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Non, il n’y point de gallicans dans ce pays. Placé en face ‘l'un pouvoir protestant, le clergé canadien n'a jamais pu songer à former sous sa tutelle “une Eglise nationale.” Il s'est contenté d'affirmer ses droits en vertu du Traité de Cession, et plus tard lorsqu'il a demandé des réformes, il s'est adressé au peuple souverain, au parlement libre, Le principe de la liberté religieuse et de la protection légale à tous les cultes nous étant concédé par l'Angleterre, l'Eglise ne doit rien aux faveurs de l'Etat, elle doit tout à sa justice. C’est pourquoi notre point d'appui est toujours resté à Rome, et aujourd'hui aucun pays plus que le Canada français n'est en étroite communion avec le Saint-Siège, ce que l’on peut voir en jetant un coup d'œil sur notre Code Civil, C’est ainsi, d'ailleurs, on le sait, qu’en a jugé un éminent Docteur romain, (*)
(*) * Le Code Civil du Bas-Canada ne doit pas être mis sur le même rang que ceux qui, dans ces temps modernes, ont obtenu force de loi chez la plupart des peuples de l’Europe et d’ailleurs, et qui ne sont qu’une imitation, pour ne pas dire une reproduction pure et simple, du Code napoléonien. Il diffère, en etfet, sur une foule de points, de tous les Codes de cette civilisation toute nouvelle, et dans sa forme, qui est meilleure, et dans son fond, qui est resté RUE de la plupart de leurs erreurs. Aucun des Codes que nous venons de dire ne s ’attache à la doctrine et à la copine, de l'Eglise catholique, ou du moins ne les respecte à l’égal de celui-ci.......................,,.,.,,..,.,,..,,,.,.
“ La raison de la différence que l'on remarque entre les Codes modernes et celui du Canada, se trouve dans le fait que les premiers, rejetant les anciennes lois qui consacraient le principe de l’union de l’Eglise et de l'Etat, s'inspirant de l'erreur de l'indifférence en Keligion, ou de la haîne contre l'Eglise catholique, formulèrent aux nations un droit civil nouveau. Le Code canadien, au contraire, à retenu l’ancienne législation du pays, à quelques changements près, et respecté les mœurs et coutumes du peuple. Si donc on en effaçait les quelques taches qui s’y trouvent, il pourrait être regardé comme un bon Code d’ure nation catholique, en faisant, bien entendu, la part du fait que cette législation est celle d’un peuple mixte en religion, comme c'est aujourd'hui le cassen Canada.”—Observations critiques sur le Code Civil du Fi Crnates par Philippe C. de Angelis, professeur de droit canon à
l’Université de Rome.
Cette traduction est signée par M. I. Gravel, prêtre, et c’est celle que Mer. Bourget a fournie à son clergé. La dernière phrase citée 8e lit ainsi dans l'original : ‘ Paucis proinde damptis posset hic reteneri ut bonus codex catholicæ gentis, nisi quod respiciat populum mixtæ Relisinis quæ est actualis Regionis conditio.”
+ ‘ Notre devoir serait maintenant d'indiquer à quel moyen il faudrait recourir pour faire disparaître du Code ces dispositions contre le droit. Il n’est cependant pas à croire que l’on puisse arriver là en proposant que les articles susdits soient effacés du Code et rem in068 par d’autres parfaitement en harmonie avec les canons de l'Eglise. La chose serait désirable, mais probablement n’est pas à espérer. Cependant, ce que l'Eglise ne peut pas obtenir directement, elle l’obtiendra pent- *| Vs d’une manière indirecte, et je propose les moyens suivants.’”’
(Idem
Cet éminent canoniste, il est vrai, a trouvé quelques erreurs dans notre Code, et l’on nous accuse de tenir à ces erreurs ; en quoi nous sommes encore gallicans, La persistance de cette accusation doit nous étonner, car les protestations ont été nombreuses et explicites, Nous ne demandons pas mieux que de mettre nos lois en parfaite harmonie avec le droit canon ; nous croyons seulement que la chose est impossible, Ainsi le droit canon veut qu'un prêtre accusé de meurtre soit d'abord déuoncé à l’évêque, qui jugera ensuite s'il doit être livré à la justice civile. Il n'est pas permis d'espérer que le Parlement fera une loi dans ce sens, Ce serait une tyrannie et une monstruosité pour les protestants, qui n'auraient pas confiance en l’impartialité de l’évêque dans le cas où la victime du prêtre assassin serait un de leurs co-religionnaires,
Quant aux défauts réformables de notre Code, nous n'y tenons pas, qu'on nous fasse l'honneur de le croire, Nos lois sont un héritage que nous amendons avec le temps; mais pour cette réforme nous croyons que la prudence etla patience sont nécessaires, n'oubliant jamais que nous sommes entourés de gens hostiles plus forts que nous si nous les provoquons à une lutte corps à corps, et nous pensons que l’on ferait bien d'imite la discrétion du Docteur De Angelis, déjà cité, qui re pi pose que des moyens éndirec!s d'améliorer nos lois, f L'Eglise du Canada occupe aujourd'hui une belle position ; nous sommes de ceux qui s'imaginent qu'elle n'a pu arriver 1 que par une tactique sage, et qui veulent la continuation de cette tactique. Nous désirons que les traditions de l’épiscopat sur ce point ne cessent jamais d'être notre règle de conduite à tous; en rompre la chaîne, ce serait compromettre le succès d'une réforme depuis longtemps commencée, et détruire l'unité du peuple et du clergé, unité absolument essentielle à notre vie nationale,
L'histoire de l'Eglise au Canada depuis la cession est à la fois consolante et instructive pour les amis de la religion et de la liberté, Sous le régime d’une puissance protestante, le Catholicisme semblait ne devoir vivre que de persécutions, ou tout au moins de tracasscries de la part des gouvernements ; nous voyuns toutefois que les conditions civiles de son existence se sont améliorées graduellement tous les jours, sans luttes violentes, sans aucun de ces déchirements dont les autres pays ont trop souvent payé les progrès les plus légi-
times, L'affranchissement de l'Eglise canadienne, accompli sans secousse par la législation, paraît n'être que le développe ment des circonstances, le résultat de la force des choses, c'està-dire de ce bon sens pratique dont le triomphe constitue le bonheur des peuples libres: c'est l'œuvre du temps, voilà ce qu'on peut dire, En d'autres termes, l'indépendance de l'Eglise dans ce pays est passée dans le domaine des faits à mesure que s'y affermissaient toutes les libertés; elle n'est, à vrai dire, que le corollaire logique de la liberté politique, mais on wapprécie pas assez tout ce qu'il à fallu de prudence et de sagesse pour faire accepter cette conséquence dans les lois. L'œuvre de nos hommes d'état a eu du retentissement, parce qu'ils ont conquis d'assaut la liberté constitutionnelle ; celle de l'épiscopat a été moins voyante, parce qu'il a évité les luttes publiques et n’a réussi que par la diplomatie privée. Si l'on excepte Mgr Plessis, qui n'essayait pas d'élargir le cercle de droits reconnus, mais défendait ses positions contre une attaque ouverte à une époque où nous n'étions pas libres, nos évêques se sont toujours abstenus de tout ce qui aurait pu provoquer des résistances ou l'organisation d'un parti contraire, comme par exemple, de publier une liste de leurs griefs et de leurs droits stricts, comprenant bien que, forcés de compter avec la population protestante, le meilleur moyen d'obtenir justice était pas de la réclamer avec éclat pleine et entière d'une même fois, mais plutôt de demander de temps à autres certaines réformes, selon que les circonstances paraitraient favorables. II y a telle loi qui, évidemment, a dû être suggérée par un évêque, dont le nom cependant est inconnu à l'histoire : tactique modeste, qui a eu plein succès, qui réussirait encore,
Mais le clergé abdiquant ainsi tout rôle politique #n matière religieuse, les laïques ont dû leur suppléer quelquefois, soit dans l'enceinte du Parlement pour répondre à des adversaires fanatiques du catholicisme, soit dans la presse pour réfuter les accusations des journaux protestants ou radicaux. Ils ont de la sorte rendu à la cause religieuse des services réels, que le clergé a su reconnaître: d’où est venu un échange de services qui a cimenté l'union entre les prêtres et les citoyens, On comptait les uns sur les autres, on marchait au même but, liberté complète pour la religion et la nationalité, et les uns avaient le mérite des conseils, les autres celui de l’action: de cette communauté de vues, de cette habitude d'appui récipro-
que, est résulté l'identification du clergé et du peuple, qui a été notre force et notre sauvegarde,
C’est cette harmonie féconde qui est aujourd'hui compromise par nos discussions, par l'abandon partiel de la tactique constante de l’épiscopat, et les choses s’aggraveront certainement si l'on transporte le débat dans l'enceinte de la législature,
A force de prudence, nous avons réussi à améliorer considérablement nos lois dans le sens religieux : il s'agit de savoir si, par des impatiences, par des réclamations hâtives, en nous divisant sur une question d'opportunité, nous allons paralyser l'ensemble de ce mouvement réparateur qui s'accomplit déjà depuis nombre d'années à la faveur des libertés que la constitution nous garantit,
On nous répond que le véritable catholique ne doit pas transiger avec l'erreur, qu'il doit avoir le courage de proclamer la vérité quand même, arrive que pourra,
La perspective d’être persécuté ou haï pour la vérité a de quoi tenter les cœurs épris du beau et du bien; mais il n’en est pas question pour le quart-d'heure, Personne ici ne dit à VEglise: Abaissez cette barrière, biffez cet article de votre croyance, On dit seulement à des serviteurs trop fougueux : N'allez pas si vite ; en demandant trop à la fois, vous indisposerez les gens et vous n'obtiendrez rien, ou dans tous les cas vous multiplierez les difficultés.
Y a-t-il en ceci rien qui ne soit orthodoxe ? Inflexible sur la théorie, l'Eglise ne dit jamais aux gouvernements: Tout ou rien ; elle prend ce qu'ils lui donnent, et réclame ce que la prudence lui permet, si peu que ce soit en certains temps. Les concordats qu’elle signe en sont la preuve, Elle les accepte comme une nécessité pour éviter un plus grand mal, Eh bien! nous disons dans le même esprit: Tolérez quelques défauts de nos lois, afin de né point tomber dans le cas de n'en pouvoir corriger aucun.
Non, entre nous la vérité religieuse n’est pas en jeu. Elle est notre propriété commune, placée dans une sphère, à une hauteur d'où nos disputes ne la feront pas descendre, Nos cœurs laiment, et si rien pouvait, je ne dis pas détruire, mais simplement émousser cet amour chez nous, ce scrait bien l'irritation que doivent produire les personnalités introduites dans ie débat par ceux-là qui devraient s’en garder avec le plus de soin; mais il y a quelque chose de plus fort que ie ressentiment chez un honnête homme qui croit et qui espère, c’est le respect de sa croyance et des espérances qu’elle engendre, Et si quelqu'un, de peur de nous pousser trop loin, se pré-
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parait à déposer une orme qu'iltient de bonne foi, je lui dirais
Ne craignez point, continuez le combat; que nous jugions vos coups francs où déloyaux, nos n'aurons toujours qu'une arme catholique pour les parer, Ce qui nous divise, c'est la meilleure manière de servir lu vérité; c'est déjà trop: mais le danger n'est pas que nous dépassions les limites sacrées, entraînés par le dégoût ou lacolère ; il ecnsiste dans le malaise que produisent partout nos discordes, dans l'aflaiblissement de nos forces, qui fait la joie de nos ennemis, en leur laissant entrevoir l'heure de la revanche,
Il n'est pas besoin d'être prophète pour prévoir que nous assisterons, dans un avenir assez prochain ‘peut-être, à une réactions anti-cléricale ; en effet, personne n'est la dupe de l'espèce de trève que nos radicaux accordent en ce moment à la religion et à ses ministres, Je conversais un jour avec l’un des plus marquants d'entre eux, et je le félicitais d'un air plus ou moins sérieux de ce que les organes de son parti commençaient à observer la neutralité dans les questions religieuses, # Nous pouvons rester neutres, répondit-il, lorsque vous faites nos affaires, Mangez-vous les uns les autres, nous sommes la galerie, Dans ce que vous appelez le parti catholique, on écrit des choses tellement extravagantes que nous aurons plus tard de longues citations à faire sur les hustings, Vous nous avez fait bien du tort, n'est-ce pas? en exploitant l'Avenir, mais nous aurons notre tour.”
Ces paroles peuvent faire rétléchir, L'exagération cst l'écueil uu journaliste, surtout lorsqu'on est dépourvu du talent spécial de rassembler vite ses idées et d'écrire des articles impromptus, et qu'on est obligé cependant d'improviser tous les jours des dissertations sur les sujets les plus difficiles, les plus compliqués, sur la science sociale, sur la théologie, Les exagérations deviennent alors désastreuses, Leur moindre résultat sera de mettre le clergé en suspicion auprès du peuple, auquel on dénoncera ces exagérations commes des abus, non de pouvoir, mais d'influence,
Quelle force aurons-nous pour résister à ces tentatives de revanche, si nous nous divisons à l'approche de l'ennemi? Et quelle responsabilité n'assumons-nous pas en préparant de nos propres mains, par nos imprudences, des armes à nos adversaires ? N'est-ce pas là un plus grand mal que de souffrir, pour un temps, l’imperfection de nos lois ?
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Connuissant tous ces dangers, nous devrions pouvoir Les éviter, 11 suffirait pour cela de savoir se renfermer dans l'obéissance à cette parole souvent citée : /n necessariis unitas, in dubiis dibertas, in omnibus charilas,
Dans les # choses nécessaires,” le parti catholique est uni: il est à peine possible d'admettre qu'on insinue le contraire de bonne foi, tant le fait est frappant © N'a-t-on pas coutume di dire que nous sommes le peuple le plus catholique du monde ?
Dans les * choses douteuses,” nous ne sommes pas unis, et, vraiment, ce serait un phénomène si nous l'étions, Mais cette divergence partielle n'empêche pas une entente générale entre gens ralliés par une foi commune; on peut fort bien différer d’opinion sur une foule de sujets secondaires, sans se diviser dans la conduite de parti, dans l’action publique, Dans tous les groupes politiques les nuances d'opinions sur les questions de détails sont nombreuses et variées, et l'on s'entend tout de même pour marcher d'ensemble, Cet accord n'est-il pas plus facile dans le parti catholique, dont une des maximes est; # liberté dans le doute, charité en toutes choses.”
[ y a d'autant plus urgence à s'entendre que les questions douteuses dans le parti catholique sont toujours d’une importance très-grave. Le moindre détail est sérieux chez nous, et s'il nous trouve divisés, cette division a toujours par conséquent des résultats considérables, Nous avons donc besoin plus que les autres de nous consulter avant d'agir, et si de cette consul. tation ne sortait pas un avis unanime, notre impéricux devoir serait de laisser dormir les difficultés sur lesquelles nous serions partagés, et de travailler pour le reste en commun, par les moyens convenus. Car nos divisions sont un malheur, disons le mot juste, un scandale: or la théologie permet-elle de s'exposer à produire du scandale à propos de choses douteuses, de questions dans lesquelles deux opinions contraires sont licites ? C'est le point à résoudre pour les journaux ecclésiastiques, Nous en appelons à leur conscience éclairée par l'étude,
Il est beau, il est noble d’être sans cesse disposé à proclamer et défendre la vérité quand même; mais là où l'Eglise permet la discussion, personne n’a le droit d'entreprendre cette inission
chevaleresque ; elle n'appartient qu'à notre chef infaillible, À lui de décider ; à nous pour le moment le seul droit d'être charitables et de respecter la liberté d'autrui,
Quoi qu'il ea soit, gardons-nous de toute aigreur, car l'irritation est mauvaise conseillère, Cet orage passera, et il faut se préparer à pouvoir en oublier vite les désagréments, Le malheur particulier de toute division intestine, de toute guerre civile, est que ceux mêmes qui prennent les armes pour le meilleur des motifs et qui, n'étant pas les auteurs de la lutte, ne sont pas responsables des maux qu’elle produit, reviennent du combat l'âme chargée d’une grande douleur, songeunt qu'ils ont dû faire couler un sang ami: que tout sentiment étranger à cette douleur nous soit interdit, Restons calmes, et continuons à rendre tous les services possibles avec un dévouement inaltérable,
L'Eglise n’est pas une coterie, mais une patrie où les projets particuliers doivent recevoir une sanction commune, La consultation devrait produire l'entente, Entendons-nous donc, surtout avant de paraitre devant la législature, et n'engageons le catholicisme dans les agitations sociales que selon la mesure qui se concilie, dans l'intérêt même de son influence et de ses progrès, avec l’état général de la nation canadienne, composée d'éléments si divers, Nous sommes, nous catholiques, un germe de nationalité française et de religion, destiné à produire les plus beaux fruits: que cette semence féconde ne soit plus davantage exposée à tous les vents de la discorde,
10 Septembre, 1871.