‹ L'union des deux Canadas, 1841-1867Chapitre 2 sur 26 · LE HAUT-CANADA · texte numérisé non relu

LE HAUT-CANADA

Avant la cession du Canada à l’Angleterre, les colons venus de France, trouvant dans la vallée du Saint-Laurent de bonnes terres, s’y étaient groupés et n’avaient pas senti la nécessité de se répandre beaucoup au delà de Montréal. L’esprit de famille et de camaraderie, et le besoin de protection mutuelle les tenaient ensemble. Mais lorsque le paj^s cessa d etre français, les Anglais, toujours pratiques et peu portés à s’établir au milieu des Canadiens-français, jetèrent les yeux sur le pays des grands lacs, des vastes plaines où régnait un climat plus doux, où les terres étaient plus fertiles. Ils savent toujours choisir la meilleure

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part des choses de la terre, et ils savent aussi en tirer parti. Leur jugement sain, leur esprit méthodique et froid, leur caractère énergique leur indiquent toujours et partout la meilleure place au soleil, et les moyens les plus efficaces d’cv prospérer et de faire respecter leurs droits. Dans le commerce et l'industrie, dans la politique, dans la manière de gouverner les hommes, dans tout ce qui constitue le progrès matériel, ils sont les rois du monde. Ils sont fiers, orgueilleux, raides et rudes parfois, ils ont des défauts, mais ils possèdent des qualités solides qui jouent un rôle immense dans la civilisation du monde. Habitués dès le bas âge à compter sur leurs forces physiques et morales, sur leurs bras et leur intelligence, ils forment un peuple fort, puissant, que la raison domine et empêche de commettre les fautes et les écarts auxquels sont exposées des nations plus habituées à se laisser guider par l’imagination et le sentiment.

Venus dans ce pays avec une expérience et une éducation pratique que les Canadiens-français ne possédaient pas, souvent aussi avec de l’argent et de puissantes protections, ils se sont emparés de ce qu’il y avait de bon, de profitable, de toutes les avenues du commerce, de l’industrie, de la fortune. Ils savaient mieux cultiver la terre, faire de l’argent et s’en servir dans l’intérêt de leur influence sociale et politique.

Les progrès rapides et le développement remarquable du Haut-Canada sont donc faciles à expliquer. Il eut cependant à souffrir, lui aussi, des abus du système colonial et de la bureaucratie, de l’arrogance et de l’avidité des fonctionnaires et des exploiteurs qui sont la plaie de toutes les colonies. Le mécontentement alla même jusqu’à la révolte en 1837 ; mais les descendants des loyalistes qui avaient émigré des Etats-Hnis

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pour rester fidèles à l’Angleterre, se montrèrent hostiles à l'insurrection qui fut promptement étouffée.

Ils voulaient obtenir le gouvernement responsable par la force du raisonnement ; mais il n’y a pas de doute que, dans le Haut comme dans le Bas-Canada, l’insurrection hâta la solution de la question, et démontra au gouvernement anglais qu’il ne pouvait plus longtemps repousser les demandes de ses sujets canadiens.

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