‹ L'union des deux Canadas, 1841-1867 [microforme]Chapitre 38 sur 44 · RÉSULTAT DES ÉLECTIONS · texte numérisé non relu

RÉSULTAT DES ÉLECTIONS

Il est temps de dire ce qui se passait dans les provinces maritimes au sujet dela Confédération. La nouvelle constitution

acceptée et préparée en grande partie par leurs chefs, les Tupper, les Tilley, les Mitchell, les Henry, avait d’abord été accueillie

froidement par ces provinces, et la question ayant été soumise aux électeurs du Nouveau-Brunswick, aux élections de 1865, le peuple se prononça contre le projet. La Nouvelle-Ecosse, l'ile du Prince-Edouard et Terre-Neuve se montrèrent aussi hostiles à ce projet. Mais l’infuence de l’Angleterre et les concessions énormes faites à ces provinces, qu’on traitait en enfants gâtés, finirent par convertir le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle- Ecosse à la Confédération. Le désir de faire, de toutes les populations habitant l'Amérique britannique une seule et grande nationalité anglaise, avait naturellement beaucoup d’empire sur les Anglais et finissait par l'emporter sur leurs sentiments personnels, leurs intérêts particuliers. T/île du Prince-Edouard et l’île de Terre-Neuve furent bientôt seules à refuser d'entrer dans l’union fédérale.

Pendant que les esprits étaient absorbés par l’étude et la discussion du changement de constitution, les Féniens, une association organisée dans le but d'obtenir l'indépendance de l'Irlande et de frapper partout l’Angleterre, franchirent la frontière et en-

rahirent le Canada.

Le colonel O’Neil traversa la rivière Niagara, à la tête de quinze cents hommes, s’empara du fort Erié, et se dirigea vers le fort Colborne. I] rencontra à Ridgeway un corps de volontaires d’Ontario, les Queen's Own, commandé par le colonel Booker.

Un combat s’engagea ; les volontaires attaquèrent avec une ardeur téméraire les Féniens qui reculèrent d’abord, et forcèrent ensuite les Queen's Own de retraiter après avoir perdu plusieurs de Icurs hommes. O’Neil ayant appris qu’un corps de réguliers s’avançait vers lui, jugea prudent de retourner aux Etats-Unis, où il fut arrêté par les autorités américaines avec quelques-uns

de ses t.uciers.

Les Féniens n’eurent pas plus de succès dans la province de Québec, qu’ils envahirent dans les environs de Saint-Armand et de Pigeon Hill A lapproche des volontaires, ils s’enfuirent après s’être couverts de ridicule. Ils voulurent se reprendre en 1870, mais ne réussirent pas plus que la première fois ; leur échauffourée n’eut pour effet que de faire éclater la loyauté des Canadiens, sans distinction d’origine. Les Américains auraient pu facilement empêcher ces incursions sur le territoire canadien, mais 1ls laissèrent les Féniens s'organiser, et ne les arrêtèrent que lorsqu'ils ne purent faire autrement sans se compromettre

gravement aux yeux de l'Angleterre.

Parmi les griefs des Américains, il est juste de mentionner la célèbre expédition de Saint-Albans.

Dans l’été de 1864, vingt-deux ou vingt-trois jeunes sudistes appartenant pour la plupart à de bonnes familles, et commandés par le capitaine Young, envahissaient, en plein jour, la ville de Saint-Albans dans le Vermont, pillaient plusieurs banques, s’emparaient de plusieurs chevaux, repoussaient à coups de pistolet ceux qui voulaient leur barrer le passage, et se réfugiaient au Canada. Treize d’entre eux étaient arrêtés, à la demande du gouvernement américain, et conduits à Montréal, pour y répondre à une demande dextradition. Ils furent libérés, grâce à un défaut de procédure, et la population ne leur marchanda pas ses sympathies. Les Canadiens-français, en général, toujours portés vers ce qui est chevaleresque, ne manquèrent pas d’admirer le coup de main hardi, téméraire même, des incursionistes.

Les Américains furent irrités et firent même des menaces ; ils accusèrent le juge Coursol de partialité, et le gouvernement canadien fut forcé de le suspendre de ses fonctions, de faire arrêter quelques-uns des jeunes sudistes qui n'avaient pu s'échapper, et de les soumettre à un nouveau procès devant le juge Smith. Le procès fut long, émouvant, les avocats les plus habiles avaient été retenus de part et d'autre, les plaidoiries furent savantes.

Le juge Smith décida, contrairement à l’opinion du juge Coursol, que les formalités relatives à la mise en vigueur du traité d’extradition avaient été remplies ; mais, sur le fond, il jugea que l’incursion de Saint-Albans était un acte de guerre commis par des belligérants, qu’elle ne tombait pas sous le coup du traité d’extradition, et que les prisonniers devaient être

libérés.

Quelques-uns de ceux qu'on n'avait pu arrêter de nouveau après le jugement du juge Coursol, restèrent cachés dans les maisons de citoyens importants de Montréal, durant plusieurs semaines.

Le fameux club Saint-Jean-Baptiste, dont un premier ministre célèbre était alors secrétaire, en garda un sous sa protection.

Il faut avouer que les Canadiens ne se donnent pas en général beaucoup de mal pour se faire aimer de leurs puissants voisins, la nation, pourtant, dont ils ont le plus d'intérêt, après l’Angleterre, à gagner les sympathies.

Quand on songe au mal que les Américains pourraient faire au Canada, on se demande sil n’est pas souverainement imprudent de leur donner le droit de nous traiter comme des ennemis.

Les Canadiens-français, en particulier, ne doivent pas oublier que plus d’un million de leurs compatriotes trouvent aux Etats- Ünis le travail et le pain qui eur manquaient sur le sol de la patrie, et reçoivent Jà lhospitalité la plus large et la plus sympathique.

La dernière session du parlement de l'Union eut lieu, dans le mois de juin 1866, dans la nouvelle capitale.

M. Cartier mit devant la Chambre le Code de Procédure civile, recueil de toutes les lois de procédure alors en vigueur et éparses ici et là, complément de l’œuvre du Code civil du Bas-Canada.

Les lois électorales furent aussi considérablement modifiées pour faire disparaître les abus et les fraudes qui, depuis plusieurs années déjà, souillaient le suffrage populaire, avilissaient les consciences et corrompaient les mœurs. Deux anciennes coutumes, qui ne manquaient pas d'intérêt, furent abolies, la levée des

mains et la proclamation publique.

Les candidats étaient alors présentés et nommés, dans de grandes assemblées publiques, et les électeurs étaient appelés à lever la main en faveur du candidat de leur choix. C’était une simple formalité qui n'avait aucun résultat pratique et causait souvent du désordre.

Huit jours après l'élection, une autre assemblée avait lieu pour la proclamation publique des candidats élus. C’était un jour de fête, de triomphe, qui coûtait cher aux députés élus, et occasionnait beaucoup d’abus. Des centaines de voitures parcouraient le comté, à la suite du candidat vainqueur, allaient le reconduire à sa résidence, où il aurait eu souvent besoin, pour tous les satisfaire, de changer l’eau en vin et d'opérer le miracle de la multiplication des pains.

La question du tarif et l’augmentation des droits sur certains articles fit sortir George Brown de ses gonds ; il attaqua le nouveau tarif avec sa fougue ordinaire, mais n'eut que peu de partisans. Le grand chef libéral continua de soutenir la politique du gouvernement sur la question de la Confédération. Aussi, les résolutions relatives à la constitution des parlements provinciaux furent adoptées par de grandes majorités, et les amendements proposés par M. Dorion et ses amis pour demander que la nouvelle constitution fût soumise au peupie et que, dans tous les cas, les changements qui pourraient être faits par le parlement britannique fussent communiqués à la Chambre, furent repoussés. M. Cartier promit qu’il n’accepterait pas d’autre projet que celui de la convention de Québec. On fit bien d’exiger au moins cette promesse.

Deux questions agitèrent considérablement la Chambre, sus-

citèrent des discussions orageuses et embarrassèrent sérieusement

le gouvernement : la question de la représentation et celle de l'Education.

La nouvelle constitution donnait au Bas-Canada le droit de changer ses divisions électorales, mais une clause étrange ne permettait de toucher aux douze comtés anglais situés dans cette pro-

vince qu'avec le consentement de la majorité de leurs députés.

Les députés du Bas-Canada, M. Cauchon en tête, protestèrent contre une clause qui constituait une préférence ou une exception injurieuse pour les Cenadiens-français, et demandèrent qu’elle fût biffée, mais la proposition de M. Cauchon ne recueillit que vingt-quatre voix.

On ne peut s’empêcher de remarquer l'intelligence et l'énergie avec lesquelles les Anglais ont su se protéger contre toute in-

justice possible, même improbable.

Is ne croyaient pas aussi facilement que les Canadiens-français que la majorité n’abuserait jamais de son pouvoir. Et, cependant, ils avaient pour les protéger le droit accordé au gou-

vernement fédéral de désavouer les lois provinciales.

Deux bills furent présentés relativement aux écoles séparées, lun par M. Langevin en faveur des protestants du Bas-Canada, et l’autre par M. Bell pour accorder les mêmes droits aux catholiques du Haut-Canada.

Les députés, les ministres même du Haut-Canada voulaient bien voter pour le premier, mais non pour l’autre ; ils refusaient de croire que ce qui était bon pour les protestants du Bas-Canada devait l’être pour les catholiques du Haut.

Les adversaires de la Confédération ne manquèrent pas de

tirer parti de ces faits pour donner une idée de ce qui arriverait

dans la Confédération, lorsque surgiraient des questions religieuses ou nationales.

IT était temps que la session prît fin: les esprits s'irritaient, les vieilles inimitiés de parti se réveillaient. Les ministres firent adopter une adresse à la Reine lui demandant de faire sanctionner par le parlement anglais la nouvelle constitution du Canada et la Chambre fut encore prorogée au chant de God save the Queen.

Il ne manquait plus à l’Acte de Confédération que la sanction du parlement anglais. Une députation composée de MM. Macdonald, Cartier, Langevin, Howland, MacDougall et de certains représentants des provinces maritimes, se rendit en Angleterre, après la session, pour obtenir cette sanction.

Les délégués du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse étaient chargés d’obtenir des concessions, entre autres une augmentation du subside fédéral. Pour les satisfaire, il fut décidé d'ajouter aux quatre-vingts cents par tête que le gouvernement fédéral était tenu de payer à chaque province les sommes suivantes : Ontario $80,000, Québec $70,000, la Nouvelle-Ecosse, $60,000, le Nouveau-Brunswick $50,000.

Comme on le voit, on faisait la part belle à ces deux dernières provinces.

Comme la construction du chemin de fer Intercolonial était une des principales conditions exigées par les provinces maritimes, le gouvernement impérial s’engagea à garantir un emprunt de £3,000,000, que toutes les provinces faisant partie de la Confédération s’engageaient à effectuer pour mener à bonne fin cette grande entreprise ; mais le gouvernement anglais se réserva le choix du tracé.

Quelques-unes des clauses de l’Acte Fédéral furent modifiées comine suit :

L'établissement de pénitenciers fut transféré des gouvernements provinciaux au gouvernement fédéral, et le commandement de la force militaire, qui appartenait au gouverneur et aux lieutenants-gouverneurs, sous l’ancienne constitution, fut clairement donné au Souverain. On n’avait garde de donner aux lieutenants-gouverneurs un pouvoir aussi important sous le nouveau régime,

On a pu se faire une idée, lors des troubles du Nord-Ouest, de la cruelle position où les Canadiens-français se trouveront souvent placés pour ne pas désobéir à l’autorité.

Le droit de grâce donné aux lieutenants-gouverneurs fut restreint aux crimes ne comportant pas la peine de mort.

La modification la plus importante est celle qui étendait aux minorités possédant, dans toute province faisant partie de la Confédération, des droils el privilèges en vertu de la loi quant à des écoles séparées, lous les droils et privilèges dont jouissaient, lors de l’Union, en vertu de la loi les minorités protestantes et catholiques du Canada, et qui créait le droit d’appel au gouverneur-général en conseil de tout acte ou décision d’un gouvernement provincial, contraire aux droits et privilèges de la minorité protestante ou catholique.

Les adversaires de la Confédération prétendaient que ce droit d'appel, comme le droit de désaveu des lois provinciales, serait une protection pour les minorités protestantes et une arme dangereuse pour les minorités catholiques entre les mains du gouvernement central.

T1 faut bien admettre que le temps leur a donné raison.

Pendant la discussion de l’Acte Fédéral, à Londres, eut lieu un incident qui justifia lès craintes de M. Dorion et de ses amis, et fit éclater la bonne foi et la loyauté de M. Cartier.

John-A. Macdonald et ses collègues anglais essayèrent de transformer la Confédération en Urion législative : et ils auraient réussi sans l'énergie de M, Cartier, qui menaça de retourner au Canada avec M. Langevin et de soulever le Bas-Canada contre la trahison de ses collègues.

On est tenté de regretter que Macdonald n’ait pas persisté dans sa tentative, sa fourberie aurait secoué la torpeur du Bas-Canada et forcé Cartier à mettre ses menaces à exécution, Cet incident jette une vive lumière sur les motifs et les intentions de John-A. Macdonald, sur le but qu’il poursuivait en travaillant pour la Confédération. Il explique aussi plusieurs actes de sa carrière politique, et justifie M. Cartier d’avoir écrit, peu de temps avant sa mort, à un ami fidèle: “ Défiez-vous de sir John- A. Macdonald, c’est l'ennemi des Canadiens-français.”

Macdonald n’était pas l'ennemi des Canadiens-français ; mais il considérait leur nationalité comme un obstacle à l’établissement d’une grande nation anglaise dans l'Amérique du Nord, et il croyait que le rouage d’une union législative fonctionnerait mieux et coûterait moins cher que celui d’une Confédération.

Tous les hommes d'Etat anglais qui ont travaillé à l’unification des diverses nationalités de ce pays, n’ont pas été nécessairement des ennemis des Canadiens-français. Ils obéissaient souvent à un sentiment naturel, patriotique même, à leur point de vue. On peut en dire autant des Canadiens-français qui considèrent comme un devoir sacré de conserver le glorieux héritage de leurs

traditions nationales, ils sont souvent des admirateurs sincères

Ce +2

de leurs concitoyens anglais, de leurs qualités viriles, de leur esprit pratique et solide, T'ut dépend de la nature des moyens employés par les uns et les autres pour atteindre leur but,

Enfin le projet de confédération était adopté par le parlement impérial, le 5 février 1867, recevait la sanction royale, le 29 mars, et une proclamation annonçait qu'il serait mis en vigueur, le premier juillet 1867.

Les délégués retournèrent au Canada, après avoir reçu, presque tous, des titres et des honneurs. M. Macdonald fut fait commandeur de ordre du Bain, et M. Cartier simple compagnon.

La Conïédération commençait bien pour les Canadiens-français. M. Cartier protesta contre cette injustice, refusa le mince honneur qu’on lui offrait pour les services qu’il avait rendus à l'Angleterre, et reçut plus tard une réparation tardive.

Le premier juillet fut, dans toutes les provinces de la Confédération, un jour de fête et de réjouissances.

Dans le Bas-Canada, la joie ne fut pas aussi éclatante, aussi universelle ; beaucoup d’esprits sages et de cœurs français passèrent ce jour dans de tristes réflexions. Quelques jeunes gens attachèrent des crêpes aux drapeaux qui fiottaient à leurs fenêcres. La Confédération était, à leurs yeux, le coup de mort porté à l’idée française, aux aspirations, aux illusions de ceux qui avaient rêvé de fonder sur les bords du Saint-Laurent une nouvelle France.

La nouvelle constitution donnait aux provinces réunies le nom pompeux de Dominion of Canada qu'on traduisit en français par le mot encore plus prétentieux de “ Puissance du Canada ”. Pour

une colonie, c'était un nom un peu extravagant.

Le Haut-Canada s'appelait la “ Province d’Ontario ” et le Bas-

Canada la “Province de Québec ”,

Pour mettre la nouvelle constitution en opération, lord Monck prêta serment comme gouverneur du Dominion, et il appela sir dohn-A. Macdonald à former un gouvernement. Sir John voulant que le premier ministère, sous le nouveau régime, fût un ministère de coalition, et que toutes les provinces y fussent représentées, choisit comme collègues MM. Blair, Howlana, MacDougall et Campbell pour Ontario ; MM. Cartier, Galt, Chapais et Langevin pour Québec ; MM. Tilley et Mitchell pour le Nouveau- Brunswick, et MM. Archibald et Kenny pour la Nouvelle-

Ecosse.

L'entrée de MM. MacDougall et Howland, deux libéraux, dans le ministère, souleva une tempête dans le parti libéral d’Ontario. George Brown les accabla de reproches et les accusa même de trahison. Il prétendait que le nouveau régime, une fois établi, la coalition n’avait plus sa raison d’être. Alex. MacKenzie et piusieurs des hoinmes les plus influents du parti libéral adoptèrent

cette manière de vir et se préparèrent à la lutte. Les électio:is générales eurent lieu dans l’automne de 1867.

Les adversaires de la Confédérstion, dans la province de Québec, allaient enfin pouvoir demander compte aux ministres

de leur conduite.

Mais, de même qu’on leur avait fermé la bouche, lorsqu'ils avaient voulu amender l’Acte Fédéral devant la Chambre, en leur disant que c’était un pacte qu’il fallait accepter ou rejeter en entier, ainsi on essaya de les bâillonner devant le peuple en

proclamant que la Confédération était un fait accompli, que le

devoir d’un bon citoyen et d’un bon catholique était de respecter la nouvelle constitution et d’en confier l’administration à ceux qui l'avaient faite.

M. Dorion avait prévu cela, et dans une convention du parti libéral tenue à Montréal, quelques jours avant les élections, il avait exprimé l’opinion qu’il était inutile d’engager la lutte contre toutes les influences réunies, et surtout contre le clergé ; et il avait conseillé à ses amis de laisser le champ libre à leurs adversaires.

Mais la jeunesse qui s’était donné tant de peine pour signaler les dangers de la Confédération, refusa de mettre bas les armes sans combattre, et la majorité de la convention fut de la même opinion.

M. Dorion, comme toujours, se soumit à la volonté de ses amis ; mais les événements ne tardèrent pas à lui donner raison.

Les brefs étaient à peine émis que tous les évêques de la province, moins un, lancèrent des mandements qui justifièrent les conservateurs d’avoir proclamé, dès le commencement, que le clergé approuvait le projet de confédération, et décidèrent du sort des élections.

Voic: les principaux passages de ces lettres pastorales :

Mgr Larocque, évêque de Saint-Hyacinthe, après avoir dit que le devoir des fidèles était d’écouter et de suivre les conseils de leurs évêques, mais qu’il n’avait pas l’intention de gêner la liberté d'opinion des électeurs, ajoute :

“ Mais cette liberté d’opinion, si grande qu’elle puisse être en vertu des droits qui nous sont acquis par la constitution britanni-

que dont nous sommes les heureux sujets, ne saurait s’étendre

jusqu’à nous autoriser à repousser un fait constitutionnellement

et légitimement accompli. Supposez, pour un instant, qu’il y eût dans la mesure qui vient de recevoir la sanction de l’autorité légitime, et qui est par conséquent devenue loi ou droit public, quelque chose de vicieux ou de compromettant pour nos droits ou nos intérêts, (et ici Nous devons vous avouer que Nous n’oserions ainsi juger une mesure qui rencontre l’approbation d’un si grand nombre de nos citoyens les plus calmes et les plus éclairés, aussi bien que de nos hommes d’Etat les plus versés dans les matières politiques), ce ne serait ni dans la sédition contre l’ordre ou la loi, ni dans des démarches entachées d’infidélité à notre allégeance, qu’il faudrait chercher un remède au mal dont nous croirions avoir sujet de nous plaindre. En nous en tenant aux moyens légaux et constitutionnels, nous arriverions infailliblement et en peu de temps à faire disparaître les griefs dont

nous pourrions avoir à souffrir....

“ Que la prudence vous mette en garde contre les tendances de certains esprits et de certains journaux exaltés, qui sont loin de nous apparaître comme des guides que vous puissiez suivre sans danger ! Fermez vos oreilles à l’insinuation perfide, assez souvent répétée : Plulôt l’Annexion que la Confédération telle qu’elle nous est donnée. Demeurez convaincus que pour ceux qui tiennent ce langage, la Confédération n’est qu'un prétexte mis en avant : l’Annexion est clairement l’objet de leurs désirs et de leurs convoitises. Nous en sommes témoin ! Et, à Notre estime, l’Annexion, si jamais elle a lieu, sera la mort ou la destruction certaine de notre nationalité, qui ne vit que par nos institutions, notre langue et nos lois, et surtout notre religion, et c’est parce que Nous sommes plein de la conviction que tous nos intérêts religieux auraient grandement à souffrir de notre annexion aux

Etats-Unis, que Nous nous faisons un devoir de vous signaler le danger. De sorte qu’en vous parlant ainsi, Nous abordons un sujet qui intéresse plus la religion que la politique. Et Nous demanderons aux hommes sérieux et sans passions, s’il y aurait moyen d’oser affirmer le contraire.

Et malgré cela, il demeure plus que certain qu’il y a parmi nous des gens qui pensent et poussent à l’Annexion ! Qui ignore en effet, aujourd’hui, que la société secrète, désignée sous le nom de Club Saint-Jean-Baptiste, qui se formait, il y a quelque temps, à Montréal, et que des zélateurs coupables ont cherché à répandre dans les campagnes, avait pour but et pour fin de créer un courant annexioniste ? Qui sait même que quelques-uns de £es membres, dans le but de favoriser l’Annexion, ont eu le triste courage de fraterniser avec la bande méprisable des Féniens, qui, l’an dernier, ont envahi notre sol, et fait couler le sang de nos concitoyens ?

€ N’y eût-il que ces faits, maintenant arrivés à la connaissance de tout le monde, pour prouver Notre assertion, c’en serait assez, N. T. C. F., pour Nous faire espérer que vous accueillerez Notre recommandation avec respect et docilité ; et que vous ne prêterez pas l’oreille à ceux qui pourraient chercher à vous enlever la conviction qui a toujours été chez vous si profonde : Que notre nalionalilé respirerait bien péniblement et serait bientôt élouffée sous la contrainte des institutions et des mœurs américaines...

“ Quand donc il serait à craindre que la Confédération laissât à désirer sous quelque rapport, puisqu'elle a maintenant le caractère d’un fait légitimement accompli, il n’est plus temps de son-

ger à s’y opposer. Il faut l’accepter avec franchise et loyauté ;

ce ne pourrait être que lorsque l’expérience aurait fait connaître que certaines modifications seraient nécessaires et avantageuses, que lon devrait chercher à les obtenir par les voies constitutionnelles. Demander immédiatement des changements, c’est se prononcer sans cette prudence qui attend du temps la lumière nécessaire pour former un jugement que la raison puisse avouer ; c’est vouloir mettre des entraves au fonctionnement du nouvel ordre de choses, et c’est en réalité Ini faire une opposition qui tende à le renverser.

“Mais permettez que Nous vous le disions, N. T. C. F, il Nous semble que Nous ne sommes point tout à fait aveugle ; et même, que Nous voyons clair comme beaucoup d’autres ; et cependant la Confédération ne Nous paraît nullement comme un danger qu’il nous faille redouter.…..

“Union, courage, énergie et persévérance, voilà ce qu’il nous faut maintenant, N. TL. C. F, pour marcher notre chemin et arriver à notre terme comme peuple ! Plus de ces funestes divisions qui nous ont tant fait mal! Point de ces hommes qui ne seraient propres qu’à embarrasser la marche des affaires ! Ce qu’il nous faut, ce sont des hommes au cœur franc et loyal, à l’intelligence développée par une saine éducation et surtout qui aient fait preuve de leur sincère attachement à la religion et à ses principes ; des hommes sans passions, qui comprennent bien notre situation présente, et qui s’en aillent en parlement avec la disposition d’accorder à la nouvelle constitution le support sincère

el réel de leur parole, de leur influence et de leur action. . .”

Il était difficile de se montrer plus partisan de la Confédération et du gouvernement ; c'était un manifeste politique, on y trouve même le fantôme de l’Annexion.

Les adversaires de la Confédération disaient bien, il est vrai, que celle-ci renfermait plus de dangers pour nous et protégeait moins les droits et l’autonomie des provinces que la constitution des Etats-Unis ; mais de là à demander l’Annexion, il y avait une distance incontestable. Ils procédaient par comparaison et prétendaient, avec raison, que la nouvelle constitution faisait disparaître les principales objections qu'on faisait valoir contre l’Annexion.

Myr Langevin, évêque de Rimouski, frère d’un des ministres, disait :

“ La constitution qui fonde ainsi au Nord un grand et riche empire, a été, Nous le croyons sincèrement, amenée providentiellement par une suite de circonstances tout à fait exceptionnelles. Les rouages de la machine gouvernementale ne pouvaient plus fonctionner ; mille rivalités de races, de croyances religieuses, d'intérêts politiques ou sectionnels, nous menaçaient d’une anarchie complète, lorsque plusieurs de nos hommes d'Etat les plus éminents ont formé le projet, pour mettre fin à ces dificultés interminables et toujours renaissantes, d’agrandir leur sphère d’action et d’unir, en un puissant Etat, des provinces qui, dans leur isolement, n’avaient que bien peu de moyens de développer leurs ressources. C’est ce projet, fruit de mûres délibérations, qui a été soumis à l’approbation des parlements provinciaux et à celle du parlement impérial, et qui est devenu, dans

toutes ses dispositions essentielles, la loi du pays.

“ Vous la respecterez donc, N. T. C. F., cette nouvelle constitution qui vous est donnée, comme l’expression de la volonté

suprême du législateur, de l’autorité légitime, et par conséquent

de celle de Dieu même. Ne vous dit-il pas en effet au livre des

Proverbes : “ C’est par moi que règnent les rois, et que les législateurs font des lois justes ; c’est par moi que les princes commandent, et que ceux qui ont le pouvoir rendent justice.” Per me reges regnant et legum condiclores justa decernunt ; per me principes imperant et potentes decernunt justiciam. Prov. VIII, 15, 16.

“ Dans les élections prochaines, vous considérerez comme une obligation de conscience de choisir avec soin ceux qui doivent vous représenter soit dans la Chambre des communes, soit dans le parlement local. De ce choix fait avec discernement, sans passions mesquines, sans préférence purement personnelle, avec l’unique désir du bien public, avec un véritable patriotisme en un mot, dépend beaucoup le salut de notre pays, aussi bien que la conservation de tout ce qui nous est cher comme nation : notre religion, notre langue, nos institutions.

Nous vous le déclarons hautement, N. T. C. F., le misérable qui, dans une affaire de cette gravité, se laisserait tenter par un vil intérêt, qui vendrait son vote au plus offrant, qui se déclarerait en faveur d’un candidat assez misérable pour le gagner ave: de la boisson forte, celui-là serait l’homme le plus bas et le plus dégradé, indigne de jouir des privilèges d’un électeur ; ve serait un monstre dont la patrie et l'Eglise auraient à rougir.

“ Vous allez done choisir, N. T. C. F., des représentants capables de soutenir vos intérêts et de vous faire honneur par leurs prineipes honnêtes, par leur éducation, par leur expérience des affaires publiques. Ils devront vous promettre de travailler franchement et cordialement à faire fonctionner le nouvel ordre de choses, et à seconder, à cet effet, ceux qui vont être appelés à

l’inaugurer. Vous vous défierez, s’il s’en rencontrait rarmi vous,

de ces esprits mécontents qui rêvent pour le Canada le bonheur et la prospérité dans l’annexion à un pays voisin. S'ils réussissaient dans leurs sinistres projets, ce qu’à Dieu ne plaise, ce serait à moins d’un miracle de la Providence, la ruine de notre peuple, la perte de nos mœurs, de nos coutrimes, de notre langue, l’anéantissement de notre nationalité. Vous exigerez donc des candidats une déclaration explicite et formelle de principes, l'engagement positif de soutenir la nouvelle constitution.

“ Surtout, N.T. C. F., au nom de vos intérêts les plus précieux, restez unis, serrez vos rangs, marchez ensemble sous la direction éclairée et paternelle de ceux qui doivent vous conduire. Nous diviser dans ce moment serait nous suicider, nous faire une blessure mortelle. Si nous voulons avoir dans les conseils de la nouvelle nation canadienne, dans le parlement de la Confédération, notre juste et légitime influence ; dans la balance du gouvernement le poids auquel nous donne droit le chiffre de notre population, demeurons unis encore une fois, d'esprit, de cœur, de volonté”...

Mgr Cook, évêque de Trois-Rivières, après avoir affirmé qu’il s’agissait de choisir entre la Confédération et l’Annexion ajoute :

“ Aujourd’hui que ce projet a reçu la sanction du gouvernement impérial, et qu’il est devenu la loi fondamentale du pays, Nous devons vous rappeler que notre devoir comme catholiques, est de mettre un terme à toute discussion sur ce sujet ; si nous avons eu une parfaite liberté d'opinion dans les limites du juste et de l'honnêteté, tant que la Confédération n’a été qu’à l’état de projet, si nous avons pu en toute sûreté de conscience être pour

ou contre, la combattre avec chaleur, ou avec conviction, suivant

que nous l’avons crue utile ou dangereuse, à n’en est plus ainsi

depuis qu’elle est passée à l’élat de loi. Elle est devenue aujourd’hui ane chose jugée et obligatoire, et c’est le temps de vous rappeler ce grand principe du catholicisme : Omnis anima potestuibus sublimoribus subdita sit ; non est enim poteslas nisi a Deo ordinata sunt : Que tout le monde soit soumis aux puissances supérieures, car il n’y a point de puissance qui ne vienne de Dieu, et c’est lui qui a établi toutes celles qui sont sur la terre.” Rom. XIIT, v. I. Quelles qu’aient été nos opinions antérieures, le bien de notre pays, et les enseignements de notre religion nous font un égal devoir de l’accepter et de nous soumettre. Vous devez, en conscience, N. T'. C. F., et comme catholiques, et comme amis sincères de l’ordre, de l’union et de la paix, vous devez favoriser dans la mesure de vos forces, et par le concours de votre bonne volonté, le bon fonctionnement de la constitution

qui va bientôt être inaugurée.

“ Ce devoir, vous aurez à le remplir, dans les prochaines élections, en vous assurant que les hommes dont vous allez faire choix pour vous représenter dans les parlements, seront animés de cet esprit de conciliation, de cette bonne volonté dont le concours est indispensable pour tirer de la nouvelle constitution tout le bien que nous devons en attendre...”

Mgr Baillargeon, archevêque de Québec, disait :

“ Cet ordre de choses ayant été établi par l'autorité compétente, à la demande même de nos représentants dans la législature canadienne, il ne nous reste plus, N. T. C. F., qu’à nous y soumettre de bon cœur ; c’est même pour nous tous un devoir de conscience. Si, depuis plus d’un siècle que notre pays a été cédé à la Grande-Bretagne, la forme de notre gouvernement a varié

à plusieurs reprises, souvenons-nous que l’essence de l’autorité

ne varie pas, mais qu’elle reste toujours la même. L'autorité est nécessaire au maintien de toute société humaine, et l'expérience nous démontre plus que jamais dans quels malheurs tombent les peuples qui osent la rejeter. ...

‘“ Ainsi donc, N. T. C. F., comme l’Union fédérale qui vient de s’opérer émane de l'autorité légitime, vous la regarderez comme votre loi, et vous obéirez à l’ordre de Dieu en l’acceptant en toute sincérité. Il est d’ailleurs de votre intérêt, comme c’est pour vous un devoir de conscience, de le faire, pour qu’elle puisse contribuer à la prospérité commune, et procurer par là l’avantage des individus. Bientôt vous serez appelés à choisir ceux qui, soit dans le parlement fédéral, soit dans le parlement local devront travailler à mettre en pratique la nouvelle constitution. Vous vous garderez donc de donner vos voix à des hommes disposés à la combattre ou à mettre des entraves à son fonctionnement, mais vous les donnerez à des citoyens éprouvés et rerannus comme ayant à cœur de la faire servir au plus grand bien du pays.

“ Avant que la Confédération eût été décrétée par le parlement impérial, et lorsqu'elle n’était seulement qu’à l’état de projet, il était sans doute permis de la discuter, et même d’employer tous les moyens permis pour l’empêcher de devenir loi. En cffet, bien des personnes, dont le patriotisme ne saurait être révoqué en doute, croyaient y voir des dangers sérieux pour l’avenir, et regardaient comme un devoir de s’y opposer. Mais aujourd’hui ce serait marcher à l’anarchie, à la trahison, à la révolte et à tous les maux qui en sont la suite.

“ Ce qui doit nous rassurer, N. T. C. F., c’est que la nouvelle

forme de gouvernement qui vient de nous être donnée a été pré-

parée avec soin par des hommes bien connus, eux aussi, par leur patriotisme, aussi bien que par les services qu’ils ont rendus à leur commune patrie. Si elle n’est pas sans défaut, si elle n’est pas tout ce qu’on aurait pu désirer qu'elle fût, rappelons-nous que rien n’est parfait dans ce monde, et que dans un pays comme le nôtre, où tant d’intérêts divers sont en présence, il était impossible de se refuser de mutuelles concessions et d’arriver à un arrangement qui pût donner satisfaction à tout le monde. C’est aux hommes à qui vous allez confier le soin de vous représenter dans l’un et dans l’autre parlement, de s’unir fortement ensemble pour conjurer le danger, s’il existe, et pour tirer le meilleur parti possible de la situation. Vous avez donc une raison de plus de les choisir parmi ceux qui se distinguent davantage par leur hon-

nêteté, leur énergie et leur dévouement à la chose publique.

‘“ Au reste, n'oublions pas, N. T. C. F., combien nous avons à nous féliciter de vivre sous l’égide de l’empire britannique. T1 est peu de pays au monde qui aient marché aussi rapidement que le nôtre dans la voie du véritable progrès, et nous n’en connaissons aucun où la religion jouisse d’une plus grande liberté et exerce une plus grande part d'influence. Tout cela est dû, après la protection du ciel, à la politique éclairée des hommes d'Etat qui, depuis un quart de siècle surtout, président aux destinées de la mère patrie...”

Ces mandements commentés et amplifiés sur tous les hustings et dans presque toutes les chaires du pays, firent croire aux électeurs que voter contre le gouvernement, c’était voter contre la constitution et l’autorité établie, résister à Dieu même, préférer

VAnnexion à la Confédération, livrer le pays à l’anarchie, que

la nouvelle constitution offrait à peu près toutes les garanties désirables à nos intérêts nationaux, religieux et matériels, et que le meilleur moyen de la faire fonctionner, d’une manière utile et avantageuse, était d’en confier l’administration à ceux qui

l’avaient faite,

C'était le triomphe de la doctrine du fait accompli, doctrine funeste qui a soulevé les protestations du monde catholique, à l’occasion de l’annexion des Etats pontificaux au royaume d'Italie.

C'était d'avance justifier ceux qui pourraient plus tard faire accepter, de la même manière, l'Union législative et, une fois la trahison complétée, invoquer le fait accompli et réclamer la con-

fiance du peuple.

Quel dangereux précédent !

Les ennemis de la Confédération avaient beau dire qu’il ne s’agissait pas de renverser la constitution, mais simplement de condamner ceux qui l’avaient faite ; leurs adversaires armés des mandements des évêques, les traitaient de révoltés, de mauvais catholiques.

Parmi eux il y avait un bon nombre de conservateurs qui avaient sacrifié leurs intérêts personnels et ruiné leur avenir politique pour parler et agir suivant les dictées de leur conscience

et de leur patriotisme.

Ces dénonciations les blessèrent profondément, et les abus d'influence spirituelle commis pendant les élections de 1867, laissèrent dans beaucoup d’âmes des blessures qui saignent encore.

Un seul évêque, Mgr Bourget, refusa d'approuver la nouvelle

constitution, qu’il craignait beaucoup ; il se contenta de dire qu’il ne fallait pas renverser par la violence le gouvernement établi.

Si tous les évêques avaient imité sa prudence, ils n’auraient pas pris aux yeux de l'Histoire la responsabilité onéreuse des résultats de la Confédération et des abus regrettables que l’on fit de leur nom et de leur autorité dans les élections de 1867.

La confiance qu’ils avaient dans les chefs du parti conservateur et la crainte que les imprudences et les erreurs de certains libéraux leur inspiraient, expliquent leur conduite et leurs paroles. Ils étaient de bonne foi ; on les avait convaincus que la Confédé-

ration était devenue une nécessité politique.

Les autres provinces donnèrent aussi une forte majorité au gouvernement, moins la Nouvelle-Ecosse où les adversaires de la Confédération, sous la conduite de leur grand tribur, Joseph Howe, battirent à plate couture les candidats ministériels. Les électeurs de cette province ne craignirent pas, eux, de voter contre les auteurs du fait accompli, du pacte sacré, et ils n’eurent pas raison de le regretter, car on verra, dans notre prochain volume, que pour les apaiser eux et leurs vaillants chefs, on leur accorda tout ce qu’ils voulurent. Voilà comment une race énergique sait se faire craindre et respecter.

Le résultat de l’intervention violente du clergé dans les élections de 1867 fut l’écrasement du parti libéral. Quelques rares

libéraux échappèrent au massacre.

Tout était fini.

La Confédération était un fait accompli, et le peuple n'avait jamais eu l’occasion ni la liberté de la juger. Elle était viciée

dans son origine, elle n’avait jamais reçu la sanction des électeurs, le peuple ne l'avait jamais approuvée ni directement ni indirectement,

C’est un vice radical qu’on pourra, peut-être invoquer plus tard,

Nous examinerons, dans un prochain volume, les résultats pratiques de la Confédération ; on verra jusqu’à quel point les craintes de ceux qui l’ont combattue ont été justifiées.

En attendant nous livrons à la méditation de tous ceux qui dirigent l’opinion publique dans ce pays les paroles suivantes de lord Du ‘ham :

“Je pensai qu’une fédération, sanctionnée et consolidée par un gouvernement monarchique, tendait à devenir graduellement une Union législative complète ; et qu'ainsi, tout en conciliant les Français du Bas-Canada et leur laissant le gouvernement de leur propre province et leur propre législation intérieure, je pourvoirais à la protection des intérêts britanniques par le gouvernement central, et à la transition graduelle des provinces en

une société unie et homogène.”

N'oublions pas non plus ce que lord Durham disait des effets

de l’annexion de la Louisiane aux Etats-Unis :

“ Les yeux de tous ceux qui avaient de l’ambition s2 tonrnèrent naturellement vers le grand centre des affaires fédérales et vers les hautes récompenses qu'offrait le pouvoir fédéral. On prit le ton de la politique de ceux qui occupaient les positions les plus élevées, la législation et le gouvernement de la Louisiane

furent, dès l’origine, insignifiants, comparés aux intérêts qui se

discutaient à Washington. Tout homme désireux d’avancer fut

tenté de mettre de côté sa nationalité française et d’rn adopter une complètement américaine !...?

Ces paroles prophétiques sont un flambeau à la lueur duquel les amis de la province de Québec doivent étudier les événements et signaler les dangers qui menacent ainsi l’avenir de leur nationalité. Ces dangers se trouvent plutôt dans la tendance générale du système, dans ses effets généraux, que dans des faits particuliers, dans des agressions violentes.

Si l’Union des deux Canadas a eu pour effet de faire accepter la Confédération comme une nécessité par nos hommes d’Etat, il y a tout à craindre des résultats de la constitution de 1867.

Cependant un peuple n’a jamais droit de désespérer, car la Providence répare souvent les fautes et les erreurs des hommes, surtout lorsque ces fautes n’ont pas été volontaires, et elle nous a appris à compter sur sa protection.

La période de paix et d’apaisement religieux et national que nous {raversons en ce moment, l'élévation au poste de premier ministre du Canada, d’un catholique et d’un Canadien-français — sir Wilfrid Laurier — les signes de progrès et de prospérité qui se manifestent partout, sont, pour un grand nombre, une source d’heureux présages et d’espérances patriotiques.

Nous verrons plus tard ce qu’il faut penser de ces éclairs, de ces arcs-en-Ciel, qui viennent de temps à autre illuminer les sombres sommets de notre monde politique et ranimer nos espérances.

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