‹ L'uf et les facteurs de l'ontogénèseChapitre 57 sur 141 · SUBSTRATUM DE L'HÉRÉDITÉ · texte numérisé non relu

SUBSTRATUM DE L'HÉRÉDITÉ

ments histologiquement structurés qui en dérivent, qu'ils soient du deutoplasme, de la substance musculaire ou tout autre chose ; PRENANT qui, antérieurement, rangeait l'ergastoplasme et les mitochondries dans ce qu'il avait appelé le proloplasme supérieur, conclut, en 1910, qu'elles font partie d'un protoplasme « plutôt inférieur ».

Nous ‘terminerons cette digression en répétant que l'hérédité, pour l'embryologiste, c’est l’ensemble de {outes les propriétés de l'œuf fécondé ; son substratum, c'est tout ce qui participe à leur réalisation : le deutoplasme « banal » ÿ joue un rôle qui est loin d’être négligeable et il doit, lui aussi, être considéré comme un des rouages du mécanisme de l’hérédité.

Cette conception des choses est forcément plus vague que les théories basées sur l'existence d’un support matériel spécifique, mais elle nous paraît beaucoup plus profitable pour l'avenir de la science !. Elle a le grand avantage de ne pas supprimer, en lui donnant une soluion artificielle et invérifiable, un problème parfaitement accessible à la recherche analytique : elle a, en outre, le mérite non moins précieux d'indiquer la voie dans laquelle cette recherche semble devoir aboutir. Que de

1 Aussi n'est-ce pas sans un certain étonnement qu'on lit dans un long trasail où DussserG a fort bien résumé les innombrables recherches publiées dans ces dernières années sur les mitochondries, qu’une semblable façon de comprendre le mécanisme de l'hérédité est Lout à fait infructueuse ! DuesserG paraît être de ceux qui pensent que l'hérédité ne peut être étudiée utilement qu’à la condition de la colorer au préalable par l’hématoxyline ou par le krystall violet, Quel que soit le charme des préparations histologiques bien réussies, si l'observateur veut les utiliser en vue de la solution de problèmes généraux, il doit consentir à en détacher ses regards pour m'eux concentrer sa pensée.

temps perdu et que de labeur et d'intelligence inutilement dépensés dans ce splendide domaine de l’hérédité, du fait de questions mal posées et de l'atmosphère de mystère dont a été enveloppé le mot lui-même !

V. Manifestations dynamiques de la fécondation. — Rappelons que nous groupons sous cette dénomination l’ensemble des changements grâce auxquels le système, statique qu'est l'œuf mür, fait progressivement place au système dynamique qu'est l'œuf fécondé; ce qui peut s'exprimer aussi en disant que c'est la réaction tolale de l'œuf à l'excitation fonctionnelle produite sur [ui par la pénétration d’un spermatozoïde.

Cette définition indique assez par elle-même que plusieurs des phénomènes déja étudiés antérieurement rentrent dans le cadre des manifestations dynamiques : achèvement des mitoses de maturation, rétraction de

l'œuf, expulsion du liquide périvitellin, transformation du

cytoplasme qui acquiert la propriété de s’irradier en une énergide autour d'un centrosome, ou même d'un autre élément figuré.

Nous connaissons la signification de ces processus; c'est par eux que l'œuf sort de son état de semi-asphyxie, qu'il règle sa tension osmotique, qu'il libère les déchets de son métabolisme antérieur en se mettant en rapport plus intime avec son milieu extérieur, qu'il se préserve enfin de la polyspermie.

Mais il est une autre manifestation dynamique que la fécondation provoque et dont l'importance est primordiale ; c'est un remaniement complet dans la répartition des substances et dans la localisation des énergies contenues dans l'œuf : il nous occupera tout spécialement ici.

Nous avons déjà vu que la réaction de l'œuf vis-à-vis

dep NÉ ÈS t

de l'agent fécondant, n’est possible qu’à la condition ex« presse que la maturation cytoplasmique soit achevée, Or, on se rappelle qu'à ce moment la maturation nucléaire peut n'en être qu'à ses débuts ; aussi arrive-t-1l souvent que certaines des manifestations dynamiques que nous attribuons à la fécondation coïncident, chronologiquement, avec les dernières étapes de la réduction chromatique de l'œuf. Il y a alors un empiètement de la fin de la maturation sur les débuts de la fécondation ; les deux processus chevauchent et il est parfois difficile de discerner la part prise par l'œuf dans les dernières manifestations de son énergie, et celle qui revient à l’action spécifique et exclusive du spermatozoïde.

C'est pour celte raison que plusieurs auteurs (Enw.- B. Wicsox, Coxkzix, Driesca, Boveri, etc.), considèrent comme relevant de la maturation, des actes que, personnellement, nous rangeons dans les manifestations dynamiques de Ja fécondation.

En réalité, chaque cas doit être examiné en particulier. Il ya, s'il est permis de s'exprimer ainsi, des œufs qui doivent être plus fortement fécondés que d’autres, et l’idée qu’évoque cette phrase fait immédiatement comprendre qu'il peut ÿy en avoir qui n’ont plus besoin de l’être du tout : ces œufs se développent alors par parthénogénèse naturelle.

Il est donc nécessaire, pour que notre interprétation des faits se dégage clairement, que nous choisissions pour l'étude analytique des manifestations dynamiques, un cas où elles s'offrent à l'observation dans toute leur ampleur. Mais auparavant, il ne sera pas inutile de bien fixer les données du problème ; l'exposé en deviendra plus facile et plus aisément intelligible.

L'œuf fécondé n'est pas une masse de protoplasme et de deutoplasme mélangés de façon quelconque et soumis seulement à l'action de la pesanteur. À l'examen purement descriptif on y distingue déjà des régions ou territoires, dont les potentialités effectives ne sont pas identiques, tout en étant étroitement coordonnées ; il a, pour employer l'expression d'En.-B. Wirsoy, des localisalions germinales. Le développement, qui consiste essentiellement dans le déroulement harmonieux des propriétés ontogénétiquesde ces territoires, est donc une évolulion, ce terme étant entendu, naturellement, dans son acception moderne !. On peut dire aussi que l'œuf, envisagé de ce point de vue, est une mosaïque de potentialités qui ont leur siège et leur substratum dans les localisations germinales.

Au début de son développement, l'œuf, en se segmentant, se divise en cellules (blastomères) de plus en plus nombreuses et plus petites. Tant qu'il ne se produit aucun

déplacement notable des blastomères formés, on doit con-

sidérer la segmentation comme équivalant à un simple découpage, et chaque blastomère, en vertu des localisations germinales de l'œuf, a sa destinée fixée par sa composition propre. L'expérience prouve même, et nous aurons à revenir sur ce point, que ce découpage de l'œuf peut se faire tout autrement que ne l'exigent les lois normales de la segmentation, sans que le résullat final du développement en soit altéré.

L'étude exclusivement descriptive a donc ce résultat essentiel qu'elle permet de tracer ce que l’on appelle le lignage cellulaire ?, c'est-à-dire de faire remonter jusqu'à

! Voir sur les acceplions anciennes et modernes de l’évolution et de l’épigénèse, l’allgemeine Physiologie d'O. Herrwic.

? Nous traduisons ainsi le terme anglais : cell lineage, employé par

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