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CAISSE D'ÉPARGNE

pour ses intérêts. Quand il a obtenu sa retraite, on le voit rôder dans les ateliers dont il est le patriarche, et où tout le monde, depuis le mattre jusqu'aux apprentis, lui témoigne de l'affection et du respect. C'est lui qui se charge de donner des conseils aux nouveaux Venus et de leur apprendre à soutenir l'honneur du drapeau industriel.

Les caisses d'épargne ont un caractère plus personnel que les associations de secours ^ Les déposants à la caisse d'épargne restent propriétaires de leur apport, qui leur est rendu sur leur demande, avec les intérêts depuis le moment du dépôt ; au contraire, dans les sociétés de secours, la cotisation, dès qu'elle est déposée, cesse d'appartenir au sociétaire, et la maladie seule donne des droits à une répartition. La caisse n'en est pas moins une institution excellente au point de vue matériel, en ce qu'elle donne à l'ouvrier une ressource contre le chômage et la maladie, une chance d'avancement, et constitue réellement, par la bonification du capital, une augmentation de salaire. Elle est excellente aussi au point de vue moral pour deux rai-

1. Le premier essai de caisse d'épargne fait ea France ne remonte qu'à 1818. A la fin de 1833, les versements ne s'élevaient encore qu'à 8 millions. Le 1" décembre 1845, ils étaient de plus de 385 millions. Voyez M. Emile Laurent, le Paupérisme, p. 110. — On peut regarder la caisse des retraites pour la vieillesse comme un complément de la caisse d'épargne; c'est l'épargne avec destination fixe.

sons : d'abord elle donne l'habitude de l'épargne. On ne saurait s'imaginer l'influence que peut avoir un premier dép6t ; cette somme mise à l'abri constitue enfin une propriété; l'ouvrier s'y attache avec passion et ne songe plus qu'à l'augmenter. Par ce premier dép6t, le cabaret est déjà à demi vaincu, service immense. Un autre bienfait de la caisse d'épargne, c'est de faire concevoir à l'ouvrier la possibilité de laisser quelque chose à ses enfants. Quand on désespère de faire des économies, on se laisse aller à la dépense, on s'étourdit sur ses devoirs. En général, il ne faut pas que le devoir soit difficile au point de paraître impossible. La caisse d'épargne dit à tout ouvrier : « Tu peux avoir les vertus et la sollicitude d'un père, si tu le veux. »

Il est donc vrai que ces sortes d'associations ont une puissance fortifiante. Elles enseignent le devoir. Elles donnent à Touvrier bien plus qu'un dividende, bien plus qu'un secours ; elles lui donnent de la volonté. Là est leur grandeur, car on ne saurait trop le répéter : il n'y a de sécurité et de dignité que dans la liberté. Personne n'a le pouvoir de sauver l'ouvrier du paupérisme, si ce n'est l'ouvrier lui-môme.

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