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» rence; alors celui-ci est encombré les jours de paie : les salles regor- » gent, les jardins, les cours; on boit jusqu'à la cave. Un grand nom- » bre d'ouvriers ne font que traverser la rue pour aller, de la caisse où »ils ont reçu leur salaire, au cabaret où ils le perdent. Ils y reviennent » le lendemain, jusqu’à ce qu’ils n'aient plus ni argent ni crédit, La »“ femme ei les enfants, pendant ce temps-là, souffre & de froid et de » faim. Ils rôdent autour du cabaret comme des ombres, espérant » être aperçus, et se disent qu'après tout un père devrait être capable »“ de pitié et de remords. Mais ce n’est plus un père, ce n’est même » plus un homme. S'il n’est que ruiné et malade au ‘sortir du cabaret, » cts’il n'a pas donné ou reçu un mauvais coup, la femme doit s’en » féliciter. Un ivrogne qui centre dans un cabaret n’est jamais sûr de » ne pas entrer cn prison le lendemain i.»
» Cesremarquañles et saisissantes paroles, vraies pour un pays voisin, ne le sont pas moins pour le nôtre. Non, l'épargne n’est pas impossible aux ouvriers. Non, il n’est presque pas de salaire sur lequel on ne puisse prélever quelque chose. Mais il faut une volonté forte et persévérante. J1 faut supprimer le budget des boissons alcooliques, ou du moins le réduire considérablement ; en même temps disparaîtra le chômage du lundi, cette triste et pernicicuse habitude ; et, alors, nonseulement l'épargne ne sera pas impossible, mais encore elle aura cessé d’être difficile, au moins pour le grand nombre. »
Résumons. La société est malade, voilà le mal constaté; l’ignorance des masses, ies kermesses trop fréquentes ct trop prolongées, les chômages, le cabaret, voilà les causes de la maladie.
Où trouver le remède à cette maladie de la société?
Dans le traitement de toutes les maladies, les médecins commencent par éloigner les causes qui les ont produites et puis ils appliquent Jes remèdes contraires. Donc, dans la maladie sociale qui nous occupe, à l'ignorance il faut opposer l'instruction ; aux kermesses trop fréquentes el trop prolongées, et aux chômuges excessifs, il faut opposer l'amour
.! Le Travail, par Jules Simon, qu'on n'accusera pas d'être « l'ennemi des ouvriers, » et nous ajouterons, qu'on ne soupçonnera pas d'être favorable aux idées catholiques. L'autorité de ses paroles a d'autant plus de poids. Elles font voir aussi que les curés ne sont pas seuls à précher contre les cabarets, paisqu'un libre-penseur le fait aussi fortement qu'eux, (Note de la rédaction des Précis HISTORIQUES.)
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du travail et la sanclification du dimanche; au cabaret, une sage économie, une constante sobriété, l'esprit de famille; à tous ces maux réunis, l'association catholique.
Et d’abord, à l'ignorance des masses, il faut opposer l’instruction. L’ouvricr doit connaitre son métier, sa profession ; mais il doit surtout cultiver son esprit et développer son intelligence pour avoir une conduite morale, honorable. |
L’ouvrier doit posséder la connaissance de sa profession, de son méticr. Pour cela, il doit avoir d’autres connaissances générales. Avec de l’application sans beaucoup de génie, il deviendra encore un bon ouvrier; avec du génie et de l'application, il se distinguera et fera sa fortune. George Stephenson, ce pauvre ouvrier des houillères de Newcastle, qui à dix-huit ans ne connaissait pas ses lettres, vit à quarantehuit, en 1829, la locomotive, cette merveilleuse invention à laquelle il avait consacré de longues années et de prodigieux etforts, triompher de toutes les oppositions et ouvrir à la civilisation une ère nouvelle!
Mais ce n’est pas de l'instruction dans les arts et les métiers que nous avons à traiter ici; nous parlons de cette instruction qui cultive l'esprit ct développe l'intelligence pour une conduite morale, honorable.
« L'ignorance, ct par là j'entends aussi l'ignorance du bien et du mal, est le plus grand des maux qui puissent affliger l'humanité; l’instruction, qui ne consiste pas seulement à savoir lire, écrire et calculer, purifie l’enfant, et « l'enfant, c’est l'avenir. »
Ainsi s’exprimait M. Dubois-Thorn, dans le premier discours qu'il prononca comme gouverneur du Brabant, le 7 juillet 1865, à l’ouverture de la session du Conseil provincial, Ce discours avait pour sujet l'instruction primaire.
Au mois de juillet 4869, ce haut fonctionnaire confirmait sa pensée en ces termes :
« J'ai plus d’une fois déjà, et dans cette enceinte même, parlé de l'instruction populaire, de cette instruction générale qui doit être commune à tous, et qui est nécessaire à l'âme comme la nourriture au corps. Sans l'instruction, point d'égalité réelle pour les masses, point de liberté possible, point de bien-être assuré. Aussi, que d'efforts ont été faits, que de sacrifices, pour populariser, pour activer et développer l'instruction, pour la faire descendre jusque dans les dernières couches
© On peut consulter la Vie de Stephenson, comprenant l'histoire des chemins de fer et de Ja loromotive, par Samuel Smiles,
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sociales! Voyez : dans toutes les communes, des écoles où les enfants du pauvre sont recus gratuitement, attirés et retenus par les récompenses ; à côté de ces écoles, d’autres écoles où l’adulte vient entretenir les premières connaissances acquises; l’homme fait, le vicillard même, acquérir celles qui leur ont manqué ; dans les principaux centres, l’enseignement technique qui complète l’enseignement primaire, ct, principalement par l'étude du dessin, donne les notions les plus utiles à chaque profession ; des bibliothèques qui, composées avec soin, offrent aux travailleurs ou une honnête distraction ou un enseignement pour l'exercice de leur état; des conférences où la parole, vive et jaillissante, jette sur les matières traitées une force et un intérêt que le livre ne peut leur donner. Et cette sollicitude pour l'instruction des masses est générale, elle se manifeste dans tous les pays ; mais, je le constate avec une légitime fierté qui sera unanimement partagée, il n’en est aucun où le budget de l’enseignement populaire soit relativement plus élevé que dans notre libre et généreuse Belgique 1...
» L'instruction, disait encore M. le gouverneur, il n’est personne, à l'heure présente, qui ne puisse se la procurer; elle est à la portée du pauvre comme du riche. »
« Mais il n’y a pas d'instruction utile là où ne se trouve pas l'éducation, disait Mgr. Darboy, archevêque de Paris, au Cercle des jeunes ouvriers, dans l'assemblée annuelle de 1869 ?.
» L'éducation! on entend par là vulgairement des manières polices ; mais il y faut voir une chose plus complète. L'éducation, c’est la culture du caractère ct du cœur, de même que l'instruction est la culture de l'intelligence. ‘
» Celui qui n'a pas un caractère ferme et discipliné, qui a, au contaire, un caractère fantasque, bourru, désagréable, celui qui n’est pas constant avec lui-même et qui ne peut faire plaisir aux autres,
1 « En 1869, pour 4,897,794 habitants, l'État inscrit à son budget, pour les dépenses de l'instruction primaire, 4,709,807 francs, auxquels s'ajoutent l'apport des provinces, des communes et des bureaux de bienfaisance, le produit des fondations et les rétributions des familles. »
2 Le Cercle des ouvriers, à Paris, boulevard Montparnasse, 102, Assemblée annuelle. Discours de Mgr. l'archevêque de Paris. Paris, boulevard Montparnasse, 102. 1869. In-8e de 16 pages. Outre le discours, cette brochure renferme le rapport de l'année précédente etunextrait du règlement général.
celui-là manque d'éducation ; celui qui n’a pas le cœur bien placé, dont le cœur est entraîné par des affections vulgaires et abaissées, qui n’est pas capable de sentiments élevés, qui ne connaît que l’égoïsme ou qui n’a que les goûts d’en bas, celui, en un mot, qui manque de cœur ou qui a un mauvais cœur, celui-là manque d'éducation !
» Au contraire, celui-là est bien élevé, il a de l’éducation, qui a un caractère maitre de lui-même...
» Jl a aussi de l'éducation celui dont le cœur est noble, distingué, dontles sentiments sont pleins de générosité et de constance, conformes à l’ordre naturel et qui peut ainsi avouer ses *ffections. Il a de l’éducation, ayant «x cœur si bien discipliné.
» C’est une des choses les plus importantes de la vie humaine, que d’avoir reçu cette éducation du caractère et du cœur...
» Un caractère mal gouverné entraîne à tout instant dans des erreurs et des fautes; également, si le cœur ne sait pas régner sur ses affections, s’il est en quelque sorte le jouet de tous les capricieux instincts qui viennent le solliciter, ce cœur abaissé dégrade la vie...
» Faites-vous un cœur noble et généreux en aimant ce que Dieu permet d'aimer; en le tenant à la hauteur convenable, c’est-à-dire au-dessus de vos sens; en prenant le gouvernement de votre vie au nom de votre âme chrétienne.
» Ainsi, aimez votre famille d'abord; les affections domestiques portent bonheur ; elles offrent un aliment naturel à ce besoin d’aimer, qui est le charme et le tourment du cœur humain, Il y a là pour vous, mes enfants, une sauvegarde, et lorsque vous placez dans le cœur d'un père, dans celui d’une mère, d’un frère, d'une sœur plus jeune que vous et dont vous êles le protecteur, quand vous placez là vos affections, ah! votre cœur peut s'ouvrir sans crainte, il sera garanti de toute chute, Dieu bénira la tendresse et l'honnêteté de votre affection et de vos efforts.
» Garantissez donc votre cœur en le fixant au foyer domestique, mais élargissez aussi cet horizon ct aimez votre pays. Ce n'est pas en vain que Dieu nous attache, par le fond de l'âme, au sol de la patrie. Ce sentiment, la raison l'avoue, la société le commande, la religion le bénit et l’approuve; c'est une grande chose que l'amour du pays! S'il faut aimer son prochain, qui donc sera notre prochain à l'égal de celui qui respire l'air que nous respirons, qui vit avec nous sur une même terre, qui porte le fardeau des mêmes obligations, avec lequel, enfin,
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nous passons notre vie entière, auquel nous sommes, pour ainsi dire, liés à la vie et à la mort?.…
» Aimez donc votre pays, aimez plus encore, aimez l’humanité tout entière, ayez devant les yeux cette grande famille dont vous êtes membres, afin de lui rendre, dans la mesure de vos forces, dans la sphère de votre action, les services que vous pouvez lui rendre.
» Par-dessus tout, mes enfants, aimez Dieu ! »
Telles sont les belles paroles de Mgr. l’archevèque de Paris. C'est ainsi que l’ouvrier doit former son caractère et élever son cœur par l'éducation.
L'instruction et l'éducation, pour être efficaces au point de vue de l'amélioration des individus et de la guérison de la société, doivent être religieuses, capables de faire de l’ouvrier tout à la fois un bon ouvrier et un bon chrétien. C’est ce qu’ont compris tous les hommes sérieux de tous les temps et de tous les pays, et, en particulier, les législateurs qui ont doté la Belgique de la loi du 25 septembre 1842 sur l'instruction primaire, ainsi que ses sages réfenseurs.
L'article 6 de cette loi porte : « L’instruction primaire comprend nécessairement l’enseignement de la religion et de la morale... L’enseignement de la religion et de la morale est donné sous la direction des ministres du culte professé par la majorité des élèves... Les enfants qui n’appartiennent pas à la communion religieuse en majorité dans l’école, seront dispensés d’assister à cet enseignement. »
Cet article de la loi de 1842 a soulevé, dans notre pays, de vives polémiques. Les libéraux antireligieux ne veulent pas de cette loi, cela va sans dire; les libéraux modérés, hommes d 1850, en veulent, et ils la défendent.
« Tout le monde, — disait encore M. Dubois-Thorn, en 1863, au conseil provincial du Brabant; — tout le monde sait les motifs qui ont guidé le législateur de 1842 en adoptant cette disposition, la plus importante de toutes. S’inspirant de cette parole de M. Guizot, que
« l'atmosphère de l’école doit être morale et religieuse, » il a voulu la fusion de l'éducation et de l'instruction, l’incorporation de l’enseignement religieux dans l’enseignement scientifique ; il a voulu que, avec le développement de l'esprit, le moral de l’enfant fût formé d’après les vérités de la religion, d’une religion positive et dogmatique.
En
» C'est au nom de la Constitution, ct l’on ne pouvait aller chercher des armes plus haut, que cette disposition de la loi du 25 septembre «à
été attaquée. On lui a reproché de violer les principes les plus essen-
ticls du pacte fondamental, d'introduire le clergé à titre d’autorité dans l’école, qui doit rester purement laïque; de lui accorder l’inspection au même titre qu’à l'autorité civile; de porter atteinte à l’indépendance même de l’État; reproches les plus graves qui puissent être faits à un acte législatif.
» Ces reproches sont-ils fondés? Je dirai mon sentiment, et c’est ma seule prétention, avec unc franchise entière.
» Que la loi du 23 septembre 1842 introduise le prêtre, à titre d'autorité, dans l’école, cela est certain; mais on ne voit pas bien à quel autre titre il pourrait y entrer, si tant est qu’on veuille qu’il y centre. Quand il enseigne le dogme ou qu’il surveille l’enseignement du dogme, le prêtre agit et ne peut agir qu’à titre d'autorité. Et puis, où est l’abdication du pouvoir civil? N'est-ce pas le pouvoir civil qui stipule et qui stipule seul, qui fixe les conditions du concours qu'il demande? Et ne peut-il pas toujours, et au moment où il lui plait, faire cesser l’effet de cette stipulation et retirer ce qu'il a consenti sans se lier?
» Chez nous, d’ailleurs, la séparation de l'État et de l’Église n’est pas absolue; ce qui est absolu, c’est leur indépendance réciproque. Si l'Église était entièrement hors de l'État, comment pourrait-on expliquer et les traitements des ministres des cultes à la charge de l'État, et ces nombreux temples élevés à l’aide des deniers publics, et ces subsides prodigués sous toutes les formes pour les nécessités et les pompes de la religion? Coinment expliquerait-on encore les invitations que, chaque année, le gouvernement adresse aux chefs des diocèses pour la célébration de nos grandes fêtes nationales? Sans porter atteinte à leur indépendance respective, l'État et l'Église peuvent s’entendre et s'unir pour la poursuite d’un but commun; un tel accord n'implique laliénation d’aucun droit, Entre le gouvernement ct le culte, point d'alliance politique, le respect de la conscience humaine l'exige; mais l’enseignement de la morale ct de la religion n’est point une chose de la politique; ici l’alliance est parfaitement légitime, car elle a pour objei, 1.5n un intérêt de puissance et de domination temporelle, mais un in'érêt purement social et le plus élevé qui puisse exister.
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» Les hommes les plus éminents dans tous les pays se sont prononcés contre la séparation de l’enseignement scientifique et de l’enseignement religieux. Sur ce point, nous trouvons en communauté de sertiment les Robert Pecl, les Guizot, les Cousin, les Villemain, d’autres encore dont les noms font autorité dans la politique ou dans la science. Tous ont proclamé, comme un principe nécessaire, l’inséparabilité des deux enseignements.
« La religion, disait Robert Peel, forme la base invariable de toute » éducation; et l'instruction religieuse dans l’école doit être dogmo- » tique ct non générale, »
« {1 faut absolument, dit M. Guizot dans une circulaire célèbre, que » l'instruction ne s'adresse pas à l'intelligence seule; il faut qu’elle » embrasse l’âme cntière, et qu’elle éveille surtout cette conscience » morale qui doit s'élever et se fortifier à mesure qu’elle se développe. » C’est assez vous dire quelle importance doit avoir linstruction reli- » gicuse proprement dite. »
« Nous ne voulons pas, dit M. Cousin, méler le moins du monde Ja » religion aux choses de la terre; mais il est ici question de la chose » religieuse elle-même. Nous sommes les premiers à vouloir que la religion reste dans le sanctuaire; mais l’école primaire est le sanc- » tuaire aussi, ct la religion v est au même titre que dans l'église et dans le temple. »
« I ne suffit pas, dit M. Barrau, que l’enseignement primaire soit » national; il faut qu’il soit religieux. Or, pour qu'il soit religieux, le » concours des ministres du culte est indispensable... Il n’y a pas » pour le peuple de religion philosophique. L'enseignement ne sera » jamais religieux sans l’aide de ceux à qui la religion elle-même a » confié le dépôt de ses dogmes... Vous aurez beau placer un crucifix » dans votre école, on n’y verra pas Dieu si le prêtre n’y vient pas. »
« La religion, dit M. Eugène Rendu, comme un levain déposé dans » Ja vie de chaque jour, doit se mêler aux plus simples paroles adres- » sées à l'enfance. »
» Deux hommes dont notre pays s’honore, continue M. le gouverneur après ces citations, MM. Rogier et Leclercq, n’ont pas pensé autrement que les hommes L'État de France et d'Angleterre. Comme eux, ils ont compris les besoins du peuple ct l'éducation de l'enfance.
» M. Rogier inscrivait dans son projei de loi du 51 juillet 4834 cette disposition : « L’instruction primaire comprend nécessairement l’in-
» struction morale et religieuse... L'enseignement de la religion est » donné sous la direction de ses ministres... »
» M. Leclercq faisait à la Chambre des Représentants, le 27 février 4841, au nom du cabinet dont il était membre, cette déclaration, qui est une véritable profession de foi : « Je pense, et tous mes collègues * pensent avec noi, que, quand il s'agit de la jeunesse, l'instruction » religieuse ne doit pas être séparée de l'éducation; nous pensons » qu’il n’y a pas d'éducation sans qu'on donne une instruction reli- » gicuse, sans que l’on inspire des habitudes religieuses à la jeunesse, »* sans qu’on lui donne une instruction religieuse. Nous pensons que, » pour tout ce qui regarde la religion dans l'éducation, il faut faire, » par la loi, aux ministres des cultes unc part d'intervention propor- » tionnée à l'importance de ia religion. »
Après avoir cité l'opinion de ces hommes éminents de pays divers, tous d’accord sur l'indispensable nécessité de ne pas séparer de l’enseignement scientifique l’enseignement religieux, M. le gouverneur du Brabant conclut en ces termes :
« Qu'on y prenne garde : on demande, et l’on demande seulement, la sépuration des deux enseignements ; mais cette separation conduirait fatalement à la suppressicn de l’enseignement religieux pour l'enfant du pauvre. Aujourd’hui, la religion s’empare de l'enfant à son entrée dans l’école, elle l'y suit pendant plusieurs années et ne le quitte qu’à sa sortie; que l’on ferme l’école au prêtre, où l'enfant du pauvre recevra-t-il l'instruction religieuse ? Dans l’église? En supposant même possible matériellement un cours spécial de religion dans l’église, combien d’enfants le fréquenteront? « Pas un sur mille, » dit un écrivain, qui ajoute : « Ainsi, en quelques années, la famille ouvrière aurait » bientôt oublié toute idée religieuse, et désappris à chercher dans » l'espoir d’un meilleur avenir des consolations pour les souffrances » du présent. »
» Mais la séparation de l’enseignement religieux et de l’enseignement scientifique aurait une autre conséquence, inévitable, prochaine, qu'on semble cependant ne pas apercevoir; ce dont il est permis de s'étonner. Que cette séparation soit prononcée, et l’on verra à l'instant même, à côté de chaque école communale où le prêtre n'aurait point accès, s'élever une école privée où il sera admis ; et, dans la Jutte qui s'engagerait entre les deux écoles, qui oserait di": que l’école publique ne succomberait point? Car, il faut bien le reconnaître, il n’est pas un
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père de famille qui, si peu religieux qu'il soit lui-même, ne veuille que son enfant soit religicusement élevé, »
En terminant son discours, M. Dubois-Thorn disait : « La loi du 25 septembre était devenue nécessaire, urgente, Conciliant, autant qu’on peut concilier deux termes #pposés, les droits de l'autorité ct ceux de la liberté, imprégnant, pour ainsi parler, l'enseignement de l’arome de la religion, et faisant ainsi concourir au but toutes les forces sociaiee, la loi du 25 septembre 1849 a rendu d'incontestables services à la cause de l'éducation du peuple. »
Pour que l'enfant sache discerner le bien du rl et devienne « un bon citoyen; » pour que « le père de famille, si peu religieux qu'il soit lui-même,» voie « son enfant religieusement élevé ; » il faut nécessairement enseigner à celui-ci « les vérités de la religion, d’une religion positive et dogmatique. » C'est le principe qu'a hautement proclamé, en face du pays et de l'Europe, l'honorable gouverneur du Brabant.
Ajoutons que cette religion positive, dogmatique, doit être la religion catholique, enseignée dans le catéchisme.
Plusieurs raisons prouvent cette thèse. Une seule suffirait : la religion catholique seule a des dogmes positifs ; les sectes ne sont que des négations. Mais nous n'insisterons pas sur cette preuve; nous prouverons la nécessité de la religion catholique dans la société ouvrière, et, par conséquent, dans l'école, par deux autres argnments : savoir que la religion catholique seule est attaquée par les fauteurs du mal, ct qu’elle seule renferme dans son sein le principe fondamental de l'ordre et du devoir.
Et d’abord, ce n'est que contre la religion catholique seule que les révoluticnnaires, comme les passions, soulèvent le peuple et l’ouvrier. Ils n’attaquent ni le protestantisme, ni le judaïsme, ni le mahométisme; souvent même ils défendent ces sectes; mais ils poursuivent de leurs attaques ct de leur haine le catholicisme, l'Église,
L'Internationale et ses échos dans la presse et à la tribune ont constamment détourné l’ouvrier du prêtre et de l'Église, et l'ont poussé à poursuivre ses droits; mais l'ont-ils porté à remplir ses devoirs? Leur doctrine n'est-elle pas, au contraire, la ruine de tout devoir, comme elle est la négation de tout principe, de toute religion ?
« Qui donc, — s'écriait un journal, à l'époque des grèves, — qui done pervertit les houilleurs ? En présence de ces grèves sanglantes qui désolent notre pays, les franes-maçons et leurs compères les libérâtres se lavent hypocritement les mains comme Pilate, et ils s'écrient : Ce n’est pas nous qui avons élevé ces gens-là ! Non, ee n’est pas vous, apôtres du mal, qui les avez élevés; mais c'est vous qui les avez pervertis! C'est vous qui leur avez enseigné qu'il n'y à pas def 8 d’enfer; que l'Évangile est un tissu de fables; que la religion catholique, ses dogmes, sa morale, ses sacrements, sont des inventions du clergé. C'est vous qui leur avez appris à se moquer de la prière, de la messe, des srriuons, de la confession, et à bafouer Jésus-Christ dans l'Eucharistie. C'est vous qui avez proclamé la morale indépendante, c'est-à-dire, le droit de commettre tous les crimes et de se plonger dans tous les vices. C’est vous qui répétez qu'il ne faut plus de prêtre ni à la naissance, ni au mariage, ni à la mort. C’est vous qui, par vos maximes et par vos exemples, instruisez le peuple à vivre et à mourir en bête. Non, encore une fois, ce n'est pas vous qui avez élevé ces gens-là, vous avez raison; mais c’est vous qui les avez rabaissés jusque dans les profondeurs de l'athéisme pratique et de l'immoralité sans frein, »
Une autre feuille disait : « La doctrine chrétienne et ceux que Dieu a chargés de l’enseigner sont devenus l’objet de la risée et de la contemption de nos gouvernants. Le clérical ! le clérical ! voilà le cri de proscription qu'ils ont poussé contre Dicu, contre ses commandements, contre ses ministres, contre ceux qui l’aiment et le servent, contre ceux qui fondent, conduisent et protégent les bonnes œuvres. Les classes inférieures, surtout dans les provinces wallonnes, ont promptenent profité des leçons funestes des prétendus grands du jour; et, comme la doctrine officiellement proclamée : Plus de dogme, aveugle lien! Plus de jougs, tyrans ni Messies ! flattait leurs passions et les libérait de tout frein, elles ont jeté bien vite les dogmes ct le Messie par-dessus bord, branlant la tête et se moquant des superstilions dans lesquelles on les avait élevées. Mais la pente était rapide et glissante, et voici qu'après s'être débarrassé du clérical, elles ne veulent plus reconnaitre ni les jougs, ni les tyrans; c'est à l’ordre public, au capital, au travail qu'elles s'en prennent aujourd'hui, et elles prétendent leur faire suivre la route des dogmes. Les ouvriers résistent à la loi, ils bravent la fusillade, les charges à la baïonnette, la cour d'assises ct la prison, C'est tout naturel, c'es! logique; cela ne pouvait ne pas arriver;
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GÈVES, — qui sanglantes qui les libérâtres s'écrient : Ce as VOUS, apÔvez pervertis !
as d’enfer ; itholique, ses 1 clergé. C'est la messe, des l'Eucharistie. est-à-dire, Île tous les vices.
naissance, ni 1cs et par vos . Non, encore avez raison; "ofondeurs de
eux que Dieu et de la con-
oilà le cri de nandements, rvent, contre œuvres, Les nt promptelu jour; et, pme, aveugle sions et les et le Messie shilions dans t glissante, Jeulent plus ic, au capiprétendent à la loi, ils ssises ct la bas arriver ;
les prémisses impies appelaient nécessairement des conséquences révolutionnaires, Un peuple ne peut subsister sans foi en Dieu, sans soumission à ses commandements, sans respect pour ses ministres. Vous avez appris aux masses à se passer des prêtres, et les masses n'ont que trop bien compris; elles ont compris au delà de votre prévoyance, ct elles ont dit que, si elles pouvaient se passer de Dieu, elles se passeraient mieux encore de votre gouvernement, Voilà pourquoi, dans les provinces où votre affreux libéralisme domine, le sabre et le fusil sont votre unique ressource, Vous n’avez pas voulu des catholiques, et vous avez des émeutiers! »
Ces émeuticers ne sont pas les plus coupables : les grands criminels, cc sont les provocatcurs. Écoutez-les; voici leur proclamation :
Ouvriers, vous avez trois ennemis : Le Roi, qui laisse faire les lois au moyen desquelles on vous exploite ;
.es capilalistes, les riches qui vivent de votre rai i s'enrichis de vos
I lalistes, les rich vivent de votre travail, qui s'enrichissent d abeurs et qui ne v nnent en échange qu’une rémunération dérisoire ; lal t vous do t ha ‘une rémunération dérisoire ;
e prêtre, qui, se trouvai niv * avec les riches, s enseigne hypo-
L tre, qui, se trouvant de connivence avec les riches, vous enseigne t critement une résignation passive, une soumission stupide.
Assez longtemps vous avez souffert et vous avez été exploités : brisez donc, anéantissez et détruisez tout ce qui s'oppose à votre avénement au bien-être, à la jouissance, et sus aux riches, aux prêtres et aux représentants de l'autorité !
On est allé plus loin : on a mis Dieu lui-même au nombre des ennemis de l’ouvrier, N’a-t-on pas écrit et dit : « Dieu, c’est le mal; » et encore : « Il n’y a pas de Dieu?» Voltaire est donc bien dépassé. Au moins son esprit impie et révolutionnaire admettait l'existence de Dieu. Ce coryphée de tous les ennemis de la religion n’a-t-il pas écrit : « Ne tient-il done qu'à dire : « I n’y a point de Dieu, » pour qu’on vous en croic sur votre parole ?.. L’athéisme ne peut faire aucun bien à la morale, et peut lui faire beaucoup de mal. Je ne voudrais pas avoir affaire à un prince athée, qui trouverait son intérêt à me faire piler dans un mortier ; je suis bien sûr que je serais pilé. Je ne voudrais pas, si j'étais souverain, avoir affaire à des courtisans athées, dont l'intérêt scrait de m’empoisonner ; il me faudrait prendre au hasard un contre-poison tous les jours. Il est donc absolument nécessaire, pour les princes et pour les peuples, que l'idée d’un Être suprême, créateur, gouverneur, rémunérateur et vengeur, soit profondément gravée dans les esprits. »
Si Dicu n'existait pas, il faudrait l’inveuter. Et quelle est la valeur personnelle et sociale de ees homnies qui pro-
voquent à l'émeute? On ne les connait pas tous ; mais voici la biographie
judiciaire de l'un d’entre eux, d'après l'Union de Charleroi : « Un avec des épisodes de l'agitation provoquée par l'Association internu- cont
tionale des Travailleurs s’est déroulé devant le tribunal correction-
noms -
comi nel de notre ville, Un sieur Firmin Godrau comparaissail sous la | poch prévention de nombreuses escroqueries au préjudice des ouvriers | cons
affiliés à l'Anternationale, Ce Godeau était secrétaire pour la section de Fayt, et délégué du comité central de Bruxelles pour la section de
qui tout
Morlanwelz, 11 a été dernièrement déclaré en faillite, Ce n’est pas la teur:
première fois qu'il a maille à partir avec la justice; ses antécédents sorti
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judiciaires sont longs et nombreux, Le total des condamnations qu'il « subies s'élève au chiffre respectable de 55 ans et 6 mois d’emprisonnement, plus 5 années de surveillance de la police, savoir 18 ans et demi en France, d'où il a fini par être expulsé, et 45 ans en Belgique. On voit combien cet agent de l'Znternationale était digne de la confiance axé L'or est i
des pauvres ouvriers qui lui remettaient leur argent. Godeau était l'organisateur des meetings à Morlanwelz, à Fayt et dans les environs; c’est lui qui était le guide des orateurs venant de Bruxelles pour péro- en rer dans ces réunions d'ouvriers, c’est lui qui les hébergeait et qui les
régalait, 1 avait monté une grande maison de commerce, » Un journal A annonçait sa condamnation en ces termes : « Le tribunal correction- Où 1 nel de Charleroi a condamné à dix ans de prison et à diverses amendes stasi le nommé Godeau, l’un des principaux chefs et orateurs de l'Znterna- vive tionale et le correspondant de 'usieurs feuilles libérales du Hainaut. hou Godeau a commis divers abus de confiance au préjudice des ouvriers Den dont il se prétendait le défenseur. Le même jugement a prononcé, en dut outre, contre Godeau l'interdiction des droits civils pendant dix ans. Sur, A la fin de l'audience, les gendarmes emmênent Godeau. Une foule soit énorme l'attendait au sortir du paluis de justice, C'est à peine si le “al condamné et son corlége peuvent arriver jusqu'à la voiture cellulaire. ko On entend de tous côtés ces parôles : « C’est bien fait, il l’a bien mé- E rilé,» C’est aussi notre avis, dit l'Union de Charleroi, Nous sommes loin ur de dire que le comité de l'Znternationale n’a pas élé complice de le Godeau, qu'il n’a pas favorisé ses détournements au préjudice des ou- : (or! vriers ; mais cerlainement Godeau ne se recommandait ni par sa loyauté, i sa ni par son honnèteté, pas plus que par sa moralité, Une personne qui À I le connaît nous a rapporté qu'il a abandonné sa femme en France avec # set plusieurs enfants; à Fayt, il a séduit deux malheureuses jeunes filles, 4 de
ct, au moment de son arrestalion, il était sur le point de se maricr
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avec une troisième, Et voilà le misérable qui excitait les ouvriers contre leurs patrons; voilà le hardi coquin qui signalait les maitres comme des exploiteurs et des voleurs, alors qu'il avait la main dans la poche de ses dupes. Quel enscignement pour nos travailleurs! Nous constatons avec plaisir qu'enfin ils ouvrent les yeux ct qu'ils voient à qui ils ont affaire, » L'Union de Charleroi coneluait : «Il résulte de tout cela que l'Internationale s’'appellerait mieux une Société d’exploiteurs des ouvriers. C'est la réflexion que nous entendions faire au sortir de l'audience dans des groupes d'ouvriers, »
La Révolution, aveugle quand elle détruit et impuissante quand elle veut reconstruire, est toujours logique quand elle prépare ses coups. Elle commence par poursuivre les prêtres, puis les riches et les souverains, Or, ce sont trois éléments d'ordre qu'il faut sauvegarder : la société est impossible sans riches, sans gouvernement, sans prêtres. L'ordre social est impossible sans morale publique; la morale publique est impossible sans morale naturelle; la morale naturelle cst généralement impossible sans morale révélée, sans le catéchisme,
Où les orateurs de la Révolution ont-ils préparé les grèves récentes ? Où ont-ils été reçus, écoutés, applaudis ? Où les grèves ont-clles éclaté ? Où la mutinerie at-elle fait répandre le sang? Précisément parmi cette classe d'ouvriers dont plusieurs ne voient que rarement le ciel, qui vivent sous le sol, qui deviennent presque matériels comme le fer et la houille qu'ils déterrent, Si, au milieu des misères humaines, l'homme n'entend jamais parler d’un bonheur promis et assuré, du bonheur d’un autre monde; ei jamais son cœur n'est frappé et remué par le Sursum corda, ce eri d'espérance et d'amour qui vient du ciel et nous y invite; est-il étonnant que l'homme ne songe qu'à vivre et à améliorer malériellement son existence temporaire, aux dépens même de son bonheur éternel, des droits d'autrui, de sa conscience personnelle ?
"Et, quand cet ouvrier revient sur la terre et entend une voix humaine qui s'adresse à lui et lui promet un sort meilleur, si cette voix le pousse à la révolte, à l’impiété, pour faire atteindre cette meilleure fortune, comment résistera-t-il aux entrainements de ses passions, de ses convoitises, surexcitées par des discours flatteurs et décevants ?
Puis done que la Révolution n'attaque que l'Église, c’est la religion catholique qu'on doit opposer aux fauteurs de désordre, d’anarchie et
de ruine.
Nous avons donné deux preuves pour montrer que c'est la religion catholique qui doit être enseignée dans l'école : elle seule a des dogmes positifs, elle seule est attaquée par la Révolution.
Ajoutons que l’Église catholique seule porte dans son sein le principe fondamental de l'ordre et du devoir, et, par unc conséquence nécessaire, le respect des devoirs mutuels, en un mot, la paix, le bonheur des peuples ct des individus. C'est la troisième preuve de la nécessité de la religion catholique dans la société ouvrière et dans l'école.
Voyons d'abord l'insuffisance des autres moyens de moralisation qui sont beaucoup prônés de nos jours.
La morale naturelle, et, à plus forte raison, ce qu'on appelle aujourd'hui la morale indépendante, cette morale dénuée de toute règle et de toute sanction, ne suffit pas à l’homme pour conserver la pureté de ses mœurs, user de ses droits avec mesure, remplir ses devoirs avec conscience, sauvegarder le sentiment de sa dignité personnelle, Elle suffit moins encore pour retirer du vice les individus et Ja société. L'histoire des temps antérieurs au christianisme et celle des tribus sauvages prouvent cette assertion.
Au contraire, l'histoire des temps postérieurs au christianisme ct celle des nations civilisées par la foi, prouvent le fait de l'efficacité de la religion catholique ; et c’est ce qui résulte de la nature méme de cette religion.
Elle ne guérit pas tous les maux, sans doute; on la comprend et on la pratique trop mal pour obtenir cet heureux résultat; mais, du moins, ia morale catholique est suffisante d'elle-même, par sa nature et par son infiuence, pour les guérir tous, « Je ne veux rien forcer, disait Mgr. Darboy, et ne prétends pas que la religion soit toujours une sauvegarde et qu'elle préserve habituellement l'homme de toute chute; mais je dis que nul ne se défend bien que par la religion, et que, grâce aux pratiques religieuses, il y a beaucoup d'hommes honorables devant leurs semblables et dignes de l’amitié de Dicu, qui, sans un tel secours, cussent été perdus. »
Plus que jamais peut-être l'instruction religieuse est nécessaire de nos jours, à cause de l'ignorance et des erreurs modernes,
L'indifférence, l'incrédulité et l'impiété, voilà les trois grandes plaies morales de Ta société actuelle, Or, quelle cause les a produites? L'igno-
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rance générale en matière de religion. Cette ignorance engendre l'indifférence d’abord, l'incrédulité ensuite, limpiété enfin comme terme fatal, On ne pratique et on ne croit pas une religion qu’on ignore, et bientôt on la blasphème. Il faut donc à cette ignorance opposer l’instruction ; à ces trois négations : indifférence, tncrédulité, impiété, il faut opposer une morale positive, affirmative ; savoir, la morale qu’enseigne l'Église catholique, car une morale vague et indépendante ne peut suffire.
Ce qu’on appelle les idées modernes se répand partout, « C'est en vain, a-t-on dit, que l’on voudrait s’epposer à une extension de plus en plus grande des libertés publiques ; mais il faut, comme l’a dit le comte de Montalembert, que le développement du sentiment religieux y fasse équilibre; il faut que la démocratie soit chrétienne; ou bien malheur à la société! « Plus l’homme devient libre du eôté de la terre, » disait Lacordaire avec sa pittoresque éloquence, plus il doits’enchainer » du côté du ciel.» C’est ce que n'ont pas voulu comprendre ces orgueilleux qui prétendent diriger l'homme avec sa raison seule, comme si la passion n'était pas toujours plus forte que la raison, et pouvait être enchainée par aucune force humaine, surtout quand la convoitise ou la haine sont allumées dans le cœur du pauvre ou de l’opprimé! »
Tandis que l'ignorance de la religion catholique mène à l’impiété, à la licence, la connaissance de cette religion rappelle au devoir et y retient, Pourrail-on citer un seul catholique, instruit dans sa foi ct pratiquant ses devoirs, qui se soit fait solidaire, libre penseur, révolutionnaire? Non-seulement la religion guérit les maux, mais aussi elle en préserve la société et les individus. Seule la religion catholique cest suffisante pour obtenir cette heureuse réussite, Le fait est connu et de grandes autorités le confirment.
Le comte Molé, ministre de France, disait : « Un parfait chrétien devient aisément un grand citoyen.» Nous pouvons dire avec autant de vérité : « Un parfait chrétien devient aisément un bon ouvrier,» Oui, la religion
atholique bien observée élève la classe ouvrière au-dessus d’ellemême par les promesses et l'attente d’un monde meilleur, par les aspirations vers la même félicilé, par l'emploi des mêmes moyens cet du même culte pour atteindre ce but commun, suprême et éternel,
Aussi, les hommes politiques et d'autres qui ne pratiquent pas la religion catholique ou qui la combattent, ont-ils néanmoins dit souvent et continuent-ils de répéter encore que « la religion est bonne pour le
peuple, » Ils disent vrai, très vrai, non pas dans le sens exclusif qu’ils donnent à cette phrase, mais dans un sens large et universel. Oui, la religion est bonne pour le peuple, parce qu’elle conduit le peuple au devoir et l'y retient ; mais la religion est bonne aussi pour d’autres que pour le peuple; elle est indispensable pour tous, grands et petits, riches ct pauvres, savants ct ignorants, souverains et sujets.
Cette nécessité de la religion a été reconnue et proclamée même par des impies. Au moment où les hommes de la Révolution travaillent à propager la morale indépendante ct l'éducation sans Dieu, il peut être utile de leur signaler le curieux plan d’études d’un de leurs plus illustres coryphées. Nous sommes loin d'adopter ce plan, dont certains détails sont absurdes; par exemple, l'explication des prophètes à des enfants de douze ans! Mais ce plan d'études n’en est pas moins un hommage rendu à léducation catholique par un philosophe impie. Diderot est d'avis qu'un enfant âgé de huit ans doit savoir lire et prononcer proprement, écrire et orthographier couramment, former les chiffreset nombrer; apprendre les premiers éléments de la religion et les prières communes, lire avec fruit le petit Catéchisme de Fleury , apprendre la grammaire française et latine, la prosodie et les trois premières règles de l’arithmétique, A l'âge de neuf ans, il le croit en état de profiter des instructions sur les sacrements; il veut qu'on lui explique les meilleurs auteurs latins; qu'on lui apprenne la géographie. A dix ans, Diderot veut qu'on lui apprenne l'histoire sainte, la cosmographie, l'algèbre, les éléments de la géométrie, la musique. A onze ans, il y ajoute l'histoire naturelle et le dessin, A douze ans, il veut qu'on lui explique les prophètes, la physique expérimentale, la mécanique; à treize ans, lecture de l'histoire ecclésiastique et de l'histoire de France; optique, cours de chimie, À quatorze ans, il approfondira les preuves fondamentales de la religion chrétienne, il apprendra da logique, la morale, la physique systématique, l'astronomie, À quinze ans, il s'abandonnera à la théologie, à la rhétorique, à la poésie. On à dit avec raison que « les libres penseurs trouveront ce programme un peu fortement clérical; et pourtant Diderot, le grand Diderot, a fait mieux que de l'écrire, il l'a pratiqué, On sait que ses amis scandalisés le surprirent plus d’une fois à faire le catéchisme à sa fille. »
Plus louvrier sera éclairé par la foi, plus il sera content de son sort ct moins il ÿ aura des révolutions, des émeutes, des grèves.
Le devoir, pour louvrier, ne doit pas être quelque chose d'abstrait,
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} € sens exclusif \ de vaguc ; le devoir, l’ouvrier doit l’apprécier comme la volonté divine, e et universel, î nettement formulée dans les préceptes de Dicu et de l'Église, dans les pnduit le peuple lois de son pays, dans les obligations de sa profession, de son emploi, 1 pour d’autres | de sa charge; dans les ordres raisonnables de ses supérieurs temporels rauds et petits, Ë et spirituels, dans les exigences légitimes et modérées de ses patrons ; Jets. À en un mot, l’ouvrier doit apprendre ses devoirs dans le catéchisme. Si
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l’ouvrier considère son devoir en Dieu, il aura de l’activité dans son travail, de la probité dans son lucre, de la résignation dans ses épreuves; l'exercice de l'autorité lui semblera moins arbitraire, et l’obéissanec lui sera plus facile et plus douce. « Que tous les citoyens sachent lire et écrire, disait l'Univers, pourvu que, dans les écoles, on leur apprenne à lire et à pratiquer le livre qui apprend le mieux à ne pas tuer, à ne pas voler, à ne pas faire les œuvres du mensonge et de la luxure. Toute la question des rapports de l'instruction avec la criminalité est là. Une instruction sans morale n'est rien, et une morale sans Dieu n’est rien non plus. Mais le Dieu de la morale, que les philosophes placent dans les nuages, n’est autre que celui du catéchisme, Dieu pratique ct populaire, Dieu réel, vivant et présent, sans lequel homme ne trouve plus en lui-même ni la conscience ni la force du bien. »
C’est d’ailleurs un fait que l’ouvrier catholique se montre ami de l'ordre ct du devoir. On l’a encore vérifié dans les troubles qui ont récemment aMigé la Belgique. La Patrie de Bruges disait très bien : « Les grèves sont endémiques dans les provinces de Hainaut ct de Liége, c’est-à-dire, dans les deux contrécs du pays où l’influence religieuse a perdu le plus de ses forces ; tandis que nos Flandres, si dévouées à la religion, si bien pourvues d'écoles chrétiennes cet de ressources de moralisation, échappent complètement au mal. C’est là un fait dont la portée n'échappera à aucun observateur sérieux.
» Les grèves n’ont pas une cause transitoire et purement matérielle : elles résultent surtout d'une profonde altération des mœurs des ouvriers et des maitres, du mépris que souvent, par leurs funestes exemples, ceux-ci ont inculqué à ceux-là pour les principes religieux, ainsi que de la dissipation qui est née dans les classes ouvrières à la suite de salai-
surprirent res considérables,
% » Aussi n'est-ce pas en modifiant les rapports existant entre les nt de son patrons et les ouvriers que l’on parviendra à extirper le mal : le vice ves, yit ailleurs...
l'abstrait, » L'ouvrier est un enfant qu'on égare facilement par de fausses doc-
PT eu
trines dont un fatal esprit d’orgueil est le premier principe, doctrines qui ne produisent d'autre espoir que la jouissance, d'autre terme que Île découragement ou la colère, lorsque, comme il arrive trop souvent dans l'industrie moderne, les efforts du travailleur sont paralysés par le chômage forcé.
» Les hommes religieux ou simplement prévoyants ne cessent, depuis longtemps, de signaler les dangers qu’amènent, pour l’ouvrier et pour la société tout entière, les efforts de certaine école tendant à enlever aux classes inférieures le frein si naturel et si puissant des croyances. Les croyances, en effet, relèvent l’ouvrier en enseignant à l’homme l'obligation du travail, en prescrivant à tous le devoir de la tempéranceet dela sobriété ; elles consolent l’ouvrier dans ses peines, en lui montrant, au delà des fatalités de ce monde, une vie meilleure, où son courage et sa patience seront récompensés, où toute injustice sera réparée, où il sera richement délommagé de ses privations et de ses douleurs.
» En dehors de l'influence religieuse, on peut ingénieusement combiner des moyens économiques en vue d'améliorer le sort du matériel travailleur, ou demander à la force des moyens de défense pour la société ; mais on n’aura jamais que des palliatifs, et les remèdes feront toujours défaut; on ne fondera rien de durable, et le mal renaitra à la première occasion; la situation restera la même, elle subsistera avec toutes ses souffrances, et, par conséquent, avec toutes ses menaces, A la première grève, les mêmes causes produisant les mêmes effets, l'émeute relèvera Ja tête, et le fusil rayé devra renouveler ses douloureuses et sanglantes merveiles, »
D'après un autre journal, il y avait, à Seraing, une Société Franklin, dont le nom dit assez qu’elle s'adressait à la raison de l’ouvrier, mais uniquement à sa raison, pour le moraliser ; les journaux libéraux de Liége signalaient les briliants résultats de ses conférenciers, en résumant leurs démonstrations économiques. Qu'est-il arrivé ? On ne le sait que trop. Essayez, au contraire, de soulever les ouvriers de M. Bivort, que l’on encourage à se rendre le dimanche à l'église, au lieu de les en détourner porr suivre de préférence les leçons de gens qui prétendent remplacer ie catéchisme par des notions purement utilitaires.
Dans une autre catégorie d'ouvriers, la même influence religieuse s'est fait sentir, Le 31 octobre 1869, la Société d'économie politique, composée d'économistes belges, inaugura par un diner la reprise de ses
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tiavaux, On aborda ensuite la partie théorique de la séance par une discussion sur l'instruction des ouvriers en Belgique. Dans cette discussion, un desmembres, M. Van Camp, insista, d'après l'Indépendance, sur la nécessité de rechercher les moyens d'instruire l’ouvrier, de lui faire comprendre lutilité de l'instruction, « À Anvers, disait-il, les ouvriers cigariers gagnent 50 à 40 francs par semaine, en travaillant à la tâche pendant quatre jours à peine. Eux et leurs familles sont néanmoins des plus misérables : mal vêtus, presque déguenillés, ils font du cabaret leur séjour habituel. Vainement on a organisé des conférences et des cours d'adultes; ils n’y vont pas. Le clergé semble mieux réussir ; il fait la part du feu. Il a établi une sorte de cabaret où l’on débite de la bière; la partie de cartes y est permise. De temps à autre, un prêtre ou un instituteur donne un rapide enseignement. Ce n'est pas une école, le cabaret y tient une trop grande place peut-être; mais, du moins, l’ouvrier cigaricr assiste à ces réunions, »
Parlant, un jour, de l'éducation des familles, le correspondant bruxellois de là Gazette de Nivelles écrivait ces lignes, qui sont appliables aux ouvriers et qui peuvent servir de conclusion à ce paragraphe :
« Non, non! il nc suffit pas d’enscigner aux élèves les éléments des sciences et de cultiver leur raison, C’est ce que fit Senèque avec Néron ; mais nous savons le reste. Il faut élever les jeunes gens, les élever, entendez-vous? c'est-à-dire, les arracher à la terre, aux appétits grossiers, à labjection des sens, les prendre, les soulever, leur faire voir le soleil de justice et de vérité; il faut leur apprendre à regarder au-dessus de leurs têtes, à savourer les choses qui demeurent ; il faut leur répéter, sans se lasser jamais : Sursum corda, les cœurs en haut! il faut leur montrer que la gloire et la paix se trouvent, non dans la mollesse, mais dans la virilité du caractère, dans l'abnégation, dans le sacrifice, dans la vertu ; en un mot, il faut en faire des hommes et des chrétiens! Ne craignez pas qu’en leur inspirant le christianisme vous éteigniez leur raison. Le christianisme, c’est la raison des plus grands génies qui, depuis dix-neuf siècles, ont illuminé la route de l'humanité. Ne craignez pas non plus de faire une trop large part au cœur, et cela aux dépens de l'esprit. Croyezmoi, l'esprit n’y aura rien perdu. « Les plus nobles pensées, dit Vauve- » nargucs, procèdent du cœur. » Et Pasrai : « Le cœur a des raison: » que la raison ne comprend pas. » Et le P Gratry : « Il fait clair dans l'esprit quand il fait chaud dans l'âme, » Et Mgr, Dupanloup : « Le
de
» cœur est l'artisan des grandes choses. » Voilà pourquoi, parents chrétiens, prenez garde à vos enfants ! Tel père, tel fils, c'est vrai; mais ce qui est vrai aussi : tel maitre, tel disciple. »
Nous dirons done avec un des principaux chefs du libéralisme et du dostrinarisme en Belgique, feu M. Lebeau : « Un curé dans son village fait plus pour le maintien de l'ordre que dix gendarmes, »
L'instruction et l'éducation doivent donc être catholiques; et, par conséquent, on doit favoriser toutes les œuvres catholiques qui ont pour but cette éducation et cette instruction; les écoles surtout où « l’atmosphère est religieuse, »
Si la religion catholique seule porte dans son sein le principe fondamental de l’ordre et du devoir, elle seule aussi donne à l’ouvrier la volonté et l'énergie qui sont nécessaires pour acquérir l’instruction et l'éducation, pour former le caractère et élever le cœur. C’est la quatrième preuve de la nécessité de la religion catholique dans la société ouvrière et dans l’école. Écoutons encore Mgr. Darboy :
« Par-dessus tout, mes enfants, dit-il, aimez Dicu; et c’est ici que se place le troisième point dont je voulais vous entretenir.
» Cultivez votre esprit, développez votre intelligence par l’instruction, formez votre caractère, élevez votre cœur par l'éducation, Pour cela, une force et un secret vous sont nécessaires. En effet, il faut savoir s'y prendre, il faut avoir de la force et de l'énergie. Or, il est une chose qui nous donne tout cela, c’est la religion.
» La religion, en effet, nous dit comment il faut nous combattre, nous vainerc, élever et ennoblir nos sentiments, Elle nous révèle le mystère de notre origine, et, en nous faisant connaître notre fin, elle nous enseigne et nous donne les moyens d'y parvenir. Par elle, nous savons quels sont nos ennemis, quels obstacles nous avons à surmonter, et de quelle manière nous pouvons obtenir la victoire,
» Mieux que toutes les doctrines du monde, c'est elle qui résout ces graves questions. L'expérience ne suffit pas; la philosophie, la science humaine n’a dit là-dessus que des choses imparfaites. Seule, la religion parle un langage net et sûr, et offre des lumières abondantes non-seulement à ceux qui veulent l’apprendre et qui y sont disposés par l’élévation de leur esprit et la noblesse de leur cœur ; mais elle les met dans
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toutes les âmes, cile les présente à toutes les intelligences et à toutes les volontés. Le plus petit enfant, le dernier des paysans qui n’a jamais quitté le plus obseur des villages peut, aussi bien que le plus profond philosophe ct le plus grand homme d'État, savoir comment il doit se conduire dans la vie, d’où il vient, où il va, et quel chemin il drat parcourir.
» Ainsi donc, grâce aux idées religieuses, grâce à votre fidélité à la religion, vous posséderez le secret de conduire et de gouverner votre vie, celui d'être maitres de vous, ct, par là même, maitres de tout ce qui vous environnce.
» Mais, indépendamment de ces enseignements que la religion nous prodigue, il faut une certaine force de volonté, car il y a des hommes qui ne manquent pas d'intelligence, mais qui manquent de courage, c'est-à-dire, qui ne veulent rien sérieusement, Tels sont ceux dont je parlais il n’y a qu'un instant, et qui sentent défaillir leur volonté lorsqu’ils sont en présence de la religion et qu’ils voient ce qu’elle demande, c’est-à-dire, cette vie de lutte, ce combat perpétuel, ce choc constant contre nos propres passions, ce dédoublement douloureux de l'homme, qui consiste à prendre, peur ainsi dire, le glaive de sa volonté par la main de l’homme supérieur, pour terrasser ct vaincre l'homme inférieur. Ce dédoublement, beaucoup de personnes s’y refusent, parce qu'il coûte beaucoup; elles ne savent pas que tout ce qui est accompagné de mérite fatigue et use, mais que le courageux travail et le mérite conduisent définitivement au bonheur. Ne loubliez pas; on n’est pas vraiment heureux par les joies qu’on recueille, mais par les douleurs qu'on supporte, par les dévouements qu'on déploie, par les sacrifices qu’on s'impose. La joie est égoïste et ne dure qu'un instant; la douleur, elle, est féconde : ses fruits sont éternels.
» C’est la religion qui vous inspirera cette volonté ferme et énergique, et je vais vous dire comment. Oui, avec la volonté elle donne la force nécessaire, car vouloir ne suffit pas, il faut pouvoir.
» Eh bien, c'est la religion qui, par des moyens que vous connaissez déjà, par la prière, par les habitudes de la piété, par Iles sacrements surtout, nous communique cette vigueur ct cette énergie qui passent au plus profond de nous-mêmes, et transfigurent la nature la plus faible en la revétant d'héroïsme.
» Si done vous voulez prendre les moyens que je viens d'indiquer, ils produiront en vous ce résultat si désirable, Cela ne s’explique-t-il