‹ L'ouvrièreChapitre 53 sur 65 · On prétend que l'une d'elles remonte à · texte numérisé non relu

On prétend que l'une d'elles remonte à

3. Société de Saint-Dominique, créée en 1797, doublée en 1839 :

très sociétés des règlements aussi imprévoyants et aussi étranges. Évidemment les ouvriers ont besoin, non pas d'être dirigés, ce serait trop» mais d'être conseillés dans la rédaction de leurs statuts. Une fois avertis, ils iraient tout seuls. Un des torts de la société envers eux est de ne pas savoir compter sur eux.

Malgré leurs récents progrès, les sociétés de secours mutuels en sont encore à la période d'enfantement; les ouvriers qui les fondent seront obligés, longtemps encore, de recourir à des bommes babitués à la pratique des affaires. Un des moyens de leur être utile est d'entrer avec eux dans leurs associations. La cotisation ne peut jamais être élevée, et les besoins au contraire sont toujours très-grands; * la présence d'un certain nombre de membres bonoraires est donc très-désirable à ce point de vue. Il n'est pas moins important d'accoutumer les ricbes

« Art 30. Tout associé devra payer deux litres de bière au bout do mois, sous peine de 10 centimes d'amende, et, s'il ne payait pas au deuxième mois, il sera rayé des registres de la Société. — Art. 23. Tous les ans, le premier dimanche d'août, on boira les amendes après le compagnonnage. » Société de Saint-Charles, fondée en 1802 : « Art. 19. Les amendes se boiront le jour de la lète, etc. » Société de Saint'Philippe , créée en 1839 : «Art. U. Tous les quatrièmes dimanches du mois il y aura assemblée ; les sociétaires qui seront cartes ou plombés seront obligés de s'y rendre pour compagner de deux litres de bière. — Art. 23. Tout confrère qui amènera un étranger en sera responsable, tant pour les deux litres de bière que pour toute autre circonstance. — Art. 39. Le jour de la fête, on boira les amendes des sociétaires, etc. »

et les pauvres à faire le bien en common et à se voir réciproquemeot de leur beau cAlé. Si Ton avait pu introduire des membres honoraires dans les anciennes sociétés de Lille, ils auraient évidemment provoqué la refonte des statuts et ramené ces institutions à leur but véritable. Ce n'est pas que les ou* vriers manquent d'intelligence, mais ils manquent d'expérience. Il faut leur montrer le chemin dans les commencements. C'est ce qu'on s'est proposé de faire dans difiTérentes villes et à différentes époques, en créant, à c6té de leurs associations, des associations auxiliaires, destinées à provoquer la création de sociétés nouvelles, et à secourir les sociétés déjà formées, soit en augmentant leurs ressources financières, soit en corrigeant leurs règlements, soit enfin en intervenant comme conseils de prud'hommes dans les détails de leur gestion. La première fondation de ce genre est la Société philanthropiqibe de PariSy créée en 1780, et qui, après avoir rendu d'éminents services, a été remplacée en 1847 par un comité spécial pour la propagation des associations de prévoyance. Les événements politiques ont amené la dispersion de ce comité; mais des associations analogues subsistent encore à Marseille, à Grenoble, à Nantes et à Mulhouse. Le Grand Conseil des sociétés de secours mutuels de Marseille n'était k l'origine, en 1821, qu'une des sections de \sl Société de hknf aisance. Il ne devint une institution spéciale ayant

une existence séparée et indépendante, qu'à partir de 1841 • Nommé auparavant par la Société de Men' faisance, il se compose aujourd'hui de deux membres du conseil d'administration de chaque société : le président sortant et le président en exercice. Les sociétés qui acceptent son patronage et se soumettent librement à sa juridiction, reçoivent de lui un règlement qui est invariablement le même pour chacune d'elles et qu'on appelle le règlement central. Ce règlement lui donne le droit, par un article spécial, de vérifier toutes les comptabilités, et déjuger cpntradictoirement et sans appel toutes les contestations qui s'élèvent entre l'administration d'une société et un de ses membres ^ Le Grand Conseil a fondé 117 sociétés ; il en gouverne 147 ; elles dépensent par an 200 000 francs; leur actif est de 500 000. Les commissions départementales proposées dès 1859 par la Commission supérieure ont été évidemment conçues sur le modèle du Grand Conseil de Marseille, du Conseil supérieur de Grenoble, des

1. De 1822 à 1858^ 120 sociétés ont été traduites à la 1}arre da Grand Conseil. Elles ont donné lieu à la présentation de 526 alfai* res, parmi lesquelles 66 affaires d'exclusion, 102 afTaires d*amende^ 239 demandes de secours, 201 solutions sont favorables aux plaignants, et 264 aux administrateurs. Dans les dernières années, la moyenne a été de 36 causes par an. Les 147 sociétés forment approximativement 12000 membres; il y a donc chaque année 1 plaignant sur 324 membres, et la moitié des réclamations étant admises, il n'y a qu'un membre inquiet et turbulent sur 048. (M. Emile Laurent, le Paupérisme, p» 217 et suiv.)

sociétés industrielles de Nantes et de Mulhouse. La principale différence de ces deux sortes d'institutions est dans leur origine. C'est surtout pour ce qui touche à la bienfaisance que l'action directe et indépendante des citoyens est nécessaire. Lille et Marseille n'ont ni la même population ni le même tempérament. En admettant qu'il y ait pour les sociétés de secours mutuels une forme qui soit la plus simple et la plus parfaite de toutes, elle n'est plus aussi parfaite quand elle est imposée. Les villes, comme lesindividus^s'intéressent à leurs créations; elles y marquent l'empreinte de leur originalité, et c'est par ce côté-là qu'elles s'y attachent. Les Marseillais aimeraient déjà leur Grand Conseil pour les services qu'il leur a rendus ; mais ils l'aiment encore plus par patriotisme. On ne vit que de sa propre vie, et il est doux de se sentir vivre. Il n'y a pas de gouvernement au monde, quelles que soient sa force, sa bonne volonté et ses ressources, qui puisse faire pour l'extinction du paupérisme ce qu'a réalisé l'énergique initiative des citoyens à Mulhouse, à Lyon, à Grenoble^ à Sedan, à Marseille. Ce n'est pas une rai$on pour ne pas applaudir aux eflforts tentés depuis plusieurs années pour propager les associations de secours mutuels. L'admmistratiou ne peut pas remplacer le zèle ; elle doit craindre de le rendre impuissant ou inutile ; mais elle rend un grand service en l'aidant et en le provoquant. La

Commission d'encouragement et de surveillance des sodétés de secours mutuels^ instituée au ministère de l'intérieur par l'article 19 du décret du 26 mars 1852, est à ce point de vue une innovation heureuse, et qui ne peut manquer d*ètre féconde, si elle sait se restreindre.

Un certain nombre de sociétés, dont la réserve est importante, et qui par conséquent sont en mesure de faire quelques placements pour améliorer leur capital, ont adopté l'usage de venir au secours des malheurs immérités par un prêt d'honneur. Il sufGt de penser que l'ouvrier n'a d'autres ressources que son salaire journalier, pour comprendre quelle perturbation la moindre dette introduit dans son budget. Il y a pourtant des cas où l'homme le plus laborieux, le plus rangé se voit obligé à des dépenses supérieures à ses besoins ; une maladie, un incendie, un chômage prolongé, une disette, dévorent promptement les faibles épargnes du pauvre. Recourir au crédit, c'est le plus souvent se livrer en proie à l'usure. Le mont-de-piété prêle à.des intérêts assez élevés, et il ne prête que sur gage. Dans une maison où personne n'a jamais connu que le nécessaire, un gage est difficile à trouver : il est dur de mettre au mont-de-piété un habit,un outil. Sur ces objets indispensables le mont-de-piété prêle bien peu, trop peu la plupart du temps pour qu'on puisse aller jusqu'au jour de la paye. A qui s'adresser? Au patron? Mais

le patron est assailli de demandes; en outre, dès qu'il devient créancier, il n'est plus seulement un patron, il est un mattre. L'ouvrier est enchaîné à l'atelier par sa dette, condition déplorable, même quand l'ouvrier est laborieux et le patron honnête homme. Dans cette extrémité, on se rend devant le conseil de l'association pour réclamer le prêt d'honneur« Si un homme a toujours vécu honnêtement, s'il a travaillé, s'il a épargné, si ses voisins, ses amis, membres comme lui de la société, savent que l'on peut compter sur sa parole, ils lui prêtent l'argent du pauvre, sûrs que les pauvres n'en souffriront pas, que les intérêts seront payés et le capital rendu. Quelquefois même ce n'est pas pour réparer un malheur, c'est pour mettre un jeune homme courageux et habile en état de faire son apprentissage, ou pour faciliter à un excellent ouvrier le moyen d'améliorer sa position, qu'on lui met entre les mains un petit capital, sans autre garantie que son talent et sa probité. Les associations de secours mutuels n'ont pas seules le privilège de faire des prêts d'honneur ; mais elles sont admirablement placées pour en faire , parce que les membres se connaissent, vivent ensemble, se jugent, s'apprécient. Rien n'est plus beau que le spectacle d'un ouvrier qui, par toute une vie de courage et de probité/ a donné à sa parole une telle valeur que cette seule garantie vaut pour ceux qui le connaissent tous les contrats

356 LE SALUt PAR LA FAMILLE.

et toutes les hypothèques du monde. L'association, quand elle sauve ainsi un de ses membres, devient vraiment fraternelle ; on peut dire alors qu'elle est une famille.

Les femmes sont exclues de la plupart des sociétés antérieures à 1852. Dans le recensement fait à cette époque, on ne trouva parmi les sociétaires que 26181 femmes. En 1860, sur 472855 membres participants, il 7 avait 472 885 hommes et 69 7 70 femmes seulement. Quelquefois elles sont admises dans des conditions d'infériorité. Dans une association rouennaise, leur cotisation est plus élevée que celle des hommes, et pourtant, en cas de maladie, elles n'ont droit qu'à la visite do médecin et aux remèdes, tandis que les hommes reçoivent une indemnité de chômage. La raison qu'on en donne, c'est qu'elles sont plus souvent malades. Il parait qu'en effet leurs maladies sont plus fréquentes, mais en revanche elles sont plus courtes. Le rapport de la Commission supérieure pour 1856 et 1858 constate que le nombre des journées payées a été relativement moins considérable pour les femmes que pour les hommes*. Ainsi le prétexte ne vaut rien. Pourquoi dans aucune association les femmes ne sont-elles employées à visiter les malades ? Sont-elles donc moins capa-

1. En 1858, la somme des journées payées a été, pour chaque sociétaire homme, de 4,30 pour 100, et pour chaque sociétaire femme de 4,53 pour 100.

bles que les hommes de ces touchantes fonctions? Ce n'était pas Favis de saint Vincent de Paul.

Les femmes, se voyant repoussées, ont fondé entre elles des sociétés de secours mutuels qui s'administrent elles-mêmes et prospèrent sans aucune subvention. Elles étaient au nombre de 120 au comnencement de 1856; au commencement de 1860 il n'y en avait pas 140. Les départements qui renferment le plus de sociétaires dans les associations de femmes, sont ceux de l'Isère, de Tarn-et-Garonne, du Tarn, du Bas-Rhin, des Basses-Pyrénées, de la Seine, de la Gironde. L'association de Grenoble remonte à 1822. Quoique le nombre des sociétaires pour toute la France ne dépasse pas 12 000, on peut regarder rexpérience comme définitive. Les sociétés ont été très-bien administrées ; les réunions se sont passées avec la plus grande décence, et les recettes ont dépassé les dépenses, condition indispensable pour assurer la durée des institutions. Le nombre des membres honoraires est moins considérable dans les sociétés de femmes que dans les sociétés d'hommes; c'est un fait très-regrettable, mais qui doit évidemment disparaître quand le principe des associations de femmes sera plus répandu et mieux apprécié. Les femmes du monde ne peuvent pas faire plus de bien à moindres frais qu'en protégeant des institutions qui assurent la santé et la moralité des jeunes filles et des femmes isolées.

Une femme pauvre qui n*est affiliée à aucune association ne reçoit les secours du médecin que quand la maladie est déjà grave ; cela seul est un malheur, non-seulement pour la personne souffrante , mais pour la santé publique. L'association le fera cesser. Elle supprimera la cause la plus fréquente de ta mi- ' sère, c'est-à-dire le chômage occasionné par les maladies ; elle donnera aux femmes isolées une famille. Or la première source du désordre des femmes, c'est la misère ; la seconde, c'est l'abandon. Il n'est pas à souhaiter que le mari et la femme appartiennent à deux sociétés différentes ; mais on peut émettre le vœu qu'un chef de famille n'entre ja-* mais dans une association sans y agréger aussi sa femme et ses filles , et que les femmes isolées conti-> nuent à s'associer entre elles* Il est naturel qu'elles aient recours aux mêmes institutions que les hommes, ayant plus de besoins et moins de ressources. Dans les rangs élevés de la société et même dans les conditions moyennes, les femmes sont entou* rées de bien-être; on ménage leur faiblesse, on les traite un peu en malades : les femmes d'ouvriers, qui n'ont ni la santé ni la force de leurs maris, tra« vaillent autant qu'eux et sont plus durement trai-^ tées ; est-ce juste ! Qaand on songe à la quantité de ménages où le mari se dérange un ou deux jours par semaine, et qui ne se soutiennent que par les privations, le travail et l'économie de la femme, on

ne peut s'empêcher de penser qu'il y a tout à la fois de la barbarie et de rimprévoyance à réserver pour les hommes les bénéfices de l'association. Aucune institution ne peut être réellement bienfaisante qu'à la condition d'unir tous les membres de la famille dans Un même intérêt et dans une même espérance. Le mari recevra pendant sa maladie les visites du médecin, des remèdes en abondance et une indemnité de chômage; et si sa femme, qui Ta soigné, qui l'a veillé, qui s'est exténuée pour suffire à tous les besoins de la famille , gagne la fièvre à son tour, elle sera abandonnée sur son lit de souffrance, seule, sans remèdes î Que devient le mariage dans cette condition? que devient cette solidaHté de plaisirs et de peines, qui en fait la sainteté ? Dès que l'association de secours mutuels se transforme en institution égoïste, elle va directement contre son but, car elle sépare ceux qu'elle devrait unir. Elle est faite au contraire pour fortifier la famille, en rassurant la tendresse de l'époux et du père ; c'est ainsi qu'il faut l'entendre pour lui laisser toute sa grandeur morale.

Plusieurs chefs d'industrie ont établi chez eux» entre leurs ouvriers, des associations dans lesquelles ils entrent eux-mêmes, comme membres non participants S et ces sortes de fondations ne

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