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L'union des deux Canadas, 1841-1867

Enregistré conformément à l’acte du parlement du Canada, en l’année mil huit cent quatre-vingt-dix-huit, par L.-O. David, au bureau du ministre de l’Agriculture.

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La découverte et la colonisation du Canada sont nées d’une pensée religieuse et nationale. Les Cartier, les Champlain et les Maisonneuve avaient pour but principal, en venant dans ce pays, d'étendre le règne de Dieu et de la France, de créer sur les bords du Saint-Laurent une nation française et catholique. La tâche de ces hommes héroïques et de leurs compagnons a été rude, pénible. Pendant un siècle, les colons canadiens eurent à lutter contre les rigueurs du climat, la férocité des sauvages et l’hostilité de l’Angleterre. Laboureurs et soldats, ils rougissaient de leur sang le sillon qu’ils creusaient, l’arbre qu’ils abattaient. Leur courage, leurs vertus et leur patience finirent par vaincre tous les obstacles et par conquérir pour la France un territoire immense où vivent maintenant des millions d’hommes. Pour conserver cet empire, ils ont accompli des prodiges de valeur et de dévouement, ils ont tout souffert, tout sacrifié. Et lorsque vinrent les jours sombres mais à jamais glorieux de la lutte suprême, lorsqu’ils n’avaient pour les soutenir contre des forces dix fois supérieures, que l’immortel Montcalm et sa poignée de braves soldats, lorsque leur drapeau, déchiré par la mitraille et noirci par la fumée, était presque méconnaissable, lorsque sans pain, sans vêtements, ils étaient abandonnés par la France et

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volés par ceux qui la représentaient, ils luttèrent jusqu’à la fin, et leur dernier combat fut une dernière victoire.

Ils se rendirent, le désespoir dans l’âme, mais après avoir assuré à leurs enfants la conservation de la religion, de la langue et des institutions de la France.

Ils étaient peu nombreux, 70,000 environ ; abandonnés par la noblesse et l’armée, qui reprirent le chemin de la mère patrie ; ruinés, épuisés par la. guerre, ils retournèrent à leurs champs, laissant aux Anglais l’administration des affaires publiques.

Ils s’aperçoivent bientôt que la foi des traités ne suffit pas à les protéger, qu il leur faut entreprendre la lutte éternelle du vaincu contre le conquérant, du colon contre les abus du gouvernement militaire et absolu. Ils protestent si énergiquement contre les injustices dont ils sont victimes, que l'Angleterre qui avait, besoin d’eux, à la veille de la guerre de l’Indépendance américaine, leur donnait une nouvelle constitution sous le nom d’Acte de Québec. Cette constitution confirmait leurs droits et privilèges et mettait le pouvoir entre les mains d’un gouverneur et d’un Conseil législatif. C’était toujours le régime arbitraire, le gouvernement de tous par un petit nombre d’hommes égoïstes et prévenus contre les Canadiens-français. Les abus devinrent •si criants que les Anglais furent les premiers à demander qu’on y mît fin en donnant aux Canadiens le droit de se gouverner eux-mêmes.

L’Angleterre acquiesça à leur demande en adoptant l’Acte de 1791, qui divisait le Canada en deux provinces et donnait à chacune le droit d’avoir une Assemblée législative. C’était un grand triomphe en apparence, pour les Canadiens-français, qui crurent un moment avoir conquis le gouvernement constitutionnel. Mal-

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heureusement ils se trompaient : ils devaient être goavernés de la même manière par des fonctionnaires indépendants et irresponsables, et par un Conseil législatif composé de créatures du gouverneur, d’hommes orgueilleux et avides qui les méprisaient et les volaient.

La conquête avait jeté sur nos rivages une foule d’aventuriers, de parasites, de fils de famille plus ou moins légitimes à la recherche de positions sociales. L’ancien régime n’en avait pas ete exempt ; ces êtres malfaisants ruinaient la patrie pendant que Montcalm et ses héroïques soldats se faisaient tuer pour la sauver.

ïs’os pères étaient non seulement colons, mais français et catholiques.

Ils étaient trois fois coupables.

Pour remédier aux abus, ils demandaient que la Chambre d assemblée eût le contrôle des dépenses et du revenu, que le Conseil législatif fût aboli ou nommé par le peuple, et que les fonctionnaires publics fussent soumis à son autorité. Ils prétendaient avec raison qu’une Chambre d’assemblée privée du droit d'accorder ou de refuser les subsides était sans pouvoir, sans influence et complètement à la merci du gouverneur, de ses créatures et du Conseil législatif.

Durant quarante ans, ils demandèrent, ils supplièrent qu’on leur rendît justice, qu’on les traitât comme des sujets anglais, comme des hommes honorables et loyaux. Durant quarante ans, ils eurent pour plaider leur cause nt défendre leurs droits, des hommes de talent et de courage, les deux Papineau, les Bédard, les Bourdages, les Yiger, les Morin et les Lafontaine.

Dn jour vint où ils décidèrent de formuler leurs griefs sous

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forme de résolutions, dans un document mémorable, et de déclarer qu’ils refuseraient les subsides tant qu’on n’aurait pas fait droit à leurs demandes.

Lord John Russell crut trancher la situation en faisant adopter par le parlement anglais des résolutions qui autorisaient lord Gosford à prendre de force dans le coffre public l’argent dont il avait besoin pour le service civil. Ce procédé arbitraire, illégal, et humiliant pour la Chambre d’assemblée, mit le comble à la mesure ; le peuple partout s’assembla pour protester contre les résolutions de lord Russell et approuver la conduite de la Chambre.

Le IG novembre, des mandats d’arrestation étaient lancés pour crime de haute trahison contre les chefs du mouvement. Ceux-ci refusèrent de se laisser arrêter comme de vils criminels, et la population résolut de les protéger.

Le premier combat eut lieu à Saint-Denis où les Patriotes armés pour la plupart de fourches, de pelles et de manches de hache, repoussèrent les troupes envoyées pour arrêter Woifred Nelson, un de leurs chefs les plus populaires.

L’insurrection, victorieuse à Saint-Denis, était écrasée à Saint- Charles et à Saint-Eustaclie, où le docteur Chénier s’immortalisait par une mort héroïque.

L’année suivante, Robert Nelson, frère de Woifred Nelson, franchissait la frontière, à la tcte de quelques centaines de Canadiens-français réfugiés aux Etats-Unis, pour soulever le peuple et venger les défaites de l’année précédente. Mais les préparatifs du gouvernement, l’influence du clergé et l’inexpérience des chefs de l’insurrection rendirent la lutte impossible ; les patrio-

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tes après avoir montré leur courage dans quelques combats, furent encore vaincus.

Mais, cette fois, ils expièrent cruellement leur généreuse imprudence : leurs maisons furent brûlées, leurs moissons détruites, leurs familles ruinées et on les entassa dans les prisons.

Cent douze subirent leur procès devant la cour martiale ; quatre-vingt-dix-huit furent condamnés à mort, douze furent exécutés, douze mis hors de cause ou acquittés, trente libérés sous caution, et cinquante-huit exilés en Australie.

Ils avaient été imprudents mais héroïques ; ils avaient prouvé qu’on ne pourrait jamais faire des esclaves des enfants de la France, qu’on ne pourrait jamais les faire renoncer' par la violence à l’héritage national de leurs ancêtres. Le gouvernement anglais regretta de s’être laissé tromper, et résolut de leur accorder la liberté politique, mais de manière, autant que possible, à les soumettre au joug d’une majorité anglaise.

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