Mais ce n'était là qu'une magnifique phosphorescence
391. Nous verrons, dans la quatrième partie de ce travail, que l'étude attentive des sources démontre de la manière la plus convaincante que le véritable Vincent Pinçon était sans contredit le fleuve du Gap d'Orange.
392. Mais, quand bien même on dût admettre comme réel le Vincent Pinçon ressuscité par La Gondamine, la conclusion rigoureuse qu'il fallait tirer de ce fait, combiné avec la concession portugaise de 1637, avec la déclaration portugaise de 1688, avec le traité primordial de 1700, avec le ti-aité final de 1713, et avec la limite positivement établie à l'Oyapoc, en vertu de ce traité, par le Portugal et la France de commun accord, — c'est que les négociateurs de Lisbonne et d'Utrecht, ayant connaissance des cartes invoquées
{H) I* ipefutB S S 9eM9»
maintenant contre eux, aecumulërent exprès }es dôpo-^ minations de rivière de Vincent Pinçon et Yapoc, pauf prévenir la copfusion qu'on s'^i^visait de leur imputer. C'est comme s'ils ^v^ient dit : a Nous n'entendons poiuf >) par fîvière de Vinoepl Pinçon une obscure rivière de tt ce nonoi que l'on voit sur quelques cartes dans le voi-r » sinage du Gap Nord ; ce que nous appelons aiqsi, H c'est le fleuve bien connu du Gap d'Orange. »
30S, L'allégation de La Gondamine péchait dono paruu vice r^ical; mais, revêtue d'une apparence très propre h fasciner les meilleur^ esprits, elle é^it cependant le premier argument sérieui^ qu'pp pppom( W Brésil,
39&. Prenons en note dès à pfé^ent, mais en eonsti^t(U)( bien 4eux f^ûts : 4" Que le savant académicien ne prétendait nullement que sa rivière de Vincent Pinçon eût jftniftip pop^ le nom c}e Japoc, ni ^ucun autre nom ressemblait à celui-ci; qu'il reconnaissait que la limite légalp ét^U ^i^ée à TOyapoc, au Qeuye du Gap d'Orsmge; et qu'il ae bornait ^ réclamer contre cette limite, sous prétexte que la véritable rivière de Vincent Pinçon était tout près du Cap Nord : — 2^ Que, de même que M. de Charanville, L& Gondamine ne voyait d^ns \^ forme Japoe du traité d'IJtr^ht qu'une variante du pom indigène d^ la nyièr^ 4u Cap d'Orange,
396, L'actQ ex)iumfLtoire d'un^ rivière de Vincent pinçon, tout prè^ du CapN(u*d, était un service immensd ren4u P{^ l^ Cond^mî^e àt la cfiuse cayennaise, M^i^ Villuôtr* voyageur n§ s'w'èt» W» ïi-
SOÔ. Il compléta son œuvre dws une citile qi}'U joignit à sa relation,
3Q7. Riche d'une foule de renseignements nouveaux, dessinant pour la première fois le courp exact de l'Amagone et le pourtour de File de Marajô, eetté petite carte française donnait aussi pour la première fois le cours ^e TAraguari.
398. L'Araguari est une grande rivière de la Guyane, qui se jette dans 1* Amazone à une trentaine de milles du Cap Nord, présentant du côté méridional de sa large embouchure une avance considérable, connue sous le nom portugais de Ponta Giassa^ la Grosse Pointe. Il se détacl^e de sa rive droite un bras étendu, qui pénètre dans le grand fleuve vingt milles au sud de Ponta Grossa, et qui porte le nom de Furo grande do Jfraguari, ou simplement Furo do j^t^guari^ c'estr-à-dire grande crique, crique de TAraguari. Ce bras détache à son tour, de sa rive droite également , une petite branche, qui va percer le bord de T Amazone trois milles plus au sud, et que Ton distingue par le nom de Furo peqi^enoy petite crique.
899. t' anglais KeymUy explorant la côte de la Guyane par ordre de Ralegh, avait mouillé devant I4 grande embouchure de F Araguari au mois de mars 1 696 } et ce fut lui qui fit connaître en Europe le nom indien de cette rivière.
AOO. L'anglais Robert Harcomi^ allant fonder la seconde colonie de FOyapoc, avait mouillé également devant F embouchure principale de F Araguari, au mois «de mai IflOS.
AOl. Et peu de tonps aprèSt son &ère Micbai}
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Harcourt et le capitaine Harvey, que Robert Harcourt avait laissés à sa place à TOyapoc, avaient remonté l'Araguari pendant un grand nombre de lieues et l'avaient si bien exploré, que le cours de l'Araguari fut exactement dessiné aussitôt, avec sa grande embouchure, sur une carte de la Guyane faite à Londres par Gabriel Fatton^ dans le but d'éclaircir la relation de Robert Harcourt.
A02. Ma^ la carte de Fatton est encore inédite; et les textes de Keymis et de Harcourt, erronément entendus, firent placer faussement l'embouchure de l'Araguari en dehors du Cap Nord.
A03. Cette grande méprise parut dès 1599, dans la carte de la Guyane qui accompagnait le volume de la collection de De Bry renfermant sa mauvaise traduction latilie du voyage de Keymis. Répétée en 1625, dans une reproduction de ce volume, elle figura cette même année dans la carte de la Guyane de la première édition de De Laet^ et puis, successivement dans les éditions de 1630, 1633, 16A0.
àOà. Or, voici l'explication de ce faux Araguarî.
A05. Keymis et Harcourt bornaient l'Amazone à PontaGrossa, et en conséquence, ils regardaient l'Araguari comme le premier cours d'eau en dehors de l'Amazone. Habitués à étendre le grand fleuve jusqu'au Cap Nord, les cartographes de De Bry et de De Laet, voyant que les deux explorateurs anglais plaçaient l'Araguari en dehors de l'Amazone, s'imaginèrent qu'ils le plaçaient en dehors du Cap Nord.
A06. De Laet pourtant, dans son texte hollandais primitif, se conformant à la narration de Harcourt et
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à Texpérience de ses propres compatriotes, avait dépeint l'Araguari en 1625, comme une rivière ne débouchant que dans rAuiazone, en dedans du Gap Nord.
407. Mais ensuite, n* osant pas éliminer T Araguarl extra- amazonien de son cartographe, il admit cette fausse rivière, conjointement avec la véritable. Et aussitôt, dans le besoin d'unité qu'éprouve le savant, — et poussé à une facile confusion pai* le voisinage du canal qui entoure Tile de Maracà, sur laquelle on situait aussi le Cap Nord, — De Laet fondit les deux Araguari en un canal recourbé, constituant un bras de r.lmazone, et convertissant en île les terres les plus proches du Cap Nord continental.
408. Il introduisit ce prétendu perfectionnement en 1630, dans sa seconde édition hollandaise; et il le maintint en 1633 dans son texte latin, et en 1640 dans son texte français.
409. Accueillie par Nicolas Sanson dans ses cartes dès Tannée 1656, cette malheureuse innovation de De Laet fut depuis lors adoptée par la plupart des géographes, — notamment par Delisle, en 1703 et en 1722.
410. C'était là ce que l'on donnait depuis plus d'un siècle pour l' Araguari, avant La Condamine : un canal recourbé, joignant la baie de Vincent Pinçon à l'Amazone, sans recevoir aucun affluent.
411. Le séjour de trois mois qu'il venait de faire dans la ville du Para, avait révélé au savant investigateur l'existence du véritable Araguari, comme une grande rivière coulant de l'ouest à l'est; et il rendit à la géographie le service de répandre cette vérité.
Al 2. Mais la rapidité de sa course l'empêcha dé se dégager entièrement de l'erreur.
A13. Entre Macapà e^ le Gap Nord, douze lieues au sud de ce cap, La Gondamine avait remarqué la grande bouche de FAraguari; et puis, huit lieues à l'ouest du Cap Nord, bien avant le Mayacaré, il rencontra une embouchure répondant précisément à l'entrée septentrionale de FAraguari de De Laet , Sanson et Delisle. N'ayant ni le temps ni Fintention d'explorer ce cours d'eau, d'autant que Fembouchure en était alors fermée par les sables, — il ne songea pas à y pénétrer, et s'en rapporta absolument à l'opinion reçue, que c'était làFextrémité nord du canal d'Araguari. Et comme il venait d'apprendre que FAraguari n'était pas un canal, mais bien une grande rivière, il supposa que le prétendu canal représentait en réalité deux branches de cette rivière, et il crut devoir faire de FAraguari une rivière à double embouchure, embrassant dans son delta les terres immédiatement adjacentes au Cap Nord.
ili. L'idée était plausible ; mais La Gondamine ne fut pas assez scrupuleux pour renfermer sa supposition dans les contours indécis d'une ligne ponctuée. Il eut le tort de la donner pour un fait positif, et dans sa carte et dans son texte.
&16. Ses recherches lui ayant fait découvrir ensuite que d'anciennes cartes appliquaient le nom de Vincent Pinçon à la première rivière en dehors du Gap Nord, La Gondamine en conclut que la véritable rivière de Vincent Pinçon n'était autre que cette branche nord de FAraguari se continuant avec le tronc même de la rivière de ce nom.
41 6. Mais la prétendue rivière de Vincent Pinçon se trouvant barrée par Tlle de Maracé, et débouchant, non dans la mer, mais au sommet de l'angle formé par les deux branches du canal qui entoure cette île, par où fallait-il la continuer jusqu'à l'Océan ? Par la branche occidentale du canal deMaracà, ou bien par la branche méridionale?
417. La Condamine choisit la branche occidentale, qui s'ouvre dans la mer entre l'extrémité nord de l'Ile de Maracà et la rivière de Mayacaré; et il réserva exclusivement pour cette branche le nom de baie de Pincent Pinçon, appliqué par ses devanciers à toute la masse d'eau qui sépare l'Ile du continent.
418. Il est probable qu'il a été conduit à cette préférence par les deux raisons que voici :
419. 1* Connaissant par lui-même tout le canal de Maracà, La Condamine savait parfaitement que la branche méridionale de ce canal avait une trop faible profondeur pour avoir admis les bâtiments du découvreur espagnol, tout petits qu'ils étaient , tandis que la branche occidentale pouvait recevoir librement de grands navires ;
420. 2' La branche occidentale du canal de Maracà avait été donnée par le Flambeau de la Mer, sous le nom de Rio Jrowar)'^ comme une continuation du prétendu canal d'Aragnari. Ayant fait de la partie nord de ce prétendu canal la véritable rivière de Vincent Pinçon, il était tout naturel que La Condamine ne terminât son Vincent Pinçon que là où le Flambeau de la Mer terminait l'Araguari.