‹ L'Oyapoc et l'AmazoneChapitre 72 sur 81 · DIXIÈME LECTURE · texte numérisé non relu

DIXIÈME LECTURE

937. L'Oyapoc, le parallèle de 2 degrés 24 minutes nord , et le méridien de 322 degrés à Test de rtle de Fer, furent religieusement respectés par la France légitimiste, tant que le Brésil continua d'être une colonie européenne.

On* ne songea même pas aux commissaires délimitateurs de Tarticle 2 de la convention de Paris, qui auraient pu apporter quelque modification à l'article premier.

938. Mais quand le Brésil eut secoué les chaînes de l'Europe, l'engagement solennel de la France fut aussitôt compromis par des renseignements inexacts de légitimistes exagérés.

On mit de côté l'acte de 1816 et la convention de 1817; on revint à l'interprétation tinilatérale du traité d'Utrecht, et Ton proclama comme limites incontestables de la Guyane Française, — dans l'intérieur, tan-

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tôt le Rio Negro, tantôt le Rio Branco ; — et vers la mer, tantôt le Garapapori, à' l'exemple de La Condamine en 1745 et du baron de Bessner en 1782 , tantôt le véritable Araguari, à l'exemple de M. Lescallier en 1791.

939. Le Roi Jean VI s'était rembarqué pour Lis* bonne le 26 avril 1821.

Et en septembre de la même année paraissait à Paris l'ouvrage suivant : « Histoire du dix -huit Fructidor, ou Mémoires concernant la vérité sur les divers événemens qui se, rattachent à cette conjuration, précédés du tableau des factions qui déchirent la France depuis quarante ans , et terminés par quelques détails sur la Guyane considérée comme Golpnie. Par le Gbevalier de Larne^ l'un des Députés dépoités au 18 Fructidor. »

A la fm de ce livre, dans un chapitre intitulé « De la Guyane Française » , M. de Lame , sans dire mot de l'acte de Vienne ni de la convention de Paris, assura que les limites de la Guyane Française, déterminées en 171 3 par le traité d'Utrecht, commençaient à la rivière de Vincent Pinçon, par la latitude de 2 degrés nord, et longeaient l'Amazone, à la distance de quinze lieues, jusqu'au Rio Negro.

9A0. Pour s'expliquer cette surprenante anomalie, il faut savoir que M. de Lame était un partisan exalté de la Restaïu-ation. Échappé de Sinnamary et réfugié en Angleterre, il y avait été présenté au comte d'Artois, qui lui avait fait le meilleur accueil. « Attaché dès lors irrévocablement aux Bourbons, Lame accompagna

Pichegru en Allemagne et passa en France , où il vint se réunir à son beau-frère , M. Hyde de Neuville , et prendre part à ses entreprises et à ses périls pour la cause royale. »

En bon restaurateur, M. de Larue reculait Tannée 1821 à celle de 1776, dans laquelle, comme nous l'avons vu à la sixième lecture, le gouvernement de l'ancien régime, donnant au traité d'Utrecht une inter* prétation toute nouvelle, avait façonné à sa guise les limites méridionales de la Guyane Française.

9A1. M. de Larue prit pour sa règle la seconde édition du livre de M. Lescallier, ordonnateur de la Guyane française sous l'ancien régime.

Mais M. Lescallier avait fait sa publication en 1707, quand la France était en guerre avec le Portugal ; et M. de Larue faisait la sienne en 1821, quand les detix nations se trouvaient en paix , et liées par l'acte de Vienne et la convention de Paris.

9A2. M. de Larue se permit, d'aiilem*s, une énorme déformation de deux traits de son modèle.

11 afllrma qu'avant le traité d'Utrecht, n le fleuve » des Amazones formoit la véritable ligne de démarca- » tion en vertu d'une convention conclue à Lisbonne » le h mars 1700»; tandis que M. Lescallier n'avait allégué le tvdité pivt^isionnel de 1700 que comme ordonnant la démolition provisoire des forts portugais construits sur leQ terres que ce traité déclarait provisoire^ ment neutres.

Il affirma que sa rivière limite du traité d'Utrecht portait depuis 1500 le nom européen de Vincent Pinçon, et il ajouta : « Elle est encore appelée Yapoc par

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» les Indiens, mais non pas Oyapoc, qu'ils distinguent » bien de la première. » Et M. Lescallier avait déclaré précisément le contraire. « Il est vrai (avait-il dit) que » le traité d'Utrecht nomme une fois la rivière d'Yapoc )> ou de Vincent Pinçon ; mais une aiutre fois il ne dit » que la rivière de Vincent Pinçon : or, dans le fait ni » Tun ni l'autre de ces noms ne sont le véritable nom » de la rivière dont il est question dans le traité.... » La rivière principale qui afflue dans cette prétendue » baie de Vincent Pinçon» qui est une espèce de bras de » mer, se nomme dans le pays Carapa-^pouri, »

M. de Lame ajouta donc aux erreurs de M. Les-callier deux énormités révoltantes.

* 9A3. Mais M: de Lame était, depuis 1816, conservateur des Archives de France ; et il garda cette place pendant toute la durée de la RestauratioUr

Cela lui donnait une autorité imposante.

On se dispensa du travail pénible de remonter aux som-ces, et Ton se reposa sur la science présumée du successeur de Daunou.

944. En janvier 1822, M. de Saint-Amant^ secrétaire du gouvernement de Gayenne , publia à Paris un livi'e portant ce titre : « Des colonies ; particulièrement de la Guyane Française en 1821. d Et il y donna pour chose notoire, que la Guyane Française était bornée par le Rio Negro.

945. En août et septembre de la même année 1822 , on imprima à Gayenne , dans la « Feuille {officielle) de la Guyane Française » , le mémoire composé

par Mentelle en 1796, et dans lequel ,• ainsi que nous Tavons déjà vu, le garde du dépôt cayennais avait assuré, comme M. de Charanville en 1729, que le Japoc du traité d'Utrecht n'était autre chose que le IVatjpoco de Van Keulen , et avait ajouté que , pour établir des bornes naturelles et solides , il fallait que la France obtint une partie de la rive gauche de TAmazone.

946. En 1823, les « Annales maritimes et colo* niales » publièrent un mémoire écrit en novembre 1822 par M. Dnmonteil , of&cier du génie maritime , dans lequel se trouvait répétée Tassertion de MM. de Larue et Saint- Amant, que la limite sud'-ouest de la Guyane Française était le Rio Negro.

947. En 1824 , on imprima à* Paris un roman légitimiste paré du titre de « Mémoires du général J.-D. Freylag. »

On lisait dans le texte de ce livre, que le Vincent Pinçon du Gap Nord est aussi appelé Oyapoc.

Et l'éditeur, M. Couurax de Beauregard^ ajoutait en note :

Que le Gouvernement Français n'avait pas attaché Une assez grande importance à faire voir que la véritable limite stipulée à Utrecht était le Vincent Pinçou du Gap Nord et non l'Oyapoc du Gap d'Orange ;

Que depuis que le Brésil s'était séparé de sa mé^ tropole, la situation de la Guyane Française était devenue périlleuse ;

Que la prudence et la politique exigeaient qu'on éloignât le plus possible un voisin inquiet et fort de sa position , qui pouvait être un jour un ennemi et

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fondre d'un moment à l'autre sur Cayenne, à la faveur des vents alises et des courants ;

Que ces considérations imposaient à la France la nécessité de faire rétablir les limites telles que les anciens traités les avaient déterminées , et d'y faire des établissements qui servissent de garde avancée pour surveiller les mouvements qui menaceraient Cayenne.

948. Les esprits ainsi prévenus, on vit. dans cette même année 1824, comme en 1776^ une preuve lamentable de la toute-puissance de la répétition.

Égaré par des renseignements aussi tenaces qa'errenés, le Gouvernement Français ordonna l'occupation du territoire qu'on lui assurait appartenir à la France.

949. Mais la Véritable limite d' Utrecht ne fut plus pour le Gouvernement Français ni le Garsëvenne, ni le Mayaçaré, ni même le Garapapori : ce fut l'Araguari, le vrai Araguari amazonien.

Je transcris la Retfue eolomale du mois d'août 1858 :

« Le Brésil, constitué plus tard en puissance indé- » pendante, hérita des droits et des prétentions du » Portugal. Il fut, dès le principe, déchiré par des dis- )} sensions intestines. £n 1824, les troubles qui agi* » tërent la province du Para prirent un tel caractère » de gravité , que le gouvernement français donna à » M. Milius, alors gouverneur de la Guyane, l'ordre de » prendre possession des limites qui nous étaient assi- » gnées par le iraité d* Amiens ^ dont il considérait les . )) stipulations comme résumant , de la manière la plus

» équitable, le sens du traité d'Utrecht. Peu après, » un calme apparent s' étant rétabli , cette affaire en » resta là. »

950. L'affaire en resta là, pour lors, quant àroccupation du territoire confié au Brésil pai'Tacte de Vienne et par la convention de Paris.

Mais quant aux prétentions cayennaises, le procédé du Gouvernement encouragea les plus timides.

961. M. Noyet\ créole éminentde Cayenne, ancien ingénieur-géographe, élève et ami de Mentelle, et ex-délégué de la Guyane Française, — qui, en 1819, reconnaissait pour limite TOyapoc, — changea de langage.

Dans une brochure publiée à Paris en 1827, sous le titre de « Forêts vierges de la Guyane » , il osa dire qu'on pouvait regarder provisoirement la limite des deux Guy ânes, vers le sud-est, comme fixée à la rivière de Garapapori, se continuant avec TArs^uari, d'où serait tirée une ligne parallèle à la rive gauche de l'Amazone.

Puis, dans une letti*e adressée de Cayenne à la Société de Géographie de Paris, le h septembre 1829, et publiée en janvier 1830 dans les « Annales maritimes et coloniales i» , le même Cayennais ajouta que, si le Gouvernement voulait faire un voyage d'exploration, qui aurait pour objet spécial « de reconnaître les parties inconnues de la Guyane française » , dans l'intérêt de la science et du pays , il conviendrait de remonter rOyapoc jusqu'à ses sources, descendre le Jari

jusqu'à r Amazone, et regagner TOyapoc en remontant Y Aragnari, »

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