CHAPITRE IV
RÉFORME DES LOGEMENTS, SOCIÉTÉ MULHOUSIENNlî DES CITÉS OUVRIERES.
Comme il y a une objection à tout, même aux meilleures choses, il faut reconnaître que le mauvais côté des caisses d'épargne, c'est qu'elles sont excellentes pour favoriser le goût de l'économie, et impuissantes pour le faire naître. Le problème était de fournir à l'ouvrier le moyen d'économiser avec passion. Une application attentive delà psychologie h la bienfaisance avait déjà démontré combien la méthode qui développe l'énergie de l'ouvrier, en le confiant pour ainsi dire à lui-même, en le provoquant et eu l'aidant à agir, est préférable à celle qui le prend en tutelle, et qui pourvoit sans lui à ses besoins. Ne pouvait-on pas s'avancer encore plus dans cette voie en recourant au stimulant le plus puissant de l'activité humaine, qui est sans contredit la propriété? Au lieu de cette chétive somme que garde la caisse d'épargne et qu'elle rend au bout de longues années , augmentée dô
faibles intérêts, ne pouvait-on donner à rouvria*, en échange de ses économies, l'immédiate et solide jouissance d'une maison et d'un coin de terre ? Si ce projet se réalisait, il contenait, pour ainsi dire, toutes les réformes dans une seule, car non-seulement il développait plus puissamment que tous les autres moyens employés le goût du travail et de l'épargne, mais, en concentrant toutes les espérances de l'ouvrier dans la possession d'un intérieur, il lui inspirait directement le goût des vertus domestiques. Cette réforme vraiment capitale estelle possible? Elle est possible puisqu'elle est faite. Chacun peut la voir réalisée de ses propres yeux dans les cités ouvrières de Mulhouse.
Ce nom de cités ouvrières ne doit pas nous effrayer. Il a été donné ailleurs à des entreprises justement tombées dans le discrédit, parce qu'diles n'étaient au fond qu'une sorte de casernement des ouvriers; mais à Mulhouse, l'ouvrier n*est soumis à aucune surveillance et à aucun règlement. Nonseulement il conserve sa liberté, mais il l'accroît, car il devient propriétaire, ce qui est la sanction et l'achèvement de la liberté.
Quand on a vu cette belle ruche riante, où l'ouvrier est mieux logé que la plupart des familles aisées de Paris, où il est propriétaire de sa maison, où il trouve le soir une bonne ménagère, des enfants bien élevés et bien tenus, revenus de l'asile ou
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de l'école, on comprend qu'il y a là le germe de toute une révolution : révolution bénie, qui ne détruit que le vice et la misère, et qui fait marcher du même pas Tamélioration de la condition matérielle des ouvriers et leur régénération morale. Si le système des cités ouvrières, tel qu'il a été appliqué à Mulhouse, vient à se généraliser, on peut assurer que le sort des ouvriers ne dépendra plus que d'eux-mêmes. Ce sera le plus grand pas qu'on aura fait dans la voie de l'extinction du paupérisme, depuis la loi de 1833, qui a fondé l'instruction primaire.
On a fait, il y a quelques années, à Paris et à Marseille, des essais de cités ouvrières. Dans les quartiers habités d'ordinaire par les ouvriers, on a jeté bas de vieilles maisons à demi croulantes, aux escaliers obscurs, aux chambres mal éclairées, aux dégagements impossibles, et l'on a élevé à leur place de beaux édifices de pierres de taille, avec des escaliers monumentaux, de vastes couloirs, des appartements bien aménagés, bien éclairés, pourvus de tout ce qui est nécessaire à un ménage. Gela fait, on a affichéun règlement à la porte extérieure, et on a attendu les locataires, qui ne se sont pas présentés. C'est que le: ouvriers ne veulent pas être casernes. Ils aiment \, liberté du chez soi, et ils en aiment jusqu'à l'apparence. Ils ont cru qu'on voulait les rendre heureux en dépit d'eux-mêmes. Ils ont re-
gardé les cités ouTrières comme une sorte d*hospice des petits ménages. Plusieurs sont allés dans la banlieue de Paris, louer ou acheter quelque bout de terrain sur lequel ils ont bâti avec des matériaux ramassés de tous côtés une maisonnette à peine habitable. Cette demeure lointaine les oblige à de longues et dispendieuses courses, et ne les abrite qu'à moitié contre le vent et la pluie ; mais ils en sont les maîtres: voilà le charme qu'elle a à leurs yeux. Ils y régnent sur un empire de trois mètres carrés. La fierté est un bon signe chez l'homme ; il est toujours bon de se respecter soi-même. Ce sentiment fera des villages autour de Paris, fara da se. Avec le temps et un peu d'expérience, l'ordre se mettra dans ce désordre. Si on arrive un jour à grouper dans le même village les ouvriers qui ont leurs ateliers dans le même quartier, il suffira de quelque omnibus faisant soir et matin un service à prix réduit, pour abréger la distance, et pour résoudre à moitié cette terrible question des loyers, qui trouble si profondément l'économie des petits ménages parisiens. Dans quelques autres villes où les cités ouvrières semblent construites tout exprès pour rendre la surveillance facile, on a eu de la peine à trouver des locataires. A Amiens^ la cité Damis est une rue bien percée, entièrement bordée de maisons à un seul étage bâties sur un plan uniforme. La me est Inrge, elle est en bon air; les
maisons sont spacieuses et eommodes; cependant elles restent en grand nombre inhabitées. La cité que les MM. Scrive ont fondée à Marcq-en-Barœul, à 4 kilomètres de Lille, est au contraire littéralement envahie. Elle a plusieurs avantages : les maisons sont entourées de jardins (les ouvriers adorent le jardinage); la fabrique est située au milieu de la cité, ce qui fait que les ouvriers y sont comme chez eux. L'intelligent propriétaire a établi une agence qui vend à des prix très-équitables tout ce qui est nécessaire à la nourriture et au vêtement. 11 y a aussi une musique, dont les habitants de la cité sont charmés. Quelques-uns d*entre eux sont des musiciens passables. La musique des ouvriers remplace Torgue à la messe, ce qui ne l'empêche pas de servir d'orchestre une heure après pour les bals en plein vent. Le restaurant est à prix modérés ; le café est décent; on ne s'y enivre pas, on n'y joue pas, on ne s'y querelle pas. La cité de Mareq n'a qu'un malheur, c'est d'appartenir au patron. Jamais on ne se passionnera pour uoe maison dont on n'est que locataire. On a beau faire un long bail, il y a une fascination dans ces mots : Ma maison. Partout où l'on a pu vendre la maison aux ouvriers qui l'habitent, on a transformé la population des ateliers. A Rouen, où les améliorations sont bien lentes, on commence pourtant à vendre des terrains aux ouvriers, terrains pierreux, incultes jusqu'ici, et qui ne peuvent être
embellis et fertilisés qu'à force de patience. Ils sont situés sur une colline qu'on appelle la Galifomiey en dehors des limites de Toctroi. C'est une idée heureuse sous tous les rapports, parce que, pour certains terrains d'un rendement problématique, le travail opiniâtre d'un petit propriétaire vaut mieux que les millions d'un capitaliste. Les ouvriers qui se sont emparés de la Californie, et qui ont enfin Tespoir de reposer sous leur propre toit, n*ont plus d'autre pensée que de rendre leur coin de terre habitable et productif. lisse transforment plus vite que la terre qu'ils défrichent. Il y a à Reims une rue où demeurent des tisserands à bras, presque tous propriétaires de leur maison : c'est la rue Tournebonneau. La population de cette rue fait le plus frappant et le plus heureux contraste avec celle des autres quartiers habités par les ouvriers. A Sedan, où l'on ne connaît ni le lundi, ni les cabarets, où les ouvriers mènent en général une vie régulière, l'excellente conduite de la population est due à deux causes : la première, c'est que tous les ouvriers sont du territoire, nés à Sedan d'habitants de Sedan, et la plupart travaillant de père en fils dans la même maison ; la seconde, c'est qu'ils ont au plus haut degré l'amour du jardinage. C'est une vraie passion chez eux. Il faut aux plus malheureux un jardin grand comme la main, qu'ils puissent soigner te dimanche avec amour, et auquel ils puissent
rêver toute la semaine. Beaucoup d'entre eux ont acheté le leur; d'autres ne sont que simples locataires. Plusieurs fabricants permettent à leurs ou* vriers de se ménager des jardins dans l'emplacement destiné à étendre le drap. Ce sont des carrés dont on fait le tour en trois pas, et pourtant il n'y en a pas pour tout le monde. Ils appartiennent de droit aux anciens, et sont l'objet de longues convoitises* M. Charles Gunin-Gridaine offrait une pension de retraite à un vieil ouvrier. « Impossible, monsieur, lui dit-il; je perdrais mon jardin! » C'est un mot à la fois touchant et étrange, mais qui parait tout naturel quand on l'entend sur la colline de Pierremont. Le dimanche, d'assez bonne heure , commence le départ général pour les jardins. Chaque père de famille s'avance, très-proprement vêtu d'excellent drap (ils sont connaisseurs), et accompagné de sa femme et de tous ses enfants. Ils emportent un panier qui contient les éléments du dîner. Pendant toute la journée on bêche, on plante, on sarcle. Il y a dans chaque jardin un petit berceau où s'asseyent les plus jeunes enfants ; c'est là qu'on prend le repas. Le menu n'est pas brillant : de la salade, des œufs durs, des fruits dans la saison, le tout arrosé d'assez bonne bière. Les jardins ne sont séparés que par une haie à hauteur d'appui, et Ton fraternise d'une propriété à l'autre. Ces détails semblent insignifiants : ils ne le sont pas pour qui sait
réfléchir. Ces jârdins-là ont tué les cabarets; ils ont entretenu dans la population l'esprit de famille. Ils ont plus fait que toutes les exhortations pour répandre l'esprit d'économie.
Un riche fabricant de Roubaix avait un chauffeur, habile ouvrier, mais adonné à l'ivrognerie. Un jour, en sortant du cabaret, l'ivrogne fait une chute, et se casse la jambe. C'était un homme intelligent quand il avait sa tète à lui. A peine sur son lit de douleur, l'inquiétude de l'avenir des siens le saisit. Son patron le rassura. « Je vous ferai soigner à mes frais, lui dit-il, et quant à votre famille, elle touchera tous les jeudis votre semaine, comme si vous étiez au travail. Une fois guéri, vous me rembourserez au moyen d'une retenue sur le prix de vos journées. » La maladie fut longue, et le remboursement dura un an. Comme le salaire était élevé, la famille put vivre, à force d'économie, avec la part qui lui restait. Pendant ce temps-là, l'ouvrier s'abstint du cabaret, travailla constamment, vécut en bon père de famille. L'année finie, le patron lui proposa de persévérer pendant deux ans encore. « Vous épargnerez douze cents francs, lui dit-il ; c'est le prix de la maison que je vous loue : dans deux ans, vous serez chez vous, vous serez un propriétaire. » L'ouvrier consentit : les deux ans passèrent bien vite. A la première paye après la maison soldée, on voulut donner au chauffeur la totalité de ce qu'il avait ga-
gnê dans la semaine. « Gardez, gardez, dit-il; dans quinze mois j'aurai acheté la maison voisine, v II en a trois aujourd'hui. Sa femme est devenue marchande. L'ancien ivrogne se retirera bientôt avec une honnête aisance, presque de la richesse. La propriété a fait ce miracle ^
C'est ce qu'avaient deviné les fondateurs de la cité de Mulhouse.
Entre Mulhouse et Dornach s'étend une vaste plaine, traversée par le canal qui entoure la ville. C'est là, en très-bon air, sur la double rive du canal, à proximité des fabriques, que la Société des cités ouvrières a tracé l'enceinte de sa ville nouvelle. Le terrain est parfaitement uni ; les rues, pour lesquelles on n'a pas ménagé l'espace, sont tirées au cordeau. Comme chaque maison est entourée d'un jardin, l'œil aperçoit de toutes parts des arbres et des fleurs ; l'air est aussi pur et circule aussi librement qu'en rase campagne. Parmi les noms des rues, on remarque avec plaisir la rue Papin, la rue Thénard, la rue Chevreul ; il y a aussi la rue Kœchlin et la rue Dolfus, et en vérité c'était toute justice. Sur la place Napoléon, située au centre,^ et à laquelle aboutissent les rues principales, s'élèvent deux maisons plus grandes que les autres, et qui renferment,
1. Le grand stimulant à l'économie chez les maçons est l'amour de la propriété foncière. Presque tous achètent des parcelles de terre quand ils retournent dans leur village.
la première, les bains et le lavoir, la seconde, le restaurant, la boulangerie, la bibliothèque et le magasin. Une salle d'asile, bien aménagée et trèsbien tenue, pouvant contenir 150 enfants, est pla« cée sur Tautre rive, au carrefour formé par la rue Lavoisier et la rue Napoléon. Il n'y a pas d'école particulière, parce qu'on a jugé avec raison qu'on n'égalerait pas l'école communale, qui est une des belles institutions de Mulhouse'. La salle d'asile, surveillée avec zèle par les femmes des premiers fabricants, est véritablement excellente; les enfants sont propres, bien portants, et en général convenablement vêtus. Le lavoir a bien réussi^, quoique l'installation en soit très-inférieure à celle du lavoir de Heims. L'usage des bains s'est aussi très-promptement généralisé, ce qui n'est pas sans importance au double point de vue de l'hygiène et de la morale*. Le restaurant et laboulangerie sont en voie de prospérité.
1. Elle est très-habilement dirigée par M. Riss. Elle contient 1600 garçons et 1200 filles rigoureusement séparés. Une succursale^ construite en 1861, près de Dornach, peut contenir 300 enfants. On compte en outre à Mulhouse 200 garçons dans les écoles libres, 300 dans les classes élémentaires de Técole professionnelle et du collège, 700 filles à l'école des sœurs. L'école professionnelle, dont le chef est M. Bader, a un enseignement théorique excellent, et de très-beaux ateliers très^bien conduits.
2. Cinq centimes pour deux heures de lavage, eau chaude à discrétion^ séchage à air ou à chaud.
3. Exercice du 30 juin 1860 au 30 juin 1861 ; nombre de lavages : 15529 ; nombre de bains : 672i[).
ÏIÉFORME DES LOGEMENTS. 3?3
Le premier étage contient le magasin et la bibliothèque. Les fondateurs ont éprouvé là un double échec. Les ouvriers ont continué d'acheter leurs ustensiles de cuisine, leurs vêtements et chaussures dans des maisons où ils payent beaucoup plus cher, mais où ils trouvent du crédit. Quant à la bibliothèque, il est positif qu'ils n'en veulent pas, et à voir les livres qu'on leur offre, • on ne peut guère les en blâmer. Enfin la Société a consacré une de ses maisons au logement d'un médecin et d'une diaconesse ^ Tout habitant de la c»té a le droit d'être soigné sans frais dans ses maladies.
Il y a deux sortes de maisons dans la cité ouvrière de Mulhouse. Les unes sont isolées de tous les côtés au milieu d'un jardin, les autres sont alignées côte à côte comme les maisons d'une rue ordinaire: une de ces dernières est aménagée pour servir de logement garni aux célibataires. Chacune des maisons isolées est divisée par des murs de refend en quatre logements parfaitement semblables, qui se louent ou se vendent séparément. Tous les logements affectés à l'habitation d'un ménage ont la même dimension, et ne diffèrent que par quelques détails insignifiants de distribution intérieure*. Les arrangements qui
1 . Les diaconesses protestantes remplissent des fonctions analogues à celles des sœurs de charité.
2. Au rez-de-chaussée deux pièces, dont Tune sert de salle à manger et de cuisine, et l'autre de chambre à coucher au père
dépendent des locataires sont en général bien entendusy et ne manquent pas d'une certaine élégance; c'est un légitime sujet d'orgueil pour le très-habile et très -dévoué directeur gérant des cités ouvrières, M. Bernard. En voyant ces planchers bien frottés^ ces rideaux bien blancs aux fenêtres, ces jolis papiers, ces meubles solides et bien entretenus, on se rappelle involontairement les misérables logements de laKattenbach, à Thaun. Il ne faut qu'une heure pour y aller, et de toutes les rues de la cité on aperçoit à rhorizon las montagnes couvertes de neige au pied desquelles la ville de Thann est bâtie.
Les organisateurs de la cité de Mulhouse auraient pu sans trop de dépense rendre les maisons plus vastes; mais ils ne l'ont pas voulu, pour qu'on ne fût pas tenté de sous^louer. Il importait que les
et à la mère; Tesûalier est ordinairement placé dans cette seconde chambre, pour que les enfants ne puissent ni entrer ni sortir à rinsu du chef de la famille. L'étage se compose de trois chambres à coucher et d'un privé bien établi, qu*il est facile de tenir pro' prement et qui ne donne pas d'odeur. Le grenier est assez vaste, et on peut au besoin y ménager une chambrette. Sous une partie du rez-de-chaussée règne un cellier voûté qui sert en môme temps de bûcher et de cave. Les fenêtres sont à deux vantaux et de belle grandeur; la principale pièce du rez-de-chaussée en a deux, qui ne prennent pas jour sur la même façade et sont disposées de façon à permettre de bien ventiler Tappartement. Il y a de bons placards, des escaliers commodes, des fourneaux, une pompe ; en un mot tous les besoins de la famille sont prévus^ tout concourt à rendre la propreté et la décence facile. ^- L'architecte est M. Emile Muller
membres de la famille vécussent entre eux. La présence d'un étranger Ole toujours quelque chose à rintimité du foyer*. Au reste, chaque groupe de quatre maisons, avec les jardins, couvre 150 mètres carrés. Les jardins comptent à peu près pour 120 mètres. Ils sont bien cultivés. Les ouvriers, en revenant de la fabrique, ne se trouvent pas trop fatigués pour faire un peu de jardinage. Ce travail en plein air les délasse. C'est une émulation entre eux à qui aura les plus belles fleurs. Ils se prennent de passion pour leurs légumes et leurs platesbandes. L'eau ne leur manque pas, et l'administration place dans chaque jardin deux arbres à fruits. M. Bernard pense que le produit d'un jardin bien cultivé en légumes et en fruits peut être estimé à 40 francs par année.
La cité est faite surtout en vue de la famille. La société y a pourtant un garni, qu'elle fait admi« nistrer par un gérant. C'est une espèce de couvent
1, Les contrats de vente stipulent : 1* que Timmeuble sera laissé dans son état extérieur actuel ; 2° que le jardin sera cultivé et conservé en nature ; 3" que les clôtures seront entretenues, que les tilleuls qui bordent les rues, quoique plantés en dedans des palissades, seront conservés ; 4° que l'acquéreur ne pourra, sans l'autorisation de la Société, ni revendre rirameublé avant dix ans révolus, ni sous-louer à une seconde famille. Cette double autorisation est accordée, en cas de revente, quand c'est à un autre ouvrier ; en cas de sous-location, quand c'est à une famille sans enfants, ou quand la famille du principal locataire est peu nombreuse.
376 LE SALUT PAÎl LA FAMILLE.
avec de longs couloirs, sur lesquels ouvrent de chaque côté les portes des cellules*. La location est de 7 francs par mois, service compris. C'est un peu cher pour un ouvrier sans famille, et le règlement en outre est assez austère. On n'a pas eu d'exigences semblables pour les ménages ; rien de plus naturel : dans l'organisation de la cité, tout est sacrifié à la question de morale. Si Ton faisait une place aux célibataires à côté des familles, il fallait avant tout écarter les gens de désordre, les coureurs de cabarets. Le garni de la cité ne contient que dixsept chambres.
La construction des maisons a commencé en juillet 1853. On en a bâti 100 la première année. Il y en avait 428 au commencement de 1859. 11 y en a aujourd'hui 560.
Le prix de location des logements d'ouvriers était très-élevé dans la ville de Mulhouse et dans les faubourgs; il l'est encore, malgré la construction de
1. Les chambres ont 4*" ,25 de long sur 2*°, 65 de large. Elles sont bien éclairées et blanchies à la chaux. Il n'y a ni poêle ni cheminées. Le mobilier comprend une couchette en fer avec une paillasse et un matelas, une commode , une petite table et deux chaises. On fournît une paire de draps tous les mois et un essuiemains toutes les semaines. Au rez-de chaussée est une salle commune oîi l'on trouve du feu en hiver. Chaque locataire doit déposer sa clef en sortant et être rentré à dix heures du soir ; on se relâche un peu en été de la rigueur de ce règlement. II est interdit, sous peine de renvoi immédiat, d'introduire une personne étrangère dans sa chambre pour y passer la nuit.
la cité. Une maison qui a été vendue à la criée pour expropriation, au commencement de 1859, au prix de 9560 francs, rapporte 2400 francs à l'acquéreur. Les loyers pour une famille ne descendent pas audessous de 15 francs et s'élèvent fréquemment à 18. Malgré ces prix exagérés, ils ont tous les inconvénients attachés aux vieilles maisons, ou aux maisons nouvelles construites à la hâte par d'avides spéculateurs. Cependant quand les ouvriers de Mulhouse virent à la porte de la ville les maisons que nous avons décrites, riantes, commodes, bien situées, entourées de jardins, et qu'on leur offrait pour le même prix, il y eut un moment d'hésitation. Ils craignirent d'être parqués, enrégimentés. Ils furent surtout étonnés quand on leur parla d'acheter ces maisons. Jamais l'idée de se transformer en propriétaires ne leur était venue. La Société ne leur faisait aucun mystère ; elle leur disait : « Voilà mes maisons tout ouvertes ; entrez-y, parcourez-les depuis le grenier jusqu'à la cave. Le terrain m'a coûté 1 franc 20 centimes le mètre ; avec les constructions, le salaire de l'architecte, l'achat des matériaux, elles me reviennent, les unes à 2400 francs, les autres à 3000 francs*; je vous les vends pour le même prix;