‹ L'œuf humainChapitre 1 sur 37 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Avant d'entrer dans le fond de notre sujet, nous tenons à exprimer, ici, notre gratitude à la Commission des publications du Jubilé, pour Taimable accueil qu'elle a bien voulu réserver au présent mémoire et pour la décision qu'elle a pris de l'insérer dans la série des publications qui verront le jour, à l'occasion du Jubilé 35o^^ de notre « Schola genevensis ».

Nous lui adressons également nos remerciements, pour nous avoir donné la possibilité d'illustrer largement notre travail de planches chromolithographiées et en noir, ainsi que de figures dans le texte. Ces illustrations contribueront beaucoup à donner de la clarté à nos explications, souvent d'un ordre très spécial.

Les Grands-Acacias, près Genève, le i^r mai 1909.

L'Auteur.

Introduction.

A façon mystérieuse dont Tœuf humain, une fois fécondé, accomplit au sein de la mère une évolution qui aura pour résultat final la production d'un être nouveau, vivant, sensible et intelligent, a eu le don d'intéresser vivement les penseurs de tous les temps, qu'ils fussent philosophes, naturalistes ou simplement médecins.

Et cela se comprend.

En présence de ce miracle, encore aujourd'hui incompréhensible en son essence, beaucoup d'hommes, saisis d'admiration, ont conclu trop hâtivement que ce serait un sacrilège que d'oser plonger un regard indiscret et scrutateur dans les arcanes de la nature ; et ils en ont inféré que, si la divinité a voilé ces choses à nos yeux, c'est pour interdire à l'orgueil humain de profaner les mystères sacrés.

lien a été ainsi jusqu'à une époque toute récente; mais, de nos jours, la science a marché : elle s'est affranchie

A.-C.-F. ETERNOD

des préjugés et des fantômes qui avaient le don d effrayer rhumanité, à la sortie de son berceau et dans son enfance. Les terreurs d'une vaine curiosité et d'une vaine spéculation ont fait place à la recherche scientifique méthodique, exacte, rigoureuse.

Et l'humanité n'y a rien perdu, à aucun point de vue : pas même poétique. Mais elle y a, par contre, beaucoup gagné, à beaucoup d'autres points de vue, utiles et bienfaisants. Car la vraie science est toujours utile et agréable. Utile dulci.

A notre époque, c'est par centaines que se comptent les recherches et les travaux sur ces problèmes ardus ; et chaque jour on en voit éclore de nouveaux, et non des moindres !

C'est là une des grandes questions scientifiques à Tordre du jour.

Nous avons eu nous-même l'occasion, dans ces dix dernières années, de donner plusieurs fois notre opinion sur ces matières difficiles : soit dans des exposés oraux, faits dans les réunions de diverses sociétés savantes (notamment de r « Association des anatomistes, » de la « Société helvétique des sciences naturelles, » de la « Société vaudoise des sciences naturelles, » de la « Société de physique et d'histoire naturelle de Genève », ainsi qu'au « Premier Congrès international fédératif d'anatomie » de igoS); soit dans plusieurs publications concrètes, donnant des résumés des dits exposés ; soit, encore, dans des mémoires plus étendus et plus détaillés.

Dans ces diverses circonstances, il ne nous a pas été possible, vu le peu de temps dont nous disposions chaque fois, de traiter la question en entier; et nous avons dû nous

borner à aborder tel ou tel point particulier de ces grands problèmes.

Nous nous réservions de donner, par la suite, un mémoire in extenso ; et c'est précisément ce que nous allons faire aujourd'hui. Mais, entre temps, d'autres chercheurs ont travaillé, et ils ont fait paraître coup sur coup, sur ces mêmes matières, un grand nombre d'écrits, dont les uns sont de longue haleine, et dont les autres constituent des monographies plus restreintes, ayant trait à l'Homme et aux autres Primates, ou même à d'autres organismes plus inférieurs.

Il en est donc résulté qu'une partie des faits, que nous avions constatés dans nos propres recherches, ont été aussi vus et décrits par d'autres spécialistes et sont aujourd'hui du domaine public. Ce n'est là qu'un bien médiocre inconvénient ; et nous sommes, les tout premiers, à nous •réjouir, en présence de progrès si importants, et si vite réalisés.

Qu'est la valeur restreinte d'une activité individuelle, vis-à-vis des efforts combinés d'un collectivité de savants? — Bien peu de chose, assurément.

Comment se pourrait-il, d'ailleurs, que des problèmes aussi multiples et aussi ardus fussent tous résolus par un seul homme? La somme de travail, qui serait nécessaire pour atteindre ce résultat, est fatalement au-dessus de ses forces ; et, d'autre part, il ne lui serait jamais possible, quelle que fût sa bonne volonté, de réunir, à lui seul, tous les matériaux indispensables, surtout en ce qui concerne l'Homme; ils sont bien trop rares et bien trop difficiles à se procurer !

Notre matériel d'étude.

Nous l'avons, avant tout, puisé dans les pièces de nos propres collections, et, en partie aussi, mais seulement autant que cela a été nécessaire, dans les publications anciennes ou récentes sur le sujet.

Nous avons fait une revision méthodique et soigneuse des œufs humains, que nous avons pu récolter depuis une trentaine d'années ; et nous les avons comparés entre eux et avec ceux, surtout dans des stades jeunes, qui sont épars dans la littérature.

Ce travail de comparaisons et de synthétisations méthodiques était assez délicat ; il nous a été beaucoup facilité, grâce au fait que, dès le début de nos recherches embryologiques, nous avons eu la précaution — contrairement à ce qui se faisait couramment jusqu'à une époque toute récente — de nous astreindre à microtomer, chaque fois, en séries d'épaisseurs déterminées, non seulement l'embryon isolé, mais tout l'œuf en entier, avec son contenu. Nous avions, cela va sans dire, préalablement noté les dimensions et les poids de ces pièces à Tétat frais; et nous avions fait, de chaque œuf, des croquis exacts et de nombreuses photographies stéréoscopiques. Cette façon de procéder pouvait, sans doute, au premier abord, sembler bien longue et bien fastidieuse; elle pouvait

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même paraître superflue : à la pratique, cependant, elle s'est révélée comme étant très utile et très fructueuse; et, aujourd'hui, en présence des résultats acquis, nous avons lieu de nous féliciter d'avoir agi de la sorte.

Tous ces procédés combinés nous ont permis de réunir, dans un Tableau synoptique d'ensemble et de reconstituer, dans des croquis exécutés à une échelle amplifiée uniforme, les divers œufs de notre série. Notre méthode graphique a consisté à reporter, d'une façon sommaire, sur le papier, les principales dimensions : notamment les divers diamètres, les épaisseurs relatives des couches mésodermiennes, villeuses et trophodermiennes. Nous ne nous sommes pas attaché, pédantesquement et au delà du nécessaire, à mesurer les moindres détails ; ceci, d'ailleurs, dans la pratique, serait devenu très rapidement fastidieux et irréalisable. Une fois les principaux points de repère exacts obtenus, nous avons achevé les dessins librement. C'est ainsi que la Planche synthétique N° I (p. 14, fig. i à I o et XII) a été obtenue. Tous les œufs y sont figurés à une amplification uniforme de quatre ou de cinq diamètres ; ce qui permet, à tous égards, une comparaison facile.

En regard de cette planche est joint un Tableau synthétique A (p. i5), destiné à renseigner le lecteur sur les pièces dessinées dans la planche synthétique.

Toutes les fois que nous l'avons jugé indispensable, nous avons contrôlé nos reconstitutions par une étude attentive : de nos notes prises sur le frais; de nos photographies stéréoscopiques ; de nos coupes en séries ; ainsi que de quelques modèles complémentaires, exécutés par la méthode des plaques de cire superposées. (Plattenmodellen, de Strasser et de Born.)

La plus grande partie des pièces dont nous disposons

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