MÉTHODE ET THÉORIE DE DELAGE
première soit, de ce chef, définitivement démontrée. Un sérieux écueil, en effet, pour l'interprétation, non seulement de la méthode de Decace, mais aussi de celle de Lors, c'est que les réactifs employés n'exercent l'action qu'on leur attribue que quand les œufs en ont été retirés et placés dans de l’eau de mer pure ; dans ces conditions on est en droit de se demander si l'effet observé est vraiment le résultat d’une réaction, et si les agents chimiques ne se bornent pas à € préparer ou rendre possibles des processus qui s’accomplissent ensuite d'eux-mêmes dans l'eau de mer. En d’autres termes, ils rendent l’œuf autoparthénogénétique » (Derace, 1908, p. 488).
S'il nous est permis d'émettre un avis personnel dans ce débat, nous dirons qu'à notre sens, celte dernière phrase de Derace renferme peut-être une grande part de vérité. On a déjà reproché à Lors l'expression de fécondation chimique qu'il emploie volontiers en parlant des développements qu'il provoque par sa méthode et l'on a dit qu'il serait plus exact d'y substituer le terme, plus vague, de parthénogénèse mise en marche par des agents chimiques. IL est possible, en effet, que même par les méthodes les plus « chimiques », le fait essentiel soit tout simplement un changement dans la perméabilité des membranes ou de la couche corticale de l’œuf. Celui-ci, inerte jusqu alors, et physiologiquement emprisonné, se trouve sue bitement placé dans des rapports nouveaux et convenables avec le milieu ambiant ; s’il parvient à se débarrasser ainsi de ses déchets et à absorber ce qui lui manque, rien ne s'oppose à admettre qu'il ne devienne capable de se développer. C’est là, d’ailleurs, le noyau de l'hypothèse par laquelle R.-S. Lucie explique la parthénogénèse artificielle et il l’a étayée sur des expériences qui, pour ne pas
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être tout à fait concluantes, n'en sont pas moins curieuses. C'est ainsi que l'on peut, en augmentant fortement la perméabilité de l'œuf vierge, en voir sortir des substances qu'il contenait, notamment du pigment ; c’est ainsi encore qu'on peut remplacer impunément la solution hypertonique, dans la méthode de Lors, par un anesthésique, dont l’action est très différente, etc.
Il est inutile de prolonger cette discussion, qui tendait seulement à montrer que, si la conclusion théorique ne ressort pas éclatante des faits observés, c'est que ceux-ci ne parlent pas encore assez clairement : le champ des recherches objectives reste largement ouvert.
Nous venons de voir que la théorie de Læs est chi-mique, que celle de 'DeraGe est physique ; les idées que BarAILLOX à émises sur le mécanisme de l'activation de l'œuf, et dont l’ensemble forme également une théorie bien cohérente, sont plutôt d'ordre physiologique, et on ne saurait le blâmer de cette prudence.
Nous avons déjà indiqué au début, de ce a comment BaraizLox explique l’état d'inertie de l'œuf mûr ; on - ne peut nier que les connaissances acquises sur ce point spécial n'aient été, pour la suite de ses recherches, d'une aide fort précieuse.
Presque tous les travaux de Baraïzcon ont eu les Amphibiens pour objet, quelques-uns seulement, les Poissons. Or, dans les réactions de ces œufs, certains détails se présentent avec une netteté admirable, s’observent avec une extrême facilité et sont par cela même plus accessibles à l’'expérimentation que dans l'œuf des Echinodermes ; nous citerons, notamment, la rétraction de l'œuf au moment de la fécondation, l'expulsion d’un liquide périvitellin grâce