‹ L'union des deux Canadas, 1841-1867 [microforme]Chapitre 25 sur 44 · TS I SR · texte numérisé non relu

TS I SR

RÉ æ

peu plus tard Fréchette, Langelier et Henri Taschereau (ces deux derniers maintenant juges).

Les deux partis étaient habilement commandés par des chefs dignes de confiance.

Pourquoi combattaient-ils ? Sur quoi différaient-ils d’opinions ?

Sur toutes les grandes questions politiques, la tenure seigneuriale, les réserves du clergé, la réciprocité avec les Etats-Unis, les relations du Canada avec l’Angleterre, ils s’accordaient. La différence était plutôt dans leurs tendances que dans leurs programmes.

L’effervescence de 1848-1849 était un peu calmée ; les jeunes gens de l'Avenir avaient mûri, ils étaient devenus plus sages, plus modérés, mais l’esprit qui avait flotté sur leur berceau politique continuait de les inspirer. Ils ne parlaient plus d’Annexion, de parlements annuels, de république universelle, mais ils paraissaient plus influencés que leurs adversaires par le mouvement des idées européennes, plus enclins à aborder imprudemment les questions d’ordre social et religieux.

Les nouveaux ministres ayant été élus, le ministère McNab- Morin continua la session de 1854, et, fidèle à ses promesses et à son programme, soumit à la Chambre des projets de lois sur les trois grandes questions qui depuis si longtemps agitaient l’opinion publique, savoir : la sécularisation des réserves du clergé, l’abolition de la tenure seigneuriale et le traité de réciprocité douanière avec les Etats-Unis.

Le bill relatif aux réserves décrétait que le produit de la vente de ces terres serait distribué également entre les différentes mu-

nicipalités du Canada, proportionnellement à la population, et

formerait un fonds séparé appelé : Fonds des municipalités du Haut et du Bas-Canada.” Certains droits acquis en vertu de Acte de 1840 en faveur des membres du clergé protestant, furent réservés. Ce règlement fut accepté par la Chambre et approuvé par l’opinion publique.

Le bill de la tenure seigneuriale abolissant les lods et ventes, la banalité et autres charges qui pesaient sur le censitaire et grevaient sa propriété, accordait aux seigneurs une indemnité et créait une commission chargée de faire les cadastres et l’estimation de la banalité, des lods et ventes, ete. Une cour seigneuriale devait être nommée pour décider les points de droit qui guideraient les commissaires dans leur travail.

Le projet de loi, après avoir été habilement discuté par la Chambre, et considérablement amendé par le Conseil législatif, fut définitivement approuvé par le parlement.

Les anciens conservateurs du Haut-Canada, devenus ministériels, votèrent, sans broncher, en faveur de la politique du gouvernement sur cette question comme sur celle des réserves. John- A. Macdonald leur avait déjà appris à savoir oublier et pardonner ; il les avait initiés au secret d’une politique d’expédients où les principes et les opinions doivent se plier au temps et aux circonstances.

Les anciens libéraux, en voyant leurs alliés si solides au feu, se félicitèrent de leur alliance avec eux.

M. Dorion et ses amis se firent les avocats des censitaires et réclamèrent avec énergie l’extinction complète et entière de la tenure seigneuriale ; mais la majorité de la Chambre fut con-

vaincue que le ministère était allé aussi loin que la justice et

les circonstances le permettaient.

Le projet de loi ministériel, amendé par le Conseil législatif et interprété plus tard par la cour seigneuriale, n’était pas en effet une mesure radicale, mais il était juste, libéral, pratique ; il délivrait l’agriculture et l’industrie des entraves qui s’opposaient à leur développement, des servitudes qui les étouffaient ; il rendait le cultivateur, le colon maître et seigneur du sol arrosé de ses sueurs.

Cette œuvre de progrès et d’émancipation s’accomplissait sans secousses violentes, sans injustices, au milieu des acclamations unanimes du peuple canadien.

Le commerce lui aussi demandait depuis longtemps la liberté dont il avait besoin pour s'étendre, se développer, et tirer parti des avantages immenses que le Canada possédait. Depuis longtemps il voulait briser les entraves qui l’empêchaient d’écouler les produits de notre sol sur le marché américain, et ce désir alla jusqu’à lui faire souhaiter l’Annexion. Lord Elgin, comme nous l’avons vu, s'était voué en arrivant au pays à ceite œuvre difficile et glorieuse. Il avait attaché son nom à l’abolition des réserves du clergé et de la tenure seigneuriale, et surtout à l’établissement définitif du gouvernement responsable dans le pays ; il voulut achever l’œuvre de conciliation, de réforme et de progrès qu’il avait entreprise, en négociant un traité de réciprocité commerciale avec les Etats-Unis.

Ses efforts et ses travaux furent couronnés de succès ; le 5 juin 1854, il signait avec joie, au nom de l’Angleterre, ce traité de réciprocité qui ouvrait le marché des Etats-Unis aux produits naturels et agricoles du Canada et des autres colonies anglaises de l'Amérique du Nord, concédait aux Canadiens le droit de na-

vigation sur le lac Michigan et sur les canaux américains, et

réglait les difficultés suscitées par la question des pêcheries dans le golfe Saint-Laurent.

Lord Elgin crut que sa mission au Canada était finie, qu’il pouvait retourner en Angleterre, jouir d’un repos et d’honneurs bien mérités. L’illustre lord pouvait partir, il avait assez fait pour le progrès et le bonheur du Canada, pour l’honneur et la gloire de l'Angleterre, pour assurer à la Couronne anglaise la loyauté de ses possessions dans l'Amérique du Nord. Beaucoup d'hommes, dont la réputation est plus retentissante, n’ont pas fait autant pour leur patrie. Lord Elgin a donné une preuve éclatante de la grandeur des résultats que peuvent obtenir la droiture de l’esprit et la bonté de l’âme unis à une intelligence vive, pratique et cultivée.

Lorsqu'on sut, au parlement comme dans le pays tout entier, que lord Elgin avait donné sa démission, et qu’il devait partir à la fin du mois de décembre, un sentiment profond de regret traversa le cœur du pays. Les Chambres s’ajournèrent, le 18 décembre jusqu’au 23 février suivant, après avoir présenté à lord Elgin une adresse émue à laquelle il répondit avec son éloquence ordinaire, en faisant des vœux sincères pour le bonheur du pays. Le lendemain, 19 décembre, il remettait les rênes de l’administration entre les mains de son successeur, et trois jours après, il partait, laissant sur le sol canadien des traces ineffaçables de son passage. Il partait pour remplir d’autres missions importantes, pour aller en Chine, au Japon, aux Indes, réparer, comme au Canada, les injustices, concilier les esprits et faire accepter, aimer même la politique de l’Angleterre.

Après avoir rempli avec le plus grand succès toutes les mis-

Page 1