QUATRIÈME PHASE
Placenta villeux diffus.
Nos TROIS Œufs (N" 6, Jeu., N° 7, Vuill. et iV°c?, Du. Ga.) appartiennent à ce groupe et forment une série bien graduée. Les expansions villeuses sont plus nombreuses que dans les stades précédents; elles sont aussi plus ramifiées.
l'œuf humain 5i
Y a-t-il eu intercalation de nouvelles villosités entre les anciennes ? Ou bien s'agit-il simplement d'une montée en grade successive des expansions circonvoisines ? — Cela est difficile à dire. Mais, sans vouloir nier absolument la possibilité d'intercalations de villosités nouvelles, nous pencherions plutôt en faveur de la dernière alternative ; c est-à-dire : de l'apparition et de la montée en grade, successive et de proche en proche, d'ondulations villeuses nouvelles, d'abord simples, puis ensuite ramifiées. Les nouvelles expansions villeuses apparaîtraient, du côté ventral ; et les montées en grade se feraient, graduellement, dans le sens dorsal. Nous reviendrons plus loin sur ce point.
Chaque tronc villeux, en s'arborisant, ne tarde pas à former une sorte de pinceau, dont les extrémités distantes restent soudées au syncytium de la coque trophodermienne. Ainsi se forment les premières villosités-crampons ou villosités-agrafes (Haft{otten des Allemands). Il est facile de comprendre que le sang maternel ne tarde pas à s'insinuer entre les digitations nouvelles et à écarter les arborisations villeuses, sans pour cela décoller leurs parties terminales du syncytium plasmodial. Au contraire : il se forme, aux dépens des prolongements étirés du syncytium, des sortes de tractus qui adhèrent, d'un côté, à la coque trophodermienne et, de l'autre côté, aux extrémités des villosités. (Voy. Planches lithogr. I, fig. 7 et g et II, fig. 10; tous les dessins des Pl. III et IV: ainsi que les fig. dans le texte 14, p. 5o et 17, p. 65).
Sur tout le pourtour extérieur de l'œuf, il s'est formé une couche épaissie de tissu syncytial : c'est la coque trophodermienne fT/zec^z trophodermœ). Cette formation est à notre avis très importante ; elle est partout continue,
■^■^ A.-C.-F. ETERNOD
sauf aux endroits où les lacunes sanguines de la décidue s'abouchent directement avec les lacs sanguins interstitiels, trophodermiens et intervilleux (futurs lacs sanguins maternels du placenta).
C'est au niveau de cette coque que les vaisseaux sanguins maternels perdent leur paroi endothéliale propre. C'est contre elle, avons-nous déjà vu, qu'adhèrent les extrémités des arborisations des villosités. C'est dans son épaisseur que de nouvelles injections interstitielles sanguines viennent s'additionner aux anciennes, à mesure que les villosités s'allongent et s'arborisent. C'est à sa face interne et à ses dépens que se forment, par allongement, les crampons qui retiennent les extrémités villeuses. C'est de sa face externe que partent devrais bourgeons, qui vont s'implanter profondément dans le derme de la muqueuse utérine, pour créer des adhérences solides de l'œuf avec l'utérus. C'est, enfin, par son accroissement •général en surface, que l'expansion totale de l'œuf devient possible.
Son rôle est donc prépondérant ; il mérite toute notre attention : au point de vue mécanique, comme au point de vue fonctionnel.
Lorsqu'on examine des œufs humains jeunes, fraîchement expulsés par avortement, et qu'on les débarrasse de leur enveloppe déciduale, la première chose qui frappe, à l'œil nu, comme à la loupe, c'est précisément cette coque trophodermienne : elle se présente sous forme d'une couche demi-translucide, homogène et résistante; et l'on voit, tout de suite, que c'est elle qui réunit les unes aux autres les digitations villeuses. Il faut, pour arriver à libérer celles-ci, exercer un effort marqué, et faire des tractions, avec les pincettes, ou avec des aiguilles à dila-
cérer. On sent très bien la matière qui constitue la coque craquer sous les instruments, à mesure qu'on la déchire.
Le chorion et les villosités ont commencé à se vasculariser. L'embryon a déjà un cœur qui fonctionne comme propulseur général de la circulation fœtale (circulation chorio-placentaire).
Les décidues sont aussi différenciées, sur tout le pourtour de l'œuf. Elles ont leur tissu propre, formé de grosses cellules proliférées; elles sont sillonnées de nombreuses glandes hypertrophiées et de vaisseaux sanguins de divers ordres : artériels, veineux et capillaires.