‹ L'ouvrièreChapitre 2 sur 65 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Le livre qu*on va lire est un livre de morale. Je n'ai voulu, en l'écrivant, qu'ajouter un chapitre an traité du Devoir^ publié il y a quelques années. M. Louis Reybaud, M. Blanqui, M. Audiganne et avant eux, M. Yillermé, ont fait des enquêtes approfondies sur l'état de l'industrie dans notre pays ; pour moi, je me suis occupé du sort des ouvriers, et plus particulièrement de celui des femmes. J'ai consacré plus d'une année à visiter les principaux centres industriels, et j'avoue avec tristesse que mes craintes les plus vives ont été partout dépassées. Ce sont des souvenirs qui ne me quitteront plus. Je voudrais faire passer dans l'âme de mes lecteurs une partie des impressions que j'ai ressenties, et leur inspirer

n PRÉFACE.

l'ardent désir de porter remède à tant de souffrances. J'ose dire qu'on peut se fier à mes renseignements. Je n'ai pas tout vu, et je ne dis pas tout ce que j'ai vu ; mais il n'y a pas une seule des misères que je raconte dont mes yeux n'afent été témoins et dont mon cœur ife soit encore oppressé.

Assurément je suis bien loin de méconnaître l'heu-» reuse transformation qui s'est accomplie dans la condition sociale des ouvriers depuis un demi-siècle. La Révolution les avait affranchis comme hommes en leur donnant l'égalité devant la loi, et comme ouvriers en supprimant les maîtrises. La loi de 1833 sur l'instruction primaire les a délivrés d'une servitude plus pesante encore, en créant des écoles gratuites jusque dans les plus humbles villages, et en multipliant dans les villes les écoles d'adultes pour rendre toutes les car» rières accessibles au travail et à la capacité. On peut encore manquer de pain et d'abri suffisant en France, mais onn*y peut plus manquer des premiers éléments de l'instruction que par sa faute. Gomme il n'était pas possible de supprimer l'inégalité des fortunes, parce que les causes d'inégalité sont permanentes et inévitables, on a cherché les moyens de corriger autant que possible la pauvreté, en mettant le confortable à la portée des petites bourses. Les progrès de l'industrie ont été par eux-mêmes un bienfait immense pour le peuple, puisqu'ils lui ont fourni à la fois des produits

PJEIÉFACB. Iir

qu'on ne se procurait auparavant qu'à prix d'or, et du travail. C'est surtout dans l'intérieur des manufactures, où il passe la plus grande partie de^sa vie, qu'on s'est occupé avec sollicitude et succès de son bien-être. Ce qui frappait dans une manufacture, il y a trente ans, c'était le mépris de l'homme; ce qui frappe aujourd'hui, c'est la préoccupation constante de l'hygiène. Les plafonds se sont élevés, les métiers se sont écartés les uns des autres, d'immenses fenêtres ont jeté l'air et la lumière dans les atelier», le sol a été drainé ; les appareil» les plus coûteux ont distribué partout une chaleur égale ; des salles, des préaux ont été réservés pour les heures des repas ; les précautions les plus minutieuses ont été prises contre les accidents que pouvaient faire naître les moteurs mécaniques ; la science a accompli de véritables prodiges pour assainir les locaux insalubres et pour transformer les machines si longtemps redoutables, en instruments inofiensifs de la volonté et de l'intelligence humaine. Quand on pense à toute cette bienfaisante activité, et qu'on en voit chaque jour les heureux résultats dans les ateliers et dans les maisons d'ouvriers, on voudrait se persuader que la misère est en effet vaincue; on voudrait croire au moins qu'elle cède du terrain, et qu'entre elle et nous ce n'est plus qu'une question de temps. Mais il y a dans notre organisation économique un vice terrible, qui est le générateur de la misère, et qu'il faut vaincre à tout prix

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