L'ŒUF
Au moment d’aborder notre sujet, il y aurait quelque intérêt, pensons-nous, à mettre le lecteur au courant des tendances générales de ce livre et des points de vue sous lesquels ont été envisagées les questions dont il traite.
C'est tout un chapitre dé l’Embryologie que nous exposons ici, et 1l convient, par conséquent, d'indiquer brièvement ce quest cette discipline, la place qu'elle occupe dans les sciences biologiques, la façon dont, à
l'heure présente, elle examine les problèmes qu'elle doit 2 résoudre et les méthodes qu'elle met en œuvre pour arri- : ver à ses fins.
Son but essentiel étant de connaître l'origine actuelle des êtres vivants, l Embryologie détermine comment, et ; aux dépens de quoi, le corps d'un organisme adulte - s'édifie dans sa forme, dans sa composition et dans ses structures fonctionnelles. Elle a donc à résoudre l'une des
l INTRODUCTION
énigmes les plus troublantes de la Biologie générale, car le pouvoir de constituer un antmal aux dépens d'un germe presque amorphe en apparence est peut-être, de toutes les propriétés de la matière vivante, la plus complexe et la plus mystérieuse.
Pourtant, pendant de longues années, cet objet propre de l'Embryologie n'a que fort peu, ou fort mal, sollicité l'attention des chercheurs.
Jusqu'il y a vingt-cinq ans environ — et pour beaucoup
de savants il en est encore ainsi aujourd’hui — l’étude du développement embryonnaire n'était qu'une méthode, un instrument de travail. On la faisait moins pour ellemême qu'en vue d'expliquer des problèmes posés en dehors d'elle; elle était, en un mot, une technique à l'usage d’autres sciences.
Les morphologistes voyaient et voient encore, dans l'Embryologie, un précieux moyen d'analyse anatomique.
En suivant pas à pas le développement embryonnaire
d’un organe complexe, on arrive aisément à le dissocier en ses composants élémentaires et à assigner à chacun d'eux
la part respective qui lui revient dans la composition du
tout ; cette analyse terminée, il devient possible de com-
parer rationnellement cet organe avec d’autres, soit sem-
blables, soit différents à première vue, existant dans d’autres espèces animales, dans d’autres genres et même dans d’autres groupes. C'est ainsi que l’Anatomie com-
parée a pu établir, sur des bases stables, les notions si fé-
condes de l'Homologie et de l’Analogie, de l’Adaptation fonctionnelle, etc.
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On retrouve une tendance analogue dans les travaux extrêmement nombreux et souvent fort pénétrants dont ont fait l'objet, depuis plus de quarante ans, l'œuf et l'oogénèse, le spermatozoïde et la spermatogénèse, la fécondation, etc.
Le but principal de ces recherches était de fixer la place qu'occupent, dans les cadres de la théorie cellulaire, l'œuf ou le spermatozoïde aux divers stades de leur formation, et le germe qui résulte de leur union. C'est par eux que la Cytologie s’est enrichie d’acquisitions 1mportantes et instructives, alors que l'Embryologie proprement dite voyait surtout se multiplier, et souvent se préciser, les questions dont elle cherchait la solution.
Cette description des formes et des aspects, et leur interprétation morphologique sont, à ce point de vue, des plus utiles. Grâce aux techniques modernes, on a pu sai- ‘sir avec une merveilleuse netteté, une infinité de détails, de changements anatomiques ou structuraux, qui se rattachent les uns aux autres en une chaîne continue, et affectent véritablement les caractères d’une évolution.
Toutefois, il est manifeste que par là l'objet propre
. de l’'Embryologie n'est encore qu'effleuré : qu'est-il, en effet, sinon la recherche des causes immédiates du développement et des aspects sous lesquels il se manifeste ?
Or, pendant longtemps, les morphologistes purs ont malheureusement cru tout expliquer en invoquant de - simples raisons historiques. Le transformisme s'étant im- ; posé à tout le monde comme un fait scientifique, l’évolu- tion des produits sexuels et tout le développement em-