qui n’exigent pas d’apprentissage ; c’est à peu près comme si elles enfouissaient un capital. On peut citer pour exemple la décoration des porcelaines. En très-peu de temps, une jeune fille apprend à dessiner tant bien que mal et à broyer des couleurs sur une palette. Quand la famille a de grands besoins et ne- peut pas at-

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tendre, elle ôte la jeune fille de l’école de dessin au bout d’un an, et lui cherche chez les décorateurs de porcelaine de grossiers ouvrages, qui lui rapportent de 75 c. à 1 fr. 25 par jour. La même jeune fille, si elle avait attendu quelques années, aurait pu devenir une artiste et aurait gagné cinq ou six francs par jour, peutêtre plus. Règle générale ; pour les hommes comme pour les femmes, il n’y a plus de bons salaires qu’à la condition de capacité exceptionnelle. Non-seulement la capacité gagne davantage, mais elle est en général recherchée, au lieu d’avoir besoin de s’offrir, avantage inappréciable pour les femmes. C’est donc pour elles qu’on devrait faire les premières écoles professionnelles, d’abord parce qu’elles ont plus besoin d’en avoir, et ensuite parce que la morale a plus besoin qu’elles en aient. On ne saurait trop le répéter : il faut s’efforcer de développer les facultés particulières aux femmes. Il y a là une force considérable qui jusqu’ici n’a pas été mise en œuvre, au grand détriment des femmes, qui perdent ainsi une partie de leur valeur et de leur rang dans le grand atelier du monde, et au détriment de la société entière, qui n’a pas trop, pour se constituer dans un état régulier et normal, de toutes les ressources que la nature a mises à sa disposition. Nous ressemblons à l’équipage d’un navire

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qui ne suffirait plus à la manœuvre et qui n’aurait pas l’idée de l’enseigner aux passagers. Il y a des besognes que nous faisons, auxquelles les femmes suffiraient, et que nous devons par conséquent leur abandonner, pour passer à d’autres plus pénibles. Il y eu a aussi qui se font mal, parce que nous n’avons ni la finesse de coup d’œil, ni l’agilité de doigts, ni l’assiduité nécessaires pour les mener à bien. Les femmes, n’ayant pas de force, ne peuvent se sauver et en môme temps se rendre utiles que par la capacité naturelle et acquise. Quand on les aura mises en état de gagner, par la gravure sur bois, par la préparation des organes d’horlogerie , par la décoration des porcelaines ou dans des emplois de comptables, des salaires élevés, croit-on qu’elles iront de gaieté de cœur se proposer dans les fabriques pour y gagner le même prix ou un prix inférieur, »en subissant un exil de douze heures par jour? Une fois entrés dans cette voie, nous' trouverons pour elles des occupations sédentaires peu fatigantes, lucratives ; c’est une recherche qui jusqu’ici n’a pas été faite avec le soin qu’elle mérite. La spéculation la fera dès qu’elle sera avertie; les moralistes peuvent compter sur elle.

Mais qu’on n’oublie jamais qu’il est un état qui, pour elles, est le premier de tous, celui

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qu’elles aiment le mieux, qu’elles remplissent le plus parfaitement, à leur plus grand avantage et à celui de tout le monde ; c’est l’état de ménagère. C’est un état qui, comme tous les autres, a besoin d’apprentissage. Nous voyons que partout on s’en fie pour cela à leur instinct et aux exemples qu’elles reçoivent de leurs mères. Mais quelle erreur ! il n’y en pas de plus dommageable. Une femme active et économe équivaut, dans une maison, à un véritable revenu, et cela est vrai d’une grande et riche maison comme d’une maison misérable. Ne voyons-nous pas que, dans les États, il est aussi utile de bien dépenser que de beaucoup recevoir? Ce sont deux opérations inséparables, et la richesse d’un État, celle d’un individu , résultent du rapport entre la recette et la dépense, non de la dépense ni de la recette. S’il y a des femmes actives et des indolentes, des femmes dont l’activité bien réglée est . essentiellement productive et d’autres qui se fatiguent sans résultat, si certaines femmes ont le génie de l’achat et de la vente, de la disposition, de l’organisation, comment croire qu’il n’y a pas une culture à donner à ces dispositions, une chance de les produire là où elles ne paraissent pas et de les développer où elles se montrent? La manière de conduire une maison est fort differente en Angleterre, en Hollande,

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en France; il y a donc un parti à prendre, une coraparaisson faire, et par conséquent un enseignement à donner. Est-ce que les docteurs d’économie rurale négligeront d’indiquer comment le travail de la femme doit varier suivant les régions? Pourquoi ne cherche-t-on pas de ce côté? On met dans les écoles de Hiles nne maîtresse de couture ; c’est bien heureux, car le nombre des femmes qui ne savent pas tenir une aiguille est encore très-grand; mais il ne suffit, pas de raccommoder ou même de bâtir une robe, de couper un pantalon. Il faut bien d’autres talents pour rendre la maison agréable et pour alléger le budget. Celui de faire, à peu de frais, une cuisine saine peut être indiqué au premier rang, et if y en a bien d’autres. Tous les hommes ont intérêt à avoir une femme ainsi élevée, et toutes les femmes y ont le même intérêt que les hommes.

C’est une quantité de bonheur que nous laissons perdre faute d’un peu de soin, parce que la question ne paraît digne ni des économistes ni des politiques. C’est aussi une partie de la richesse publique que nous laissons gaspiller. Tous les hommes devraient connaître les principes de l’économie politique, et toutes les femmes devraient connaître à fond les principes de l’économie domestique. L’économie domestique est une partie très-importante de l’économie politique.

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De même que les petites épargnes accumulées dans une banque font le plus gros de tous les trésors, il est difficile qu’un État dont toutes les maisons seraient bien administrées ne soit pas dans une bonne position financière. Nous ne craignons pas de dire qu’on peut influer par ce côté sur la prospérité du budget, puisque nous croyons fermement qu’on peut influer même sur les mœurs. Nous ne connaissons pas de question plus grave et plus importante que celle-ci : bien organiser la maison. Nous venons de la discuter par sou et denier ; mais ce n’est pas tant la finance que nous regardons, quoique nous en parlions sans cesse. Nous voudrions organiser la maison pour la faire aimer, et parce que nous pensons que , quand on a une bonne mère et qu’on aime sa femme et ses enfants, on n’a plus rien à demander à Dieu ni aux hommes.

Quant à la réforme des logements , on ne saurait trop y insister, car c’est toujours de là qu’il faut partir quand on veut renouveler la vie defamille, et la renouveler sans sermons et sans patronage, par la force même des institutions '. Ceux qui veulent connaître la situation des ouvriers et des ouvrières, sans les avoir vus chez eux, ressemblent aux géographes qui ne connaissent

• Cf. .Tnles Simon, L'Ouvrière, quatrième partie, ch. 4.

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le monde que par des récits de voyage. C’est une vérité incontestable que, dans les villes industrielles, beaucoup d’ouvriers sont plus mal logés que les condamnés à la réclusion. Il n’y a pas un préfet qui acceptât une prison où l’air et la lumière seraient mesurés d’une main aussi avare que dans la plupart des maisons d’ouvriers. Cela tient à ce que l’usine ne se recrute pas dans la ville où on la fonde ; à peine est-elle bâtie et en activité que de très-loin on accourt lui demander un salaire. L’usine est là, avec ses ateliers ; mais au dehors il n’y a de place que pour l’ancienne population ; la nouvelle s’y installe comme elle peut, c’est-à-dire que trois ou quatre personnes prennent la place d’une seule. Cela même, le défaut d’air, est meurtrier ; mais cela entraîne en même temps mille inconvénients ou plutôt mille malheurs, car le mot n’est pas trop fort. D’abord la malpropreté. Cette accumulation dans un étroit espace empêche de ranger, de balayer; il n’y a pas de place pour les meubles les plus nécessaires, pour les ustensiles. La promiscuité des sexes a des inconvénients d’un antre genre et beaucoup plus graves. Notez que nous pensons surtout aux enfants , et qu’ils vont grandir dans ce taudis, sans air respirable, au milieu d’immondices et dans une situation à ne jamais comprendre plus tard ce que c’est que la décence. La

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plupart du temps, l’enfant couche dans le même lit avec le père et la mère, ou pêle-mêle avec toute la famille, quand elle est nombreuse. Dès qu’il peut se traîner à quatre pattes, ayant môme (le savoir marcher, il cherche la rue, et il a raison, elle lui vaut mieux : quelle ressource! Cette chambre qu’il fuit est quelquefois un grenier ouvert à tous les vents, quelquefois une cave obscure, humide, faite exprès pour donner des rhumatismes et des maladies de peau. Cette misère du logement est une cause infaillible de misère d’une autre sorte; car les vêtements, si on en a de rechange, s’y pourrissent; les meubles y sont vermoulus; on n’y peut conserver trois mois une paillasse. Il faut savoir cela, il faut oser le dire. 11 serait cruel de dédaigner les petits détails, qui sont de grandes souffrances. L’étroitesse du local excluant tout approvisionnement, il faut tout acheter au détail , le charbon , la chandelle , ce qui accroît les dépenses et devient une source de dettes, c’est-à-dire de ruine. Trop souvent, il est impossible de faire du feu, faute de cheminée ou parce que la cheminée est mauvaise : on achète des aliments tout préparés, ou l’on va dîner hors de la chambre. Supposez une maladie contagieuse, aucune précaution n’est possible. Voilà sans doute un tableau lugubre. Tous les ouvriers ne sont pas ainsi logés. Les ouvriers d’élite, et il y en a,

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grâce à Dieu, beaucoup, arrivent à se donner un intérieur relativement confortable. Celui que nous venons de décrire est-il une exception ? Tant s’en faut, c’est le taudis qui est la règle et le logement passable qui est l’exception. Pour ne pas voir que cette triste chambre est pour moitié dans le succès du cabaret, il faut n’avoir jamais su ce que c’est que le besoin de repos et de distraction après douze heures de fatigue. Or, le cabaret, c’est d’abord la ruine matérielle, c’est ensuite la maladie pour le père, et quelle maladie ! Non pas un de ces maux d’aventure, dont le malade souffre seul; non, non, cette maladielà entre dans le sang, elle le corrompt; elle passe comme une malédiction du père au fils. Des centaines de pauvres enfants ne reçoivent qu’un sang vicié dans leurs veines. Même l’aisance, môme les soins assidus, ne les rendraient ni vivaces ni robustes. Et quel spectacle pour eux, quand ils commencent à penser I ün père absent ou ivre, une mère épuisée, des haillons sordides, un logis crasseux et ignoble ; au dehors, des riches qui passent... Si la mère à son tour se donne à la débauche, elle le fait, il le faut bien, sous les yeux de son enfant. Supposons-la aimante, dévouée, fidèle, une vraie mère : que fera-t-elle ? C’est cellelà qui, pour nourrir les siens, s’emprisonnera douze heures par jour dans un atelier et livrera

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ses enfants à l'abandon. Que ferait-elle dans cette chambre ? Viendrait-elle seulement à bout de la laver et de la ranger? Verrait-elle, près de cette lucarne, l’aiguille qu’elle tient au bout de son doigt? Il ne servira de rien d’apporter un pain sur cette planche, de donner quelques linges, une chaussure , des soins dans une maladie. Ce qu’il faut, c’est une maison habitable , la cellule d’un prisonnier, pas davantage, avec une fenêtre ouverte, pour que le Soleil entre par là. Il faut que la mère puisse acheter un berceau et trouve à le placer ; il faut qu’elle accoutume les yeux de son enfant à se reposer sur des murs bien propres ; qu’elle colle sur la muraille une pauvre estampe ; qu’elle mette sur la fenêtre un pot de fleurs; qu’il y ait au moins une bonne chaise, pour que le père puisse s’y asseoir, quand il revient à la nuit, et prendre l’enfant sur ses genoux. S’il y a de plus, dans quelque coin, un bon livre, doux et cher compagnon de la veillée, qui donne de l’instruction et inspire de saines pensées, voilà un intérieur pour se reposer de la fatigue et pour sentir les plus doux et les plus nobles plaisirs dont le cœur de l’homme soit capable. Voilà, pour les petits êtres qui s’élèvent, une atmosphère saine et vitale ; de l’air, un peu de comfort, de la bonne humeur, de chaudes amitiés, une provision de bonnes leçons et de joyeux sou-

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venirs; voilà, enfin, lapins grande, la plus noble, la plus sainte, la pins nécessaire des institutions, voilà la famille ! Mais n’oublions pas que le seul moyen de la faire renaître, c'est d’abord de lui faire son nid.

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