‹ L'ouvrièreChapitre 39 sur 65 · BLANCHISSEUSES · texte numérisé non relu

BLANCHISSEUSES

humain^ on pourrait dire meurtrier; il fait penser aux fameux plombs de Venise qui probablement valent mieux que nos mansardes. Mais est-il seulement inhumain? Qui surveille ces limbes inaccessibles par leur élévation, leur température, leur malpropreté? C'est de là que la peste descend dans les maisons ; et pour que la morale ne soft pas moins blessée que l'hygiène, c'est là qu'est établie en permanence l'école du vol et de la luxure. Dieu préserve toute jeune fille de servir dans une maison honnête qui ne peut la loger que là !

Le blanchissage a gardé quelque chose des anciennes corporations. Chaque année, le jeudi de la mi-carême, les blanchisseuses élisent une reine, royauté aussi onéreuse qu'éphémère. Ce jour-là des centaines de fiacres amènent à Paris toutes les re* passeuses de la banlieue, costumées en marquises et en pierrettes. Une légion de porteurs d'eau, légèrement avinés et chamarrés de rubans multicolores, leur fait cortège et, le soir, les bateaux-lavoirs de la Seine se transforment en salles de bal. On reprend modestement le battoir et le fer à repasser dès le vendredi matin. Les blanchisseuses se divisent en deux corps d*état : les savonneuses et lès repasseuses. Les savonneuses ont plus de mal, mais les repasseuses sont plus habiles et ont à subir un long apprentissage. Il faut au moins deux ans pour faire une repasseuse. Les savonneuses

gagnent S francs W centimes et rarement % francs 75 centimes pour une journée de quatorze heures, sur lesquelles on leur accorde une heure et demie de repos; la maîtresse leur doit encontre un verre d'eau-de^vie tous les matins. Les repasseuses de linge fin ou linge tuyauté gagnent en moyenne S francs 75 centimes, et les repasseuses de linge plat, $ francs 50 centimes. Leur journée dure de huit heures du matin à huit heures du soir, avec une demi*-beurederepoSy en hiver, et de sept heures et demie à huit heures, avec une heure de repos, en été. Quand il y a nécessité de prolonger la journée, on les paye à raison de 35 centimes par heure sup* plémentaire. Elles fournissent leur molleton , c'està-dire le morceau d*étofle qui leur sert de garde* main, dépense à peu près insignifiante (1 franc 50 centimes par mois). Une particularité de cette profession, c'est que les ouvrières ne s'attachent pas à une maîtresse. Quelques maisons ont une fille de semaine, chargée d'humecter et d'empeser le linge. Elle est nourrie et reste assez longtemps dans le même atelier; mais c'est une exception fort rare. En général, les maîtresses, qui sont toutes d'anciennes ouvrières, se chargent elle-mèmes de cette besogne, et n'ont chez elles que des nomades. Tous les matins, à cinq heures et demie, les blanchisseuses partent pour l'embauchage; elles ont pour cela dans Paris un certain nombre de places où les

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