XVI PRÉFACE
Oa nous permettra de rappeler que les regrets exprimés dans le rapport de 1864 sur le nombre encore si grand des enfants qui ne fréquentent aucune école , sur le défaut d'assiduité des autres, sur l'absence de livres dans les maisons d'ouvriers et sur les conséquences déplorables qui en résultent, semblent tirés presque textuellement de notre chapitre sur Tinstruction primaire. C'est qu'il y a là des faits qui frappent tous les yeux, des misères plus grandes que toutes les misères. Il est grand temps, en vérité, que tous les pouvoirs publics et tous les bons citoyens s'apiiliquent à y porter remède. Le rapport de 1864 signalait 4161 cours d'adultes; il y en avait 28 480 en décembre 1866 : c'est marcher à pas de géants ; mais il est plus difficile de constater les résultats obtenus que de compter le nombre des écoles ouvertes. La môme observation s'applique aux bibliothèques scolaires. Le rapport de 1867 en porte le chiffre à 7789, possédant ensemble 473 779 volumes, soit environ 61 volumes par bibliothèque. 11 faudrait savoir si ces volumes sont lus. 11 existe dans beaucoup d'esprits une manie de protection et d'expurgation qui pourrait bien rendre les bibliothèques inutiles à force de les composer de livres innocents et médiocres. Une discussion récemment soulevée au Sénat à propos de la bibliothèque populaire de Salnt-£ tienne nous a appris qu'un certain nombre de nos concitoyens éprouvaient de vives alarmes à la seule pensée que les ouvrages de M. Eugène Pelletan ou de M. Renan, pussent tomber dans les mains des ouvriers. On assure môme qu'en ce moment un projet de règlement des hU bliothèquos populaires est soumis aux délibérations du Conseil d'Stat, pourquoi soit bien entendu que tout doit être réglementé et châtré dans notre pays. Nous voulons bien avertir les futurs expurgateurs de livres, comme l'ont fait avant nous et mieux que nous, M. Sainte-Beuve et M. Pelletan, l'un au Sénat et l'autre au Corps législatif, que rien n'est plus fou, ni heureusement plus impossible, que de traiter les ouvriers de 1867 en incapables et en mineurs, et de renouveler à leur profit l'index, la censure et les bureaux d'esprit public.