Mais M. de CharanvUle, exploitant
restreint de ce mot, et faisant semblàilt dignofët que
le sens étetldU se cbnàâissait paf les li¥feS| et mw par
les cartes, dééoeha ail gouvernent du Pat*a, le général
Sdlisa, lé 1() août 1^20, cette HlSe tlt*adë i ti Nous
» n* avons pas été moins surpris que vousf Mousiëur,
» qu'on ait voulu brouiller sur nbs limitësi D falloit,
» ppur adoucir les expressions, être peu Iflslruit ôli fort
» prévenu, pour prétendi^e éteildre ftëti* flë PoftUgàl
« jusqu'à nôtre riviète d'Ouyapôc, bÛ liousi ftVottS cdttl-
» mencé de nous établir ; on n'avoit qu'àjettëf les yeUJi
» sur la Carte , et sur les articles 8 et 9 du traité
» d^tJtrech pout- dissiper eettë Vl&iofl; Bi rihten«bfe de
)) nos iSouveraltiâ eût été telle, on eût énôfiëë âftUd ledit
}) traité que le Roy de France abandonnëll au tldy de
» Portugal, tioti seulement leâ terhê^ du Gap dd Nord,
» mais encore délies du Cap d'Ofànge. »
âêS. Pl-dpagatéUt^ adtatit qhlùvëhteurt , lée
( 88 ) 5* LECTUHE f SS 364-369
Français ne tardèrent pas à faire courir par le monde leur nouveau commentaire du traité d'Utrecht.
36&. En 1730, parut à Paris un ouvrage qui fait époque dans notre question : le voyage du chevalier des Marchais par le père Labat. Beaucoup plus ample que ne le promettait son titre, cet ouvrage contenait aussi le travail que M. de Milhau avait fini en 4727, et encore une carte de la Guyane Française dressée par D^Jnville au mois de septembre \ 729 sur les instruc-iions de M. de Milhau.
365. Or, il arriva alors ce qui a lieu trop souvent : les narrateurs de seconde main outrèrent le récit primitif.
366. M. de Milhau s'était borné à avancer, comme son opinion personnelle, que la limite du traité d'Utrecht devait être au Gap Nord, et non à l'Oyapoc, ce qui impliquait l'aveu qu'elle était de fait k Y Oysipoc. Son cartographe et son éditeur donnèrent pour sûr qu'elle était de fait au Gap Nord.
367. L'opinion personnelle de M. de Milhau, érigée désormais en fait positif, reçut ainsi doublement, par une carte et par un texte, la sanction prestigieuse de la presse.
368. Les successeurs de M. de Charanville tourmentèrent alors avec plus d'acharnement les gouverneurs du Para.
369. Geux-ci ne purent jamais prendre le change sur les raisons qu'on leur débitait pour leur faire accroire que le Japoc du traité d'Utrecht n'était que le Warypoco de Van Keulen, et que rivière de Vincent
s s S70-S72 5- LECTURE ( 8^ >
Pinçon voulait dire simplement rivière débouchant dans la baie de ce nom.
370. Mais, quand il leur fallait démontrer à leur tour que la véritable limite d'Utrecht était bien au fleuve du Gap d'Orange, le formidable sophisme basé sur la double entente du mot Cap du Nordl^^ plongeait dans l'embarras. Maniant beaucoup plus les armes que les livres, ignorant les sources où ils auraient appris que le nom de Gap du Nord avait été appliqué, par extension, à toute la Guyane, ils avaient la bonhomie de s'assujettir à la méthode que M. de Gharanville leur avait reconnnandée. Ils allaient à la carte ; et n'y trouvant le Gap du Nord qu'à l'embouchure de l'Amazone, et séparée du Gap d'Orange par l' interposition du Gap Cachipur, il leur était impossible de concevoir . que les terres du Gap du Nord comprissent le Gap d'Orange.
371. L'épouvantail de M. de Gharanville mit tellement en désarroi l'un des gouverneurs portugais, que, dans sa conscience peu éclairée, il en vint même un moment à n'oser réclamer pour limite, et encore avec timidité» que la rivière de Gachipur, treize lieues au midi de l'Oyapoc.
372. Oui, le 15 octobre 1732, le vieux gouverneur portugais José da Serra ^ débarqué au Para depuis deux mois à peine, se laissa aller à écrire à M. de la Mirande, gouvemeuf de Gayenne depuis plus de deux ans, ce honteux témoignage de son déconcertement. uTant qu'on n'aura pas pris là-dessus une décision » finale à Lisbonne et à Paris, abstenons-nous l'un et » l'autre d'entrer dans les terres du Cap du Nord, dans » les terres qui sont en questioa; c'est-à-dire, vous ne
( »0 ) *• MCTtRB S g. 97l^i7f
» fe^es pas Yesil* vos gens, du Gacbipur au Gap du Nordi » et je ne ferai pas aller les miens du Gap du Nord au n Gachipurt »
87B. G' était déjà Un résultat prodigieux que cet abandon de TOyapoc et cette rétrogradation au Gacbipur ; mais rengagement^ quoique donditionnel, queprenaitlegouvemeurduParédenepas dépasserle GapNord, de respecter la prétention la plus exagérée de la colonie française, fut pour les Gayennais un triompbe satatiique. ns ne voulurent voir que cela ; et ils se flattèrent que, sous couleur d'un artangement provisoire, c'était là un acquiescement définitif du gouvernement portugais à leur iûterprétation du traité d'Utrecht.
37/i. Gette illusion dura peu. Mieux informé, le goUvemem* du Pari s'empressa de réparer sa faute le S novembre 1788, en revendiquant avec énergie, comme la limite Incontestable d'Utrecht, le fleuve du Gàp d'Orange*
875. Mais, tandis qUe le Portugal se bornait naïvement aux protestations sépulcrales de ses bureaux, la presse française répandait partout la croynhce en la ikusse délimitation de la Guy&në Française et du Brésil par le Cap Nord.
876; En 1781 i on réiinprimait le livre de LahàU avec le texte de M. de Milhâu et avec la carte de D'Anville.
877. En 1782, la ffeussé déllittitation introduite par D'Anville sur la foi dé M. de Mllhau et sur Tappré- 6latiôn errottée de là carte de Delisle, était consacrée ëtl Ces termes posltiffe par Ln MaHim'è^ : n Tout ce quî
s s 87R^S8d ft* LËQTUftB ( 91 )
» est ati Midi du Gap âti Nord Jusqu'à la source de Ift » Ritiëre d'Iapoco, a été cédé aux Portugais et est annexé 9 au Bresih » Et ce texte infidèle étsdt répété eu 17A0 et en 1768.
378i En 17A8) D' inutile reproduisait lui-même i dans sa grande carte de l'Amérique méridionale, sa fausse limite de 1729«
879i En 1769| le géographe /a/tM/^r répétait cette même fausse limite dans une autre carte de T Amérique méridionale^
380. En 1778, Bajon^ dans de précieux mémoires sur Gayenne^ grossissait le nombre de eelix qui plaçaient faussement au Gàp Nord la limite de fait.
881. Depuis I76A4 l'erreur avait envahi les écoles françaises, dans la géographie élémentaire de Tabbé Lactoùc^ réimprimée en 1766, en 1772, en 1773, en 1777, en 1780) et elle empoisonnait ainsi les sources de l'opinion.
382. Mais déjà depuis longtemps la prétention de Gayenne avait fait un pas gigantesque, à l'aide d'un petit livre de La Condamine : la relation de soU voyage amazouieu, publiée au mois de âéGemJ)re 17A6.
388. L'illustre académicien français venait de descendre l'Amazone depuis le Pérou jusqu'à l'Océan ; il avait passé deux jours au fdrtd*Oyapoc, et il s'était arrêté à Gàyenne siJc mois, — eu rapport contitiUel aveo deux personnages bien imbus de la croyance cayeu- Uaisê, et qui eu avaient été de fervents apOtres auprès des gouverneurs du Para : — M. Gilbert d^Orpîltiers^ gWveraéUr intérimaire de la GuyaUe Fritti^ee depuid
( 92 ) 5- LECTURE g S 384-387
le mois de juin 17A3, et qui Favait déjà été eu 1737 et 1738, et même en 1730, succédant alors à M. de Charanville : — et M. D^AIbon^ inspecteur delà marine depuis 1706, ordonnateur depuis 1713, et qui par conséquent avait servi, non-seulement avec M. de Charanville, mais encore avec M. de Milhau.
384. Avantagé de son instruction académique et des heureuses dispositions dont la nature l'avait doué, La Condamine ne pouvait que profiter beaucoup à une pareille école. Aussi dépassa-t-il ses devanciers immensément.
386. Depuis que Delisle, en 1703, avait introduit dans le voisinage du Cap Nord sa BaU de Vincent Pinçon, aucun géographe n'avait placé dans ce parage, sous le nom du navigateur espagnol, autre chose qu'une baie. Ainsi en avsdent agi. De Fer en 1719, D'Anville en 1729, Gueudeville en 1732, Philippe Buache en 1737.
386. La Condamine, le premier, ajouta à cette baie une Rivière de Vincent Pinçon.
387. Il invoqua en faveur de Cayenne , sans les nommer, « les anciennes Cartes et les Auteurs originaux, » qui ont écrit de l'Amérique avant l'établissement des » Portugais au Brésil. » Et sur leur témoignage il avança : — que le Vincent Pinçon et l'Oyapoc étaient deux rivières fort distinctes, à cinquante lieues l'une de l'autre : — que le traité d'Utrecht avait commis une méprise évidente en confondant ces deux rivières : — que les Portugais, exploitant cette confusion, avaient obtenu à leur grand profit l'établissement de la frontière au fleuve du Cap d'Orenge : — mais que la vraie
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limite d'Utrecht devaii être dans le voisinage du Gap Nord.
388. Les auteurs originaux allégués par La Gondamine, ne pouvaient nullement éclaircir la question ; car ils se bornent tous à un récit tronqué du voyage du découvreur espagnol, sans dire le moindre mot d'une rivière quelconque de Vincent Pinçon. '
389. En déterrant les anciennes cartes , l'habile académicien avait fait jaillir une grande spéciosité ; car il est incontestable que plusieurs anciens géographes semblent placer la rivière de Vincent Pinçon dans le voisinage du Gap Nord, et il en est même quelques-uns qui mettent positivement tout à l'ouest de ce cap une rivière de ce nom.