ROLE
Quatre heures après l’agression, elle est prise de vomissements et rend du sang presque pur (un verre et demi environ) ; à plusieurs reprises, dans la journée, ces vomissements se renouvellent. La soif est vive, mais les boissons ingérées sont immédiatement vomies, mélangées de sang. Le troisième jour, la malade essaie de prendre quelques aliments en petite quantité, mais leur ingestion détermine des douleurs épigastriques très violentes. Régime lacté., Pendant plusieurs jours encore, les liquides ingérés déterminent des crampes très douloureuses et provoquent des nausées sans vomissements. Pendant tout ce temps, la pression au-dessous de l’appendice xiphoïde et le long du rebord costal gauche détermine une douleur assez vive.
Peu à peu la malade, dont l'appétit revient de Jour en jour, commence à prendre quelques aliments solides, n’éprouvant plus de douleurs, ni aucun symptôme particulier au niveau de l’es-
tomac,
Observation X
Dupray, Loc: cil.
L. P..., 48 ans, est entré dans mon service, le 3 décembre 1879 ; c'est un homme d’une bonne santé habituelle, non alcoolique, n’ayant jamais présenté aucun symptôme gastrique,
Il y a six semaines environ il a été renversé par une:voiture ; il est tombé en avant, la région épigastrique portant violemment sur le sol. Il avait mangé quatre heures avant l'accident, Tout, d’abord douleurs médiocres, pas de vomissements ; le malade put regagner à pied son domicile.
Le lendemain, les douleurs à la région épigastrique étaient
plus intenses ; il se produisit quelques vomissements renfer-
Rue
mant du sang noir et coagulé ; ces vomissements se renouvelèrent les jours suivants : il y avait en outre de l’inappétence, de la soif et l’ingestion des liquides même était douloureuse, Traitement : lait et eau de Vichy, quelques gouttes de laudanum, Au bout de quinze jours, le malade allait mieux : plus de vomissements ; l’appétit étant revenu, 1l recommença à travailler.
Cependant, sans aucune cause connue et sans que le malade ait fait aucun excès, les mêmes symptômes se manifestèrent de nouveau : l'appétit disparut peu à peu et, et il y a douze jours, le blessé fut repris de vomissements, mais ceux-ci ne renfermaient d’abord ni sang, ni matières noirâtres,
A l'hôpital, on trouve dans les vomissements la présence, en quantité notable, d’une substance analogue à du marc de café. En outre, le malade accuse des douleurs très intenses qui le privent de sommeil, siègent à la région épigastrique, s’irradient dans le dos et ne se calment que par le décubitus sur le ventre. L’exploration la plus attentive de la région épigastrique est négative, La santé généraie est assez bonne, sauf un peu de pâleur et d’amaigrissement ; toutes les fonctions sont normales, Sous l'influence du régime lacté associé à l’eau de Vichy, les douleurs et les vomissements ont à peu près cessé, l'appétit a reparu et le malade quittait l’hôpital, sur sa demande, dans un état très satisfaisant, après un séjour d’environ deux mois, c’est-à-dire cinq mois
environ après l’accident.
Rae AE
Observation XI
R. Srerx. Ueber traumatische. Entstehung innerer Krankheiten. léna, 1900, pages 197-213.
(Cas observé dans l’armée prussienne, année 1888-1889).
Le 8 juin, un soldat du génie, très bien portant antérieurement, s’est heurté avec violence le ventre contre une poutre, dans un saut maladroit. Quelques minutes après l’accident, il a presque entièrement perdu connaissance.
A son retour à la caserne, il a vomi du sang; dans la journée, les douleurs qu’il ressentait à la région épigastrique disparurent et il continua son service ; dans la soirée, il eut uné nouvelle hématémèse. Il entra à l'hôpital où l’on ne constata rien d’anormal du côté des appareils cardiaque et respiratoire; pas de fièvre. La région gastrique était très sensible à la pression.
Du 11 au 30 juin, le malade n’a pas eu de vomissements de sang, mais les efforts de toux provoquaient des régurgitations brusques d’une petite quantité de liquide rougeâtre ; à la fin du mois d’août, la nourriture était bien supportée. Le 3 septembre, trois mois environ après le traumatisme, la guérison était com-
plète.
Observation XII
Vannr. Sul! ulcera dello stomaco di origine {raumalica.
Lo Sperimentale. Firenze. Juglio, 1889.
Le 26 décembre 1887, un homme de 32 ans tombe d’une chaise et se contusionne la région épigastrique contre la colonne d’un
lit en fer. Perte de la connaissance et, quelque temps après, vo-
Sont
missement du repas ingéré. Le lendemain matin, le malade res= sent une violente douleur à l’épigastre ; puis il perd l’appétit et accuse des douleurs gastriques après les repas.
31 décembre. — Deux vomissements.
1 janvier. — Vomissements après les repas.
15 janvier. — Première hématémèse qui s’est renouvelée le 19 janvier. Affaiblissement général,
20 janvier. — L'auteur voit le malade pour la première fois; c’est un homme d’une forte constitution mais pâle. La langue
est saburrale. A la pointe du sternum, sur une surface circons. crite de 3 centimètres carrés environ, la pression provoque une violente douleur; à ce niveau existe également une douleur spontanée qui se propage en arrière vers la colonne vertébrale. L'estomac n’est pas dilaté ; on ne sent aucune résistance anormale. Les vomissements à demi liquides et à demi solides contiennent de l'HCI libre ; on n’y trouve pas de sang. Traitement: régime lacté et eaux minérales alcalines.
28 janvier. — Nouvelle hématémèse. Depuis cette époque, l’amélioration a été rapide ; après un mois, on constate une augmentation de poids de quatre kilogrammes. Les douleurs spontanées ont disparu, la pression seule de la région épigastrique, reste encore un peu douloureuse. Au bout de frois mois, la
guérison est complète et le malade peut reprendre son travail.
Observation XIII
Taie. Âandbhuch der Unfallerkrankungen, Band. IT Teil pages 434-163. Stuttgart, 1909.
Un cultivateur, âgé de 47 ans, robuste, non alcoolique, reçut Je 15 juin 1898 un coup de museau de vache dans le creux épi-
gastrique. Il ressentit aussitôt une vive douleur qui s’afténua
or
rapidement, pour reparaître quelques jours après avec une perte complète de l’appétit.
Le 26 juin, onze jours après l’accident, le malade eut une première hématémèse suivie de syncope ; les 28 et 29 juin, nouveaux vomissements de sang. En même temps, on nota de la sensibilité de la région épigastrique et des signes de dilatation d’estomac. Sous l'influence du traitement, les accidents disparurent rapidement. Toutefois, revu en 1906, le blessé avait encore une légère dilatation gastrique avec une certaine infiltration de la
région pylorique.
Observation XIV
Raxezerri. Observation n° XIII du mémoire « L’ulcera traumatica dello stomaco ».
C. S..., manœuvre, âgé de 17 ans, entre le 11 août 1904 à l'hôpital Humbert-Ier, dans le service du Professeur Zeri, pour des douleurs gastriques.
Aucun antécédent héréditaire ne mérite d’être signalé. Le malade ne fume pas et ne se livre à aucun excès alcoolique ; son appétit a toujours été bon et ses digestions faciles.
Le 4 juin 1904, une heure après son repas, une planche d’un pont de bois sans parapet ayant manqué, 1l tomba avec un seau d’eau d’une hauteur de dix mètres sur un sol couvert de matériaux de construction ; il se contusionna violemment la région épigastrique à gauche, la base du thorax et l’épaule gauche, Il perdit connaissance et fut transporté à l'hôpital Saint-Jacques, où l’on constata de multiples contusions, uné plaie du cuir chevelu et une fracture de la clavicule gauche au tiers externe ; après avoir
repris Connaissance, il accusa une violente’ douleur épigastrique
co sé qui s’atténua peu à peu ; toutefois, on prépara le nécessaire pour une intervention chirurgicale.
Deux jours après, le malade se mit à tousser, à rejeter des crachats muco-purulents: l’auscultation révéla des signes de bronchite dans le lobe pulmonaire supérieur gauche ; en outre, l’appétit était diminué et une alimentation légère était seule tolérée. I quitta l'hôpital après vingt-trois jours, guéri de ses lésions chirurgicales, mais ayant encore de la toux et une douleur épigastrique.
De retour dans sa famille, il reprit son alimentation habituelle. Bientôt, alors que la toux cessait, la douleur épigastrique augmentait ; continue, elle devenait plus intense aussitôt après les
repas et s’accompagnaït d’une sensation de brülure à l’estomac, avec éructations acides. Dans la seconde moitié du mois de juillet, environ un mois et demi après l’accident, subitement, le malade vomit pour la première fois un verre et demi environ de sang liquide et rutilant ; au début du mois d’août, pendant le repas, il vomit plusieurs cuillerées de potage mélangé de sang.
Préoccupé de ce fait, il entra le 11 août à l'hôpital Humbert-ler, où l’on fit les constatations suivantes .: jeune homme d’une constitution plutôt faible, pâle, légèrement œdématié ; cal osseux à la clavicule gauche. Vibrations thoraciques augmentées, tympanisme et diminution du murmure vésiculaire dans le lobe supérieur du poumon gauche ; douleur à la palpation de la région épigastrique, surtout au niveau de la ligne médiane ; la pression profonde est intolérable, On ne trouve ni tumeur abdominale, ni dilatation d’estomac. La sensibilité cutanée et les réflexes rotuliens sont exagérés. Les autres organes sont indemnes. Le blessé se plaint d’une douleur spontanée avec sensation
de brûlure et de pesanteur siégeant à la région épigastrique et
augmentant d'intensité avec l’ingestion des aliments. Sous l’influence du traitement (diète lactée, application logale de glace, azotate d’argent), il se produisit une amélioration très sensible,
Le 16 septembre, le blessé absorbe en cachette quelques aliments solides ; le lendemain au réveil, sans aucun effort, il rejette un verre d’un liquide sanguinolent, de couleur rouge sombre, acide (HCI: 2 */,) ; les douleurs reparaissent. Malgré le traitement, les 18, 21 et 22 septembre, le malade a de nouvelles hématémèses ; la douleur s’atténue toutefois et le 94 octobre, le blessé sort de l'hôpital.
Revu en novembre, c’est-à-dire cinq mois environ après l'accident, il n’accuse plus aucune douleur stomacale et a repris
entièrement son alimentation habituelle. .
Observation XV.
Lavezze. Contribution à l’étude de l’ulcère traumatique de l'estomac. Thèse de Bordeaux, 15 février 1907, page 32.
(Observation communiquée par M. le Professeur agrégé Sabrazès).
Joseph B..., âgé de 43 ans, marin, entre le 19 septembre 1904 à l'hôpital Saint-André parce qu’il souffre de l'estomac.
Personne dans ses antécédents héréditaires n’a présenté de troubles gastriques ; quant à lui, il a toujours joui d’une bonne santé, d’un bon appétit et de digestions faciles. Il avoue quelques habitudes alcooliques. |
Au commencement du mois de juin 1904, aprés le repas de midi, il à fait un faux pas, a glissé et est tombé sur un seau, la face en avant. La région épigastrique a été sérieusement contusionnée, au point que, le lendemain, une ecchymose de la lar-
geur d’une main d’enfant s’y montrait, Malgré cela, le malade
RS
Ps s0+ LP n'éprouve aucune douleur et peut continuer quelque temps son travail.
À peine deux ou trois Jours se sont-ils écoulés, qu’il commence à ressentir des lourdeurs d’estomac; il n’a plus le même appétit; plusieurs fois dans la journée, surtout une heure ou deux après avoir mangé, il a de petits vomissements alimentaires un peu glaireux, un peu acides. Les douleurs épigastriques s’accentuent de jour en jour, deviennent insupportables. Le malade est obligé de cesser tout travail.
Le lundi 19 septembre, érois mois environ après l'accident, il a subitement un grand frisson et vomit un litre et demi de sang rouge, mélangé à des caillots. Il perd connaissance; on le transporte à l’hôpital.
Voici dans quel état nous l’avons trouvé le lendemain :
20 septembre 1904. — Päleur extrême ; pouls égal, régulier, filiforme. La palpation de l'estomac est relativement facile. On détermine bientôt cependant une assez vive douleur, douleur en broche, qui a son point de départ à quelques centimètres de l’appendice xiphoïde à gauche, et qui correspond, en arrière à un point diamétralement opposé. Pas de météorisme, pas de hoquet, pas de nausées. Les autres organes paraissent sains. On prescrit le régime lacté, le repos au lit le plus absolu, la glace sur le ventre.
24 septembre. — Le blessé se trouve mieux ; il n’a pas eu de vomissements, mais une fois, a constaté la présence de sang dans ses selles.
30 septembre. — Le malade prend quelques aliments solides.
3 décembre. — Hier au soir, il a été pris d’étourdissements et de violentes crampes d’estomac. La nuit, il a eu un vomissement
alimentaire avec d’abondants caillots de sang.
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Ce matin, nous le trouvons très pâle, très abattu. L'épigastre est douloureux ; on supprime tout aliment solide.
4 décembre. — Selles noirâtres.
15 décembre. — Le malade ne souffre plus.
Le 15 janvier 1905, sept mois environ après le traumatisme, il
sort à peu près guéri.
Observation XVI
Lavecre. Loc. cit., page 34.
(Observation communiquée par le Dr B..., médecin stagiaire au Val-de-Grâce.)
Jules E..., trimardeur, âgé de 54 ans, souffre de l’estomac depuis 1905, à la suite d’un accident. Jusqu'à cette époque, il a toujours été bien portant. Cependant, il ne mangeait jamais à heure fixe, fumait beaucoup et buvait chaque jour un litre de vin et deux à quatre apéritifs.
En 1882, il a eu un chancre sur la verge.
En 1905, il reçoit sur l’épigastre un coup de pied d’un cheval qu’il pansait ; il tombe et perd connaissance, À partir de ce moment, il ressent de vives douleurs épigastriques, douleurs en broche, le traversant de part en part et se montrant toujours après les repas. Pour les cälmer, il est obligé de se coucher une heure environ sur le côté gauche. Il ne tarde pas à avoir des vomissements où il ne constate jamais trace de sang. Il n’a jamais de melaena. Il se soumet lui-même au régime lacté presque exclusif et, au bout de deux mois environ, les troubles gastriques ont disparu. Il cesse alors tout régime.
En juillet 1906, il aidait à mettre en meule des gerbes de blé,
quand subitement, faisant un effort pour soulever l’une d’elles,
* il sentit une vive et profonde douleur au creux épigastrique ; c'était, dit-il, comme si quelque chose s’était déchiré dans son estomac. Il ne put continuer son travail et alla se coucher. Une demi-heure après, il fut pris de hoquet, de nausées et vomit une quantité assez considérable d’aliments, mêlés à d’abondants caillots, On prescrivit des cataplasmes chauds sur le ventre, le régime lacté, le sous-nitrate de bismuth. Les deux selles qui suivirent l’hématémèse furent franchement sanguinolentes.
Pendant quelque temps, il continua à souffrir surtout après avoir introduit quelque aliment dans son estomac. Il éprouve une sensation de brûlure qui a son maximum d'intensité dans ‘la région périxiphoïdienne et va s’irradiant dans le dos, vers la première vertèbre lombaire. Le matin, dit-il, il a quelques petits vomissements glaireux, très acides. Quelquefois il a, dans la Journée, de petites hématémèses d’un quart de verre à un verre à liqueur d’un sang rouge, sans caillots. Ce symptôme ne l’effraie pas outre mesure, car vers le milieu du mois de septembre, il cesse tout régime et reprend sa vie et son métier de trimardeur.
Le 6 janvier 1907, il nous a été permis de revoir ce malade, Son état est très satisfaisant. Depuis un grand mois il n’a pas eu la moindre hématémèse ; il ne souffre plus de l'estomac. Il serait, nous dit-il, tout à fait bien portant, si le matin au saut du lit, il ne vomissait pas quelques glaires très acides qui le brûlent tout le long de l’æœsophage. La guérison semble cette fois
complète six mois environ après le deuxième traumatisme.
Pelit