‹ L'uiraêry ou Curare. Extraits et complément des notes d'un naturalisteChapitre 2 sur 12 · HUMBOLDT · texte numérisé non relu

HUMBOLDT

(5) HuMBOLDT et BoMPLAND, VoyagCy II, p. 479.

(6) Maximo the{ouro descoberto no Rio Ama:{onas. (Rev. do Inst. Hist. Il, éd. 1858, p. 448.)

(7) Traité élémentaire de chimie médicale, 1865, 11, p. 688.

(S) Glossaria linguarum Bra^iliensium, 1863, p. 427, et in Flora Brai^iliensis, VI, pars I, p. 298.

urary d'une manière inexacte mais fort ingénieuse; il a divisé le mot par monosyllabes et Ta interprété'^comme suit : ur, venir, ar, tomber et y comme un relatif : Quo veniat is cadet.

D'après la langue tupy cette étymologie est inadmissible. Nous avons traduit le mot d'une autre manière, en respectant la signification indigène.

En parcourant la vallée des Amazones, nous avons étudié tout particulièrement, non seulement la langue tupy, mais encore l'ethnographie de cette région.

Cette langue est un puissant auxiliaire pour ceux qui s'occupent des sciences naturelles du pays.

Un des principaux avantages de cette langue, c'est la facilité qu'elle procure au voyageur dans ses rapports avec les Indiens ; il gagne rapidement leur confiance, ce qui est de la plus haute importance pour arriver à la connaissance des résultats de leur pratique et de leurs observations continuelles.

Pour ceux qui font de la science de cabinet, ces observations n'ont que peu de valeur, mais pour nous elles sont d'une utilité incontestable; nous n'admettons pas de science sans la pratique et sans l'observation individuelle.

Les informations obtenues des Indiens, les plus patients et les plus constants observateurs de la nature, sont donc d'une grande portée pour le naturaliste.

Uuiraêry, comme le prononce l'Indien, signifie liquide pour tuer des oiseaux, mais le véritable nom est uiraeâry qui, par la prononciation et la corruption, s'est changé en uirary. Ce mot ou plutôt cette phrase est composée de uirâ, oiseau, eor, le verbe mourir qui, en recevant r, devient actif et signifie tuer, et/, eau ou liquide.

Voilà la vraie traduction; quoique -paraissant forcée par la contraction et par la ^suppression d'une syllabe dans le mot écrit, elle ne l'est pas en réalité, parce qu'on

Tentend dans la prononciation gutturale de l'Indien.

Tous les poisons indiens portent ce nom, mais le premier connu et le plus vulgarisé est celui fabriqué par les Indiens Ticunas qui ont habité les bords du Solimôes. Les Tapuyos désignaient jadis le même poison sous le nom ticuna et on est arrivé à appeler Ticunas ceux qui le préparent, nom qu'ils ont gardé jusqu'aujourd'hui.

Au Pérou le curare est également connu sous le nom de ticuna.

Le mot ticuna peut avoir deux interprétations très expressives; on peut le traduire : ticu, liquide, et una, noir, ou, en faisant dériver ce verbe du mot ticuar, mélanger avec de l'eau, qui est une allusion à la manière dont on le prépare.

Vuiraêry est connu au Brésil depuis lôSg, après le retour d'un voyage fait à Quito par le capitaine Pedro Teixeira, accompagné du père Christophe D'Acuna.Ce fut le premier Portugais qui remonta l'Amazone, et c'est à lui que nous devons la connaissance de Vuiraêry,

Au Brésil, on ignorait encore l'existence de ce poison indigène qu'on connaissait déjà en Europe depuis iSgS, non pas importé de cette contrée, mais de la Guyane par Sir Walter Raleigh.

Plus tard, Marggraff, dans VHistoria rerum natura- Hum Braiilice, publiée en 1648 par Jean De Laet, nous parle du curare, mais il a été connu seulement en 1740, exporté par de La Condamine.

C'est un poison fait spécialement pour la chasse, employé quelquefois dans les guerres, mais exceptionnellement, dans les combats corps à corps, ou quand l'ennemi est en fuite, parce qu'alors, au lieu de tuer, il permet de faire des prisonniers.

Les Indiens, excellents observateurs, connaissent toutes

les vertus des plantes de la flore des régions qu'ils habitent. Grâce à elles, ils guérissent toutes les maladies qu'ils attrapent, produisant aussi, à leur gré, la folie et la mort.

Ils ont réuni quelques plantes de familles différentes, ayant toutes des vertus spéciales et qui, combinées, produisent les effets les plus remarquables.

C'est ainsi qu'avec une certaine plante, additionnée à d'autres, ils obtiennent un mélange au moyen duquel ils arrêtent subitement les animaux dans leur course et les oiseaux dans leur vol, en paralysant leurs mouvements.

Ils ont mis un si grand discernement dans le choix des plantes, qu'ils produisent une substance toxique tellement énergique, qu'en quelques secondes ils se rendent maîtres des plus grands animaux, qu'à leur gré ils peuvent conserver vivants, comme nous le verrons plus loin.

Ce toxique, c'est le uirary, dont la composition n'est pas pour nous un mystère, malgré que les Indiens la cachent soigneusement. C'est un poison presque foudroyant, lorsqu'il se trouve en contact avec le sang, produisant une mort horrible, quoique silencieuse.

Pendant plus de trois ans (de 1872 à 1876) nous avons parcouru la vallée des Amazones et nous y avons fait les plus grands efforts pour connaître tous les poisons des différentes tribus et leur composition.

Un usage bizarre existe chez les sauvages et les Tapuyos, c'est qu'on ne peut jamais obtenir d'eux une réponse nette à une question quelconque, car ils cachent tout ce que le cariua (1) veut apprendre; mais lorsqu'on connaît leurs mœurs, il suffit de paraître n'y attacher aucune importance pour obtenir d'eux ce qu'on désire savoir.

Il y a pourtant le secret des plantes qui composent Vuiraêry qu'ils se refusent absolument à révéler au pre-

(1) Homme civilisé.

mier venu; mais grâce à nos relations avec ces Indiens et à nos expériences, nous savons que c'est toujours un Strychnos, la plante du principe meurtrier, car dans toutes les tribus j'ai vu cette Loganiacée.

Ils ne font pas mystère de la préparation qu'ils exécutent devant les étrangers, mais ils cachent les plantes qui composent la poudre dont ils font l'extrait.

De même que Humboldt, Schomburgk et Castelnau, nous avons vu préparer le poison avec les véritables plantes qu'ils emploient, mais toujours réduites en poudre ou en petits morceaux.

Toutes les tribus qui font usage de ce poison ont une formule composée de plantes de familles différentes, mais avec les espèces de la flore de la localité qu'elles habitent.

Comment connaître le choix de ces plantes? Les uns emploient une espèce^ les autres font usage d'une autre et quelquefois même ils les changent. En étudiant les effets des extraits des plantes, on peut dire : telle tribu emploie telles plantes parce qu'elles croissent dans la région qu'elle habite, mais on ne peut le certifier.

UUiraêry reté (Strychnos toxifera Benth.) est une des espèces qui entrent dans la composition du poison des Miranhas; nous l'avons vu traitée comme une plante sacrée, cultivée en plusieurs endroits par ces sauvages, ainsi que les espèces Rondeletioïdes de Spruce {VUutraêry rana) etleparviflora.

La base de tous les poisons est un Strychnos.

De la diversité des espèces et de l'idiosyncrasie des individus naît l'énergie que certains poisons semblent avoir sur d'autres, ainsi que la couleur, quand ils sont broyés ou dissous dans l'eau.

Les différents poisons vrais nommés uiraêry sont presque toujours plus faibles que celui des Miranhas qui

de tous les niraêrys est le plus énergique, mais qui est connu comme ticunct.

Pour tous ces poisons, la mort est toujours le terme de l'intoxication, quand ils se trouvent en contact avec le sang.

La mort est produite par les Strychnos; dans quelques tribus l'activité de l'extrait des Strychnos provient de son mélange avec les Artkantes et les Ottonias. Néanmoins les Strychnos tout seuls produisent le même effet : la mort.

Les Aroïdées n'entrent dans la composition que par superstition, car elles n'ont aucun principe vénéneux après être bouillies.

Parmi les moyens que nous avons employés pour connaître ce secret, nous n'en citerons qu'un qui vient en même temps fort à propos pour montrer que l'Indien sorti des forêts, quoique civilisé, et n'ayant plus l'espoir de retourner parmi les siens, ne révèle jamais ce secret qu'il emporte avec lui dans la tombe.

Par un jour d'une chaleur accablante, en plein midi, nous descendions avec ma femme (qui toujours m'a accompagné dans mes excursions) et un petit Indien, dans une tnontaria (i) la rivière Sanabany, dans le lac Saracâ, lorsque presque à l'entrée de Vigarapé{2) Murucututu (3), nous aperçûmes sur le bord, très élevé en cet endroit, deux Cajueiros [Anacardium occidentale) chargés de fruits.

Aborder fut l'affaire d'un instant et, en cherchant un endroit plus accessible, nous vîmes un escalier taillé dans la côte, indice qu'une habitation se trouvait dans le voisinage. En effet, bientôt quelques chiens aboyèrent et, arrivés en haut, nous aperçûmes un joli teyupar (chaumière)

(i) Pirogue de chasse.

(2) Igards pirogue, /7é, chemin.

(3) Nom d'une chouette {Strix clamator).

avec le terrain balayé et|Un petit jardin aménagé dans une vieille pirogue, suspendue au-dessus du sol, à cause des fourmis; parmi les quelques fleurs de ce jardin aérien, il y avait un Uiraêry reté. Plusieurs cherimbabos (i) se promenaient autour de la maison et derrière se trouvait un petit verger prouvant que l'habitant était un travailleur très soigneux.

Lorsque nous y arrivâmes, un petit Indien, assis sur le seuil de la porte, s'enfuit, ce qui ne nous surprit pas, mais bientôt une vieille Indienne, au nez percé, vêtue d'une chemise et d'une jupe blanche très courte et très propres, manifesta le plus grand étonnement en nous voyant.

S'étant approchée de nous, nous la saluâmes et lui demandâmes quelques fruits de l'arbre sous lequel nous nous trouvions.

Très surprise, elle me dit :

« Les blancs mangent-ils les fruits de ma maison?

— Pourquoi pas? lui répliquai-je à mon tour. Ne sontils pas bons?

— Ils sont très bons, mais jai une fille malade.

— Est-ce une raison pour ne pas manger des Cajus?

— Elle a la Morphéa! » [Éléphantiasis des Grecs.) Sans répondre, nous nous mîmes à cueillir des fruits

pendant que ma femme, se dirigeant vers la porte, alla saluer la malade, ce qui causa beaucoup de contentement à la vieille Indienne.

Après quelques moments, nous nous dirigeâmes, le chapeau plein de fruits, vers la cuisine, qui ne faisait pas partie de la maison, et, m'asseyant sur la carapace d'une tortue, j'appelai ma femme. Elle me rejoignit bientôt, suivie de l'Indienne, et lui ayant donné une place sur mon siège chélonien, nous commençâmes à manger les fruits.

(i) Che^ moi, mimbab^ animal élevé dans la maison; plutôt : animal que j'ai domestiqué.

De plus en plus surprise, la vieille, les bras croisés, nous exprima sa reconnaissance et sa satisfaction.

c< Les blancs mangent-ils aussi des Car as ( i )? »

Nous lui répondîmes affirmativement. Elle sortit et quelques moments après elle nous apporta un panier de ces tubercules.

Cette femme était une Indienne de la tribu des Miranhas-Tapyira, où elle portait le nom de Anecuy; mais, quoique n'étant pas encore baptisée, on la connaissait sous le nom de Marianna.

Après avoir passé une heure chez elle, nous partîmes comblés de petits cadeaux et des bénédictions de la vieille Indienne et de sa fille malade, qui nous accompagnèrent jusqu'à la rive.

Depuis ce jour, nous revîmes souvent la Miranha, qui faisait chaque fois quatre lieues de marche pour nous apporter quelques petits cadeaux, en échange d'autres que ma femme lui faisait. La pauvre Indienne nous était toute dévouée et cette amitié favorisait mes plans.

Nous lui demandâmes un jour si elle savait faire le poison. Elle répondit qu'elle l'avait fait plusieurs fois et connaissait l'herbe dont il était extrait.

La principale raison qui nous avait valu l'amitié sincère et reconnaissante de cette femme, était la charité avec laquelle nous la traitions. Depuis quatre ans, elle avait été obligée de quitter la rivière Japurâ avec sa fille et son petit-fils; les siens l'avaient abandonnée à cause de l'affreuse maladie de sa fille. Arrivée à Manâos, elle fut encore forcée de partir, tout le monde les fuyant. Elle chercha une autre retraite et elle éleva une chaumière près du bourg de Silves, où nous la rencontrâmes. Elle s'occupait de pêche et de chassie et s'employait à toutes

(i) Les tubercules d une dioscorée, la Dioscorea sativa.

— ÏO —

sortes de travaux pour soutenir sa famille, et son plus grand désir était de voir guérir sa fille.

Ils vivaient solitaires parce que tout le monde les évitait et que personne ne voulait rien accepter venant de leur maison.

Étant traitée par nous avec bonté, la reconnaissance remplit le cœur de l'Indienne et la rendit, pour ainsi dire, soumise aux volontés de ma femme.

Nous trouvant un jour chez elle, nous fîmes semblant d'être surpris en voyant parmi des œillets et des immortelles le Uiraêry reté, plante qui rentrait dans la composition du poison indien. Lui ayant demandé quelles étaient les autres, elle se tut. Nous lui dîmes que nous connaissions ces autres plantes, mais que, pour éviter une perte de temps, elle pourrait nous montrer où elles croissaient, afin de pouvoir préparer un remède, qui peut-être guérirait la malade. Elle nous répondit qu'elle ne les connaissait pas. Nous lui fîmes observer qu'étant les seules personnes qui la fréquentaient, nous étions les seules qui mangeaient de ses fruits, les seules qui pourraient peutêtre lui être utiles, et que sa réserve pouvait être qualifiée d'ingratitude. Elle baissa la tête en pleurant et ne donna aucune réponse ; avant de la quitter, nous ne pûmes nous empêcher de lui exprimer notre mécontentement.

Le lendemain, au retour d'une excursion, nous la trou vâmes chez nous. Elle venait demander pardon à ma femme, en ajoutant qu'elle était prête à tout révéler, qu'elle préparerait le poison sous mes yeux, mais que je devais garder le secret de sa composition où il n'entrait d'autres plantes que celles que nous avions vues dans son jardin. Depuis cet événement nous restâmes amis, et quelque temps après elle vint préparer le poison que j'ai essayé.

D'après cela, on peut juger combien il est difficile de

connaître les plantes autrement que par supposition ou en les étudiant sur place.

Les Indiens fabriquent et manipulent le poison devant qui que ce soit. Ils apportent de la forêt, déjà mélangées, les raclures des plantes qui entrent dans sa composition, et, faisant un cornet, en guise d'entonnoir, de la feuille du Caassu [i){Marantha), ils y mettent de la Sumauma {Eriodendriitn Sumauma) ou de la Monguba [Bombax Ceiba), et, par-dessus, les raclures sur lesquelles ils versent de l'eau froide.

Cet entonnoir est placé au-dessus d'un pot de terre cuite, vernie avec la résine du Jutahy {Hymœnaea Cour baril).

Comme la Sumauma, espèce de coton soyeux, ne laisse filtrer l'eau que très lentement, les raclures restent macérer fort longtemps et le liquide qui en sort a d'abord une couleur brun rougeâtre, puis jaunâtre.

Quand toute l'eau est épuisée, ils placent le pot sur un petit feu pour faire évaporer très lentement le liquide jusqu'à ce qu'il prenne la consistance d'un extrait pâteux. L'évapo ration finale se fait au soleil, après transvasement dans de petits pots (Brésil), des calebasses (Guyane) ou des tuyaux de taquara (Pérou); dans cet état, on en expérimente l'énergie sur le Sapo-boi [Buffo), petit crapaud qui vit dans les forêts et dont le coassement, pendant le jour, imite le mugissement du bœuf, d'où lui vient le nom de Cururû Tapyira.

S'il présente, sans retards, les symptômes d'intoxication, le poison est réputé bon, car les batraciens sont les animaux sur lesquels le uiraêry est le moins efficace.

Quand le poison est bien sec il prend une couleur brunâtre presque noire et une consistance vitreuse ; s'il perd de son efficacité (jamais par vieillesse, mais par toute autre

(i) Caa^ plante, assu, grande.

circonstance), on le ramollit avec un peu d'eau froide (jamais au feu, car il ne fond pas) et en additionnant de la poudre de piment Cumary (Capsicum microcarpum, D. C); mûr, de cette façon on lui rend sa vertu primitive.

Les Uaupés ne terminent le séchage jamais au soleil, mais dans de petits pots enfumés.

Certains auteurs ont prétendu que la préparation du poison était entourée de mystère; que les vieilles femmes de la tribu étaient chargées de ce travail et que le poison était considéré bon quand elles tombaient mortes à cause des exhalations toxiques.

Cette assertion est erronée, attendu que ceux qui ont épuisé leur provision de poison, la renouvellent à volonté. En outre, sa préparation n'est pas exclusivement la besogne des femmes; au contraire, ce sont les hommes les plus âgés qui le préparent, car tout ce qui concerne la guerre et la chasse est réservé aux hommes ; les femmes ne s'occupent que du ménage et des plantations.

Pour ceux qui connaissent l'ethnographie amazonienne, les poisons de chaque tribu se distinguent à première vue, car il y a des petits pots de forme différente et ne variant jamais, pour chaque poison; en outre, la couleur de la poudre de cette substance diffère également.

Excepté les tribus des Guyanes et du Haut-Pérou, il n'y a que celles de la province des Amazones qui emploient le uiraêry à la chasse et à la guerre; les autres tribus de la plaine du Para ne le connaissent pas (i).

(i) Le D"^ Vincent, dans les Curares des tribus indiennes du Brésil, nous donne une notice des relations chimiques d'un curare des Indiens Mundrucus accompagnée du dessin des pots qui le contenaient.

L'information qu'on a donnée à M. Vincent est inexacte, car la forme que présente le pot de son dessin est celle des Indiens Ticunas, avec les bords cassés Les réactions chimiques qu'il donne s'accordent avec celles produites par le uiraêry de ces Indiens. *

La seule peuplade qui, dans le bas Amazone, faisait usage de ce poison, était celle des Tapajôs ou Tapayunas, une des tribus émigrées de la Colombie, rencontrée par le père Acuna, mais aujourd'hui complètement disparue.

La planche intercalée à la fin du volume donne la différence que présentent les uiraêrys, soit par la couleur de la poudre, soit par les réactions chimiques (i). Il n'y en a que deux qui ont beaucoup de ressemblance : celui des Ticunas et celui des Catuquinas ; mais la forme et la peinture des petits pots sont tout à fait différentes. Le tableau démontre pratiquement les compositions différentes du poison, c'est-à-dire les diverses plantes qui entrent dans la manipulation et qui ne sont pas les mêmes parmi toutes les tribus. La thérapeutique, qui cherche à employer ce poison comme remède contre le tétanos, l'hydrophobie et Tépilepsie, doit porter toute son attention sur ce point qui pourrait produire des phénomènes bien divers et donner lieu à des accidents plus ou moins graves.

Parmi les uiraêrys, il y a deux sortes connues dans toute la vallée amazonienne sous le nom de uiraêry de Tunanlins, nom tiré d'un village situé sur la rive gauche de la rivière de ce nom, au Solimôes, peuplé autrefois par des Ticunas, et le uiraêry du Caldeirâo, tous les deux dénommés vulgairement ticuna (2).

Ces peuplades, aujourd'hui civilisées, exportent beaucoup de ce poison, qui n'est réellement pas un produit des sauvages comme on le croit.

Autrefois les Ticunas le faisaient et on l'obtenait avec facilité.

(1) Pour les réactions voir la planche coloriée.

(î) Caldeirâo est l'ancienne mission de Santa Cru{ et aujourd'hui presque toute la population esi péruvienne Elle est située sur le haut d'un ravin d'argile rouge, dans un endroit où le cours rapide du fleuve forme un tourbillon, d'où le nom de Caldeirâo. Elle est un peu en dessous de Tabatinga.

Comme la renommée de l'énergie du produit de ces sauvages est répandue, on recherche encore aujourd'hui le uiraêry de Caldeirao qui se répand partout.

Certains spéculateurs, profitant de cette renommée, falsifient dans plusieurs endroits un poison vendu comme un vrai produit sauvage, mais qui est composé de quelques plantes du véritable poison, mêlées à d'autres, telles que les jeunes feuilles du tabac (i) [Nicotiana tabacum L.), et l'on nous a assuré qu'il entre encore dans cette composition les écorces d'un Anomospermum qui y abonde et est très semblable è un Strychnos.

Le comte de Castelnau nous en donna la confirmation en disant que pour le poison ainsi manipulé, le sel n'est pas l'antidote, mais bien la liane nommée Tracua-Cipô, dont on boit le jus et que l'on applique sur le$ blessures.

Les informations que nous avons reçues viennent corroborer celles qu'un soldat de Tabatinga a donnée à de Castelnau sur le poison ticuna. ^Ce soldat connaissait la préparation du poison falsifié (2). Là difficulté qu'il y a d'obtenir le véritable poison réside en ce fait que ceux qui le faisaient ont émigré au Pérou, se sont réfugiés dans les forêts ou se sont civilisés. C'est ce qui a encouragé les falsificateurs qui le manipulent en secret et le vendent comme véritable, originaire des tribus sauvages,à 5 mil reis (12 francs) le petit pot; cette fraude va si loin qu'ils imitent jusqu'à la forme des pots et fabriquent des carquois et des flèches (3).

(1) Le poison de Mayobamba contient aussi du tabac.

(2) DE Castelnau. Expédition dans les parties centrales de V Amérique du Sud. 1851, V, p. 62.

(3) A St Antonio do Içâ, près Tonantins, j*ai acheté en décembre 1888, à un Colombien, Horacio Vascas, deux petits pots de curare^ un des Ticunas et l'autre fait par la femme du même individu. Il portail une grande quantité de pots, faits dans sa /eiïor/a, pour les vendre au Pérou, comme du vrai uiraêry.

La recherche d'un objet autorise la falsification; ainsi, parmi les tribus de l'Amazone c'est celle des Indiens Mauhés qui prépare le mieux les arcs et c'est pour cette raison qu'on cherche à imiter ces armes, afin de les vendre comme provenant de ces Indiens.

Le uiraêry de Junantins et de Caldeirâo est exporté principalement à l'étranger et est très recherché pour son énergie ; cette réputation est exagérée, car les Indiens ne se servent du véritable poison que pour la chasse et rarement pour les guerres, parce que son effet peut être neutralisé à volonté par l'antidote.

l^euiraeryàe Tunantins ou de Caldeirâo ainsi que celui de Pebas et de Mayobamba, au Pérou, que de Castelnau a vu préparer (i), est très énergique et passe pour ne pas avoir d'antidote (2).

C'est un poison, mais ce n'est pas celui que les Indiens nomment uiraêry; il faut donc avoir la plus grande circonspection lorsqu'on fait usage comme médicament des poisons indiens, tous vulgairement connus sous le nom de Curare et pourtant bien différents les uns des autres.

Le véritable Uiraêry des diverses tribus amazoniennes est toujours conservé dans de petits pots ou porté dans les kurabys et les murukus et jamais dans des calebasses, comme dans les Guyanes, ou dans des taquaras, comme ceux des Yaguas et Pebas au Pérou.

Pour mieux les reconnaître, car dans les pots comme

(1) Dc Castelnau, Expédition dans ies parties centrales de F Amérique du Sud. Paris, 1851, V, p. 14.

(2) Dans l'édition de l'ouvrage de Waterton par Wood on lit : « Several instances arc known of experiments made in Europe with Wourali, and which hâve failed. I hâve little doubt that the poison with which they were made was not géminé, or that it had been neglecled.The savages of Guyana are quite as expert at adultération as the civilized milkman, publican, or grocer, and are perfectly capable of making WouraJi for the market, but not for use. »

sur les flèches ils ont une couleur noire ou brun-noirâtre, nous donnons la planche indiquant non seulement la forme des pots, mais encore la couleur de l'extrait lorsqu'il est broyé ou dissous dans l'eau, ainsi que la couleur qu'offrent certaines réactions. (PI. I et II, fig. A-E.)

Outre la couleur, ses propriétés physiques sont d'être cassant, à fracture luisante ; c'est une poudre plus ou moins brunâtre qui, jetée sur des charbons incandescents, se boursoufle légèrement et brûle en répandant une fumée blanche-bleuâtre très fétide.

Il se ramollit dans l'eau, est très soluble dans le sang et dans les sérosités et un peu moins dans l'eau et dans l'alcool et très peu dans l'éther sulfurique et le chloroforme.

En contact avec une blessure, il est immédiatement absorbé ; son action est rapide et très énergique, produisant parfois la mort en trente secondes ; selon l'âge de l'individu, l'effet du poison est plus ou moins prompt. Il agit sur le système nerveux moteur. L'animal, même légèrement blessé, est de suite intoxiqué, mais les symptômes de la paralysie ne se manifestent que quelques secondes après l'absorption du poison (généralement quarante secondes), ce qui permet à l'animal de voler ou de courir encore quelque temps.

L'Indien qui blesse un animal qui fuit ou s'envole, le suit et le retrouve un peu plus loin, abattu par le poison. En général l'animal, ne sentant pas la blessure, qui est une piqûre très insignifiante, ne s'effraie pas de la petite flèche qui tombe ; il reste le plus souvent immobile et est atteint sur place de la paralysie. .

On dit hors de l'Amazone que les Indiens se servent de Vuiraêry détrempé pour la chasse; c'est une erreur; ils n'ont qu'un poison pour leurs flèches et s'en servent indifféremment pour tuer un animal ou un homme; seulement.

le poison est plus ou moins fort selon la tribu et selon l'espèce de Strychnos employée.

Les premiers symptômes de l'intoxication se manifestent chez les mammifères par la dilatation et la contraction de la pupille, par le refroidissement des oreilles, par un rapide et léger frissonnement qui lait dresser les poils, par la tristesse et, chez les oiseaux, par une envie de dormir et de se lisser les plumes.

La paralysie se manifeste aux extrémités périphériques des nerfs, attaque les membres postérieurs, rend la marche impossible, s'étend aux troncs nerveux et aux muscles thoraciques en paralysant les membres antérieurs; l'animal a de rapides mouvements ondulatoires dans les poils, les oreilles sont froides, les pupilles très dilatées; les battements du cœur sont faibles et très espacés, les aspirations saccadées; enfin surviennent l'immobilité complète et la mort.

Peu après la mort on remarque des mouvements péristaltiques ou vermiculaires dans le ventre et, plus de vingt minutes après, on sent battre encore le cœur.

La mort est donc produite par asphyxie, sans attaquer le cœur ni les facultés cérébrales que l'animal conserve jusqu'à la mort.

Le D^ Théonville a tiré parti de ces effets pour la charge des bombes-lances, employées à la pêche de la baleine, en mélangeant à un sel soluble de strychnine un demimilligramme de uiraêry pour 4 kilogrammes du poids approximatif du cétacé.

Les animaux qui ressentent les premiers l'effet de l'empoisonnement sont les quadrumanes, ensuite les rongeurs et les carnassiers, enfin les oiseaux, les reptiles et les batraciens. La graisse du porc empêche l'empoisonnement, c'est-à-dire qu'une flèche curarisée ne produit aucun effet dans le lard comme dans le cuir.

Il ne rentre pas dans le cadre de ce travail de traiter des effets physiologiques du poison; d'ailleurs, ils sont déjà connus par les œuvres magistrales de Claude Bernard, Boussingault, Vulpian, Tardieu, Kôlliker, Pelikan, Rabuteau, Reinoso et par les documents recueillis par MM. Vella, Chassaignac et d'autres.

Les Sauvages et leurs armes empoisonnées.

Antiquité de Tusage du poison pour les flèches. — Le tieuté et le pohon-upas. — Sauvages qui emploient le uiraêry, — Trois espèces d*armes. — Indiens empailleurs. — Traduction du mot sarabatana. — Superstition concernant la sarabatane. -^ Tribus péruviennes. — Leurs mœurs et leurs flèches de guerre. — Description de la sarabatane. — Blessures par ses flèches. — Les grandes flèches ne sont pas empoisonnées. — Manière de s*en servir.

— Mayurunas. — Orijones. — Leur fabrication du poison. — Pebas. — Son poison. — Energie de ce poison et commerce. —

— Ticunas. — Leur habitat. — Leurs mœurs. — Poison. — Leurs armes. — Miranhas. — Leur habitat. — Nostalgie. — Leur division. — Boisson des jours de fête. — Leurs armes. — Différence entre Tacapé et Cuidaru. — Définition du kuraby. — .Yurys. — Uaupés. — Leur habitat. — Divisions et missions. — Leurs différents noms. — Descendance. — Leurs armes. — Içanas. — Leur habitat. — Division. — Missions. — Cauixanas. — Leur habitat.

— Leurs mœurs. — Leurs armes. — Catuquinas — Leurs armes.

— Ipurinàs. — Leur nature et leurs mœurs. — Théogonie. — Leurs armes.

L'usage d'empoisonner les flèches remonte à la plus haute antiquité; il date de Tépoque paléolitique (i), a

(i) Fontan a découvert en 1857, dans les Pyrénées, une caverne renfermant des ossements de divers animaux fossiles, disparus aujourd'hui, et des os humains.

traversé les temps historiques et existe encore de ce jour parmi les sauvages de l'Afrique, de TOcéanie et de l'Amérique .

Les Celtes, les Gaulois, les Vandales, les Germains, les Daces et les Dalmates de l'Adriatique possédaient des armes de chasse et quelques-unes de guerre empoisonnées au moyen de divers toxiques, tous végétaux, ou du venin de la vipère.

Les Grecs avaient aussi des flèches empoisonnées, car le mot To^iTtbv (toxique, poison), employé aujourd'hui pour tous les poisons, vient de tôIov, flèche.

Parmi les poisons employés anciennement en Europe, il y avait celui qu'on préparait avec l'eiévstov (hélenium) et le vtvov (ninom), dont les Daces et les Dalmates se servaient pour empoisonner leurs flèches de chasse.

Ce poison était assez analogue à Vuiraêry des Indiens, car il ne tuait que par contact avec des blessures, mais pouvait être ingéré impunément, tandis que Vuiraêry, pris à haute dose, est également toxique. Suivant les savants La Condamine, Humboldt et Bompland, le poison des Guyanes, introduit dans l'estomac, n'est pas toxique; il l'est cependant d'après M. F. Fontana (i).

Les Javanais emploient pour leurs flèches un poison énergique, semblable à celui des Indiens, et ayant pour base une plante du même genre de celle employée par les habitants de l'Amazone. Le Upas radja, Upas ijettek ou Upas tieuié, noms que porte le poison dans l'Océanie, est aussi le produit extrait par décoction de l'écorce des Vacines d'une liane, le Strychiws Teuité, mais dont les

foRsiles également. Parmi ces derniers se trouvaient des pointes de flèche* en os et en bois de cerf, dont quelques-unes possèdent des rainures destinées n recevoir du poison, suivant la remarque de M. Lartct.

(i) Transact. p/iiiosoph,, t. 47.

effets sont plutôt ceux de la fève de Saint-Ignace {Strychnos Ignatia Berg (i) ou de la noix vomique {Strychnos nuxvotnica L.) que de Vuiraêry. Outre le tieuté, ils ont un grand arbre qui fournit le pohon-upas ou antiar, VArbor toxîcaria de Rhumphius, une Ulmacée, connue aujourd'hui, après les travaux de Leschenault de Latour, sous le nom à' Antiaris toxicaria, dont le suc jaunâtre est un poison des plus violents.

Les nègres de l'Afrique empoisonnent leurs flèches avec le suc des Euphorbia virosa Wild., E. cereiformis L. et E. heptagona, avec deux autres Euphorbiacées, la Excoecaria Agallocha et avec un Carumbium, Les sauvages des Nouvelles-Hébrides empoisonnent aussi leurs armes. Parmi les sauvages du Brésil, il n'y a que ceux de la vallée des Amazones qui empoisonnent leurs flèches avec Vuiraêry. On rencontre son emploi dans la Guyane Anglaise, parmi les Macuchys et d'autres.

Les Lamas.au Pérou, dans le bassin de la rivière Huallaga, les Cholones, Hibitos et Chacutinas (2); dans le Maranon,les Lamas, lesCocamas, Cocàmillas, Omaguas, Yagas, Pebas, Orijones, Ticunas, Mayurunas, Iquitos, Cotos, Lameos, Marabus et, dans le bassin de la rivière Ucayale, les Conibos, les Cashivos et Pechivos; du territoire brésilien, aux sources du Rio-Branco aux frontières du Venezuela, les Mayankong, les Mahacus, les Aricunâs, les Uauquys, les Procotôs; aux limites de la Guyane anglaise, les Macuchys et les Uaiananâs ; dans le bassin du Rio-Negro, les Tucanâs, Decanâs, Tarianâs, Banibas, Cubeuas et Mahacus ; dans celui du Rio-Purus, les Catauichys et Ipurinâs ; dans celui du Rio-Negro, les Chirianâs,

' (i) Jusque aujourd'hui on a supposé que cette plante appartenait à un Strychnos, mais d'après les dernières investigations de M. Pierre et du D»" Hookcr, elle est le fruit d'une Pangiece, peut-être un Hydnocarpus. (2) On les nomme aussi Catuquinas.

Uapichanâs, Uafuanâs; dans celui du Japurà, les Miranhas, lesYurys.

Sur le territoire brésilien, chez les Ticunas, les Miranhas, les Yurys de la rivière Içâ, les Uaupés, les Içanas, les Cauixanâs, les Catauichys, les Ipurinâs et les Catuquinas.

J'ignore s'il y en a d'autres.

Les deux' premières tribus, aujourd'hui péruviennes, sont d'origine brésilienne, car les anciennes limites, assignées par le capitaine Pedro Teixeira, s'étendaient jusqu'à l'embouchure du Rio-Napo ; néanmoins, ils sont en commerce avec les Ticunas.

Les armes empoisonnées dont les sauvages font usage, presque identiques à ceux des anciens barbares, sont toujours plus dangereuses par le poison qu'elles portent que par la grandeur ou la gravité des blessures qu'elles font. Les sauvages de l'Amazone n'empoisonnent jamais leurs flèches de pêche ou de guerre [taquaras], qui sont lancées au moyen de l'arc.

Les armes empoisonnées sont la crauatana ou piicana (i), le kuraby et le murucu; anciennement, il y avait encore la palheta ou balestilha, des Portugais, ou estolica, du père Acuna.

L'arme la plus dangereuse, quand par hasard elle est employée à la guerre, c'est l'arme de chasse nommée crauatana, dont le nom a été sensiblement modifié par la prononciation qui en fait sarabatana, esgravatana, cruaufana, cravatana et sarbacane, plus généralement répandu chez les étrangers. Les indigènes de Java la possèdent aussi, avec de petites flèches en bambou, empoisonnées avec le tieuté.

C'est l'arme la plus utile à la chasse; elle permet à

(i) Pucuna signifie tuyau noir, de mbucu ou pucu^ 'o"?» et una^ noir.

Tornithologiste de s'emparer des animaux en parfait état et, s'il le faut, vivants, sans efirayer les autres.

Parmi les sauvages amazoniens, il y a la fameuse tribu des Ticunas, qui sont les ornithologistes indigènes; ils empaillent des oiseaux sans art, mais avec beaucoup de soin et les échangent avec les blancs contre des instruments de fer, de la verroterie ou des colifichets.

La sarabatana est en usage au Pérou chez les Indiens des bords du Hualaga et de rUcayali,et au Brésil chez les Ticunas, les Miranhas, les Uaupés, les Içanas, les Cauixanas, les Ipurinâs et les Catauichys. Pour la chasse, elle est toujours emf>oisonnée.

Le mot sarabatana est une corruption de carauatana, qui dérive de cara, creusé, ua, tige, et atan ou antan, dur, fort, c'est-à-dire un tuyau fort, La prononciation toute nasale a donné lieu au changement de lettres qui défigure le mot primitif. Cependant, l'Indien ne pouvait mieux exprimer sa pensée.

Les Indiens ne chassent pas tous les animaux avec cette arme; leur superstition s'y oppose. Jamais ils ne blesseront un jacaré (alligator) avec la flèche de la sarabatana, parce qu'ils considèrent cela comme une action indigne ; les serpents non plus ne sont victimes de la petite flèche, parce que l'arme se courberait loutes les fois qu'elle toucherait ces ophydiens; lejapy (Cassicus), qui sent presque toujours mauvais, est considéré comme un animal pourri et on n'emploie jamais la sarabatana contre lui, car tout le petit pot (ïuiraêry se corromprait et perdrait sa vertu. Outre celles-ci, les Indiens ont encore d'autres superstitions à ce sujet.

En décrivant les armes empoisonnées avec le uiraêry nous donnerons, par ordre géographique, d'après leur habitat, une notice sur les tribus qui les employent. Je décrirai toutes ces armes d'après nature, car je les possède;

ils ont été acquis soit au cours de mes voyages, soit par rintermédiaire de personnes qui connaissent les tribus et ont fait des d'investigations pour mon compte. Aujourd'hui les échantillons font tous partie de la section ethnographique du Musée botanique de Manâos.

Tribus péruviennes.

Les tribus sauvages de la République du Pérou qui ont des armes empoisonnées sont répandues presque toutes dans les forêts de la province de Loreto, traversée par les rivières Hualaga et Ucayali. Sur les bords du Maranon habitent également des sauvages, mais la presque totalité de ceux-ci sont déjà en relations avec les civilisés, conservant néanmoins leurs mœurs et leurs habitudes et parlant, outre leurs différents idiomes, la langue kichua ou des Incas, qui est la langue générale, comme le guarany est celle du Brésil.

Tribus de la rivière Hualaga.

CHOLONES, HIBITOS ET CHAÇUTINAS

Dans les districts de Tingo Maria et de Pachisa habitent les Cholones ainsi que les Hibitos, tribus qui jadis se livraient au pillage dans la province de Pataz, mais qui ont été soumises en 1676 à Tlnca Jupampi. Aujourd'hui, tout en ayant conservé leur idiome spécial, ils parlent l'espagnol. Ils ont l'habitude de s'enduire la tête et le corps avec le jus de Vhuito [Genipa oblongifolia Ruiz et Pavon) et avec l'achiote ou roucou {Bixa Orellana Lin.). Les plus civilisés portent un pantalon et une chemise très courts, en toile ou coton teint en bleu avec une espèce d'indigo sau-

vage. Leur arme de prédilection est la sarabatana, dont les petites flèches sont empoisonnées avec du poison fait par la tribu des Lamas, dont nous parlerons plus loin. Ils sont très paresseux et s'enivrent continuellement avec une eau-de-vie extraite du manioc qu'on nomme masato. C'est le cachiry des Indiens du Brésil.

Leurs sarabatanas sont semblables à celles des Conibos, mais plus longues et ayant les embouchures faites de deux dents de taiteiu.

Tribus de la rivière Maranon.

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