L'ouvrier en face de la révolution [microforme]
“ La société est malade, » disait, en 1869, à la Ch-mbre des Représentants de Belgique, M. Frère-Orban, ministre des finances. C'était à l’occasion des grèves d'ouvriers.
« Quatre fois en deux ans, écrivait un journal, des troubles graves ont désolé le bassin de Charleroi, les environs de Liége et le Borinage. L'ouvrier s’est révolté, il a troublé la paix publique, dévasti les propriétés, porté atteinte à la liberté du travail; et ces méfaits, or les a réprimés par le fer ct le feu. Des ouvriers ont payé de leur v ces excès, d’autres ont été blessés, d'autres emprisonnés et condamnés; mais, chose remarquable, que nous constatons et que nous nous expliquons, ces sévérités, ces rigueurs n’ont pas cmpéché l’émeute de recommencer, d’abord dans le bassin de Charleroi, ensuite à Seraing, et aujourd’hui dans les environs de Mons. »
De semblables désordres se sont depuis renouvelés en Belgique, sans parler des troubles, plus récents encore, du Creuzot, en France,
« Au commencement de cette année 4870, dans cette même ville de Liége où M. le bourgmestre Piercot proscrivait, il ÿ a trois ans, les processsions religieuses, il y a eu des processions d’un nouveau genre. Au lieu de la croix, de nos pieuses bannières, des reliques des saints, ‘of a vu paraître dans les rues de la cité le sinistre drapeau roûge. Point
d'hymnes pieuses, point de litanies, mais de la musique moderne : la Marseillaise, et les litanies de la destruction et de l'émeute : Vive lu république! À bus les prètres ! A bus le capital! Pas une écharpe tricolore n’est venue barrer le passage au drapeau rouge. La croix seule est suspecte, ct le Saint-Sacrement est dénoncé comme propagateur de l'épidémie. Il paraît que M. Frère a eu sa part dans les anathèmes des socialistes liégeois. On a crié : À bas Frère! Il a été question à Liége d’un Parlement ouvrier, qui siégerait en face de la Chambre des représentants. N'est-ce pas, duns une autre sphère, quelque chose d’analogue au fameux Congrès libéral de 1847? On a poussé, à Liége, quelques cris sédititeux ; mais, somme toute, aucun attentat n’a été commis contre les personnes ou les propriétés.
» Dans les discours prononcés au meeting qui a suivi la procession socialiste, on a dit « qu'il faut constituer la force des travailleurs, » qui seule organisera le socialisme en Belgique ; que la représentation » de la démocratie supplantera la représentation actuelle; que la poli- » tique bourgeoise du parlementarisme a fait son temps.» On a dit enfin : « Le mot de révolution ne nous effraie pas; c'est une révolution » que nous voulons. Quand toutes les solutions scront prêtes, nous les » présenterons, et on sera forcé de les accepter. » Ces prédictions, ces menaces et ce programme ne sont pas faits, il faut bien le dire, pour rassurer, »
La Meuse de Liége contenait, sur la marche du cortége des affiliés à l’Association internationale des travailleurs, les renseignements suivants : « Deux ou trois cents ouvriers, affiliés à l’Internationale, se sont réunis à Seraing. Une douzaine de musiciens formaient le corps d'harmonie; un grand drapeau rouge était le signe de ralliement. Ils se sont mis en marche vers dix heures. A une heure de relevée, le cortége débouchait à Liége sur le quai d'Avroy, précédé de sa musique et de son drapeau, et faisait son entrée triomphale en ville, se rendant au local de l’Allée-Verte, rue des Franchimontois. Place Saint-Lambert, le nombre des ouvriers composant ce cortége a été exactement compté. Il y avait 60 rangs de # hommes chacun pour la section de Scraing, en tcit 500 à 600 personnes, au lieu de 5,000 à 6,000 qu'on avait annoncées. Parmi eux, un tiers d’enfants ct de jeunes ouvriers de douze à quatorze ans. Un quart d'heure après, arrivaient les Verviélois, au nombre d’une centaine. Ils suivirent le même chemin pour se rendre au même local. Le publie a vu défiler le
LA NS msn
3e traine RS Prado 232
lerne : la : Vive la rpe tricoseule est ateur de èmes des n à Liége es représe d’anage, quelé commis
| procesailleurs, sentation 1e la poli- On a dit évolution nous les ions, ces ire, pour
es affiliés nts suibnale, se le corps liement.
de releprécédé phale en nontois.
cortége chacun lieu de fants ct
après, irent le filer le
ER
cortége avec indifférence, Les orateurs ont traité le suffrage universel d'invention autoritaire, surannée et presque doctrinaire, et ont crié : Vive la représentation du travail! Après la séance, le drapcau rouge, que l’on avait hissé sur la facade du local, fut descendu, et le cortège essaya de se reformer, Mais il était singulièrement diminué : les trois quarts des ouvriers avaient disparu; il n’en restait plus que cinquante. Le drapeau fut replié, ct les cinquante se séparèrent. Ainsi finit cette manifestation. »
Au commencement de cette année encore, le Courrier de la Vesdre recevait de Seraing une lettre, que nous allons reproduire presque en entier, et sur laquelle le journal appelait l'attention des industriels :
Monsieur le rédacteur. Nos ouvriers sont très agités, et de plus en plus excités par les meneurs de l'{nternalionale. Quatre journaux socialistes se vendent en très grand nombre le dimanche, et je vous laisse à penser les doctrines qu’ils propagent. Il n’y a pas de semaine où il n'y ait trois ou quatre mectings, et, dans chacun, les doctrines socialistes se posent et s'affirment. Tous les ouvriers, même les bons, sont infectés de ces idécs. Ceux-là même qui ne sont pas de l'Jaternationale et ne veulent pas des grèves, croient cependant que le capital est un monstre hideux qui dévore leurs sueurs, et que la propriété est une injustice. Les pauvres gens, ils ne comprennent rien, et, à vrai dire, ils n’entendent guère que ce langage. Ajoutez que celui qui s'adresse aux mauvais instincts de la nature humaine est toujours certain d'être écouté. Une grève générale est imminente, et elle ne se passera pas sans violence.
Nous vivons ici sous une demi-Terreur. Je vais vous citer un exemple, à peine croyable. Des menaces de mort sont depuis six mois adressées, à des intervalles rapprochés, à M. Kamp, bourgmestre et directeur des houillères Cockerill. M. Kamp n'osait plus rentrer le soir chez lui et logeait très-souvent à l’établissement. Effrayé, convaincu qu'il allait être assassiné, il vient de donner sa démission de bourgmestre ot va, dit-on, quitter la commune. Un autre employé supérieur de Cockerill, M. Oblin, a dû se retirer également.
Tout ce que les chefs d'industrie font pour leurs ouvriers est tourné en mal ct considéré comme de la tyrannie. Disons cependant que deux industriels ont conservé de la popularité : M, Borgnet, directeur de l'Espérance; et M. Deprez, directeur du Val-Saint-Lambert. Ces messieurs font ce qu’ils peuvent pour seconder l'action religieuse sur les masses; mais celles-ci sont déjà si perverties, que le prétre n’a plus d'autorité parmi elles.
Nous appelons l'attention de nos lecteurs sur ce dernier alinéa. On y voit que ce sont les industriels les plus religieux qui ont le plus de popularité. Grande leçon!
Mais ces manifestations et ces grèves sont des symptômes menaçants d'une société bien malade,
Et quelles sont les causes de ces désordres révolutionnaires ?
« La véritable cause des regrettables excès dont le pays s’afiige, disait l’'Écho du Parlement, réside dans l'ignorance des masses. » Mais l'ignorance des masses n'est pas la seule cause de cette maladie.
Quelque temps après les grèves de 1869, dans son discours d'ouverture de la session ordinaire du Conseil provincial, le 6 juillet 1869, M. Dubois-Thorn, gouverneur du Brabant, signalait encore d'autres causes à celte maladie sociale, en prononcçant ces paroles :
« L’ouvrier, fatigué des rudes travaux de lusine ou de l'atelier, a besoin de se reposer ; qui oserait le nier? Mais que de jours enlevés au travail par ces kermesses trop fréquentes ct trop prolongées, et par le chômage du lundi, « qui commence au dimanche et qui dure encore »* si souvent une partic du mardi; chômage qui, selon des calculs très » vraiscmblables, prive l’ouvrier, à la fin de sa carrière, d’une somme » de 6,000 à 7,000 francs !! »
A l'ignorance des masses, à ces kermesses trop fréquentes et trop prolongées, à ces chômages, viennent se joindre d’autres causes encore de démoralisation et de malaise. Écoutons l'honorable gouverneur :
« N'est-il pas vrai qu'une partie des salaires des ouvriers, et une partie beaucoup trop forte, est absorbée par les dépenses du cabaret ? Le cabaret, voilà la plaie! Et ici, permettez-nioi de placer sous vos yeux ic tableau tracé de la main d'un homme à la fois économiste et philosophe, et qu'on n’accusera pas d'être l'ennemi des ouvriers :
« Cette plaie du cabaret est abominable : c'est la maîtresse-plaie,
dont toutes les autres ne sont que la conséqueuce. Le cabaret détruit * Ja force physique de l'ouvrier et sa force morale, A côté de toutes » les usines, les cabarets foisonnent, à moins qu'il n'y ait, comme cela » arrive très-souvent, un cabaret préféré qui détruit toute concur-
© Le Crédit populaire, par M. H. Baudritlart. — Que dire des pertes d'argent causées par les grèves? « Savez-vous, disait un journal, ce que la grève de Seraing a coûlé aux ouvriers? Les salaires perdus pendant ces jours de chômage ont atleint, à la fabrique de fer de la Société Cockerill, la somme de fr. 19,788; et aux charbonnages de la même Société, celle de fr. 20,075; c'est-à-dire qu'aux ouvriers d'un seul établissement la grève a coûté près de 59,000 fe., rien qu'en salaires et sans compter les dépenses extraordinaires qu'elle leur a occasionnées. Les ouvriers de la fabrique de fer étant au nombre de 700, ils ont perdu en moyenne chacun fr, 25,84. De sorte que, si même ils avaient obtenu, à la suite de la grève, une augmentation de salaire, il eût fallu bien longtemps pour que cette augmentation compensät la perte résultant du chômage, »
Vote de la rédaction des Précis Misroniques,)
es ?
s s’afflige, secs, » Mais lie.
s d'ouverllet 1869, e d'autres
atelier, a enlevés au es, et par re encore alculs très ne somme
es ct trop CS CRCore rncur :
rs, et une cabaret ?
sous vos onomiste )uvricrs :
sse-plaic, t détruit e toutes nme cela concurausées par coûté aux brique de la mème it la grève ordinaires re de 700,
t obtenu, pour que