‹ L'semne devant ses œuvresChapitre 14 sur 28 · Leltre de Descartes au P. Mersenne, 3 no · texte numérisé non relu

Leltre de Descartes au P. Mersenne, 3 no

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départir légèrement des maximes que nous tenons de l'antiquité. )»

Cet amour de l'autorité traditionnelle trouye à la rigueur sa justification dans le grand respect que Ton peut avoir pour les modèles de l'antiquité classique. Mais, dans bien des cas, ce même amour est poussé jusqu'à la contradiction la plus flagrante. Ainsi, Descartes ayait érigé en principe, souvent répété depuis, de a ne jamais recevoir aucune chose pour vraie, à moins qu'elle ne soit connue comme évidente.» Ce principe, en apparence si rationnel, l'auteur du Discours de la méthode fut le premier à le violer. Sans parler de ses tourbillons, rappelons que Descartes croyait le plus sérieusement du monde aux c< esprits vitaux qui entrent dans les concavités du cerveau, passent de là dans les pores de sa substance, et de ces pores dans les nerfs, etc. » Du cerveau il faisait une machine hydraulique et de l'àme un fontainier. De là à prétendre que la pensée est une sécrétion du cerveau il n'y avait qu'un pas. De tout cela il n'y avait certes rien de moins a évident. » Mais le promoteur de l'idéalisme moderne tenait à son système imaginaire, matérialiste ; il avait en luimême une foi si absolue, que, passant par-dessus le reproche de contradiction qu'on pouvait lui adresser,

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il subordonnait son principe de la certitude à son autorité personnelle.

Les exemples de ce genre sont nombreux. L'obstination que mettent les savants à défendre chacun sa théorie, les empêche d'unir leurs forces dans la recherche de la vérité. De ce défaut d'union naissent d'autres dangers. Ainsi, une découverte, qui renverse une doctrine régnante, passe inaperçue, ou elle est difficilement admise, si elle vient d'un homme inconnu, d'un savant qui ne jouit d'aucune autorité, parce qu'il n'a ni disciples, ni admirateurs, ni position sociale ; car, la position sociale est aussi, hélas! un élément d'autorité. Kepler n'était connu que comme un pauvre faiseur d'almanachs lorsqu'il découvrit les lois qui changèrent la face de l'astronomie. Aussi ses découvertes furentelles si peu remarquées de ses contemporains, que, plus de cinquante ans après sa mort, c< l'astronomie copernicienne, » dont Kepler s'était fait le champion ardent, continuait d'être traitée d'utopiepar les princes de la science. Il faut lire dans les œuvres de Kepler les sottes attaques contre lesquelles le grand astronome avait à se défendre, et qui émanaient de ces médiocrités envieuses et jalouses, qu'en tout temps on rencontre sur son chemin, et dont la posté-

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rite fait bonne justice en les condamnant à roubli. L'opposition qu*éprouve rétablissement d'un fait nouveau augmente lorsqu'à l'autorité d'une doctrine en renom ou à la vanité personnelle, doublée de la routine, viennent se joindre des sentiments de rivalité confraternelle ou de jalousie nationale. En voici un exemple bien mémorable. Newton avait repris « l'utopie » de Copernic et de Kepler. Bien qu'il eût mathématiquement démontré que la force qui fait tomber les corps à la surface terrestre est la même que celle qui fait tourner les satellites autour de leurs planètes et les planètes autour du Soleil, Newton était loin de voir sa loi universellement adoptée. Cette satisfaction lui fut refusée de son vivant. Les partisans des vieilles doctrines lui résistaient opiniâtrement, et il trouva de violents adversaires parmi ses collègues mêmes de la Société royale de Londres. Son rival en mérite et en gloire, Leibnitz, l'attaquant sur quelques détails, le raillait de ne faire de Dieu qu'un mauvais ouvrier, obligé de retoucher de temps à autre son ouvrage ; puis, le critiquant au sujet du mot attraction^ il lui reprochait de revenir aux qualités occultes de la scolastique, de nous ramener au régime des glands quand on a du blé, etc. Fiers de la gloire de Descartes et partisans de ses tourbil-

19rt VOULOIR ET FAIRE.

Ions, les physiciens français se firent prohibitionnistes : faute d'arguments plausibles, ils repoussèrent la loi newtonienne comme une production anglaise. Ce fut un bel esprit et une femme de lettres, Voltaire et la marquise du Châtelet, qui introduisirent en France la loi de la gravitation universelle, et qui y popularisèrent les travaux de l'illustre Anglais.

Ces sentiments exclusifs, égoïstes, si contraires à la nature expansive de la science, sont loin d'aller en s'ftteignant; ils sommeillent pour se réveiller à la moindre occasion, et peuvent arriver à dépasser toute mesure à la suite de sanglants conflits, qui déshono^ rent et ruinent les nations.

Un autre danger nait de la variabilité de ces sen* timents qui passent trop rapidement d'une extrémité à l'autre. Un homme de génie, méconnu de son vivant, devient un oracle après sa mort ; les meilleurs observateurs sont alors comme sous le charme de son autorité. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple, Wollaston aperçut le premier, au commencement de notre siècle, les raies noires de la lumière décomposée par un prisme, qui sont devenues la base de l'analyse spectrale, en nous donnant matériellement prise sur les astres. Mais il y attacha si peu d'importance,

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qu'il ne songea même pas à se servir d'une lunette pour mieux observer ces raies, parce qu'il était dominé par l'idée newtonienne, idée fausse, « que la lumière blanche n'est autre chose que la superposition des lumières simples, diversement colorées et diversement réfrangibles, du spectre. )»

Il est sans doute fâcheux qu'un observateur, subjugué par l'autorité d'un ancien maître, retarde l'avénement d'une découverte. Mais il est bien plus fâcheux encore de voir des savants embrasser une doctrine par haine d'un parti ou par esprit de secte, ou d'en voir d'autres qui, pour se faire une renommée facile, se hâtent de publier quelques observations inachevées ou superficielles, là où il faudrait des centaines d'expériences, soigneusement répétées et contrôlées.

Au milieu de ces sentiments incorrects d'absorbantes personnalités, la science serait toujours restée stationnaire, si leur rectification n'avait pas été forcée, au moins en ce qui concerne l'emploi des moyens d'observation naturels ou artificiels. Le progrès s'est fait, comme nous venons de le voir, d'abord lentement ; puis, peu à peu, il s'est manifesté par soubresauts, révolutionnairement, avec des interruptions marquant des époques de décadence. Enfin, par l'irré-

gularité de sa marche, par 8es allures capricieuses et intermittentes, le progrès montre qu'il tient bien plus de la nature humaine, insuffisamment surveillée et corrigée, que de la Nature proprement dite, où tout se fait par des transitions insensibles.

Quoi qu'il en soit, les périodes du progrès scientifique sont faciles à déterminer, grâce d'abord à la méthode expérimentale, de plus en plus répandue» puis grâce aussi à Tinexorable destin qui prépare la \oie des générations en balayant d'encombrantes individualités. Car, reconnaissons- le, l'humanité n*avancerait pas d'un pas, si l'immortalité était attachée aux flancs des individus, dont chacun ne voit rieti au delà de la sphère où il se cantonne, mettant son autorité, son honneur, sa fortune, tous les moyens en son pouvoir, à défendre ses vues, ses doctrines, ses erreurs. Bénissons donc la mort : elle purifie l'océan humain ; elle lui enlève la chair corruptrice pour permettre à l'esprit pur d'entreprendre ce grand travail d'assimilation, qui consiste à élaborer ce qui est vrai, et à éliminer ce qui est faux, pour entretenir la vie du progrès immortel.

Enfin, après des oscillations d'une durée plus ou moins longue, la méthode expérimentale a pris définitivement racine dans l'ordre physique. C'est une

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véritable victoire que rhomme a remporlée sur luimême. Comment y est-il parvenu ?

Pour observer, il faut travailler ; pour bien observer, il faut se donner beaucoup de peine en combinant la dextérité manuelle avec un incessant contrôle du fonctionnement des sens et de Tintelligence. Tout cela répugnait à Tinertie de la volonté humaine. Ces grands philosophes de Tantiquité, dont chacun prétendait porter l'univers dans les plis de son manteau, auraient cru déroger à leur dignité s'ils avaient touché à des instruments matériels : l'outil sentait Tesclave* Aus6i, au lieu d'avancer, ne faisaient-ils que piétiner à la même place. L'horreur du maniement d'un instrument matériel annihilait toute méthode elpérimentale.

Nous avons montré Aristote conseillant le premier de contrôler l'idée par l'observation, et nous avons vu comment ce conseil, reproduit à diverses époques, fut enân écouté. Mais il n'entrait certainement pas dans les prévisions du chef des Péripatéticiens, que l'avénement de la méthode expérimentale amènerait un divorce complet entre les sciences d'observation et la métaphysique, connaissances jusqu'alors réunies sous la dénomination générale de philosophie.

Las de disputer sur le chaud et le froid, sur le sec

et rhumide, sur la lumière et les ténèbres, etc., sur tous ces contraires qui ont alimenté tant de systèmes; avertis d'ailleurs qu'ils se mettaient, par leurs doctrines, de plus en plus en contradiction avec Inobservation , autorité préférable à celle du mattre; s'affranchissant enfin de tout esprit de système, les philosophes physiciens, de l'école d'Aristote, ne dédaignèrent plus d'interroger la Nature à l'aide d'instruments de leur invention. C'est ainsi que le thermomètre fit voir, aux yeux de tous, que le chaud et le froid, comme termes antagonistes, n'ont rien de réel, qu'ils ne sont vrais que relativement à nos sens, dont le fonctionnement nous trompe sur la continuité du phénomène, c'està-dire sur la dilatabilité des corps sous l'influence de la chaleur, dilatabiU té indiquée par le thermomètre*;

1. H importe de faire ressortir combien nos jugements sont influencés par nos sensations et nos sentiments. Ainsi, par exemple, on entend souvent une personne se plaindre d'avoir troid aux pieds. « Je le nie, lui dira une autre personne; vos pieds sont, au contraire, cliauds : je viens de les sentir. » Une troisième personne voulant, à son tour, vérifier le même fait, donnera tort à la seconde et raison à la première. Il pourra alors arriver qu'il y ait, des deux côtés, un égal nombre de témoins, soit pour i'aflQrmer, soit pour le nier. Qui tranchera la question? Ce sera celui qui, se plaçant à un point de vue élevé, analvsera le fait en dehors des sensations individuelles. Il lui sera alors facile de démontrer que les personnes^ qui en niaient l'exactitude, avaient les mains d'une température inférieure à celle des pieds de la personne qui se plaignait du froid, tandis que celles, qui l'affirmaient, avaient, au contraire, leurs maitts d'une tempe-

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que DOS sens sont d'autant plus impressionnables que les différences de Taction physique, externe, se succèdent plus rapidement, ce qui fait que des milieux, tels que des caves profondes, où ces différences sont peu sensibles, peuvent paraître froids en été et chauds en hiver; que tout enfin se réduit à une

rature supérieure à celle de ces mêmes pieds. Que conclure de là? G^est que pour Juger sainement de ces impressions il faut mettre ses sentiments individuels en rapport avec le milieu dont nous subissons tous, malgré nous, et à notre insu, Tirrésistible influence.

Ce qui est vrai pour les sensations Test aussi pour les impressions morales et les idées. Ainsi, par exemple, les opinions politiques sont comme les montres : les unes retardent, les autres avancent ; il n^y en a pas deux qui soient parfaitement d'accord. Mais ici il est infiniment plus difficile que dans Tordre physique de faire accepter la vérité. G^est en vain que vous vous efforcez de persuader à X. que son opinion n^est vraie qu'à son point de vue personnel, relativement au milieu où elle s'est formée, mais qu'elle est fausse au point de vue général, parce qu'elle est en opposition avec l'intérêt de nous tous, avec le libre développement de nos facultés ascendantes. — La manière de voir et de sentir varie suivant les individus, c'est- ùdire suivant l'éducation, le degré d'instruction, l'ensemble traditionnel des croyances et des préjugés de chacun ; et ils croient tous avoir raison, chacun de son côté. Ces divergences, ces tiraillements individuels sont, selon moi, la principale cause de la désaffection universelle qui règne parmi les hommes. Ceux dont la sphère d'idées est la plus étroite tiennent le plus obstinément à leurs opinions. Les esprits les plus larges et les plus instruits sont en même temps les plus accessibles à la persuasion, parce qu'ils savent combien il est facile de se tromper et qu'ils ne demandent qu'à corriger leurs erreurs. Les véritables amitiés reposent bien moins sur les liens du sang ou des alliances, que sur la communauté des idées et des sent&ients.

question de plus ou de moins de chaleur, qu'il n*y a nulle part dans la Nature un objet absolument priiré de chaleur; en un mot, que le froid absolu n*eiiste nulle part, à moins que ce ne soit là où aucun mortel ne pourra, avec son corps, pénétrer, comme dïinsles espaces in ter-sidéraux. Mais, encore une fois, les mots de chaud et de froid, — la question de mouvement mise à part, — ne sont vrais que relativement à notre organisation sensorielle. C'est ce coefficient, ee facteur commun dont il faut avoir, par un travail préalable, acquis la connaissance, et qu'il importe de ne jamais négliger, tant qu'on ne se sera pas décidé à le réduire à sa juste valeur, dans un langage radicalement réformé et adapté au progrès de la science. La même remarque s'applique aux autres sensations. La lumière elle-mên^e se réduit à une question de plus ou de moins : robscurité absolue est inconnue* La face même de la Terre, opposée au Soleil, l'hémisphère couvert de son ombre, produisant les ténèbres de la nuit, émet de la lumière. Nos yeux sont des organes si imparfaits, que l'intelligence, qui elle-même est loin d'être parfaite, doit à chaque instant intervenir pour les rectifier. C'est ainsi qu'en passant rapidement d'une lumière éclatante à une lumière plus faible, celle-^ci peut complètement échapper à la vue, bien

que, à côté d'une autre, plus faible encore, elle soit parfaitement sensible, etc .

Toutes ces corrections s'imposent en quelque sorte d'elles-mêmes par suite de l'emploi judicieux de la méthode expérimentale, à laquelle finirent, après quelques hésitations, par se rallier tous les philosophes physiciens de l'école d'Aristote. Le nom même d'Aristote, avec toute son autorité, disparut du programme de la science moderne.

Les choses se sont passées tout autrement dans le camp des philosophes métaphysiciens. Ceux-ci ont eu beau s'agiter ou se débattre, il leur a été jusqu'à présent impossible de franchir le cercle d'idées, tracé par les anciens. On ne citera peut-être pas un seul système philosophique dont les Grecs n'aient fourni le canevas ou l'idée première.

Nous venons de montrer comment l'homme, en rapport avec le miheu physique, a été conduit à tenir compte de son organisation rectifiable (sens et intelligence réunis), de ce facteur commun de toutes nos observations. C'était là le savoir qu'il fallait acquérir pour apprécier à leur véritable valeur les termes contraires» base des comparaisons ou des jugements, dont la science s'était nourrie depuis Aris-* tote.

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Progrès i périodes indéterminables {ordre moral). — Depuis que la science, appuyée sur la méthode expérimentale, suit une marche indéniablement progressive, la séparation entre l'ordre physique et Tordre moral est devenue de plus en plus profonde.

Les hommes, en rapport avec le milieu moral, composé de leurs sentiments et de leurs passions, continuent, sans avancer d'un pas, à disserter sur le bien et le mal, sur le juste et Tinjuste, parce qu'il leur manque encore ce savoir nécessaire pour leur dessiller les yeux, ce savoir propre à leur faire comprendre que le bien et le mal, le juste et l'injuste, ne sont point, pas plus que le chaud et le froid, des contraires qui doivent s'annihiler, mais que ce ne sont que des gradations de l'échelle qui mesure la quantité de travail rectificateur, exécuté par la volonté humaine en possession d'elle-même. Si cette quantité est nulle, il arrivera de deux choses l'une : ou vous aurez devant vous de véritables animaux, et alors la distinction du bien et du mal, du juste et de l'injuste, n'impliquant aucune responsabilité, n'a plus de sens ; ou vous aurez affaire à des êtres humains, chez lesquels la raison et la conscience, dévoyées comme facultés ascendantes, ne servent qu'au raffinement

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des instincts delà brute, et alors vous aurez devant vous une humanité qui occupe le plus bas degré de l'echeUe des espèces perfectibles. Ce n'est pas là tout à fait notre humanité; car tous les hommes ne cachent pas, sous un vernis de civilisation, les instincts de Tanimalité; mais elle ne s'en éloigne pas beaucoup.

Notre humanité est intermédiaire entre le zéro et le maximum de perfection, plus rapprochée de la première que de la dernière limite. Nous appartenons à cette classe d'êtres pensants, qui sont caractérisés par le désir d'être libre et hetireux^ et par C impuissance dy conformer les actes. Rien n'est plus facile à démontrer.

Chacun de nous aime ce qui est vrai et juste. Nos facultés ascendantes, la raison et la conscience, nous inspirent à tous l'amour de la vérité et de la justice. Si cet amour était toujours traduit en actes, la liberté et le bonheur régneraient partout. Mais il n'en est point ainsi. L'amour de la vérité et de la justice ne se manifeste le plus souvent qu'en belles paroles. Ces paroles sont sincères ou elles ne le sont pas. Si elles sont sincères, elles expriment de bonnes intentions. Mais si notre milieu moral n'a pas été préalablement corrigé, que deviendront les meilleures intentions? En

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traversant uotre milieu de sentiments incorrects elles dévieront de la ligne droite, et, traduites en actes, elles viendront frapper à côté du but que leur avaient indiqué les mouvements de la raison et de la conscience, ces rayons de la lumière interne. C'est ce qui a fait dire que notre monde est pavé de bonnes intentions, mais que ce sont les actes qui manquent. Voilà comment l'impuissance répond au désir de bien faire.

Si les paroles ne sont pas sincères, elles n'auront servi que de masque à de mauvaises intentions, n'épiant que l'occasion de se traduire en actes. Il ne saurait y avoir de plus grand crime que celui-là : d'abord, parce que c'est fouler aux pieds la raison et la conscience, en les faisant servir à des desseins entièrement opposés à leur but originel, à leur marche ascendante; puis, parce que c'est faire un impardonnable usage de la plus belle de nos prérogatives, de la faculté que nous avons de penser sans qu'aucun de nos interlocuteurs puisse lire au fond de notre âme, ce qui ne veut point dire que d'autres êtres , étrangers ou supérieurs à l'espèce humaine , ne le puissent faire. Le crime que nous venons de signaler est le vrai <c péché contre le Saint-Esprit, péché qui ne sera remis ni dans ce monde-ci, ni dans l'autre. »

Mais ne sortons pas des limites du pouvoir humain. Qu'importe au fond que les intentions soient bonnes ou mauvaises, sincères ou non, si elles aboutissent toutes au même résultai? Quelle garantie d'ailleurs avons-nous de la sincérité d'un accusé qui se défend d'avoir eu l'intention de faire le mal, lorsqu'on lui montre ses actes en contradiction avec ses paroles?

Instinctivement une mauvaise action nous ré« volte; nous en détestons jusqu'au simulacfe môme. Celui qui du haut de la tribune ou sur U scène d'un théâtre ferait l'apologie du vice serait certainement sifflé du public. C'est un sentiment irrésistible que celui qui nous pousse tous à nous sauver en quelque sorte malgré nous. Les ambitieux qui exploitent ce sentiment par un étalage de vertus qu'ils sont loin de pratiquer, ou qui, pour mieux arriver à leurs fins, trompent tout le monde par de belles professions de foi, ces ambitieux sont les plus indignes des mortels. Pour ceux-là le pouvoir ne sera jamais, cequ'ildevrait être, un moyen d'amélioration ; ce ne sera qu'un but de domination, d'assouvissement de passions immodérées. Une société qui renferme beaucoup de ces malfaiteurs est fatalement condamnée à de stériles et sanglantes révolutions périodiques. S'ils pouvaient

être isolés, on en aurait facilement raison; mais autour d*eux viennent se grouper tous les frelons, satellites du pouvoir, et c'est là qu'est le danger. A chaque secousse, les citoyens, endormis dans une trompeuse sécurité, se réveillent en sursaut; ils commencent par briser l'idole qu'ils avaient eu le tort de prendre au sérieux; puis ils s'emportent les uns contre les autres, se reprochant des vices qui sont leur commun partage, et ils finissent sou* vent par confier de nouveau le pouvoir à des jongleurs de la même espèce : écoliers incorrigibles qui, au lieu de demander chacun son salut^ à soimême, s'adressent ailleurs, se laissent éblouir par des noms propres, séduire par de brillantes promesses, enfin qui, dupés pard'autres^sedupentencoreentreeux. Et ces duperies perpétuelles ne se font pas seulement d'individu à individu; de citoyen à citoyen, mais de parti à parti , de nation à nation , sous la conduite d'habiles chefs de bande.

On a souvent posé la question de savoir si les gouvernants, dans leurs rapports avec les gouvernés, doivent suivre les maximes de la morale, ou s'ils doivent régler leur conduite d'après les principes d'un art particulier, de tout temps pi'atiqué : Fart de dissimuler. Cela seul dit tout. La question ainsi

posée implique la condamnation formelle de tous les procédés de politique suivis jusqu'à ce jour. Est-ce qu'on aurait dû jamais se demander si la morale ne doit pas être la même pour tous? Si, pour ne pas compromettre ses intérêts, un chef politique ne dit pas tout ce qu'il sait ou s'il dit le contraire de ce qu'il pense, enfin si les hommes se trompent les uns et les autres, c'est évidemment la faute des hommes; mais ce n'est pas à coup sûr la faute de la morale.

En résumé, les hommes ajment le bien et détestent le mal; mais seulement en paroles, théoriquement. La contradiction entre les actes et les paroles se retrouve partout. Voyez plutôt. Us ne cessent d'en appeler au bon sens, à la logique (la raison extemée)^ ils sont eux-mêmes fiers de ces appels; mais qu'ils sont rares les actes qui portent l'empreinte de la logique et du bon sens! — Tous veulent être respectés; mais personne ne fait rien pour Tôtre. — Chacun est très-indulgent pour soi-même; mais impitoyable pour les autres. — Us parlent avec mépris de la soif de l'or ; mais c'est à qui s'en gorgera le plus. — La sottise et l'orgueU ne font qu'un, s'écrient-ils à l'envi. Mais combien y en a-t-il qui sont parvenus à s'en corriger? — Vertu, tu n'es qu'un mot ! s'exclament-ils avec une emphase iro-

nique, convaincus d'avance qu'elle ne sera pas de sitôt une réalité. — Combien y en a-t-il de ces habiles^ pour lesquels honnête homme est synonyme à^ imbécile? — Que de coquins qui font sonner bien haut les mots honneur et probité? — Que d'invoca* tions à l'Être suprême ou à la Providence, faites par des hommes qui montrent, dans leur conduite, qu'ils ne croient ni à Dieu ni au diable? — Que de bandits couronnés qui, avec le mot de gloire et d'autres paroles magiques, tout aussi vides de sens, ont transformé des légions humaines en chair à canon!

Ces affligeantes antinomies, dont la liste pourrait s'allonger indéfiniment, composent le bilan de notre espèce, le fond de notre histoire. Elles ont été relevées partons les moralistes. Que de belles maiimes mises en avant par ceux-là mêmes qui étaient loin de prêcher d'exemple ! Le roi David, dont les psaumes sont si sublimes, le roi Salomon, qui a laissé de si sages préceptes, n'étaient, ni l'un ni l'autre, des modèles de sagesse. Les sages de la Grèce, dont les sentences ont passé en proverbes, étaient, pour la plupart, les tyrans de leurs cités. £st*ceà dire que tout le monde aurait suivi leurs préceptes^ s'ils les avaient eux-mêmes mis en pratique? Oh que noni

La vie de Jésus eu est la preuve la plus éclatante. Tout l'esprit de TÉvangile s'y reflète, elle est la morale même dans sa plus haute expression. Jésus, cet incomparable modèle de douceur et d'abnégation personnelle, qui, en préchant et pratiquant le pardon des injures, aurait dû ôter du cœur humain tout ferment de haine, de discorde, d'inimitié, fut mis en croix par ceux-là môme qu'il voulait sauver de la domination tyraonique des mauvais instincts, véritables griffes du démon, — en leur faisant entrevoir le bonheur d'une Âme tranquille, la jouissance éternelle de a la lumière de la vie » (fûç vf^q l^ùtvSc;), le véritable « royaume des cieux ^ »

La tranquillité de l'Âme, proposée comme but de la vie, formait déjà le principal enseignement de Socrate et de Platon, ainsi que de tous les philosophes qui, comme Ëpicure et Lucrèce, tout en proclamant la loi de la matière comme souveraine du monde, croyaient cependant au bonheur d'une conscience tranquille. Que de discours on a prononcés,

]• Le mot de royaume des cieux^ to ^aaiXiIov tûv cùpavûv, qui revient si souvent dans TÉvangile et sur lequel on a tant discuté, est d'une parfiiite Justesse. Aucune société humaine n'est possible sur la Terre comme au ciel (sur d'autres planètes) sans la morale, celte gravitation universelle, dont nous sentons les effets attractifs au fond de notre conscience. <

que de volumes on a écrits sur la nécessité de suivre les préceptes de la morale !

Pour donner plus d'autorité à leurs lois et à leurs dogmes, les législateurs et les fondateurs de religions ont tous cherché, les uns à s'identifier avec la Divinité, les autres à se donner comme les interprètes de la volonté des dieux ou de l'Être suprême. En quoi ils se sont trompés. Car de leurs prétentions à l'autorité suprême sont nées d'interminables disputes, dans lesquelles chaque religion se donne comme seule en possession de la vérité. Les dieux mêmes, tous créés à l'image de l'homme, prenaient part à ces luttes de suprématie. Le Jéhovah de Moïse est un Dieu de colère et de vengeance, un Dieu exclusif et formaliste, qui n'a rien de commun avec le Dieu du Christ.

Mais si la division règne dans les rites et les dogmes des différentes religions, celles-ci sont toutes d'accord pour les fondements de la morale. Les lois de Bouddha, de Laotsé, de Confucius, consacrent, en termes presque identiques avec le texte de Moïse, les droits delà personne, de la famille, de la propriété. Toutes interdisent, sous les peines les plus sévères, le meurtre, le vol, le mensonge, le faux témoignage, etc., en même temps qu'elles prescrivent l'amour filial, le

secours mutuel, la solidarité; enfin tout ce qui est propre à entretenir Tunion et à prévenir la discorde, également nuisible aux intérêts de la famille et à ceux de la société*

De ce que le fond moral des religions est le même, tandis qu'elles se divisent toutes en ce qui concerne les formes, les rites, les dogmes, variables suivant les conditions de races, de mœurs, de pays, de climats, etc., les hommes n'auraient-ils pas dû depuis longtemps tirer de là un haut enseignement? Mais ils se sont bien gardés de le faire. A cet enseignement, qui aurait montré à chacun la nécessité de se réformer, de corriger sans retard les mauvais instincts qui font notre commun malheur, ils ont préféré le fétichisme, les formules de prières, les cérémonies du culte, les pratiques extérieures d'adoration, la croyance aux dogmes. Pourquoi? Parce que tout cela est infiniment plus facile que de se vaincre soi-même. Il est plus difficile aux hommes de corriger leurs vices que de dompter des bêtes féroces. A tous ceux qui l'ont essayé, on a fait cruellement expier leurs généreuses tentatives. Les domptent^ de bêtes féroces ont eu moins à craindre que ceux quiavaiententreprisdedompter lemal. Sivousen doutez, lisez l'histoire. Rappelons-en quelques traits.

su VOULOIR ET PAIRE.

Témoin des troubles sanglants qui désolaient sa patrie, Socrate, dont tout renseignement visait Tamé* lioration de Thomme, fut accusé d'impiété pour avoir voulu changer le culte traditionnel d'Athènes. On vit là réapparaître ce même fanatisme religieux dont Eschyle, Anaxagore, Euripide, Diagoras et d'autres avaient déjà éprouvé les redoutables effets. Socrate ne croyait pas aux divinités deTËtat, voilà son crime aux yeux de ses concitoyens. Cependant il n'avait jamais ouvertement attaqué les dieux de la Grèce; mais son silence et sa réserve même passaient pouf une adhésion au renversement de la religion établie. Ce prétexte suffisait aux pharisiens d'Athènes, aux* quels Socrate n'avait cessé de prêcher la réforme per« sonnelle. Le Dieu, dont il voyait partout la trace manifeste, plus encore dans le cœur humain que dans l'Univers, ce n'était sans doute ni Jupiter, ni Minerve. C'était le Dieu de la conscience. Refusant tous les moyens que lui offraient ses disciples pour se soustraire à la mort, Socrate se défendit, non point comme un accusé qui cherche à sauver sa vie, mais comme le juge de ses propres juges, ce Dans toute espèce de danger, il y a, s'écria-t-il, mille expédients pour sauver sa vie, quand on a l'audace de tout faire et de tout dire ; ce n'est pas la mort qu'il

PROORÈâ A PÉRIODES INDÉtERMlNA^LËS. 2i5

est difficile d'éditer, c'est le crime : le crime court plus vite que la mort... Si vous croyez qu'en faisant disparaître ceux qui vous déplaisent, vous empêcherez qu'on tous reproche votre conduite, vous êtes dans Terreur, v Les dernières paroles que la noble victime adressa à la minorité de ses juges sont comme une manifestation suprême de Tàme. « De deux choses Tune : ou la mort est une destruction absolue, ou elle est le passage de l'àme dans un autre lieu. Si tout doit s'anéantir, la mort sera comme une de ces rares nuits que nous passons sans rêve et sans aucune conscience de nous-même. Nuit heureuse et étemelle I... Mais si la mort n'est qu'un changement de séjour, si elle n'est que l'arrivée dans un lieu où tous les hommes doivent se retrouver, quel bonheur d'y rencontrer ceux qu'on a aimés !••• Mon plus grand plaisir sei^ait d'examiner de près les habitants de ce séjour et d'y distinguer, mieux qu'ici, ceux qui sont réellement sages de ceux qui croient l'être et ne le sont pas... Mais il est temps de nous quitter, moi pour mourir^ vous pour vivre. i» Socrate but avec le plus grand calme le poison que le bourreau lui avait préparé K

. 1 . Au moqifnt d*expirtr, Soefato rMotnintnda à Criton de sa-» eriûer uq coq à Esculap«. C'était réaumer, loiu uoa foriue pepu-

•ilO VOULOIR ET FAIRE.

Une chose qui déplaisait souverainement aux Athéniens, comme du reste aux hommes de tous les temps et de tous les pays , c'était de voir quelqu'un mettre la morale au-dessus du culte. Les lois, qui ne varient ni selon les temps ni selon les lieux, ni selon Tesprit des législateurs, les lois immuables, étemelles, fondement de toute justice, avaient pour Socrate quelque chose de divin, de supérieur à Thomme; elles lui semblaient en rapport direct avec c( le Dieu de la conscience. » A une époque où régnait encore l'esclavage , ce grand esprit eut la généreuse audace de proclamer la dignité du travail. «Qui donc, demandait-il, appelez-vous sages : sont-ce les paresseux ou les travailleurs, les hommes occupés de choses utiles? Quels sont les plus justes et les plus raisonnables, de ceux qui travaillent ou de ceux qui songent, les bras croisés, aux moyens de vivre? » — A Tobjection qu'on lui fit que les citoyens libres ne doivent pas travailler comme les esclaves, il répondit : — « Eh quoi ! parce que les citoyens sont libres, pensez-vous qu'ils doivent faire autre chose

laire, la pensée fondamentale de son enseignement, à savoir que la vie est une maladie dont la mort est la délivrance. Le corps est disait-il, la prison de l'âme ; la mort l'en fait sortir, pour la rendre à la liberté, à la santé, à la véritable vie.

que manger et dormir ?» — Socrale proclama aussi le premier régalité morale des deux sexes, en marquant à la femme, à l'épouse, à la mère, sa vraie place au foyer domestique, où elle doit être, non la servante, mais la compagne de Thomme.

C'était là un enseignement bien extraordinaire, bien nouveau. Aussi l'intrépide novateur s'attira-t-il d'inextinguibles haines dans la classe des privilégiés, fanatiquement attachés à l'autorité et aux coutumes traditionnelles. Les pharisiens d'Athènes, contre lesquels cet enseignement était principalement dirigé, se hâtèrent de se débarrasser de celui qui leur disait de si grandes vérités. Le Christ eut le sort de Socrate, parce qu'il proclama le même enseignement, mais beaucoup plus développé et singulièrement agrandi.

En Palestine, comme en Grèce, la religion avait été réduite par la caste sacerdotale à un fanatisme étroit, intolérant et stérile, quand apparut le Précurseur. C'est contre ces «agneaux au dehors et loups au dedans d qui, en se frappant la poitrine, priaient à tous les coins des rues, que s'éleva d'abord Jean- Baptfste. « Engeance de vipères, disait-il aux pharisiens, qui vous a montré de fuir la colère suspendue sur vos têtes ? Donnez des fruits dignes du repentir. . . Déjà la cognée est appliquée à la racine des arbres :

tout arbre qui ne donne pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu. d Et comme la multitude lui demandait : « Que devons-nous faire ? » Il répondit : « Que celui qui a deux babils en donne un à celui qui n'en a point, et que celui qui a des aliments en fasse autant. i> Aux publicains il disait : « N'eiigez rien au delà de votre droit. » Aux gens de guerre : « Ne faites de mal à personne et contentez-vous de votre solde, n Aux envoyés des pharisiens, qui lui demandaient sil était le Messie, il répondit : « Je suis la voix de Celui qui crie dans le désert : Préparez la voie du Seigneur... 11 est déjà au milieu de vous, et vous ne le connaissez point. »

Les prédications de Jean-Baptiste, qui fut décapité dans sa* prison par ordre d'un despote débauché, pour complaire à une courtisane, faisaient pressentir que la mission du Christ serait la réaction la plus éloquente entre le phariséîsme et la fausse dévotion.

Gomme Timmense majorité de ceux qui se disent chrétiens continuent de montrer par leurs actes combien ils sont en contradiction avec l'enseignement du Christ, nous allons essayer, par des citations précises, à remettre en lumière l'esprit de l'Évangile, aujourd'hui^ après dix-huit siècles écou-

lés, plus que jamais obscurci par des passions haineuses ou aveugles.

Si les quatre évangélistes varient entre eux sur quelques détails accessoires, ils sont unanimes sur les points fondamentaux de la doclrioedu maître ^ Commençons par saint Matthieu. Les pharisiens et les lévites étaient fort scandalisés de voir Jésus se mêler aux publicains, classe alors bien méprisée, surtout des dévots. <( Pourquoi, deman-* daientpiis à ses disciples, pourquoi votre maître mange-t*il avec les publicains et les pécheurs ? » Jésus rayant entendu, apostropha ainsi ces hy*

1. On a souvent Bigiialé un défaut de concordance dans le rele?6 des détails historiques de lar vie do Jésus ou dans la narration de ses miracles. Mais ce défaut même prouve que les détails dont il ft*agit ne sont pas de Tessenoe de la religion. Bien plus, Tinstitution des sacrements du baptême et de l'eucharistie, que tous les chrétiens, catholiques ou protestants, regardent cependant comme des dogmes fondamentaux « ne repose point sur Taccord unanime de tous les évangélistes. Ainsi, l'institution du baptême n'est formellement indiquée que dans S. Matthieu (XXIII, 1 9). S. Luc et S. Jean n*en parlent point, et S. Marc se borne À quelques mots (XYI, 16)* Quant à l'institution de l'eucharistie^ elle n'est mentionnée aussi que dans les évangiles de S. Matthieu et de S. Marc. S. Luc est ici très-incomplet, et S. Jean, le disciple chéri de JésuSf n'en dit pas un mot. Mais il en est tout autrement, quand il s'agit de tracer aux hommes leur ligne de conduite, ce qui est l'essence de Renseignement du Christ, Vesprit de l'évangile : c'est là-dessus que règne la plus parfaite concordance. 11 sera facile de le démontrer*

pocrites : « Je veux la miséricorde et non le cérémonial du sacrifice ^ » En d'autres termes, Jésus voulait des actes^ et non pas des simagrées, comme il le dit plus loin : a La sagesse se justifie par ses enfants^. » — Le magnifique sermon de la Montagne, contenu dans saint Matthieu (chap. V-VII), se retrouve, pour le fond, dans les trois autres évangélistes. Tous sont d'accord sur les devoirs qu'impose le sens de ces passages : a Si votre justice n'est pas meilleure que celle des scribes et des pharisiens, vous ne ferez point partie du royaume des cieux... Vous avez entendu dire qu'il faut aimer son prochain et haïr son ennemi ; mais moi je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, priez pour ceux qui vous offensent et vous persécutent; c'est ainsi que vous serez les fils du Père céleste, qui fait luire son Soleil sur les bons et sur les méchants, et pleuvoir sur les justes et les injustes... Tout ce que vous voulez que les hommes vous fassent, faites-leleur aussi... Ceux qui font de longues prières et qui s'écrient : « Seigneur, Seigneur! » n'entreront

K s. Nalthieu, IX, 9.

2. /6<(/., IX^ 19 : &^ix«ic^6d iq ao^a àirô tmv rucvcav «uni;.

PROGRÈS A PÉRIODES INDÉTERMINABLES. 22i

pas tous dans le royaume des cieux ; il u'y entrera que ceux qui ont fait la volonté du Père... Celui qui entend mes paroles et les exécute, je le compare à rhomme qui a con&truit sa maison sur le roc. Mais celui qui les entend et ne les exécute pas ressemble à rinsensé qui a bâti sa maison sur le sable. » — C'est dans ce même sermon de la Montagne que se trouve aussi la prière [Oraison domitiicale) que le Christ avait enseignée à ses disciples.

Plus complet que les autres évangélistes pour les récits des miracles et des paraboles du Christ , saint Marc s'accorde parfaitement avec eux en ce qui concerne l'essence de la doctrine. Il fait très^bien ressortir combien la nouvelle religion diffère de la religion des juifs qui tenaient surtout aux pratiques extérieures du culte. Ainsi, les juifs ayant reproché aux apôtres de prendre leurs repas avec des mains non lavées, Jésus leur dit : a C'est avec raison qu'Isaïe a dit de vous, 6 hypocrites : ce peuple m'honore des lèvres, mais leur cœur est bien loin de moi ; c'est en vain qu'ils m'honorent en publiant des préceptes et des ordonnances; car, laissant là le commandement de Dieu, vous observez avec soin la tradition des hommes, lavant les pots, les coupes et faisant beaucoup d'autres choses semblables... »

-m VOULOIR BT FAIRE.

Puis, se résumant, Jésus déclare que ce qui souille rhomme ce sont les mauvaises pensées, se traduisant pas de mauvaises actions'. Le vrai sel purifl* cateur c*est la paix que les hommes doivent garder entre eux'. — Les pharisiens avaient été chargés par Hérode et le sanhédrin (collège des prêtres) d'embarrasser Jésus par des questions insidieuses. « Nous :^^vons, maître, lui dit Tun d'eux, que vous êtes \iVidique« car vous ne regardes pas la qualité des personnes. Faut-il ou ne faut-il pas payer tribut à César? — Pourquoi me tentex-vous ? Apportez-moi un denier, que je le voie... De qui est cette image et celte inscription? — De César. — RendcE-donc ,^ Ci\<ar ce qui est à César et à Dieu ce qui est ;\ Dieu'. » Il est impossible de trancher, en termes plus explicites, une question encore pendante aujourd'hui, la séparation du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel, de l'Église et de l'État, «i Gardex-vous, dit encore Jésus, gardez-vous des scribes qui aiment à se promener vêtus de longues robes, à (Mn^ Siilués sur les places publiques, à occuper les pivmiers sièges dans les synagogues et les premières

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