OMAGUAS
Ces Indiens sont ceux nommés Cambebas (i)au Brésil, à cause de leur coutume, aujourd'hui presque abandonnée, de serrer la tête des nouveaux-nés entre deux planchettes afin de comprimer le crâne et rendre plus tard la tête élargie et allongée, comme celles de Aymarâs.
En 1639, quand le père Acuna descendit l'Amazone.cette tribu formait une grande nation. Originaire de la Colombie, mais immigrée au Brésil, elle a presque disparu de l'Amazone. Les uns ont monté le Maranon et sont aujourd'hui au Pérou ; les autres, en petit nombre, ont monté le Japurâ et se sont répandus dans les forêts entre les sources
(1) Akan^y tête, Qt peua, aplatie.
de cette rivièfe et la rivière Tiquié, affluent de la rivière Ucayari, qui se jette dans le Rio-Negro.
Ces Indiens ont été toujours paisibles, industrieux et intelligents. La découverte du caoutchouc leur est due, car ils fabriquaient plusieurs objets avec le latex de cette Euphorbiacée. Dans les guerres qu'ils avaient, surtout avec lesTicunas. ils n ont jamais mangé leurs prisonniers; ils ne faisaient que porter en triomphe la tête de leurs ennemis morts au combat, et faisaient des colliers avec leurs dents. Ils étaient les seuls au Brésil qui cultivaient et tissaient le coton pour leurs vêtements : une espèce de simarre ayant trois trous, pour la tête et les bras. Aujourd'hui encore on les porte teints en bleu, dans le bourg de Nauta. C'était l'une des tribus qui au Brésil faisaient usage de la estolica des Péruviens.
Comme arme favorite ils employent encore à la chasse la sarabatana et leurs flèches sont empoisonnées avec le poison ticuna. En 1796, quand le naturaliste portugais Rodrigues Ferreira passa dans l'Amazone, ils étaient encore nombreux à S. Paulo de Olivenca et employaient encore la estolica^ avec des flèches empoisonnées. Au Pérou, les femmes portent aujourd'hui aussi la pampanilla et une mante.
VAGUAS
Cette tribu est parfois confondue avec celle des Omaguas, quoique leurs mœurs et leur langage soient très différents. Ils portent les cheveux très courts et ont toujours pour vêtement une ceinture faite de l'écorce de llanchafTia [Berlholetia) avec des franges faites d'écorce aussi, mais provenant d'un autre arbre ; et des colliers et des bracelets également en écorces. Leurs habits de fête sont en plumes, blanches pour les akangatars et rouges
pour les bracelets. Leurs habitations, semblables à un nid de guêpes, sont très intéressantes et réunissent dans une seule oca plusieurs familles en petits appartements. Ils habitent le voisinage du Pebas. Pour la chasse ils emploient toujours la sarabatana avec du poison fabriqué à Pebas.
Indiens de la rivière Ucayali.
CONIBOS, CAXIVOS ET PECHIVOS
Ces sauvages (gentios) habitent la rivière Ucayale, depuis le confluent du Pachitea jusqu'à Tembouchure du même Ucayale, dans le Maranon.
Ils ont été catéchisés entre i683 et 1727 mais ils ont assassiné leur missionnaire, le père J. Riter. Aujourd'hui ils sont presque civilisés par les pères Girbal et Plaza.
Ils sont de petite taille, laids et trapus; leur peau est rude; ceci est dû aux morsures des piuns (1) et à une espèce de lèpre dont ils sont affligés.
Ils font usage de certaines racines pour teindre leurs dents en jaune.
Ils sont polygames et, comme il y a peu de femmes parmi eux, ils vont, avec les Setebos et les Sepibos, en chercher parmi d'autres tribus, principalement chez les Amahuacas. Ils ont avec les anciens Omaguas ou Cambebas, du Solimôes, un certain point de ressemblance dû à l'aplatissement de la tête des enfants au moyen de deux planchettes, l'une sur le frontal et l'autre sur l'occipital.
Nous croyons que ces Indiens ont émigré du Haut- Pérou vers l'Ucayale, car dans les anciennes huacas (tombeaux) on a trouvé des crânes présentant ces dépressions.
Ils ont les cheveux coupés horizontalement sur le front
(1) Moustiques.
et longs sur les épaules, portent une espèce de simarre large, nommée cusma, faite de Técorce du turuty (Sterculia ivira Aubl.), qui, après avoir été battue et lavée, prend la consistance du drap et la couleur du chocolat. Quelquefois ils la bordent d'un galon fait d un tissu de folioles de palmiers.
Les rames dont ils font usage dans leurs ubâs ( i ) sont courtes comme celles qu'on emploie dans l'Amazone, mais lancéolées et non arrondies, ce qui les fait ressembler à des pomarys de la rivière Purus.
Leurs arcs sont courts, aplatis, tétrangulaires, faits de pashiuba (Iriartea) vernis, ayant la partie médiane couverte de fils de coton, ornés de ditférents dessins peints avec Vwucu (Bixa orellana), le caragiiu (Bignomia chica) et le caa-piranga (Mimosa, sp.). Ils couvrent cette partie avec de la paille de maïs, afin de la conserver propre pour les jours de fête.
Leurs flèches sont les plus grandes, les plus jolies et les mieux faites que nous ayons jamais vues et rivalisent avec celles des Parintintins.
Le bout de ces flèches est fait de taboca (Chusquea) peint en dedans avec des ornements jaunes et bleus et ensuite vernis, ou de pashiuha {Iriartea) denté des deux côtés et très bien achevé. Ils choisissent les pennes de Tépervier royal pour emplumer l'autre bout dont les tiges proviennent du Gymnerium sacharoides. Ces bouts ont une longeur de o"^,38.
La sarabatana est l'arme favorite pour la chasse, soit des gros animaux, soit surtout des petits oiseaux. Elle a 2 mètres de long et un diamètre de 0^,045 à la base et o"^,o2 au sommet.
Ils la construisent avec une patience admirable, au moyen de deux morceaux de bois, qu'ils évident très régu-
(1) Pirogues faites avec Técorce ànyutahy (Hymœnaea Courbaril).
lièrement et qu'ils polissent, sans laisser aucune dépression, avec de l'eau, du sable et un morceau de bois; ensuite ils les collent avec du cerol (i) et en forment un long tube aminci au sommet. Pour mieux retenir les deux morceaux, ils les enroulent (entaniçam) d'un fil en spirale, couvert d'une couche mince de la même poix, et l'enveloppent ensuite de bandes étroites de l'écorce nommée cipôuambé (Phillodendrum imbé Schott) .
Quand le tube est ainsi préparé, on y adapte, à l'extrémité la plus large, une embouchure de bois, en général muirapiranga (Caesalpinea, sp.j ayant la forme de deux cônes tronqués reliés par leur sommet au moyen de la même poix ; on fixe un anneau à l'autre bout du tube et l'on établit le point de mire à i décimètre de l'embouchure, orné d'une dent de cutia (agouti).
Le tube de la sarabatana est de o™,oi de diamètre à l'intérieur.
Quel savoir-faire et quelle patience ne leur faut-il pas pour creuser et égaliser le bois, lorsqu'on songe qu'ils n'ont comme outils que des dents de taitetu (Dicotyles) et d'agouti et un morceau de bois avec du sable et de l'eau pour lisser l'excavation.
L'arme est de longue durée et on s'en sert pour lancer, au moyen de la bouche, les terribles projectiles qui, quoique très petits et minces, portent toujours la mort avec eux.
Ces projectiles sont de petites flèches faites de taquara (Chusquea) cylindracées, amincies d'un côté, ayant o"^,28 de long et o^,oo3 de diamètre.
A 0^,02 du bout piquant, ils pratiquent toujours une
(1) Matière glutineuse semblable à de la poix composée de la résine de uanany {Maronobea coccinea), de la cire vierge, du lait de massarandyba (Mimusops elata) et des feuilles de Batata doce (Convolvulus), le tout fondu en une masse qui prend une couleur noire et une consistance vitreuse quand elle est sèche.
petite incision afin de rendre ce point très fragile, de sorte qu'au moindre choc sur le corps de Tanimal ou de l'homme, la petite flèche se casse en laissant dans la blessure le bout, qui est toujours empoisonné, et ne porte pas plus de 1 centigramme de poison. Jamais les petits projectiles ne traversent l'animal, quelle que soit la force employée, car la résistance du corps brise toujours la flèche.
Les Indiens, qui savent que le poison n'est dangereux qu'en contact avec le sang, préparent leurs flèches de telle manière qu'elles ne pénètrent jamais dans les viscères, car alors les résultats seraient nuls.
Au Brésil, les grandes flèches, lancées au moyen de l'arc, ne sont jamais empoisonnées; elles ont le bout fait de taquara lancéolé ou d'un bois dur denté des deux côtés afin de l'empêcher de sortir du corps.
La petite blessure, qui ne dissout jamais plus de 2 milligrammes du poison, est suflîsante pour donner la mort, soit à l'homme, soit à un animal de petite taille.
Pour Yuiraêiy-y ce n'est pas la quantité, mais la qualité qui vient en ligne de compte. Si la quantité n'est pas suffisante pour tuer immédiatement un grand animal,, elle l'est toujours pour le but à atteindre : l'arrêter dans sa course. Pour la chasse au jaguar on emploie presque toujours les taquara (1). Ces minces stylets sont conservés dans le eûareru, plutôt huybreru (2), petit carquois fait d'un chaume de taquarussu (Chusquea), fermé d'un côté par son nœud et portant à l'intérieur une frange entortillée faite de bandes de folioles de palmiers aussi grandes que le carquois, ayant la forme d'un balai.
Les Indiens placent les flèches déjà empoisonnées entre
(1) Les Tapuyos donnent ce nom aux flèches de guerre, parce qu'elles sont faites presque toujours d'un cfiaume du Chusquea connu sous le. nom de taquara. (a) Huyb^ flèche, reru^ qui porte, carquois.
ces bandelettes et, comme ils n'en font usage que préparées d'avance, ils portent, attaché au carquois, un petit fruit du Crescentia cuyeté, troué, plein de huimba sutnauma, au Brésil [Eriodendron sumauma,) traversé du côté opposé par un petit morceau de cipô (liane) qui, au moyen de fibres, est lié au carquois par les extrémités.
Cette sumauma, blanche et brillante, sert à entortiller le bout non empoisonné et à comprimer l'air dans la sarabatana, afin de donner la direction et la force aux flèches.
Le carquois est porté en écharpe ; quand on veut s'en servir, on en retire un stylet, on l'introduit par un bout dans la calebasse et, en donnant un tour de main, on le retire avec une petite quantité de sumauma.
Celle-ci est effilée avec une grande agilité et entortillée au bout du stylet ou petite flèche, ce qu'on obtient en la faisant tourner entre l'index et le pouce pendant que la main gauche ouvre la sumauma. Puis, pour la lisser et lui donner le diamètre du calibre de l'arme, on passe la flèche entre l'index, le pouce, le médius et l'annulaire, la partie couverte parla sumauma restant sur la paume de la main et, au moyen de la main droite, on lui imprime un mouvement rotatoire de dedans en dehors. Quand la flèche est finie, on humecte le bout empoisonné entre les lèvres et on l'introduit dans la sarabatana. On porte l'embouchure de celle-ci aux lèvres et d'un souffle brusque, fort et sec, on lance la flèche à des centaines de mètres.
Pour se servir de cette arme on doit la tenir dans une position élevée. Quand le temps est serein, le tir est tellement juste que même les plus petits oiseaux sont atteints sur les plus hautes branches des arbres, où le plomb du chasseur civilisé ne pourrait jamais les frapper.
MAYURUNAS
Les Indiens de cette tribu, qui sont déjà civilisés, habitent à Cochiquinas et à Loreto ; ceux qui sont encore sauvages, les bords du Rio-Ucayale et le Javary. Ils portent les cheveux longs coupés sur le front; leur teint est plus ou moins clair. Ils se coiffent au moyen de bâtonnets et ornementent leurs cheveux avec des plumes. Lors de certaines fêtes, on fait plusieurs trous autour des lèvres des enfants quand ils sont encore très jeunes, puis on les pare de plumes. Ils s'arrachent les poils de la barbe avec des coquilles qui leur servent de pince.
Quand ils sont civilisés, les Mayurunas sont dociles et travailleurs; mais, à l'état sauvage, ils sont féroces. Leurs armes sont les kurabys, les murukus et les kuidarus.
Ce furent ces sauvages qui attaquèrent les membres de la commission chargée de la délimitation des frontières avec le Pérou, dont le chef était le capitaine de frégate Costa Àzevedo. Dans cette attaque le commandant Joâo- Soares Pinto, de la marine brésilienne, fut tué et le chef péruvien Paz Soldan perdit une jambe.
ORIJONES
Cette tribu, comme les Botocudos du sud du Brésil, a l'habitude de se percer les oreilles et d'y introduire un morceau de bois léger, ce qui les étend au point de les rendre difformes ; c'est de cette coutume que provient leur nom. Quelques-uns percent aussi le cartilage du nez et y fixent un morceau de bois.
Ils habitent la rive orientale de la rivière Napo. Ils sont toujours complètement nus, leurs longs cheveux tombant sur leurs épaules.
Ils vivent dans le village Ambiyacu (rivière du poison).
situé sur la rive droite de la rivière qui donne son nom à cette bourgade.
Les Orijones ont la réputation de fabriquer Vuiraêry le plus' énergique pour l'usage des sarabatanas; pourtant, ils n'employent que du ramu et du pani. Le premier, qu'ils nomment taratu, est le Strychnos Castelnaei Willd. qjii fleurit en septembre, et le second, nommé bobugo, est le Cocullus toxifeius Willd., qui est en pleine floraison en janvier.
PEBAS
Cette tribu habite la rive gauche du Maranon, entre les rivières Napo et Putumayo; elle forme la base de la population du hameau de Pebas et entretient des rapports avec les Ticunas, fugitifs du Brésil.
Leurs armes empoisonnées sont la sarabatana et les kurabis.
Leur vrai poison, Vamby, est composé comme celui des Orijones, uniquement avec du ramu et du parti.
On dit qu'au Pérou le poison le plus énergique, à part celui des Orijones, est celui que préparent ces Indiens, mais il est falsifié.
Dans la bourgade nommée Pebas, habitée par des Indiens civilisés, mélange d'Orijones, de Ticunas et de Pebas, on fabrique du poison qui forme un article de commerce.
Ce poison est très énergique, mais il n'est préparé ni avec le même soin ni avec les mêmes plantes que le véritable; il se compose de Strychnos mélangés à des Ménispermacées .
Alcide d'Orbigny ( i) dit : « C'est à Pebas qu'est la grande fabrique de poison pour les hameaux environnants. »
(i) Voyage aux deux Amériques, p. 117.