SCÈNE XXI
Les Mêmes, LE MARÉCHAL, État-major,
Troupes , etc.
GIL PERES
Monsieur le Maréchal , nous venons vous demander justice d’un suborneur.
LE MARÉCHAL
Je devrais, moi , monsieur l'Alcade, vous demander justice des assassins qui viennent de m'attaquer... mais je me la ferai...
GIL PERES
Alors mon ministère devient parfaitement inutile... pour la chose dont il s'agit... Pour le séducteur... la chose est patente... le voici encore à la fenêtre de la chambre...
PEQUILLA , s'avançant.
Monseigneur, il a toujours été seul , je n'ai pas quitté mon père.
LE MARÉCHAL
Je ne vois pas alors... Et où est-il donc, ce terrible homme?
GIL PERES
Mais là... à la fenêtre.
Mais, c’est «le là qu'on a tiré sur l’assassin.
AUGUSTE
Oui, mon Maréchal, avec cette carabine.
LF. MARÉCHAL.
C’est vous qui avez crié : « Garde à vous. Maréchal. »
AUGUSTE
Et je vous ai dit de baisser la télé, c’était pour mieux ajuster le brigand.
LF. MARÉCHAL.
Messieurs, c’est ce jeune homme qui m’a sauvé la vie.
M AILLOT, tournant le dos au Maréchal.
Comment! tu as fait ça, toi!.. Mais viens donc, viens donc que je t’embrasse, garçon.
AUGUSTE
Mais je ne peux pas, je suis enfermé.
IIA1LL0T.
Enfermé ! mille tonnerres ! je vais enfoncer la porte. (Il entre dans la maison.)
LE MARÉCHAL
Qui donc l'a enfermé?
PEQUILLA.
Ce n'est pus moi..
Ni moi.
LE MARÉCHAL, à Peblo.
Alors c'est vous... C’est un guet-apens...
n.AILl.OT, rentrant en serrant son fils dans ses bras.
C’est bien, garçon, ce que tu as fait là... Que je t’embrasse encore!., (s'approchant du Maréchal, et lui parlant, la main au bonnet, sans le regarder.) Monseigneur, le brigadier est mon lils... C’est jeune, et je lui ai déjà dit que les amourettes ne valaient rien dans ce pays... Je vous prie de lui pardonner sa petite équipée... il sera plus sage à l’avenir.
LF. MARÉCHAL.
Sois sans inquiétude, mon brave; j'ai de bonnes raisons pour lui pardonner.
HAILLOT, se retournant.
Maréchal . ça vous fait doux amis solides de plus... (Le regardant.) Ali ça ! mais... est-ce que je liais la breloque!.. Je n'ai pas la berlue... c'est bien toi!.. Pardon, monseigneur!.. Et pourtant , quand il y aurait un peloton là prêt à me fusiller... je dirais que c’est toi... Mouscigneur, excusez-moi, je suis peut-être un peu fou... et cependant, mille nom de Dieu, tues bien mon camarade, Victor de Sambrc-ct- Meuse!..
LE MARÉCHAL
Et qui te tend les bras , comme autrefois.
nAILLOT.
Monseigneur, je n’ose pas.
LE MARÉCHAL
Pourquoi? parce que j’ai un peu plus d'or que toi sur mes habits... ne sommes-nous pas tous deux soldats de la France !
Ai* Tool ç»
Tous deux, au même bouchon ,
Lorsque nous buvions rasade.
J’étais bien petit garçon,
Oreste valait Pilade I
On a fait , de grade en grade ,
13 n maréchal de Victor...
Mais pour toi, vieux camarade, l"tit bonhomme
Vit encor.
HAILLOT.
Allons, je vois, monseigneur, que tu n’es pas devenu fier. (Il s'embrassent)
LE MARÉCHHL.
Je ne puis l’être avec toi, je suiston débiteur., je te dois encore tou habit.
HAILLOT.
Ah ! c’est vrai !
LE MARÉCHAL
Je vais te le rendre.
(Il fait signe * son aidc-dc-camp,) HAILLOT.
Oh ! ce n’est pas la peine.
LF MARÉCHAL.
Je ne pense pas comme toi... chaque grade ; que j’ai conquis sur le champ de bataille, m’a L rappelé ton habit que j’avais précieusement conservé, et c’est peut-être au désir de te le rendre un jour que je dois mon illustration... j’ai mis de l'entêtement à ne pas manquer de parole à un • 4g» vieux camarade... Ole celui que tu portes, et